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Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire », par Sonya Faure et Cécile Daumas

Source : Libération, Sonya Faure et Cécile Daumas, 06-09-2017

Pour l’historien Emmanuel Todd, la vraie fracture n’est aujourd’hui plus sociale, mais éducative. Et la démocratie est vouée à disparaître en Europe.

Il dit avoir voulu «revenir au plaisir de l’observation historique». Mais avec Où en sommes-nous ? (Seuil), l’historien et démographe Emmanuel Todd se fait aussi le chroniqueur – pessimiste – de notre actualité, qu’il entend replacer dans le temps long. «Notre modernité, écrit-il, ressemble fort à une marche vers la servitude.»

Trump, Brexit, Macron. Vous analysez les bouleversements au sein des démocraties moins comme les résultats d’une fracture sociale que d’une fracture éducative…

Nous vivons une phase décisive : l’émergence pleine et entière d’une nouvelle confrontation fondée sur les différences d’éducation. Jusqu’ici, la vieille démocratie reposait sur un système social fondé sur l’alphabétisation de masse mais très peu de gens avaient fait des études supérieures. Cela impliquait que les gens d’en haut s’adressaient aux gens simples pour exister socialement – même les dominants et même la droite. On a cru que la propagation de l’éducation supérieure était un pas en avant dans l’émancipation, l’esprit de Mai 68 finalement. Mais on n’a pas vu venir le fait que tout le monde n’allait pas faire des études supérieures : selon les pays, entre 25 % et 50 % des jeunes générations font des études supérieures, et dans la plupart d’entre eux leur nombre commence à stagner. Les sociétés ont ainsi adopté une structure éducative stratifiée. «En haut»,une élite de masse (en gros, un tiers de la population) qui s’est repliée sur elle-même : les diplômés du supérieur sont assez nombreux pour vivre entre eux. Symétriquement, les gens restés calés au niveau de l’instruction primaire se sont aussi repliés. Ce processus de fragmentation sociale s’est généralisé au point de faire émerger un affrontement des élites et du peuple. La première occurrence de cet affrontement a eu lieu en France en 1992 lors du débat sur Maastricht. Les élites «savaient», et le peuple, lequel ne comprenait pas, avait voté «non». Ce phénomène de fracture éducative arrive à maturité.

La lutte des classes sociales est remplacée par la lutte entre les classes éducatives ?

Oui, même si revenus et éducation sont fortement corrélés. La meilleure variable pour observer les différences entre les groupes est aujourd’hui le niveau éducatif. Les électeurs du Brexit, du FN ou de Trump sont les gens d’en bas (même si le vote Trump a été plus fort qu’on ne l’a dit dans les classes supérieures), qui ont leur rationalité : la mortalité des Américains est en hausse, et même si les économistes répètent que le libre-échange, c’est formidable, les électeurs pensent le contraire et votent pour le protectionnisme.

Les trois grandes démocraties occidentales ont réagi différemment à cet affrontement entre élite et peuple…

En Grande-Bretagne, il s’est passé un petit miracle : le Brexit a été accepté par les élites, et le Parti conservateur applique le vote des milieux populaires. C’est pour moi le signe d’une démocratie qui fonctionne : les élites prennent en charge les décisions du peuple. Ce n’est pas du populisme car le populisme, c’est un peuple qui n’a plus d’élites. David Goodhart, le fondateur de la revue libérale de gauche Prospect, parle de «populisme décent», une magnifique expression. Les Etats-Unis sont, eux, dans une situation de schizophrénie dynamique. Les milieux populaires, furibards et peu éduqués, ont gagné l’élection, une partie des élites l’a acceptée (Trump lui-même fait partie de l’élite économique et le Parti républicain n’a pas explosé) mais l’autre moitié de l’Amérique avec l’establishmentla refuse. C’est un pays où règne donc un système de double pouvoir : on ne sait plus qui gouverne. En France, nous sommes dans une situation maximale de représentation zéro des milieux populaires. Le FN reste un parti paria, un parti sans élites. Le débat du second tour entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron en a été la parfaite mise en scène. A son insu, Marine Le Pen a exprimé l’état de domination intellectuelle et symbolique de son électorat qui est, de plus en plus, peu éduqué, populaire, ouvrier. La dissociation entre les classes sociales est à son maximum. L’absence de solidarité entre les groupes sociaux est typique de la dissociation d’une nation.

