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Lignes rouges…

Lignes rouges…


Donald Trump franchit les lignes rouges de la Chine en Afghanistan, alors qu’Obama a traversé celles de la Russie en Syrie et en Ukraine


Par Adam Garrie – Le 30 août 2017 – Source Oriental Review

Afghanistan and neighboring countries.

Dans les discussions sur les rôles que jouent les pays dans le nouveau monde multipolaire, on dit souvent que la Russie fournit la substance géopolitique alors que la Chine fournit le moteur économique d’un monde où les États-Unis ne sont plus un hégémon singulier.

Alors que l’économie de la Russie passe de la résilience à la croissance et que la Chine est de plus en plus impliquée dans les affaires mondiales depuis l’annonce des Routes de la soie [One Belt-One Road] en 2013, il devient clair que la Chine a beaucoup à dire au sujet du vaste environnement géostratégique.

Au cours des trois dernières années, les États-Unis ont franchi plusieurs lignes rouges géostratégiques pour la Russie. D’abord il y a eu le coup d’État fasciste à Kiev, qui s’est produit en février 2014. En même temps que le coup, porté par les États-Unis, amenait au pouvoir un régime profondément russophobe, dans un pays qui, depuis des siècles, était une partie intégrante de la Russie et qui depuis 1991 était, pour cette dernière, une nation fraternelle, l’Amérique était occupée à armer et à financer des terroristes salafistes en Syrie, un pays où la Russie possède une base navale – à Tartous – depuis 1971, un an après que Hafez al-Assad est devenu président.

La Russie n’allait pas rester les bras croisés alors que les États-Unis allaient un pont trop loin. La réponse a pris deux formes : d’abord, la reconnaissance immédiate du référendum en Crimée, signant le retour de celle-ci dans le giron de la Russie, et ensuite, en septembre 2015, l’appui militaire russe au gouvernement syrien dans sa lutte contre le terrorisme.

Pour ce qui concerne la Chine, Donald Trump a franchi rapidement autant de lignes rouges durant ses premiers mois à la Maison Blanche que l’a fait Obama face à la Russie pendant son deuxième mandat.

Des bruits de bottes de Trump menaçant la Corée du Nord aux violations répétées de la souveraineté maritime chinoise dans les mers de Chine du Sud et de l’Est, en passant par les manifestations publiques d’une amitié croissante pour le Premier ministre Modi en Inde, la Chine n’est pas du tout satisfaite de Trump.

Maintenant, en menaçant la Chine d’une guerre commerciale et en accusant le Pakistan, allié de la Chine, d’être inepte et inutile en Afghanistan, tout en demandant à l’Inde de participer activement au conflit, la Chine pourrait avoir atteint un point d’ébullition semblable à celui de la Russie au sujet de la Syrie et de l’Ukraine.

La Chine a déjà précisé sa position en défendant les actions de son allié pakistanais et en avertissant à la fois Washington et New Delhi de ne pas prendre de mesures susceptibles de menacer les intérêts chinois dans la région.

La porte-parole de la ministre chinoise des Affaires étrangères, Hua Chunying, a déclaré que le Pakistan « a fait de grands sacrifices en contribuant à la lutte contre le terrorisme ».

Elle a ajouté : « La communauté internationale devrait reconnaître pleinement les efforts du Pakistan. »

Hua a enfin précisé :

« Donald Trump a parlé de relations étroites entre les États-Unis et l’Inde, nous sommes heureux de voir le développement de relations normales et amicales entre ces pays si ces relations ne nuisent pas aux intérêts d’autres pays et créent des conditions positives pour le développement régional. »

La signification de ce message est assez claire : n’utilisez pas l’Inde pour intervenir dans les intérêts régionaux de la Chine, à savoir sa coopération économique avec le Pakistan et d’autres efforts pour entamer la phase initiale des Routes de la soie en Asie du Sud.

Le corridor économique Chine-Pakistan est vital, Beijing et Islamabad le reconnaissent ouvertement. L’importance du Pakistan pour les Routes de la soie est telle qu’aucun pays ne peut tolérer de voir n’importe qui saboter ou interférer avec le processus.

