Archives pour la catégorie Ukraine

D’Ukraine et d’Afghanistan

D’Ukraine et d’Afghanistan

22 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Etats-Unis, #Russie, #Asie centrale

Parmi les nombreux enseignements du sommet des BRICS à Xiamen début septembre, il est une perle que nous n’avions pas rapportée. De la bouche même de Vladimirovitch :

Interrogé sur l’éventuelle décision américaine de fournir des armes létales au régime de Kiev, Poutine a répondu en termes délicieusement ambigus que les républiques autoproclamées de Donestk et Lugansk pourraient à leur tour vendre des armes sur des théâtres d’opération où les Etats-Unis sont présents. Traduction : Si vous armez l’Ukraine, nous armons les Talibans. Mauvaise nouvelle pour Washington qui a justement décidé en août l’augmentation (légère, soyons justes) du contingent militaire dans le Royaume de l’insolence

On se demande d’ailleurs ce que ces 3 900 soldats changeront alors que la guerre afghane est plus ou moins perdue pour l’empire comme nous l’expliquions au printemps :

Peut-on imaginer une victoire talibane totale dès cette année ? Russes, Chinois et Pakistanais s’y sont plus ou moins préparés, on l’a vu. Les généraux américains sont pessimistes et, impuissants, expliquent leur défaite en accusant comme d’habitude Moscou, bouc-émissaire universel. Pour notre part, restons prudents : 2017 semble un peu juste pour voir le royaume de l’insolence tomber totalement aux mains des enturbannés. Les enclaves gouvernementales sont puissamment protégées et certaines provinces échappent encore presque entièrement aux Taliban.

Néanmoins, l’issue finale du conflit ne fait guère de doute et il sera très intéressant de voir ce que fera l’administration Trump, actuellement dans une impasse. La guerre n’est plus gagnable et coûte aux Etats-Unis 44 Mds de $ chaque année, ce qui est une hérésie pour un président obsédé, sincèrement pour le coup, par l’endettement et les gaspillages. D’un autre côté, le Donald vit par l’image et ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a « perdu la guerre d’Afghanistan » et ordonné le retrait pur et simple des troupes US. Dilemme qui empoisonne chaque jour un peu plus Washington.

Le tombeau des empires a encore frappé. Après Gengis Khan (dont les hordes invincibles y avaient connu leur seule défaite et avaient dû s’y reprendre à deux fois), les Britanniques victoriens et l’Armée rouge, les Américains l’apprennent maintenant à leurs dépens…

Devant l’inexorable avancée talibane, le gouvernement afghan et son parrain américain pourraient curieusement, et en désespoir de cause, faire leur une stratégieà la Bachar. A partir de 2012, face à la montée des groupes modérément modérés et au morcellement du territoire syrien, Damas avait renoncé à assurer la sécurité sur la totalité du pays pour se concentrer sur les axes/villes importants, laissant le reste aux djihadistes qui n’allaient d’ailleurs pas tarder à s’entre-dévorer.

Cela fonctionnera-t-il en Afghanistan ? Rien n’est moins sûr… Contrairement aux « rebelles » syriens, les Talibans sont unis et mus par la certitude de leur légitimité nationale. S’ils ne reçoivent pas d’aide extérieure, Kaboul n’en reçoit pas plus (l’appui américain ne représente qu’une parcelle de l’énorme soutien irano-russe dont Assad a bénéficié). Si en plus le Kremlin – « les républiques de Donetsk et de Lugansk » pour reprendre le langage diplomatique de Poutine – menace maintenant d’armer les Talibans…

On comprend dans ces conditions que Washington se sente une soudaine envie de « coopérer » avec Moscou en Afghanistan, ce qui n’a pas manqué de provoquer les sarcasmes de la diplomatie russe :

« Les sanctions, ce sont les Américains qui les ont introduites. Vous devez les lever si vous voulez coopérer avec nous »

Quant aux livraisons à Kiev, auxquelles le Donald semble naturellement opposé, c’est le flou le plus total. Toujours pas d’armes létales avait affirmé Mattis fin août, contredit maintenant par Chocochenko mais qui parle seulement de radars de DCA et de surveillance en mer (l’abominable Poutine des neiges préparerait-t-il une invasion amphibie ?) La rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas apporté plus de réponses.

