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Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire », par Sonya Faure et Cécile Daumas

Source : Libération, Sonya Faure et Cécile Daumas, 06-09-2017

Pour l’historien Emmanuel Todd, la vraie fracture n’est aujourd’hui plus sociale, mais éducative. Et la démocratie est vouée à disparaître en Europe.

Il dit avoir voulu «revenir au plaisir de l’observation historique». Mais avec Où en sommes-nous ? (Seuil), l’historien et démographe Emmanuel Todd se fait aussi le chroniqueur – pessimiste – de notre actualité, qu’il entend replacer dans le temps long. «Notre modernité, écrit-il, ressemble fort à une marche vers la servitude.»

Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative…

Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement – même les dominants et même la droite. On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation, l’esprit de Mai 68 finalement. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures, et dans la plupart d’entre eux leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. «En haut»,une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même : les diplômés du supérieur sont assez nombreux pour vivre entre eux. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement des élites et du peuple. La première occurrence de cet affrontement a eu lieu en France en 1992 lors du débat sur Maastricht. Les élites «savaient», et le peuple, lequel ne comprenait pas, avait voté «non». Ce phénomène de fracture éducative arrive à maturité.

La lutte des classes sociales est remplacée par la lutte entre les classes éducatives ?

Oui, même si revenus et éducation sont fortement corrélés. La meilleure variable pour observer les différences entre les groupes est aujourd’hui le niveau éducatif. Les électeurs du Brexit, du FN ou de Trump sont les gens d’en bas (même si le vote Trump a été plus fort qu’on ne l’a dit dans les classes supérieures), qui ont leur rationalité : la mortalité des Américains est en hausse, et même si les économistes répètent que le libre-échange, c’est formidable, les électeurs pensent le contraire et votent pour le protectionnisme.

Les trois grandes démocraties occidentales ont réagi différemment à cet affrontement entre élite et peuple…

En Grande-Bretagne, il s’est passé un petit miracle : le Brexit a été accepté par les élites, et le Parti conservateur applique le vote des milieux populaires. C’est pour moi le signe d’une démocratie qui fonctionne : les élites prennent en charge les décisions du peuple. Ce n’est pas du populisme car le populisme, c’est un peuple qui n’a plus d’élites. David Goodhart, le fondateur de la revue libérale de gauche Prospect, parle de «populisme décent», une magnifique expression. Les Etats-Unis sont, eux, dans une situation de schizophrénie dynamique. Les milieux populaires, furibards et peu éduqués, ont gagné l’élection, une partie des élites l’a acceptée (Trump lui-même fait partie de l’élite économique et le Parti républicain n’a pas explosé) mais l’autre moitié de l’Amérique avec l’establishmentla refuse. C’est un pays où règne donc un système de double pouvoir : on ne sait plus qui gouverne. En France, nous sommes dans une situation maximale de représentation zéro des milieux populaires. Le FN reste un parti paria, un parti sans élites. Le débat du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en a été la parfaite mise en scène. A son insu, Marine Le Pen a exprimé l’état de domination intellectuelle et symbolique de son électorat qui est, de plus en plus, peu éduqué, populaire, ouvrier. La dissociation entre les classes sociales est à son maximum. L’absence de solidarité entre les groupes sociaux est typique de la dissociation d’une nation.

La France insoumise est-elle une tentative de renouer le contact entre élite et peuple ?

Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon […]

Lire la suite sur : Libération, Sonya Faure et Cécile Daumas, 06-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

74 réponses à Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire », par Sonya Faure et Cécile Daumas

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Le Koweït donne un mois à l’ambassadeur nord-coréen pour quitter l’émirat (diplomate)

Le Koweït donne un mois à l’ambassadeur nord-coréen pour quitter l’émirat (diplomate)

Koweït – Le Koweït a donné un mois à l’ambassadeur de Corée du Nord pour quitter l’émirat qui, outre une réduction de la représentation diplomatique, a décidé d’arrêter de délivrer des visas aux Nord-Coréens, a annoncé dimanche un diplomate koweïtien de haut rang.

Cette annonce intervient dix jours après des entretiens de l’émir du Koweït avec le président américain Donald Trump, qui considère le régime de Pyongyang comme une de ses « bêtes noires ».

La mission diplomatique nord-coréenne à Koweït sera réduite à un chargé d’affaires et trois diplomates, a précisé à l’AFP un diplomate koweïtien de haut rang sous le couvert de l’anonymat.

Le Koweït a par ailleurs décidé de ne plus délivrer de visas à des travailleurs nord-coréens, a-t-il dit.

L’émirat compte à ce jour entre 2.000 et 2.500 travailleurs nord-coréens, a indiqué ce diplomate. Ils devront quitter le pays dès que les projets sur lesquels ils sont employés seront achevés, a-t-il relevé.

Selon des sources diplomatiques asiatiques dans le Golfe, la Corée du Sud et le Japon font pression depuis plusieurs semaines sur les monarchies de la région pour qu’elles arrêtent d’employer des travailleurs nord-coréens, arguant que l’argent que touche cette main d’oeuvre profite au régime de Pyongyang.

La Corée du Nord a effectué vendredi un nouveau tir de missile, suscitant de nouvelles condamnations internationales.

Le président américain Donald Trump et son homologue sud-coréen Moon Jae-In se sont engagés samedi, lors d’un entretien téléphonique, à exercer « une pression plus forte » sur Pyongyang, a rapporté Séoul.

(©AFP / 17 septembre 2017 13h12)

 

https://www.romandie.com/news/Le-Koweit-donne-un-mois-a-l-ambassadeur-nord-coreen-pour-quitter-l-emirat-diplomate_RP/833729.rom

La Chine condamne le tir de missile nord-coréen et critique Washington

La Chine condamne le tir de missile nord-coréen et critique Washington

Pékin – La Chine a condamné vendredi le nouveau tir d’un missile nord-coréen qui a survolé le Japon, mais a estimé « irresponsables » les critiques américaines l’appelant à accentuer sa pression sur Pyongyang.

Pékin « s’oppose à la violation, par la Corée du Nord, des résolutions du Conseil de sécurité (de l’ONU) et à son recours à la technologie de missiles balistiques pour des tirs », a déclaré la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, tout en estimant que « les parties en présence doivent faire preuve de retenue ».

Quelques jours après l’adoption par le Conseil de sécurité d’une huitième série de sanctions pour tenter de convaincre le régime nord-coréen de renoncer à ses programmes balistique et nucléaire, Pyongyang a tiré vendredi matin un missile sur une distance semble-t-il inédite de 3.700 km. L’engin a survolé le Japon avant de s’abîmer en mer.

La Corée du Nord justifie ses ambitions militaires par la nécessité de se protéger des Etats-Unis.

Pékin, qui a approuvé la dernière série de sanctions onusiennes, plaide en même temps pour la reprise de pourparlers de paix avec le régime nord-coréen. De leur côté, les Etats-Unis de Donald Trump ont affirmé que l’option militaire était « sur la table ».

Les parties en présence doivent éviter « tout acte qui pourrait aggraver la situation sur la péninsule (coréenne) et dans la région », a plaidé Hua Chunying lors d’un point-presse.

Après le nouveau tir nord-coréen, le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a appelé la Chine, principale alliée et soutien économique de Pyongyang, et la Russie, à faire directement pression « de leur propre chef » sur la Corée du Nord.

Mais Pékin a renvoyé Washington et Pyongyang dos à dos.

« Le coeur du problème, c’est l’opposition entre la Corée du Nord et les Etats-Unis (…) La Chine n’est pas à l’origine de l’escalade des tensions », a réagi Mme Hua.

« Critiquer injustement les autres et fuir ses responsabilités de quelque façon que ce soit est irresponsable et d’aucune aide pour la résolution du conflit », a martelé la porte-parole.

La Chine déclare appliquer avec fermeté toutes les sanctions décidées dans le cadre des Nations unies. Elle a notamment annoncé avoir suspendu ses importations de charbon, de fer, de plomb et de produits de la mer en provenance de Corée du Nord.

« Nous appliquerons strictement, complètement et sérieusement les résolutions » de l’ONU, a promis Mme Hua.

(©AFP / 15 septembre 2017 12h30)

Trump ne va pas envahir le Venezuela…

Trump ne va pas envahir le Venezuela…


… mais ce qu’il planifie pourrait être tout aussi mauvais


Par Andrew Korybko – Le 12 août 2017 – Source The Duran


Trump était plus agressif que d’habitude hier quand il a déclaré qu’il n’excluait pas une « option militaire » au Venezuela, et les médias internationaux se sont mis à croire que le président envisageait une invasion. Rien ne justifie ce que Trump a dit mais, en écartant toutes les considérations morales, sa déclaration n’aurait pas dû surprendre et, d’une manière intéressante, elle pourrait même se retourner contre lui.