Par conséquent, c’est l’intérêt commun de la Chine et du Pakistan de finaliser un processus provisoire de paix en Afghanistan aussi rapidement que possible. Cela signifie un processus de paix qui impliquerait un dialogue entre Kaboul et les Talibans.

Donald Trump a déclaré qu’à un certain moment, les Talibans pouvaient entrer dans un processus de paix mené par les États-Unis, mais pas avant que les troupes américaines ne redoublent d’efforts dans leur lutte contre les talibans, un combat que les dirigeants talibans ont promis à l’Amérique de gagner. En d’autres termes, l’action de Trump est à peine digne du nom de stratégie, tout comme on pourrait en dire autant de ses deux prédécesseurs immédiats à la Maison-Blanche.

Les États-Unis ont continuellement harcelé la Chine de tous côtés, tout au long de sa voie commerciale des Routes de la Soie. En invitant ardemment l’Inde à s’impliquer plus profondément en Afghanistan, critiquant en même temps le Pakistan en termes très définitifs, Donald Trump a peut-être seulement fait juste ce qu’il fallait pour conduire la Chine à faire, en Asie du Sud, ce que la Russie a fait en Syrie – défendre un allié et tracer une ligne ferme dans le sable contre l’expansionnisme américain et l’ingérence géopolitique.

Adam Garrie

http://lesakerfrancophone.fr/lignes-rouges

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Tunisie-Chine : la Route de la Soie pourrait se transformer en « jackpot » pour l’économie tunisienne

Tunisie-Chine : la Route de la Soie pourrait se transformer en « jackpot » pour l’économie tunisienne

© Chine Nouvelle (Xinhua)Tun, le 02/09/2017 18:18

 

Bien que rétablies diplomatiquement depuis uniquement 53 ans, les relations entre la Tunisie et la Chine sont beaucoup plus anciennes et solides puisque, à l’époque, Carthage la phénicienne (300 av. J-C) commerçait déjà avec la Chine, a souligné l’ancien ambassadeur de Tunisie en Chine, Sahbi Basly, dans une interview exclusive à l’Agence de presse Xinhua.

Actuel président du Conseil de coopération tuniso-chinoise (CCTC), Sahbi Basly voit que « ces relations historiques se fondent sur des paramètres fondamentaux voire même intouchables particulièrement la non-ingérence dans les affaires intérieures (…) la Tunisie était depuis longtemps solidaire avec la Chine unique ».

Il faut bien reconnaître, a appuyé Sahbi Basly, que « c’est bien la Chine qui a sorti en aide à la Tunisie avant même l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays notamment lors des inondations de 1969 outre la présence depuis plus de 40 ans de missions médicales chinoises opérant sur le sol tunisien ».

Et d’ajouter que la Chine contribue également au développement global en Tunisie via certains mégaprojets à commencer par des barrages situés dans le nord-ouest du pays jusqu’à – plus récemment – une maison de culture à Menzah dans le grand-Tunis.

« Force sera de mentionner, a-t-il fait rappel, que la première visite dans les années 1960 de Zhou Enlai en Afrique avait commencé par la Tunisie (…) aujourd’hui, avec la nouvelle démarche du président Xi Jinping autour de la Route de la Soie, la Tunisie devrait avoir intérêt à promouvoir davantage son héritage historique, culturel, politique et économique avec la Chine ».

« Le tourisme demeure, certes, l’un des piliers stratégiques de la Route de la Soie qui favorise non seulement des rapports économiques mais surtout des rapports sociaux et culturels (…) la Chine veut se faire comprendre par le reste du monde ».

Selon l’ancien ambassadeur tunisien, « si jamais la Chine échouait auparavant dans certaines régions en Afrique ou en Moyen-Orient, un faussé culturel en est la principale raison (…) la Chine veille farouchement à résoudre ce problème via une des initiatives comme celle de la Route de la Soie ».

« Il s’agit d’une parfaite approche économique solidaire de développement autant plus que pareille initiative encourage le contact humain universel d’où la promotion culturelle et touristique entre la Chine et son environnement extérieur ».