La France insoumise est-elle une tentative de renouer le contact entre élite et peuple ?

Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon […]

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Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

74 réponses à Emmanuel Todd : « La crétinisation des mieux éduqués est extraordinaire », par Sonya Faure et Cécile Daumas

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Education • Connaissez-vous Monsieur Blanquer ?

Jean Michel Blanquer Dr

Education • Connaissez-vous Monsieur Blanquer ?

Mathieu Bock-Côté, docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada.

♦ Une tribune – excellente – publiée mercredi dernier dans le Journal de Montréal [13.09]. Son sujet ? « Un nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, est en train de réformer l’école en profondeur » (…). LFAR.


Il se passe quelque chose de très intéressant en France depuis quelques mois. Un nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel­­­ Blanquer, est en train de réformer l’école en profondeur, pour la délivrer d’un certain carcan pédagogique et l’amener à renouer avec sa véritable mission.

Son objectif ? La recentrer sur les savoirs. Faire en sorte que les enfants qui sortent de l’école sachent lire, écrire et compter. Blanquer ajoute aussi : les jeunes doivent apprendre à respecter autrui.

Il veut que l’école leur transmette le goût de la lecture, de la culture et des arts.

Excellence

C’est dans cet esprit, d’ailleurs, qu’il a décidé, de remettre 150 000 exemplaires des Fables de La Fontaine aux élèves, à la manière d’un cadeau. II s’en est expliqué ainsi : « Elles nous disent quelque chose de la vie et sont éternelles ».

Autrement dit, les classiques ne sont pas un luxe. C’est en se tournant vers les grandes œuvres qu’on peut vraiment éduquer la jeunesse.

Blanquer croit aussi à l’amour de la beauté et veut pour cela redonner sa place à la musique à l’école.

Le maître mot de la philosophie scolaire de Jean-Michel Blanquer, c’est l’excellence. C’est en partie dans cet esprit qu’il a décidé de restaurer la place du grec et du latin à l’école. Le détour par les langues anciennes permettrait de mieux comprendre le français.

Mais Jean-Michel Blanquer va plus loin. S’il est ouvert à la technologie en classe, il l’est modérément.

Il croit aussi aux vertus de vieilles méthodes toujours valables, comme la mémorisation. Dans un entretien accordé à un hebdomadaire français, tout récemment, il expliquait qu’un élève tirera un avantage certain à apprendre un poème par cœur, car il cultivera ainsi sa mémoire.

Ce propos est quasiment trans­gressif dans une époque qui présente le par cœur comme une forme d’aliénation, et qui croit que Google peut se substituer à notre mémoire. Vive l’effort !

Par ailleurs, Jean-Michel Blanquer ne croit pas à ce qu’on pourrait appeler la réussite obligatoire et gratuite : il a décidé d’autoriser à nouveau le redoublement.

Mais le ministre ne s’arrête pas là : il entend aussi cultiver les vertus civiques. Et c’est ainsi qu’il a soutenu qu’il faut aimer son pays.

Vertus

C’est à la lumière de cette vertu qu’on doit enseigner l’histoire, a-t-il soutenu il y a quelques mois, et on doit l’enseigner avec un sens certain de la chronologie. Elle apparaîtra ainsi­­­ aux jeunes générations comme une aventure collective à laquelle elles sont invitées à se joindre.

Jean-Michel Blanquer n’est pas un nostalgique du monde d’hier, quoi qu’en disent ses adversaires.

Il croit plutôt à certaines permanences, à des idées qui traversent le temps, à des vertus indémodables.

Depuis quelques décennies, un peu partout Occident, l’école a été soumise à des idéologues qui ont traité les enfants comme des cobayes sur qui il fallait mener une expérimentation sociale à grande échelle. Ils ont fait des ravages.

Il est temps de redécouvrir ce qui n’aurait jamais dû être oublié.

À quand un Jean-Michel Blanquer québécois ?

Mathieu Bock-Côté
16/09/2017

Source : La Faute à Rousseau.hautefort.com

Correspondance Polémia – 17/09/2017

Image : « Un ministre de l’Education qui compte bousculer le mammouth. ».