Tous les présidents des États-Unis réitèrent systématiquement la rhétorique selon laquelle « toutes les options sont sur la table » en cas de crise que leur pays a provoquée à l’étranger et dans ce cas c’est par une Guerre hybride imposée au Venezuela que les États-Unis cherchent à contrôler par procuration les plus grandes réserves de pétrole du monde dans la ceinture de la rivière Orénoque et briser le groupement ALBA socialiste-multipolaire.

Les vulnérabilités socio-politiques et les faiblesses institutionnelles préexistantes du Venezuela ont permis les machinations économiques américaines contre le pays afin de déclencher une révolution de couleur contre le gouvernement. Lorsqu’elles ont  échouées, la tactique de changement de régime a été transformée en une insurrection urbaine et a récemment élargi ses opérations en organisant une attaque terroriste contre une base militaire dans la partie centrale du pays.

Il est fort probable que la situation se transforme en une « guerre civile » provoquée de l’extérieur avec l’intention éventuelle de déclencher une tentative de coup d’État militaire contre le président Maduro, mais les chances que les États-Unis interviennent directement dans ce scénario sont minces. L’option militaire brandie par Trump se rapporte plutôt probablement au rôle de « Lead From Behind » que les États-Unis devraient jouer en utilisant la Colombie comme partenaire régional pour faire passer des armes en douce et d’autres formes d’assistance aux « rebelles modérés » du Venezuela, tout comme la Turquie a été utilisée pour faire face à la Syrie depuis six ans.

En outre, on peut croire avec confiance que la CIA travaille dur pour essayer de faire avancer son coup militaire tant souhaité, même si ses chances de succès sont peu probables, à moins que la guerre hybride ne devienne une « guerre civile » déclenchée de l’extérieur comme en Syrie. Ces deux raisons interconnectées expliquent ce que Trump veut dire en refusant d’exclure une « option militaire », bien qu’il y ait certes le cas extrême qui ne peut pas être écarté dans lequel une « intervention humanitaire » à grande échelle se déchaînerait dans les derniers stades de la crise afin de renverser de façon décisive le gouvernement à son moment de plus grande faiblesse.

Peu importe ce que les États-Unis finiront par faire ou pas, la déclaration arrogante de Trump pourrait réellement se retourner contre lui en augmentant l’attrait du président Maduro parmi les membres de la soi-disant « opposition ». C’est une chose de détester un chef élu et d’espérer sa chute, mais c’en est une autre de soutenir activement une invasion étrangère de son pays par l’hégémon traditionnel américain, compte tenu notamment de l’histoire sanglante de l’activité militaire américaine dans les Amériques au cours du siècle dernier.

Les commentaires de Trump mettent donc les proxies de changement de régime des États-Unis en difficulté parce qu’ils sont maintenant pris dans un dilemme entre soutenir ce que le monde entier perçoit comme une menace pour envahir leur pays ou soutenir son leader légitime alors qu’ils ont organisé des émeutes contre lui depuis déjà des mois. On peut présumer que le partisan anti-est, à part égale, contre Maduro, contre une invasion américaine possible de son pays et contre les émeutes de l’opposition qui veut seulement voir se tenir des élections anticipées dans l’espoir de mener à bien un changement de régime.

Ils ont soutenu l’« opposition » jusqu’à maintenant parce qu’ils l’ont considérée comme l’option « la moins mauvaise » disponible, mais la menace militaire implicite de Trump risque d’être perçue comme le fer de lance d’une éventuelle invasion et les conditions chaotiques de la « guerre civile » dans lesquelles les États-Unis pourraient intervenir conventionnellement au Venezuela seraient alors dues à leurs actions intensives de guerre hybride.

Ce fait devrait justement arrêter momentanément les membres s’auto-identifiant comme l’« opposition patriotique » et les inciter à reconsidérer leur « mauvaise » évaluation sur « l’opposition ». S’ils s’engagent dans une réflexion sérieuse, ils verront que c’est effectivement le président Maduro qui est le « moins mauvais » des deux choix et que la meilleure façon de réaliser leur objectif de changement de régime consiste à attendre à contrecœur jusqu’au prochain vote démocratique prévu.

Continuer à jeter tout son poids derrière cette « opposition » à ce stade équivaut à soutenir ouvertement les étapes nécessaires pour créer les conditions pour la réalisation des « options militaires » de Trump contre leur pays, y compris une « intervention humanitaire ». On ne sait pas quelle proportion de l’« opposition » satisfait aux critères « patriotiques » auxquels ces points s’appliqueraient, mais si leur nombre est assez important leur « défection » passive des rangs du mouvement anti-gouvernemental en réponse à la menace de Trump pourrait influer sur l’effort de changement de régime.

D’autre part, et en abordant le sujet sous un angle cynique comme « avocat du diable », cela ne changera pas de façon tangible la situation si les États-Unis ont déjà pris leur décision de mettre en place une escalade de la guerre hybride au Venezuela au niveau de celle en Syrie, mais cela représenterait néanmoins une importante victoire morale pour le gouvernement légitime en exposant davantage la « trahison ou la connivence » de l’opposition avec les États-Unis. En tout cas, indépendamment de ce que Trump voulait signifier réellement par ses « options militaires » et malgré tout ce que les membres de l’opposition patriotique décident de faire, toutes les indications suggèrent que le Venezuela est à un tournant fatal et que les prochaines semaines décideront de son avenir.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/trump-ne-va-pas-envahir-le-venezuela

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire

Dernière lettre de Nietzsche à Jacob Burckhardt

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire

Friedrich Wilhelm Nietzsche (15 octobre 1844 –  25 août 1900), l’un des philosophes les plus décapants et influents du XIXe siècle, critique acharné du christianisme, eut une fin de vie terrifiante. Le 3 janvier 1889, il est pris d’une crise de démence à Turin et il ne recouvrera dès lors jamais son esprit : partiellement paralysé, il ne reconnaît plus ni amis ni famille. Transporté dans une clinique à Bâle, il écrit sa dernière lettre attestant de la folie qui l’assiège : se prenant tour à tout pour Dieu puis pour le père d’une prostituée assassinée par un meurtrier. L’esprit de Nietzsche, l’un des plus grands, est définitivement à la dérive.

 

A-A+

04 ou 05.01.1889

Cher Monsieur le Professeur,

Finalement, j’aimerais bien mieux être professeur à Bâle que Dieu ; mais je n’ai pas osé pousser si loin mon égoïsme privé que, pour lui, je renonce à la création du monde. Voyez-vous, on doit faire des sacrifices quels que soient la manière et le lieu où l’on vive. – Pourtant, je me suis réservé une petite chambre d’étudiant, qui fait face au Palazzo Carignano ( – dans laquel je suis né en tant que Vittorio Emanuele), et qui, de surcroît, me permet d’entendre la superbe musique en dessous de moi, dans la Galleria Subalpina, de ma table de travail.  Je paye 25 frs., service compris, je m’occupe de moi-même de mon thé et de tous les achats, souffre de mes bottes déchirées, et remercie à chaque instant le ciel pour ce vieux  monde, pour lequel les hommes n’ont pas été assez simples et silencieux. – Comme je suis condamné à distraire la prochaine éternité par des mauvaises plaisanteries, et bien j’ai ici une paperasse, qui ne laisse vraiment rien à désirer, très jolie et pas du tout rébarbative. La poste est à cinq pas d’ici, c’est là que je dépose moi-même les lettres, pour donner dans le feuilletoniste du grande monde. Je suis naturellement en relations étroites avec Le Figaro, et afin que vous puissiez entrevoir à quel point je peux être innocent, écoutez donc mes deux premières mauvaises plaisanteries :

Ne jugez pas trop sévèrement le cas Prado. Je suis Prado, je suis aussi le père de Prado, j’ose dire que je suis aussi Lesseps… Je voudrais donner à mes Parisiens que j’affectionne un nouveau concept – celui d’un criminel convenable. Je suis aussi Chambige – un criminel convenable lui aussi.

Seconde plaisanterie. Je salue les Immortels Monsieur Daudet fait partie des quarante.