Récemment, le ministre tunisien des Affaires étrangères, Khemais Jhinaoui, a effectué une visite officielle en Chine en marge de laquelle, il a confirmé dans un entretien exclusif avec Xinhua que son pays se veut pleinement engagé dans l’initiative mondiale « Belt and Road » proposée par la Chine et disposée à faire partie des projets de coopération prévus sous cette initiative.

Cette visite, a commenté l’ancien diplomate tunisien, « constitue une étape importante dans la restauration du dialogue entre la Tunisie et la Chine à moins que les déclarations

d’intentions n’est pas suffisante à la lumière de cette mondialisation féroce et ce besoin des populations à davantage de prospérité et de solidarité dans la distribution de la richesse ».

« Nous avons des partenaires européens, certes, mais cela n’exclut pas le bénéfice d’avoir d’autres partenaires de poids à l’instar de la Chine (…) tout dépendra de la volonté politique de la Tunisie« .

Pour Sahbi Basly, « la Chine et la Tunisie bénéficient d’un potentiel d’amitié et de réciprocité outre un capital de confiance que je considère, personnellement sous-exploités (…) et ce, afin que l’économie tunisienne puisse redémarrer après six ans de ralentissement ».

Etant en connaissance de cause, le président du Conseil de coopération tuniso-chinoise (CCTC) pense que « la Tunisie doit aller au-delà de la juste adhésion aux principes de la Route de la Soie pour en passer à la signature d’accords, être présente sur le terrain et concrétiser toutes les déclarations d’intentions ».

En effet, une importante délégation chinoise vient de parachever une visite en Tunisie, précisément à la zone économique de Zarzis (sud-est tunisien) « qui doit être le principal promoteur de développement de toute la région impliquant six provinces », a encore fait savoir Sahbi Basly.

S’arrêtant sur les avantages potentiels que devrait avoir l’économie tunisienne dans le cadre d’une ouverture sur les investissements chinois, M. Basly se veut persuadé que le nouveau Code des investissements (approuvé à la mi-2017) favorisera l’instauration d’un climat fertile aux investisseurs chinois.

« Il ne faut surtout pas avoir peur quant à la protection du produit tunisien en fermant le marché aux investisseurs étrangers notamment nos amis chinois qui ont le potentiel nécessaire pour contribuer à la relance de l’économie tunisienne », a dit l’ancien ambassadeur de Tunisie en Chine.

D’après lui, « la Tunisie a vraiment besoin d’une certaine synergie positive (…) jusque-là, nos planificateurs et économistes ont eu peur de pouvoir protéger le tissu économique tunisien alors que – bien au contraire – plus un pays soit ouvert plus il attire des investissements et améliore son produit ».

Quant à la Chine, a-t-il poursuivi, « elle a pu faire tout cela pour ainsi en devenir une locomotive économique mondiale dans les domaines spatial, technologique, immobilier, agroalimentaire, automobile, etc. »

Tout cela, a insisté Sahbi Basly, « ne révèle pas du hasard plutôt d’une approche visionnaire de la Chine qui a permis aux entreprises étrangères de débarquer pour ainsi créer sa propre dynamique économique d’où, par conséquent, la mise à niveau des entreprises chinoises ».

Dans cet ordre d’idée, l’ancien ambassadeur tunisien réalise que son pays pourrait tirer profit d’une nouvelle phase franchie par la Chine fondée, selon lui, sur un « niveau économique plus élevé et une industrie délocalisée ».

Effectivement, a-t-il résumé, « la Tunisie pourrait jouer un rôle dans la délocalisation des industries manufacturières chinoises du fait que le coût de production chinois est plus cher que celui en Tunisie, ce qui était l’inverse dix ans auparavant.

Sahbi Basly estime dans ce sens que « la Route de la Soie va de pair avec cette tendance et cette démarche chinoise au service d’une économie et un partenariat solidaires avec d’autres pays qui en partagent la même vision dont la Tunisie qui, l’espérons ardemment, devrait figurer parmi les Etats signataires de charte de la Route de la Soie ».