 

https://www.polemia.com/education-%e2%80%a2-connaissez-vous-monsieur-blanquer/

Ce que contient le livre d’entretiens du pape François et dont personne ne parle

Ce que contient le livre d’entretiens du pape François et dont personne ne parle

© ServizioFotograficoOR/CPP/CIRIC
25 février 2017 : Le pape François rencontre le sociologue français Dominique Wolton durant une audience privée à la maison Sainte-Marthe au Vatican.
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« Dieu argent », morale, miséricorde, dialogue inter-religieux… le livre d’entretiens du souverain pontife avec Dominique Wolton recèle de nombreux développements sur des sujets ignorés par les médias.

En librairie depuis le 6 septembre, Politique et société, le livre d’entretiens du pape François avec le sociologue français Dominique Wolton, fait couler beaucoup d’encre. De sa relation avec les femmes, à son discours sur les migrants, en passant par son rapport au communisme ou à sa psychanalyse, certains propos ont passionné les médias. Pourtant, des thèmes bien plus essentiels sont abordés.

Dialogue avec les chrétiens…

Ainsi, la question du dialogue avec ceux qui n’appartiennent pas à l’Église catholique prend une large place. La discussion doit d’abord se faire entre chrétiens, avec les orthodoxes et les protestants, afin de « réfléchir sur ce qui se passe aujourd’hui en Europe », « de l’Atlantique à l’Oural » selon le souverain pontife. Il estime que l’œcuménisme est indispensable « parce que l’Europe va mal ». « Il y a des valeurs communes, mais il y a aussi, dans nos dialogue inter-religieux, des questions théologiques qui sont plus spécifiques. » Ce dialogue peut réussir « en intégrant les religions dans un dialogue plus général sur l’Europe », mais aussi « sur les problèmes politiques et sociaux ».

Et avec toutes les autres religions

Convaincu que le « Vieux Continent » est multiculturel, la seule manière d’éviter le repli, selon le pape François, tient donc au dialogue au sein du christianisme, mais aussi avec l’islam et le judaïsme. Le souverain pontife plaide, non seulement, pour un dialogue avec l’islam, « mais aussi à l’intérieur de l’islam, avec les alaouites et les chiites ». Bien conscient des difficultés que cela représente, le pape François est loin d’être pessimiste sur l’évolution des relations avec les musulmans. Ainsi, il exhorte les chrétiens à se rendre dans les mosquées en justifiant que « dans certains pays d’Afrique où cette cohabitation est normale est sereine, cela existe. Pour Noël, les musulmans offrent des cadeaux aux chrétiens. Et pour la fin du ramadan, les chrétiens en offrent aux musulmans. » Il estime par ailleurs que le dialogue inter-religieux doit évidemment inclure les juifs. Selon lui, « le lieu le plus propice pour le faire en ce moment en Orient, c’est la Jordanie. Parce que c’est un pays musulman, mais avec de bonnes relations avec les juifs et avec les chrétiens. »

L’attitude de respect face aux non-croyants

Pour le souverain pontife, les chrétiens ne doivent pas oublier les non-croyants, qui « font partie de la réalité. » Pour lui, la solution ne réside pas dans le prosélytisme, car la foi est « un don de Dieu ». La solution est donc de partir de « l’expérience humaine » et de « parler de choses communes ». Une discussion qui doit s’effectuer selon le successeur de Pierre « en écoutant l’autre avec respect ». L’évêque de Rome préfère cette notion à celle de tolérance, dont il rappelle l’étymologie : tolerare en latin, c’est « supporter ». La tolérance consiste alors à « permettre quelque chose qui ne devrait pas exister », quand le respect oblige à l’amour de l’autre et à l’égalité entre les hommes.

La miséricorde, une obligation pour le croyant

Le respect de l’autre est indissociable de la miséricorde, dont il rappelle que « c’est un des noms de Dieu ». Ce « voyage qui va du cœur à la main » distingue le christianisme des autres religions. Pour le Pape, « si moi, en tant qu’individu, je n’accepte pas que Dieu soit miséricordieux, je ne suis pas croyant. » Ainsi, pour le souverain pontife, « le cœur doit être touché par la compassion, par la misère humaine, par n’importe quelle misère ». Cette forme de compassion doit alors s’incarner dans des actions concrètes, comme « rendre visite à des malades, aller en prison, faire sentir au prisonnier qu’il peut y avoir l’espoir de la réinsertion ». Pour lui, « l’Église prêche d’avantage avec les mains qu’avec les mots. » Cette miséricorde exige aussi d’être capable de s’abaisser « au niveau de l’ordre, même si l’autre est supérieur ». Cette humilité est nécessaire pour bâtir des relations humaines, qui exigent l’égalité entre les hommes.