Ce qui est désagréable et dérange ma modestie, c’est, qu’au fond, je suis chaque nom de l’histoire ; il en va également ainsi avec les enfants que j’ai mis au monde, j’examine avec une certaine méfiance, si tous ceux qui parviennent dans le « royaume de Dieu », ne proviennent pas  non plus de Dieu. Cet automne, aussi légèrement vêtu que possible, j’ai assisté deux fois à mon enterrement, tout d’abord en tant que conte Robilant ( – non, c’était mon fils, dans la mesure où je suis Carlo Alberto, ma nature foncière), mais j’étais moi-même Antonelli. Cher Monsieur le Professeur, vous devrez voir cet ouvrage ; vu que je suis complètement inexpérimenté dans les choses que je crée, c’est à vous qu’échoit toute critique, j’en suis reconnaissant, sans pouvoir promettre d’en tirer profit. Nous les artistes sommes inenseignables.  – Aujourd’hui j’ai vu mon opérette – géniale-mauresque -, à cette occasion également constaté avec plaisir, qu’aujourd’hui Moscou tout comme Rome sont des choses grandioses.

Voyez-vous, pour le paysage également, on ne conteste pas mon talent.

– Réflechissez, faisons-nous un beau, bellissime, brin de causette, Turin n’est pas loin, aucune obligation professionnelle très sérieuse en vue, il faudrait se procurer un verre de Veltliner. Négligé de la tenue exigée.

Avec ma plus sincère affection, votre

Nietzsche

i.

7 commentaires

  1. MILLOT-CONTE Christine 18 octobre 2014
    « Il n’est de génie sans un grain de folie » combien de grands hommes ont ainsi sombré dans la folie et quelle perte pour l’humanité, combien de grands artistes ont fini dans le plus grand dénuement, aux affres de la psychose ou autre. A être trop clairvoyant sur notre vieux monde, ce n’est pas si paradoxal que de devenir fou !!

  2. Maïla Nepveu 16 février 2015
    Ainsi ne parlait plus Zarathoustra, mais ainsi parlait Nietzche, le grand philosophe, après sa brutale et imprévisible crise de démence, survenue à Turin le 3 janvier 1889. Il se dit Prado et aussi le père Prado, mais aussi Lesseps et encore Chambige… Et pourquoi pas Caligula ou l’un des Borgia ? Quelle désolation et quelle pitié, de voir l’un des plus grands penseurs de la seconde moitié du 20ème siècle, sombrer dans l’incohérence et la folie, dont il ne se relèvera jamais. On pense aux destins tragiques de Gérard de Nerval, dont la poésie sublime se nourrit de fantasmagoriques maladives et de Guy de Maupassant, atteint à la fin de sa vie d’hallucinations paranoïaques liées aux altérations cérébrales d’une syphillis tertiaire.
    Finalement, Nietzche, dans son délire, se prend pour Dieu, « l’Etre Suprême » qu’il a toute sa vie combattre avec les valeurs morales religieuses (judéo-chrétiennes), philosophiques et politiques qui sont le fondement de nos démocraties occidentales.
    Sa volonté de néant le conduit, au bout de sa folie, au néant.

    • Frank Vi 1 septembre 2016
      Par le lien que vous faites entre se que dit Nietzsche dans la période où il s’exprime avec la pleine possession de ses moyens et l’après, on perçoit très bien l’opportunisme de votre morale bigote.

  3. mailagarden@yahoo.fr 5 septembre 2016
    Frank (si c’est bien votre véritable identité car moi je ne me cache pas derrière un pseudonyme)
    18 mois, il vous aura fallu plus de 18 mois pour rédiger cette curieuse réponse à mon commentaire sur la folie de Nietzsche écrit le 16 février 2015.
    Vous y percevez (ce sont vos termes) « l’opportunisme de ma morale bigote »
    Je vous répondrai que ma réflexion était dénuée du moindre opportunisme. Elle était totalement désintéressée et je ne vois vraiment pas ce que j’avais à y gagner. Elle était purement philosophique, et non pas morale. Je n’ai de leçon de morale à donner à personne, ni de leçon de morale à recevoir d’ailleurs.
    Quant à une morale « bigote », je crois que là vous délirez vraiment, à moins qu’il n’y ait dans vos pensées un peu de machisme, parce que je suis une femme. Je me permets de vous faire remarquer qu’on qualifie souvent les femmes de bigotes, ou d’idiotes, ou de faciles, ou de vulgaires, rarement les hommes, car ces qualificatifs viennent presque toujours de la bouche des hommes.
    Enfin je me permets de vous rappeler la définition du dictionnaire du mot « bigot » qualifie une personne dont la piété s’exprime de manière bornée et excessive » ce qui éclaire l’ineptie de vos propos sur ma personne, moi qui ne suis ni religieuse, ni grenouille de bénitier, mais une femme jeune, libre, indépendante, peu conformiste, bien dans sa tête et dans son corps, ce qui devrait vous dérider un peu, et vous faire réfléchir autrement.
    Ainsi parlait Maïla Nepveu…. Et non plus Zarathoustra… LOL

  4. francinegobat@bluewin.ch 16 octobre 2016
    ……puisque un est l’univers et que l’univers est toi, la bible mal interprétée : Dieu est toi (et non entre ou parmi nous) où est la limite -folie / spiritualité ? Question de vision !…..

  5.  

Folie de Russie

Folie de Russie


Par James Howard Kunstler – Le 4 août 2017 – Source kunstler.com
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L’hystérie au sujet de la Russie est devenue une psychose nationale totale à un moment de l’histoire où un éventail complet de problèmes représente une menace réelle pour le bien-être de l’Amérique. La plupart d’entre eux ont à voir avec l’image d’un cygne symbolisant le pays, plongeant vers la faillite, mais les affronter honnêtement forcerait à des choix inconfortables pour les initiés et les lâches du Congrès. Pendant ce temps, le département du Trésor brûle ses réserves de trésorerie qui diminuent, et toutes les activités gouvernementales feront face à un blocage à la fin de l’été, à moins que le Congrès ne vote pour augmenter le plafond de la dette – ce qui pourrait être beaucoup plus difficile que de passer la loi stupide sur les sanctions contre la Russie.

Ce projet de loi, vaillamment appelé The Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act, ne fera qu’exploser au visage de l’Amérique. Le commerce réel de ce pays avec la Russie est négligeable, mais le projet de loi vise à interrompre et à punir le commerce des Européens, en se concentrant sur le pétrole et le gaz naturel dont ils ont désespérément besoin. Principalement, le projet de loi américain vise à interrompre un gazoduc sous la mer Baltique qui contournerait plusieurs pays baltes actuellement utilisés par l’Amérique – sous la bannière de l’OTAN – comme lieux de rassemblement pour des jeux de guerre inutiles et provocants sur les frontières russes.

L’Allemagne ne va pas rester sans rien faire, et qu’on l’aime ou pas, c’est la paille qui remue la boisson européenne. Les sanctions prévoient d’isoler la Russie, mais l’effet sera seulement d’isoler les États-Unis. L’Europe se moquera de la mesure qui influe sur leurs prérogatives souveraines pour commercer comme bon lui semble. Et la Russie peut se retourner et vendre tout le gaz naturel qu’elle souhaite à ses clients en Asie. Le rôle caché de l’industrie américaine du gaz est laissé dans l’ombre par ses crétins de médias américains. Cette industrie pousse les sanctions afin qu’elle puisse vendre du gaz liquéfié à l’étranger – ce qui aura pour conséquence d’augmenter le prix du gaz pour les clients américains qui doivent chauffer leurs maisons.

Cette loi stupide prétend être un levier pour améliorer les relations entre les États-Unis et la Russie, mais elle est en fait conçue pour rendre les relations bien pires. Dans l’intervalle, la matrice du Deep State militaire et des services de renseignement des États-Unis génère de nouvelles crises et confrontations sans aucune raison dans l’absolu. Il s’agit par exemple de fourguer des armes à l’Ukraine afin de pouvoir intensifier les conflits dans la région orientale, le Donbass, en bordure de la Russie. Le projet de loi sur les sanctions rendra également impossible aux États-Unis et à la Russie de coordonner la fin du conflit en Syrie. Quoi qu’il en soit, les stratèges de l’État profond des départements d’État, de la Défense et des service de renseignement sont tacitement déterminés à créer un autre État défaillant en y assurant un chaos continu.

Une autre conséquence intéressante imprévue du projet de loi sur les sanctions est que cela ne fera qu’intensifier les efforts de la Russie, déjà bien avancés, pour produire elle-même de nombreux biens qu’elle importe actuellement. Le remplacement des importations, comme on appelle ce processus, est en fait la même dynamique qui a conduit à la montée des États-Unis comme grande puissance industrielle au XIXe siècle, de sorte que le projet de loi ne sert qu’à inciter la Russie à diversifier et renforcer son économie.