Début de l’année en cours, la Tunisie a décidé d’exonérer les touristes chinois de visa d’entrée. Une décision séduisante aux yeux d’un touriste chinois désireux de venir découvrir ce pays qui joint harmonieusement trois aspects exceptionnellement métissés à savoir nord-africain, arabo-musulman et méditerranéen.

Par rapport à la destination tunisienne, « la Tunisie se veut dans l’obligation de bien préparer l’infrastructure adéquate et, améliorer son produit touristique et met en valeur ses véritables richesse pour ainsi s’adapter aux spécificités du Touriste chinois, qui est le plus souvent un bon consommateur et bien cultivé », a estimé M. Basly.

Ce dernier, a-t-il précisé, « s’intéresse bien évidemment aux monuments historiques et tend davantage à s’ouvrir sur d’autres cultures et bien comprendre l’histoire pour ainsi mieux l’intégrer ».

A titre d’exemple, Sahbi Basly prévoit atteindre 300 millions de touristes chinois à l’horizon de 2020 à travers le monde: « si jamais la Tunisie pourrait en attirer juste un million, on aura un jackpot touristique ».

Le tiers du déficit commercial de la Tunisie vient de la Chine soit environ 3 milliards de dinars, a indiqué l’ancien ambassadeur tunisien. Décembre dernier, a-t-il fait rappel, la BCT (Banque centrale de Tunisie) a essayé d’atténuer ce gap sous prétexte que nous payons cette dette en dollar américain et ce, via une opération avec nos amis chinois afin de bien pouvoir, à la limite, épargner ce déficit en l’échangeant en monnaie échangeable entre la Tunisie et la Chine ».

Parmi les mesures entreprises par la Banque centrale tunisienne depuis février dernier figure l’introduction du Yuan chinois dans son panier de devises étrangères. Une décision qui vient soutenir les exportations tunisiennes et garantir une présence plus visible sur le marché financier chinois.

https://chine.in/actualite/cn/tunisie-route-soie-pourrait_101789.html

Les dessous de la disparition de la guerre secrète de la CIA en Syrie à un milliard de dollars

21
Août
2017

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

WASHINGTON — L’une des missions secrètes de la CIA, parmi les plus chères de son histoire, a connu une fin brutale.

Au cours d’une réunion à la Maison-Blanche au début du mois dernier, Mike Pompeo, le directeur de la CIA, a recommandé au président Trump d’arrêter d’armer et d’entraîner les rebelles syriens, un effort poursuivi durant quatre années. Le président a rapidement mis fin au programme.

L’armée rebelle était alors une coquille vide après plus d’une année passée sous les bombardements de l’aviation russe et confinée dans des recoins de la Syrie, de plus en plus réduits, que les troupes gouvernementales n’avaient pas encore reconquis. Pendant des années, des voix se sont élevées, au sein du Congrès, pour protester contre les coûts engagés – plus d’un milliard de dollars sur toute la durée du programme. En outre, des rapports selon lesquels des armes fournies par la CIA avaient fini entre les mains d’un groupe rebelle lié à al-Qaïda ont davantage sapé le soutien politique apporté à ce programme.

Même si M. Trump a été l’objet de critiques avançant qu’il mettait fin au programme dans le but d’acheter ainsi les faveurs du président russe Vladimir Poutine, le soutien apporté aux rebelles était jugé douteux aussi bien sous la présidence de Trump que sous celle d’Obama – une convergence d’opinions rare sur la politique de sécurité intérieure.

Le programme de la CIA, était l’un des plus chers soutien en armes et en entraînement à des rebelles depuis le programme de soutien de l’agence aux moudjahidin en Afghanistan dans les années 80. Son arrêt a contraint à un bilan de ses réussites et de ses échecs. Ses opposants disent que ce programme a été aventureux, cher et inefficace. Ses partisans, qu’il était trop encadré, et que ses réussites sont remarquables, au vu des restrictions imposées à l’administration Obama dès le début, ce qui, arguent-ils, est la cause de son échec.