L’Église est morale, mais n’est pas une morale

Derrière cette volonté du pape de voir la miséricorde se traduire en action, il y a le désir que « l’Église témoigne davantage ». Mais le souverain pontife met son interlocuteur en garde : « C’est quand il y a émerveillement qu’il y a témoignage. » Car, « le christianisme est une rencontre avec une personne », Jésus-Christ, et c’est donc « l’expérience de la stupéfaction, de l’émerveillement d’avoir rencontré Dieu », à travers son fils. L’autre conséquence de cette rencontre est la morale. Si « l’Église n’est pas une morale », cette dernière est bien la traduction de la foi ou d’un idéal pour les non-croyants. Mais la morale du Pape n’est pas « moraliste », elle ne s’impose pas aux autres. Elle se vit personnellement à travers une éthique tournée vers autrui, notamment les pauvres et les exclus.

L’Église face au dieu argent

C’est face à «la folie de l’argent » que l’Église a le plus de mal à se faire entendre. La faute à ce « que certains préfèrent ne seulement condamner que la morale (…) “sous la ceinture” ». Pourtant pour le souverain pontife, « l’idéologie de l’idole, du “dieu argent” qui dirige tout » est néfaste. Il estime qu’« on doit au contraire remettre l’homme et la femme au centre tandis que l’argent doit être au service de leur développement ». La responsabilité de cette folie en incombe à « l’économie libérale de marché », qui prospère au quatre coin du globe depuis trente ans et qui s’est intensifiée « depuis la globalisation et la chute du communisme ». Le pape François demande « que l’État régule un petit peu » et plaide pour une « économie sociale de marché ». La différence entre les deux c’est que la deuxième renoue avec la morale, qui favorise la solidarité, plus exigeante que le simple charité. Un autre remède serait pour l’évêque de Rome « le travail avec ses deux mains », « l’aspect concret du travail », « parce que cette idolâtrie de l’argent cesse dans ces rituels ». La solution serait donc de revenir à ce qui fait l’homme.

Cachez cette Croix que Lidl ne saurait voir…

RTL signale une info reçue d’un auditeur indigné : la chaîne de magasins Lidl a fait effacer une Croix sur une photo de Grèce illustrant l’emballage d’une moussaka.

« Je suis scandalisé par les magasins Lidl qui pour vendre des produits grecs efface sur des photos de la Grèce, une partie de son paysage et de sa culture », nous a écrit Antoine, mardi soir, via notre bouton orange Alertez-nous. « Je vous laisse voir les photos« , ajoute-t-il.

La photo montre une petite église orthodoxe aux coupoles d’un bleu intense qui contraste avec le blanc de ses murs et qui se dresse à flanc de falaise sur l’île de Santorin.

Ce paysage illustre les emballages de la gamme de produits grecs ERIDANOUS « Original Greek Product » (« Produit grec original »). Moussaka, yaourt, pistaches ou encore feta sont vendus chez Lidl sous cette marque, avec à chaque fois la photo de l’église orthodoxe… étonnamment sans croix.

RTL a interrogé le porte-parole de Lidl qui avoue la transformation de la photo. « Nous évitons l’utilisation de symboles religieux car nous ne souhaitons exclure aucune croyance religieuse», a répondu le représentant du géant allemand de la grande distribution.

« Nous sommes une entreprise qui respecte la diversité et c’est ce qui explique la conception de cet emballage », a-t-il encore ajouté. Pour Lidl, la meilleure façon de respecter la « diversité » serait donc d’effacer les croix sur des emballages de produits vendus en Europe, continent chrétien ?

Et RTL de demander pourquoi les services marketing du groupe n’ont pas directement opté pour un paysage sans monument religieux.

Source : RTL

http://www.medias-presse.info/lidl-ment-lidl-fete-le-ramadan/79518/?utm_source=OxiMailing&utm_medium=e-mail&utm_campaign=mpi%5F208

Revue de presse nationale et internationale.

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