Alors, qu’est-ce que M. Trump pensait exactement quand il a signé le projet de loi sur les sanctions russes « profondément imparfait » (ses mots), vomi comme une boule de poils par le Congrès ? C’est une loi ridicule quel que soit l’angle. Cela limite les prérogatives établies par le président pour négocier avec des nations étrangères (probablement inconstitutionnellement) et cela ne va seulement provoquer que des conflits économiques (au minimum) contre les États-Unis qui peuvent facilement déboucher sur le bouleversement des relations commerciales mondiales. Certains observateurs disent qu’il a dû le signer parce que le vote du Congrès était tellement écrasant (419 à 3) qu’un veto de Trump aurait été balayé. Mais le veto aurait eu, du moins, une valeur symbolique dans l’esprit jacksonien que Trump a prétendu vouloir imiter au début de son mandat. Peut-être voit-il la fin du jeu mené par l’État profond et qu’il est fatigué de résister.

Sur le front intérieur, la paranoïa anti-Russie est au centre de l’enquête approfondie de Robert Mueller sur Trump et ses associés politiques alors qu’il appelle un grand jury fédéral pour entendre des témoignages – ce qui implique qu’il est prêt. Cela ouvre toutes sortes de possibilités pour poursuivre tous les méfaits, comme par exemple, chaque opération commerciale faite par Trump comme citoyen privé avant de se précipiter pour devenir le président, et forcer les intimes de Trump à négocier une immunité en échange de témoignages, réels ou préparés, pour permettre la réalisation de l’objectif ultime de l’establishment, virer Trump.

L’histoire de « l’ingérence russe dans notre élection » n’a pas produit de preuve crédible après une année complète – et parler aux diplomates étrangers n’est pas un crime – mais l’histoire de l’ingérence de la Russie se déroule parfaitement bien et peut accomplir son objectif sans avoir de preuves. Le seul fait de répéter « ingérence russe » cinq mille fois sur CNN a certainement incité de nombreux citoyens mal informés à croire que la Russie a changé les chiffres dans les machines de vote américaines bien que, en fait, les machines à voter ne soient pas connectées à Internet.

Tout ce comportement politique psychotique prépare la montée d’un nouveau parti, ou plus, composé d’hommes et de femmes qui n’ont pas perdu leur esprit. Je suis sûr qu’ils sont là-bas. Beaucoup de traces sur Internet témoignent de l’existence d’une conscience politique supérieure et meilleure dans ce pays. Elle n’a tout simplement pas trouvé le moyen de se cristalliser. Pas encore.

James Howard Kunstler

 

http://lesakerfrancophone.fr/folie-de-russie

 

Les tensions géopolitiques sont conçues pour distraire le public du déclin économique


Par Brandon Smith – Le 3 août 2017 – Source alt-market.com


Suivre les développements géopolitiques et budgétaires de ces dernières années, c’est un peu comme regarder un accident de train au ralenti ; Vous savez exactement quelles seront les conséquences des événements, vous essayez de prévenir les gens autant que possible, mais, finalement, vous ne pouvez pas inverser la catastrophe. La catastrophe a déjà eu lieu dans toutes ses intentions et ses buts. Ce à quoi nous assistons est le résultat d’une conclusion prédéterminée.

C’est pourquoi chaque fois que quelqu’un me demande en tant qu’analyste économique et politique « quand l’effondrement se produira », je secoue la tête de perplexité. L’effondrement est ici et maintenant. C’est fait. C’est un fait historique. C’est seulement que peu de gens ont l’air de le voir, principalement parce qu’ils sont hyper concentrés sur toutes les mauvaises choses.

Depuis des siècles, les élites au pouvoir ont compris la valeur de la distraction géopolitique comme outil de contrôle des masses. Si vous examinez les motivations sous-jacentes derrière la majorité des guerres entre les nations indépendamment de l’époque, vous constaterez dans la plupart des cas que les courtiers en puissance des deux côtés ont tendance à être plutôt amicaux les uns avec les autres. En fait, les monarchies et les oligarchies sont historiquement notoirement connues pour la fabrication de tensions et de conflits diplomatiques afin de forcer les populations à être sous leur contrôle. C’est-à-dire que les guerres et d’autres conflits créés par l’homme donnent aux citoyens quelque chose sur quoi réagir, au lieu de chasser la cabale de l’establishment comme ils le devraient.

L’une des plus grandes illusions du progrès humain est la notion selon laquelle la plupart des conflits se produisent par hasard ; Qu’il y a deux côtés et que ces côtés se battent pour des différences idéologiques. En vérité, la plupart des conflits n’ont rien à voir avec les différences idéologiques entre les gouvernements et les oligarques financiers. L’objectif RÉEL de ces conflits est le peuple − ou, plus précisément, sa psychologie. Les conflits sont souvent conçus pour affecter un changement particulier dans l’esprit des masses ou pour les distraire d’autres dangers ou solutions.

Ces scénarios sont pris en compte au pied de la lettre par beaucoup car, malheureusement, la plupart des gens ont de courtes périodes d’attention. Si un observateur en 2007 devait être transporté 10 ans dans l’avenir, en 2017, il trouverait un monde pris dans un déclin dramatique et horrible. Le choc serait écrasant. Demandez à un observateur aujourd’hui ce qu’il pense de l’état du monde et il pourrait ne pas en être préoccupé. L’esprit humain s’adapte facilement aux crises au fil du temps. Nous sommes résilients de cette façon, mais aussi faibles, parce que nous oublions la façon dont les choses devraient être conçues pour faire face à ce qu’elles sont.

Nous semblons seulement prendre des mesures drastiques pour améliorer notre situation après que nous ayons déjà touché le fond. L’année 2017 a jusqu’à présent été l’hôte de certaines accélérations extrêmes de crise et d’effondrement, et le fond n’est plus trop loin.

Quatre points de déclenchement dans le monde me préoccupent grandement, non pas parce que je pense qu’ils entraîneront nécessairement une catastrophe supérieure à celle dans laquelle nous vivons déjà, mais parce qu’ils ont le potentiel de distraire efficacement le public des préoccupations plus sérieuses. Je parle évidemment des poudrières en Syrie, en Corée du Nord, avec la Chine contre l’Inde, ainsi qu’en Russie.

Tout d’abord, soyons clairs, la déstabilisation en cours de notre économie devrait être la principale préoccupation de toute personne sur la planète, en particulier à l’Ouest. Nous vivons dans la peau d’un système financier déjà mort, juste réanimé par le vaudou des stimuli de la banque centrale, mais seulement pour un temps limité. Le déclin économique est la plus grande menace pour la longévité culturelle et pour la liberté humaine. Même la guerre nucléaire ne pourrait pas tenir la bougie de la terreur d’une catastrophe financière, car au moins dans une guerre nucléaire, l’ardoise est effacée pour les élites de l’establishment autant que pour la population normale. Au moins, en cas de guerre nucléaire, les élites feront face à l’anarchie comme nous.

Dans une crise économique, l’establishment maintient un certain niveau de contrôle et donc son arsenal de jouets − y compris les grilles de surveillance biométrique, le soutien militaire permanent sous la forme de la loi martiale, ainsi que l’illusion chez les peuples que les choses « pourraient revenir à ce qu’elles étaient avant » avec suffisamment de temps et de patience.

Il n’y aura pas de guerre nucléaire. Peut-être un événement nucléaire limité, mais pas un échange mondial. Il n’y aura pas de moment d’apocalypse tel qu’il est couramment présenté dans les films hollywoodiens. Cependant, nous ALLONS assister à des conflits localisés comme moyen de détourner notre regard de l’économie elle-même.

Pour faire un rapide résumé de l’économie jusqu’à maintenant d’un point de vue américain, je dois tout d’abord rappeler aux lecteurs la désinformation constante qui est souvent utilisée par les institutions gouvernementales et les banques centrales afin de cacher les données négatives. Par exemple, les promoteurs de la thèse de l’amélioration économique citeront parfois la « baisse » supposée du nombre de personnes enregistrées pour obtenir les avantages des tickets alimentaires (SNAP – Food Stamp), passant d’un sommet de 47 millions en 2013 à 42 millions de bénéficiaires aujourd’hui. Pourtant, ils mentionnent rarement le fait qu’une grande partie de ce déclin est directement attribuée aux États qui appliquent maintenant des exigences de travail au lieu de simplement distribuer des cartes SNAP comme des perles de Mardi Gras.