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMondeen perd son latin :

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

En tacticien hors pair, c’est le moment que choisit le Kremlin pour lancer une proposition sous forme de bombe, qui n’étonnera cependant pas le fidèle lecteur de nos Chroniques : le déploiement de casques bleus dans l’est de l’Ukraine, le long de la ligne de front. Poroclown ne s’y trompe pas, dénonçant « la volonté de la Russie de légaliser la situation et de geler le conflit à jamais ». Nous expliquions cette stratégie il y a déjà plus de deux ans, parfois dans l’incompréhension générale non seulement de la presstituée officielle mais aussi de nombre de sites d’info alternative :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

– récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.

créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire : son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats.

Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Il y est arrivé… L’actuelle proposition de déploiement de casques bleus est la conséquence logique de cette brillante stratégie au long cours ; acceptée, elle ruinerait toute possibilité pour l’OTAN d’accueillir l’Ukraine en son sein et de s’étendre vers l’Est afin d’atteindre la frontière russe. La junte ukie et le Deep State impérial l’ont bien compris, qui enragent et feront tout pour torpiller le projet. Pas sûr cependant qu’ils soient en position de force face au simple principe de réalité.

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/d-ukraine-et-d-afghanistan.html

Publicités

Ukraine: la liberté de religion est menacée

Ukraine: la liberté de religion est menacée

Région :
Analyses:
 


Malgré l’indépendance réciproque des Églises et de l’État, les liens informels entre les deux sphères demeurent importants. Naturellement, les religions, qui proposent de « grandes options ultimes », se préoccupent de la vie des hommes sous tous ses aspects : culturels, moraux, sociaux, économiques. Il n’y en a rien de surprenant. Mais l’Eglise n’est pas légitime d’agir comme un parti en vue de reconquérir ou participer à l’exercice du pouvoir. Toutefois, il arrive souvent qu’elle est utilisée comme un instrument de guerre politique.

Quand les désaccords religieux deviennent politisés

L’Eglise forme aussi la conscience des citoyens, engage à la solidarité et à l’amour de la patrie. L’une de ses missions consiste à réconcilier le pays. Ce qui est d’ailleurs difficile si l’Eglise est divisée elle-même, comme c’est le cas en Ukraine.

Ce pays, qui compte environ 25 millions d’orthodoxes, est représenté par plusieurs Eglises de cette confession. L’Eglise orthodoxe du Patriarcat de Moscou constitue la principale d’entre elles et demeure toujours sous l’autorité de la Russie en dépit d’un certain statut d’autonomie acquis en 1990. La deuxième est l’Eglise orthodoxe ukrainienne du Patriarcat de Kiev qui est née en 1992 d’un schisme avec celle de Moscou. Elle n’est pas reconnue par le monde orthodoxe.

La révolution de 2014 a certainement aggravé le clivage entre l’Église ukrainienne du Patriarcat de Moscou et celle du Patriarcat de Kiev. Selon le politologue et philosophe ukrainien Mikhaïl Minakov, la «révolution de la dignité» a abouti à une corruption éhontée, à un nationalisme militant et au déclin des libertés. Il s’agit également de la liberté de religion. Depuis 2014, les églises rattachées au Patriarcat de Moscou ont subi un grand nombre des attaques de la part des nationalistes qui profitent des désaccords religieux pour l’utiliser comme un outil d’influence.

Un exemple parmi d’autres des violences des néo-nazis envers les croyants est l’incident qui s’est passé à Nikolayev, dans le Sud du pays. Des ultra-nationalistes ukrainiens sont venus saccager le chantier de construction d’une église orthodoxe du patriarcat de Moscou. Ils ont insulté puis frappé les croyants qui essayaient de les empêcher d’entrer sur le chantier, y compris des femmes âgées. Après avoir pénétré sur le site, ils se sont mis à détruire les fondations de la future église.