Ils souhaitent également, pour une raison quelconque, citer la baisse du taux de chômage à 4,4% tout en ignorant le fait que 95 millions d’Américains en âge de travailler ne sont plus considérés comme sans emploi par le Bureau of Labor Statistics. Ils soutiennent que c’est une condition entièrement acceptable, même si cela n’a pas de précédent, car les « enquêtes à domicile » du BLS affirment que la plupart de ces personnes « ne veulent pas vraiment travailler ». Ces enquêtes totalement ambiguës laissent les données ouvertes à interprétation et le BLS ne s’en prive pas. Autrement dit, s’ils veulent étiqueter des millions de personnes comme « désintéressés » par l’emploi, ils le peuvent et le feront indépendamment du fait que cela soit vrai ou non.

Les fermetures de magasins de détail ont triplé jusqu’à présent cette année, avec 8 600 magasins en plus qui prévoient de fermer en 2017. Cela dépasse de loin le précédent record de 6,163 magasins en 2008 au début de la crise du crédit.

Cette implosion incroyable dans les entreprises hors internet est souvent attribuable à la hausse des ventes au détail sur Internet, ou à l’effet « Amazon ». C’est encore un autre mensonge. Les ventes totales de commerce électronique ne représentaient que 8,5% du total des ventes au détail aux États-Unis au premier trimestre de 2017 selon le Département du commerce. Cela signifie que les ventes au détail sur Internet sont loin d’être assez importantes pour expliquer la baisse considérable d’activité des ventes au détail standard. Ainsi, nous devons nous pencher sur la stagnation des dépenses de consommation pour expliquer la situation.

Les ventes d’automobiles continuent leur déclin constant en 2017, alors que le boom de courte durée est maintenant terminé et que les prêts de style ARM se retournent et que les nouveaux acheteurs deviennent rares.

Les taux de propriétaires des États-Unis se sont effondrés depuis 2007. Plus de ménages louent, plus qu’à tout autre moment au cours des 50 dernières années.

La dette des ménages américains a atteint des niveaux non observés depuis 2008, juste avant la crise du crédit.

Ceux qui pensent aux dépenses gouvernementales pour sauver le coup devraient probablement chercher ailleurs. Près de 75% de chaque dollar d’impôt est déjà consacré aux dépenses non productives de la part du gouvernement.

Je pourrais continuer et continuer − il est tout simplement indéniable que presque tous les secteurs de l’économie américaine se contractent régulièrement par rapport aux niveaux antérieurs de 2008. Cette instabilité dans les fondamentaux finira par peser sur les marchés boursiers, les marchés obligataires, les marchés des changes, etc. Ces derniers sont le dernier vestige de l’économie américaine qui donne toujours l’apparence d’une bonne santé.

Donc il arrivera un moment, probablement plus tôt que tard, lorsque le joueur de cornemuse devra être payé et que quelqu’un devra prendre le blâme pour cet échec financier. Les banques internationales et les banques centrales ne vont certainement pas faire du bénévolat pour cela même si elles sont les véritables auteurs de notre pourrissement financier incessant. Mais comment vont-elles éviter d’en prendre la responsabilité ?

D’abord, en préparant le terrain pour un autre bouc émissaire. Comme je vous ai prévenu des mois avant les élections de 2016, Donald Trump est l’objectif idéal pour une redirection du blâme pour un accident du marché. Il a même essayé avidement de prendre le crédit de la bulle actuelle du marché, ce qui rendra plus facile pour les banques de lui coller le blâme lorsque tout l’édifice s’effondrera.

Deuxièmement, en détournant l’attention publique de l’effondrement économique, en présentant une menace apparemment plus grave.

En Syrie, cela s’est transformé en conflit potentiel avec le gouvernement syrien, l’Iran et la Russie. L’establishment pourrait à tout moment initier une tentative de changement de régime. Pas nécessairement dans l’intention de virer Bashar al-Assad, mais avec l’intention de créer autant de chaos que nécessaire pour terrifier les citoyens inconscients. Alors que Donald Trump a récemment été crédité de l’intention de « mettre fin au programme de changement de régime » en Syrie en mettant fin à la formation et au financement par la CIA des « rebelles modérés », ce n’est pas équivalent à mettre fin au plan de virer al-Assad. ISIS a déménagé vers l’ouest en Europe, et maintenant, l’action directe contre al-Assad par les gouvernements occidentaux est plus probable. Le gouvernement turc a récemment divulgué les sites de multiples bases américaines en Syrie, ce qui indique que les troupes resteront sur le terrain et que ce pays fracturé continuera sur la même voie d’instabilité.

Le prochain scénario le plus probable pour cette distraction est la Corée du Nord. Avec le dernier test de missiles ICBM de la Corée du Nord, la menace perçue par les États-Unis est maintenant très forte. L’idée de la Corée du Nord frappant le cœur de l’Amérique avec une arme nucléaire est suffisante pour beaucoup de gens pour rationaliser des opérations de frappe [préventive …, NdT] des États-Unis. Cela dit, une invasion de la part des États-Unis n’a aucun sens. Toute frappe de la Corée du Nord serait signe d’un anéantissement nucléaire immédiat ; Ce qui signifie qu’une invasion au sol pour « prévenir » une attaque n’est pas nécessaire et pourrait provoquer une réponse nucléaire plutôt que la désamorcer. Bien sûr, il est probable que le but avec la Corée du Nord n’est pas d’empêcher un événement nucléaire, mais de catalyser à nouveau le chaos et la confusion alors que l’économie mondiale et, plus important encore, l’économie américaine s’enfonce un peu plus loin.

Le gouvernement américain vient d’émettre une interdiction de voyager en Corée du Nord à partir du 1er septembre. Ils ont demandé à tous les Américains en visite dans le pays de partir immédiatement.

Ensuite, les tensions russes atteignent un nouveau stade, alors que le Sénat des États-Unis a adopté de nouvelles sanctions basées uniquement sur un ouï-dire fabriqué, et que Donald Trump me prouve à nouveau une fois de plus avec sa signature sur ces mêmes sanctions, qualifiant la loi d’« imparfaite » qu’il coopère ouvertement avec le programme de l’establishment. Jusqu’à présent, la réaction russe a été d’expulser des centaines de diplomates américains et de prévenir que les sanctions constituent le début d’une « guerre commerciale ».

Mes lecteurs savent bien que, d’après les preuves, je considère le conflit Est-Ouest comme farfelu et théâtral, mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura pas de conséquences réelles pour les « petites gens » pris sous le feu croisé de l’ingénierie. Je crois que cela va culminer non pas dans une guerre à balle réelle, mais dans une guerre économique. Alors que les financiers internationaux ont construit notre économie de bulle et bénéficieront de son échec, ce seront les nations de l’Est (et Trump) qui endosseront une grande partie de la responsabilité pour la destruction de ces bulles.

Enfin, un niveau inconfortable de discorde a été déclenché le mois passé entre l’Inde et la Chine, les deux puissances nucléaires, sur un conflit frontalier dans une vallée éloignée reliant l’Inde à son allié, le Bhoutan. Je pense que cela va entraîner une tension diplomatique, mais pas nécessairement une guerre ouverte. Malheureusement, le point de déclenchement est prêt à être exploité par les globalistes chaque fois qu’ils ont besoin d’une plus grande distraction. Et, bien sûr, une guerre entre deux des plus grandes économies du monde causerait des ravages absolus et constituerait un excellent détournement pour un choc financier déjà mis en branle par les banques internationales.

Je ne vois pas le timing de l’augmentation des tensions géopolitiques en 2017 comme une coïncidence. Il me semble que ces événements sont parfaitement organisés avec une distraction maximale car nous atteignons le sommet de ce qui sont peut-être les plus grandes bulles du marché actions et des obligations de l’histoire moderne. L’efficacité de ces diversions dépendra de la capacité des défenseurs de la liberté à garder nos dents analytiques enfoncées dans la jugulaire de l’élite de l’establishment, ainsi que notre capacité à rappeler au public que ces conspirateurs sont de vrais criminels derrière nos problèmes à l’échelle nationale et internationale. Plus l’extrême catastrophe sera géopolitique, plus les gens seront effrayés et plus nous serons forcés de faire notre travail. Connaissant le niveau de difficulté impliquant la prévention de la terreur et de la folie de la foule, ce n’est pas une lutte que j’attends avec impatience.

Brandon Smith

 

http://lesakerfrancophone.fr/les-tensions-geopolitiques-sont-concues-pour-distraire-le-public-du-declin-economique

 

Vidéo] TV5MONDE : Nicolas Maduro, dictateur ou victime d’un complot ?

Entretien avec Maurice Lemoine, ex-rédacteur en chef du Monde Diplomatique, spécialiste de l’Amérique Latine.

Depuis le mois d’avril Venezuela s’enfonce dans la crise. La communauté internationale a condamné d’une seule et même voix les agissements du président Nicolas Maduro. Plus de 100 personnes ont perdu la vie lors d’affrontements au Venezuela, ces quatre derniers mois. Le pays a-t-il rompu avec la démocratie, et le président Maduro est-il devenu un dictateur ? Maurice Lemoine nous livre son analyse de cette crise.

Journaliste et ancien rédacteur en chef du Monde diplomatique, Maurice Lemoine couvre l’Amérique Latine depuis plus de quarante ans. Derniers ouvrages parus : “Chávez Presidente !”, « Sur les eaux noires du fleuve », “Cinq cubains à Miami” et “Les enfants cachés du général Pinochet

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie nullement que nous « soutenons » le Président Maduro. Par principe, nous ne « soutenons » aucun gouvernement nulle part sur la planète. Nous sommes au contraire vigilants, tout gouvernement devant, pour nous, justifier en permanence qu’il ne franchit aucune ligne jaune. Mais nous sommes évidemment également attachés à lutter contre le deux poids 2 mesures, et à présenter tous les faits. Au final, notre vision est que le peuple vénézuelien puisse choisir librement et démocratiquement son avenir, sans ingérences extérieures, et nous condamnons toutes les atteintes aux Droits de l’Homme des deux camps…

10 réponses à [Vidéo] TV5MONDE : Nicolas Maduro, dictateur ou victime d’un complot ?

Pour lire les 10 réponses cliquez sur le lien !http://www.les-crises.fr/video-tv5monde-nicolas-maduro-dictateur-ou-victime-dun-complot/

Les dessous de la disparition de la guerre secrète de la CIA en Syrie à un milliard de dollars

21
Août
2017

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

WASHINGTON — L’une des missions secrètes de la CIA, parmi les plus chères de son histoire, a connu une fin brutale.

Au cours d’une réunion à la Maison-Blanche au début du mois dernier, Mike Pompeo, le directeur de la CIA, a recommandé au président Trump d’arrêter d’armer et d’entraîner les rebelles syriens, un effort poursuivi durant quatre années. Le président a rapidement mis fin au programme.

L’armée rebelle était alors une coquille vide après plus d’une année passée sous les bombardements de l’aviation russe et confinée dans des recoins de la Syrie, de plus en plus réduits, que les troupes gouvernementales n’avaient pas encore reconquis. Pendant des années, des voix se sont élevées, au sein du Congrès, pour protester contre les coûts engagés – plus d’un milliard de dollars sur toute la durée du programme. En outre, des rapports selon lesquels des armes fournies par la CIA avaient fini entre les mains d’un groupe rebelle lié à al-Qaïda ont davantage sapé le soutien politique apporté à ce programme.

Même si M. Trump a été l’objet de critiques avançant qu’il mettait fin au programme dans le but d’acheter ainsi les faveurs du président russe Vladimir Poutine, le soutien apporté aux rebelles était jugé douteux aussi bien sous la présidence de Trump que sous celle d’Obama – une convergence d’opinions rare sur la politique de sécurité intérieure.

Le programme de la CIA, était l’un des plus chers soutien en armes et en entraînement à des rebelles depuis le programme de soutien de l’agence aux moudjahidin en Afghanistan dans les années 80. Son arrêt a contraint à un bilan de ses réussites et de ses échecs. Ses opposants disent que ce programme a été aventureux, cher et inefficace. Ses partisans, qu’il était trop encadré, et que ses réussites sont remarquables, au vu des restrictions imposées à l’administration Obama dès le début, ce qui, arguent-ils, est la cause de son échec.

Le programme a eu ses heures de réussite, notamment en 2015 avec l’usage par les rebelles de missiles antichars fournis par la CIA, et les forces dirigées par l’Arabie saoudite en Syrie du Nord. Mais fin 2015, l’offensive militaire russe en Syrie était ciblée principalement sur les combattants soutenus par la CIA qui faisaient face aux troupes gouvernementales syriennes. Beaucoup de combattants y trouvèrent la mort, et le sort de l’armée rebelle s’est inversé.

Charles Lister, un expert de la Syrie auprès de l’institut du Moyen-Orient, dit ne pas être surpris de la fin par l’administration Trump du programme, qui a armé et entraîné des milliers de rebelles syriens. (En comparaison, un programme du Pentagone à 500 millions de dollars qui visait à entraîner et équiper 15 000 rebelles syriens pendant 3 ans, fut annulé en 2015 après n’avoir rendu opérationnels que quelques dizaines de combattants.)

« Sous bien des angles, je blâmerais l’administration Obama », a déclaré M. Lister à propos du programme de la CIA. « Ils ne lui ont jamais accordé les ressources ou l’espace nécessaires pour changer la dynamique du champ de bataille. Ils approvisionnaient les groupes d’opposition au compte-gouttes, juste assez pour qu’ils survivent, mais jamais de quoi leur donner l’avantage. »

M. Trump a critiqué publiquement le programme de soutien par deux fois après l’avoir arrêté. Après que le Washington Post a fait part de son arrêt pour la première fois, M. Trump a tweeté qu’il mettait fin à des « paiements considérables, dangereux et inefficaces aux rebelles syriens combattant Assad ». Et pendant une interview au Wall Street Journal le mois dernier, le président a évoqué que nombre d’armes fournies par la CIA ont fini dans les mains « d’al-Qaïda » – probablement une référence au front al Nosra, affilié à al-Qaïda, qui a souvent combattu au côté des rebelles soutenus par la CIA.

Michael V. Hayden, ancien directeur de la CIA, a déclaré que les commentaires du président « pourraient freiner l’agence au vu des réactions qu’ils pourraient craindre de sa part lors de futures actions clandestines. »

Le général Raymond A. Thomas III, commandant des opérations spéciales pour les États-Unis, a quant à lui déclaré lors d’une conférence le mois dernier que l’arrêt du programme de la CIA était « une décision dure, vraiment dure. »

« Du moins pour ce que je sais de ce programme et de la décision d’y mettre fin, il ne s’agit absolument pas d’une concession faite aux Russes », a-t-il dit. « Je crois que la décision a été prise sur la base d’une évaluation de la nature du programme, sur ce que nous essayons de faire là-bas, et la viabilité de continuer. »

Un porte-parole de la CIA n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Le Président Barack Obama avait donné son accord à contre-cœur à ce programme en 2013, alors que l’administration se débattait pour mettre un coup d’arrêt à la dynamique prise par les forces gouvernementales loyales au président Bachar el Assad. Il fallut après cela peu de temps pour que le programme soit victime des alliances mouvantes de six ans de guerre civile et de la visibilité réduite dont disposaient les militaires et les renseignements américains sur la réalité du terrain.

Une fois entraînés par la CIA, les combattants traversaient la frontière syrienne, et devenaient difficiles à contrôler par la CIA. Que des armes de la CIA finissent entre les mains de combattants d’al-Nosra – et que certains rebelles eux-mêmes rejoignent ce groupe – a étayé les craintes que beaucoup dans l’administration Obama exprimaient dès le début du programme. Quoique le front Al Nosra fût considéré comme une force combattante efficace contre les troupes d’Assad, son affiliation à al-Qaïda rendait impossible à l’administration Obama de le financer directement.

Les responsables du renseignement américain estiment que le front al-Nosra dispose à présent de 20 000 combattants en Syrie, en faisant le plus grand groupe affilié à al-Qaïda. À la différence d’autres groupes affiliés à al-Qaïda comme par exemple « Al-Qaïda péninsule arabique », le front al-Nosra a longtemps gardé en ligne de mire le combat contre le gouvernement syrien, et non pas la mise au point d’attentats terroristes aux États-Unis et en Europe.

Les officiels américains s’expriment sur le sujet sous couvert d’anonymat, pour ne pas être pris à discuter d’un programme classé secret.

À l’été 2012, David H. Petraeus, alors directeur de la CIA, proposa pour la première fois un programme clandestin d’armement et d’entraînement aux rebelles, au moment où les forces gouvernementales syriennes leur rendaient la vie dure.