En 2016, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe s’est réunie pour examiner un rapport sur la persécution de l’Eglise orthodoxe ukrainienne qui relève du Patriarcat de Moscou. Chapelles vandalisées, incendies volontaires, agressions physiques d’ecclésiastiques. Tous ces crimes ont été enregistrés et déposés devant les membres de l’OSCE.

Mais le plus effrayant, c’est la réaction des représentants de l’Eglise du Patriarcat de Kiev et des autorités ukrainiennes. Il s’agit plutôt de la non-réaction et même de l’approbation des actes violents. De quelles valeurs démocratiques parle-t-on dans le pays où les religieux approuvent l’agression contre les croyants? L’Union Européenne a vraiment de quoi interroger les autorités ukrainiennes.

Il est évident que les violations du droit à la liberté de religion ou de conviction non seulement déstabilisent la société ukrainienne mais aussi sapent le projet d’intégration européenne.

En effet, l’Ukraine avec ses handicaps (outre les des attaques perpétrées contre certains de ses concitoyens, elle subit une crise économique destructrice avec une chute du PIB de 18% depuis 2014) apparaît comme le voisin qu’il vaut mieux garder éloigné de soi.

Christine Benoît

News sans frontières

 

https://www.mondialisation.ca/ukraine-la-liberte-de-religion-est-menacee/5608912

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

  • Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie
    Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie | EPA

Sébastien GOBERT.

L’Ukraine a bloqué dimanche à la frontière polonaise un train transportant l’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Il tentait de rentrer dans le pays pour chercher à recouvrer la citoyenneté ukrainienne dont l’a privé le président Petro Porochenko

« Ils se comportent comme des sauvages, ils ne respectent rien ! Ils ont même le culot de bloquer un train en territoire polonais, qui n’est pas sous leur juridiction ! ». Mikhaïl Saakachvili (49 ans) parle d’une voix indignée, à la gare ferroviaire de Przemysl, près de la frontière ukrainienne. Indigné, enragé même, l’ancien président géorgien l’est depuis que Petro Porochenko l’a déchu de sa citoyenneté ukrainienne fin juillet. Une initiative qu’il dénonce comme une punition injustifiée, afin de l’écarter de la scène politique kiévienne.

Ce 10 septembre, Mikhaïl Saakachvili est aussi confus. Il avait prévu une longue marche, très médiatisée, pour rentrer de Pologne à l’Ukraine. Elle a tourné à la farce pendant la majeure partie de la journée. Son projet initial de passer la frontière en bus a été abandonné à cause de gros bras nationalistes déployés côté ukrainien. De nombreux ennemis de Mikhaïl Saakachvili ont promis des représailles physiques au cas où il rentrerait en Ukraine. Il s’est donc rabattu, avec plusieurs personnalités politiques et des dizaines de journalistes, sur un train à destination de Kiev. Un train, puis deux, qui n’ont jamais quitté la gare de Przemysl.

« Empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire »

« Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde », commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la Révolution Orange, venue en soutien de Mikhaïl Saakachvili, voit dans les mésaventures de Mikhaïl Saakachvili un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011. « Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili », confirme Moustafa Nayyem, député, un des initiateurs de la Révolution. « Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire ».

Après trois heures d’attente, la tension est montée parmi les politiciens. Le non-départ du train semblait être une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitaient pas revoir Mikhaïl Saakachvili sur leur territoire. L’excitation est aussi montée parmi les passagers du train, retardés par la situation. Si « Misha » avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha de fortes altercations qu’il a décidé de repartir en bus, vers un autre poste-frontière. À quelques kilomètres, à Medyka, c’est sans encombre que le bus a passé les contrôles côté polonais. En lui rendant son passeport, un garde-frontière prévient Mikhaïl Saakachvili : « Vous pouvez avoir des problèmes, votre passeport n’est plus valide ».

Quelques mètres plus loin, c’est en effet des problèmes qui se dressent devant le bus. La route, y compris le passage piéton, sont fermés, ceinturés par un cordon de militaires en uniforme. La longue marche de Mikhaïl Saakachvili pourrait s’arrêter ici.

 

http://www.ouest-france.fr/monde/l-ex-president-georgien-saakachvili-empeche-de-rentrer-en-ukraine-5236907?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20170911&vid=1752223&mediego_euid=1752223