La proposition avait alors lancé le débat au sein de l’administration Obama, certains des conseillers les plus haut placés de M. Obama arguant de ce que le chaos du champ de bataille syrien rendrait quasiment impossible de s’assurer que les armes de la CIA restent éloignées des mains de groupes militants comme le front al-Nosra. M. Obama rejeta le programme.

Mais il changea d’avis l’année suivante, et signa une circulaire autorisant la CIA à armer et entraîner clandestinement de petits groupes de rebelles sur des bases situées en Jordanie. Le changement d’avis du président fit suite à un lobbying intense de la part de dirigeants étrangers, notamment le roi Abdullah II de Jordanie et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui demandaient que les États-Unis jouent un rôle plus actif pour mettre fin au conflit.

Le programme secret, dont le nom de code choisi fut Bois de Sycomore, commença lentement, mais en 2015, les rebelles soutenus par la CIA avaient fait des progrès importants contre les forces syriennes, prenant pied dans des zones du pays jusqu’alors considérées comme bastions gouvernementaux. L’offensive avait gagné en dynamisme après que la CIA et l’Arabie saoudite se mirent à distribuer les puissantes armes antichar aux groupes rebelles.

Mais la poussée des rebelles sur les provinces d’Idlib, Jama et Latakia en Syrie du nord créèrent également des problèmes à Washington. Le front al-Nosra, combattant souvent aux cotés des rebelles financés par la CIA, faisait ses propres conquêtes territoriales.

M. Poutine prit les conquêtes d’al-Nosra comme une justification pour l’attaque militaire russe sur la Syrie, qui commença en 2015. La campagne russe, qui bombarda sans relâche les combattants financés par la CIA et les militants d’al-Nosra, frappa fort les rebelles, et les mit en déroute.

Le programme subit également d’autres revers. L’armement et l’entraînement des rebelles se déroulaient en Jordanie et en Turquie, et à un moment les officiers de renseignement jordaniens se mirent à voler et à revendre sur le marché noir les armes que la CIA avaient apportées sur le territoire à destination des rebelles syriens. En novembre, un membre des forces militaires jordaniennes tua par arme à feu trois soldats américains qui avaient entraîné des rebelles syriens dans le cadre du programme de la CIA.

Les officiels de la Maison-Blanche reçurent également régulièrement des rapports, selon lesquels les rebelles entraînés par la CIA exécutaient sommairement les prisonniers et violaient de diverses façons les règles des conflits armés. Il pouvait arriver que les rapports amènent à une suspension de la coopération de la CIA avec les groupes soupçonnés de mal agir.

John O. Brennan, dernier directeur de la CIA sous Obama, continua de défendre bec et ongles le programme, malgré les divisions au sein de l’agence d’espionnage sur son efficacité. Mais au cours de la dernière année de l’administration Obama, le programme avait perdu de nombreux soutiens à la Maison-Blanche – en particulier après que la priorité numéro 1 en Syrie de l’administration devint de battre l’État Islamique, également appelé ISIS ou ISIL, et non plus de mettre fin au gouvernement de M. Assad.

Au cours d’une réunion dans la salle de crise de la Maison-Blanche, sur la fin de l’administration Obama, alors que les rebelles financés par la CIA continuaient de perdre du terrain face aux bombardements russes qui allaient en s’amenuisant, M. Brennan insista pour que les États-Unis poursuivent le financement contre M. Assad, d’après une personne présente à cette réunion.

Mais Susan E. Rice, la conseillère en sécurité nationale, répliqua « Ne faites pas d’erreur », toujours d’après la personne qui relate cette réunion. « La priorité du président est de combattre l’EI. »

Soutenues par l’aviation russe, les forces gouvernementales syriennes reprirent peu à peu du terrain près de la frontière turque, dans des zones longtemps restées sous contrôle des rebelles et finirent par repousser nombre de rebelles jusqu’à la ville assiégée d’Alep.

Alep fut reprise par les forces gouvernementales syriennes en décembre.

Eric Schmitt, Matthew Rosenberg et Matt Apuzzo ont participé à cette enquête.

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

http://www.les-crises.fr/les-dessous-de-la-disparition-de-la-guerre-secrete-de-la-cia-en-syrie-a-un-milliard-de-dollars/

 

3 réponses à Les dessous de la disparition de la guerre secrète de la CIA en Syrie à un milliard de dollars

  1. Kazhim Le 21 août 2017 à 06h29

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    Ce qui est marrant dans tout cela c’est que l’éthique ou la moral n’interviennent jamais dans ce cas de figure, non, c’est toujours une question d’argent.

    Pour moi cela illustre parfaitement l’absence de valeur humaine, et le culte de l’argent. Qu’attendre d’un pays pareil, le pire toujours

  2. relc Le 21 août 2017 à 07h13

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    « Le programme a eu ses heures de réussite, notamment en 2015 avec l’usage par les rebelles de missiles antichars fournis par la CIA, et les forces dirigées par l’Arabie saoudite en Syrie du Nord. »

    lire

    … notamment en 2015 quand les rebelles, faisant usage de missiles anti-chars fournis par la CIA et aussi par l’Arabie saoudite, ont mis en déroute les forces gouvernementales en Syrie du Nord.

    “… including in 2015 when rebels using tank-destroying missiles, supplied by the C.I.A. and also Saudi Arabia, routed government forces in northern Syria.”

  3. bobo1414 Le 21 août 2017 à 08h08

    Afficher/Masquer

    Il pouvait arriver que les rapports amènent à une suspension de la coopération de la CIA avec les groupes soupçonnés de mal agir.Si ca n etait pas aussi tragique cette phrase me ferait vraiment sourrire, le jour ou la CIA aura ce genre de raisonnement moral je crois que ca ne s appellerra plus CIA

Steve Bannon, l’impénitent

http://lesakerfrancophone.fr/steve-bannon-impenitent


Par Robert Kuttner − 16 août 2017 − Source prospect.org via noeud-gordien.fr

Note d’Alexis Toulet

Un document inattendu et un aperçu intéressant des luttes d’influence internes, de la désunion et pour tout dire du bricolage dans le plus proche entourage de Donald Trump.

Ou quand le stratège de Trump, ancien président de Breitbart News et homme d’influence très fortement marqué à droite Steve Bannon téléphone à l’éditeur d’un journal de gauche pour expliquer ses luttes contre ses adversaires politiques dans l’entourage du président américain, dans l’espoir apparent de s’en faire un allié (?!) et sans se préoccuper apparemment le moins du monde qu’il le mette bien évidemment sur la place publique.

Naïveté – difficile à imaginer de la part d’un homme de médias comme Bannon, reflet de bricolages d’un conseiller mis en accusation suite au meurtre de Charlottesville, volonté de faire pression sur Trump ou billard politique à douze bandes ?

Robert Kuttner a reçu un coup de téléphone peu ordinaire l’après-midi du 15 août. Co-éditeur de Prospect, revue américaine de gauche s’intéressant en priorité aux politiques publiques, il ne s’attendait probablement pas à ce que Steve Bannon, le conseiller politique du président Trump, demande à avoir cette longue conversation, qu’il a bien sûr retranscrite dans un article sur le site du magazine, Bannon n’ayant à aucun moment demandé à ce que leur entretien reste « off the record », c’est-à-dire privé.

Kuttner ne semble pas en être tout à fait revenu, et se perd en conjectures sur les motivations du conseiller présidentiel, mis en difficulté suite au meurtre d’une manifestante par un néo-nazi à Charlottesville le 12 août. Voici une traduction de son compte-rendu de la conversation :

Le stratège de Trump, mis en difficulté, prend l’initiative de me téléphoner pour discuter de la Chine, la Corée, et de ses ennemis à l’intérieur de l’administration.
Vous pourriez imaginer, vu les récentes nouvelles, que Steve Bannon est le dos au mur et donc se comporte prudemment. Après les événements de Charlottesville, beaucoup le mettent en cause pour l’indulgence constante de son patron envers les suprématistes blancs. Les alliés du conseiller à la sécurité nationale H.R. Mac Master tiennent Bannon pour responsable d’une campagne contre lui de Breitbart News, que Bannon a autrefois dirigé. La défense de Bannon par Trump à sa conférence de presse de mardi était tiède.

Mais Bannon était d’excellente humeur quand il m’a téléphoné mardi après-midi pour discuter la politique de la ligne dure contre la Chine, et il n’a pas mâché ses mots pour décrire ses efforts pour neutraliser ses rivaux aux ministères de la Défense, des Affaires étrangères et du Trésor public. « Ils se font dessus », disait-il, avant de détailler comment il évincerait certains de ses opposants aux Affaires étrangères et à la Défense.

Il va sans dire que j’étais un peu étonné de recevoir un courriel de l’assistant de Bannon mardi midi, au moment même où se déchaînait une nouvelle fois l’enfer au sujet de Charlottesville, disant que Bannon voulait me rencontrer. Je venais de publier un article sur la manière dont la Chine profitait de la dispute nucléaire États-Unis – Corée du Nord, avec quelques mots doux pour son patron.

« Trump a trouvé son égal en Kim. Le risque que deux idiots arrogants en arrivent à un échange nucléaire est plus grave qu’à aucun moment depuis octobre 1962 ». Peut-être Bannon voulait-il me crier dessus ?

J’ai dit à son assistant que j’étais en vacances, mais que je serais heureux de parler au téléphone. Bannon appela tout de suite.

Bien loin de me passer un savon pour avoir comparé Trump à Kim, il commença:

C’est un grand honneur de finalement vous mettre la main dessus. J’ai suivi vos écrits depuis des années et je crois que vous et moi pensons la même chose au sujet de la Chine. Vous l’avez très bien dit.

Nous sommes en guerre économique contre la Chine. C’est dans toute leur littérature. Ils ne se privent pas de dire ce qu’ils font. L’un de nous sera un hégémon dans 25 à 30 ans, et les choses continuent comme maintenant ce sera eux. La Corée, c’est juste eux qui nous font danser. C’est une distraction.

Bannon dit qu’il pourrait accepter un accord où la Chine s’arrange pour que la Corée du Nord gèle son armement nucléaire avec des inspections tandis que les États-Unis retirent leurs troupes de la péninsule, mais qu’un tel accord semble improbable. Étant donné qu’il n’y a guère de chance que la Chine aille plus loin sur le sujet, et que la logique de la dissuasion est en elle-même une source de modération, Bannon ne voit aucune raison de se priver de sanctions commerciales dures contre la Chine.

A l’encontre de Trump menaçant « feu et colère », Bannon affirme :

Il n’y a aucune solution militaire [aux menaces nucléaires de la Corée du Nord], vous pouvez l’oublier. A moins que quelqu’un ne résolve ce terme de l’équation qui me montre que dix millions de personnes à Séoul meurent dans les 30 premières minutes par armes conventionnelles, je ne sais pas de quoi vous parlez, il n’y a pas de solution militaire, ils nous tiennent.

Bannon poursuivit par une description de sa bataille au sein de l’administration pour une ligne plus dure contre le commerce chinois, et afin de ne pas tomber dans un piège consistant à penser que les plaintes au sujet du comportement commercial de la Chine devraient passer au second plan dans l’espoir que la Chine jouant les honnêtes courtiers aiderait à modérer Kim.

Pour moi, la guerre économique contre la Chine est tout. Et nous devons nous concentrer là-dessus comme des maniaques. Si nous continuons à perdre, nous sommes à cinq ans, je dirais au maximum dix ans, de passer un point d’inflexion dont nous ne nous relèverons jamais.

Le plan d’attaque de Bannon inclut : une plainte basée sur la Section 301 du Trade Act de 1974 contre la coercition chinoise au transfert de technologie exercée sur les entreprises américaines faisant des affaires là-bas, et d’autres plaintes contre le dumping en matière d’acier et d’aluminium.

Nous allons mener la vie dure à ces gars. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’ils sont en guerre économique, et ils nous écrasent.

Mais qu’en est-il de ses adversaires internes, aux Affaires étrangères et à la Défense, qui pensent que les E.U. peuvent s’assurer l’aide de Pékin dans l’affrontement avec la Corée du Nord, et au Trésor public et au conseil économique qui ne veulent pas toucher au système du commerce ?

« Oh, ils se font dessus », et d’expliquer que la plainte Section 301, suspendue quand a commencé la guerre de menaces avec la Corée du Nord, n’a été mise de côté que temporairement, et sera réactivée dans trois semaines. Quant aux autres ministères, Bannon a de grands projets pour marginaliser leur influence.

Je change les gens à la Défense en Asie orientale, j’y mets des faucons. Je fais virer Susan Thornton [chef intérimaire des Affaires est-asiatiques et pacifiques] aux Affaires étrangères.

Mais Bannon peut-il vraiment gagner cette lutte interne ?

Je la gagne tous les jours. Et nous continuons à nous battre. Il y Gary Cohn du Trésor et Goldman Sachs qui font du lobbying. 1

Il faut qu’on y arrive. La position par défaut du président c’est celle-là, mais c’est l’administration qui est prise de folie. Comprenez-moi bien. Je veux dire tous les jours.

Bannon expliquait que sa stratégie est de se battre contre les colombes de la politique commerciale en interne, tout en construisant à l’extérieur une coalition de faucons en matière commerciale, qu’ils soient de gauche ou de droite. D’où son coup de fil.

Il y a deux ou trois choses stupéfiantes à ce principe d’action. Premièrement, sachant que la plupart des opposants à la stratégie commerciale de Bannon contre la Chine sont d’autres responsables de l’administration Trump, il n’est pas clair comment en appeler à l’aide de la gauche. Cela donnerait plutôt à ses adversaires des arguments pour le taxer de manque de fiabilité et de déloyauté.

Plus étonnant, le fait que Bannon téléphone à l’éditeur d’une revue progressiste – dont les deux premières couvertures après l’élection de Trump étaient « Résister à Trump » et « Contenir Trump » – et s’imagine qu’une possible convergence de vues sur le commerce avec la Chine pourrait compenser le fossé politique et moral au sujet du nationalisme blanc.

Jamais la question n’a été posée si la conversation était privée ou non. Cela aussi est ahurissant, car Steve Bannon n’est pas exactement un agneau sans défense quand il s’agit des relations avec la presse. C’est sans doute la personne qui maîtrise le mieux les médias en Amérique.

J’ai interrogé Bannon sur le rapport entre son programme de nationalisme économique et l’affreux nationalisme blanc incarné par la violence raciste à Charlottesville et la réticence de Trump à la condamner. Après tout, Bannon était l’architecte de la stratégie consistant à utiliser Breitbart pour chauffer le nationalisme blanc, puis à s’appuyer sur l’extrême-droite comme base pour Trump. 2

Il a rejeté l’extrême-droite comme hors de propos et esquiva son propre rôle de la cultiver :

L’ethno-nationalisme, ce sont des perdants. C’est une frange. Je pense que les médias jouent trop dessus, et nous devons l’écraser, euh l’écraser davantage.

Ces types, c’est une collection de clowns.

De sa bouche, à l’oreille de Trump.

Les Démocrates, plus longtemps ils font de la politique d’identités, mieux je les coince. Je veux qu’ils parlent de racisme tous les jours. Si la gauche se concentre sur race et identité, et nous sur le nationalisme économique, nous pourrons écraser les Démocrates.

Je n’avais jamais parlé avec Bannon avant. J’ai retiré de la conversation l’impression d’un homme à la fois futé et déchaîné. L’eau monte autour de lui, mais il continue ses combats internes, et tente de se faire d’improbables alliés extérieurs pour promouvoir sa stratégie chinoise. Ses ennemis en feront ce qu’ils en feront.

Soit les nouvelles de menaces sur la position de Bannon sont grossièrement exagérée par ses rivaux, soit il a décidé de ne pas changer sa routine et de tomber en combattant. Vu l’impulsivité de Trump, ni Bannon ni Trump ne savent vraiment d’un jour au suivant si Bannon restera ou partira. Il a survécu à d’autres menaces. Alors au diable les torpilles.

La conversation s’est terminée par une invitation de Bannon à la Maison Blanche après la Fête du Travail 3 pour continuer la discussion sur la Chine et le commerce.

On verra s’il y est encore.

Robert Kuttner

Traduit par Alexis Toulet

Notes

  1. Goldman Sachs, faire du lobbying dans le sens du nationalisme économique, au risque de troubler les règles du libre-échange international ? Il est permis de penser que Steve Bannon s’illusionne quelque peu.
  2. Difficile d’imaginer avec Robert Kuttner que la base électorale de Trump serait constituée principalement de nationalistes racistes. Le président américain conserve depuis trois mois un soutien globalement stable à 40% de la population américaine, contre 55% d’opposants, comme le montre cet agrégateur de sondages. Il n’est fort heureusement pas vrai que 40% de la population américaine serait constituée de racistes, sinon le rassemblement des néo-nazis et autres klansmen à Charlottesville aurait réuni des millions de personnes, plutôt que quelques centaines.
  3. Aux États-Unis, le 4 septembre

 

Revue de presse nationale et internationale.

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