Le programme a eu ses heures de réussite, notamment en 2015 avec l’usage par les rebelles de missiles antichars fournis par la CIA, et les forces dirigées par l’Arabie saoudite en Syrie du Nord. Mais fin 2015, l’offensive militaire russe en Syrie était ciblée principalement sur les combattants soutenus par la CIA qui faisaient face aux troupes gouvernementales syriennes. Beaucoup de combattants y trouvèrent la mort, et le sort de l’armée rebelle s’est inversé.

Charles Lister, un expert de la Syrie auprès de l’institut du Moyen-Orient, dit ne pas être surpris de la fin par l’administration Trump du programme, qui a armé et entraîné des milliers de rebelles syriens. (En comparaison, un programme du Pentagone à 500 millions de dollars qui visait à entraîner et équiper 15 000 rebelles syriens pendant 3 ans, fut annulé en 2015 après n’avoir rendu opérationnels que quelques dizaines de combattants.)

« Sous bien des angles, je blâmerais l’administration Obama », a déclaré M. Lister à propos du programme de la CIA. « Ils ne lui ont jamais accordé les ressources ou l’espace nécessaires pour changer la dynamique du champ de bataille. Ils approvisionnaient les groupes d’opposition au compte-gouttes, juste assez pour qu’ils survivent, mais jamais de quoi leur donner l’avantage. »

M. Trump a critiqué publiquement le programme de soutien par deux fois après l’avoir arrêté. Après que le Washington Post a fait part de son arrêt pour la première fois, M. Trump a tweeté qu’il mettait fin à des « paiements considérables, dangereux et inefficaces aux rebelles syriens combattant Assad ». Et pendant une interview au Wall Street Journal le mois dernier, le président a évoqué que nombre d’armes fournies par la CIA ont fini dans les mains « d’al-Qaïda » – probablement une référence au front al Nosra, affilié à al-Qaïda, qui a souvent combattu au côté des rebelles soutenus par la CIA.

Michael V. Hayden, ancien directeur de la CIA, a déclaré que les commentaires du président « pourraient freiner l’agence au vu des réactions qu’ils pourraient craindre de sa part lors de futures actions clandestines. »

Le général Raymond A. Thomas III, commandant des opérations spéciales pour les États-Unis, a quant à lui déclaré lors d’une conférence le mois dernier que l’arrêt du programme de la CIA était « une décision dure, vraiment dure. »

« Du moins pour ce que je sais de ce programme et de la décision d’y mettre fin, il ne s’agit absolument pas d’une concession faite aux Russes », a-t-il dit. « Je crois que la décision a été prise sur la base d’une évaluation de la nature du programme, sur ce que nous essayons de faire là-bas, et la viabilité de continuer. »

Un porte-parole de la CIA n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Le Président Barack Obama avait donné son accord à contre-cœur à ce programme en 2013, alors que l’administration se débattait pour mettre un coup d’arrêt à la dynamique prise par les forces gouvernementales loyales au président Bachar el Assad. Il fallut après cela peu de temps pour que le programme soit victime des alliances mouvantes de six ans de guerre civile et de la visibilité réduite dont disposaient les militaires et les renseignements américains sur la réalité du terrain.

Une fois entraînés par la CIA, les combattants traversaient la frontière syrienne, et devenaient difficiles à contrôler par la CIA. Que des armes de la CIA finissent entre les mains de combattants d’al-Nosra – et que certains rebelles eux-mêmes rejoignent ce groupe – a étayé les craintes que beaucoup dans l’administration Obama exprimaient dès le début du programme. Quoique le front Al Nosra fût considéré comme une force combattante efficace contre les troupes d’Assad, son affiliation à al-Qaïda rendait impossible à l’administration Obama de le financer directement.

Les responsables du renseignement américain estiment que le front al-Nosra dispose à présent de 20 000 combattants en Syrie, en faisant le plus grand groupe affilié à al-Qaïda. À la différence d’autres groupes affiliés à al-Qaïda comme par exemple « Al-Qaïda péninsule arabique », le front al-Nosra a longtemps gardé en ligne de mire le combat contre le gouvernement syrien, et non pas la mise au point d’attentats terroristes aux États-Unis et en Europe.

Les officiels américains s’expriment sur le sujet sous couvert d’anonymat, pour ne pas être pris à discuter d’un programme classé secret.

À l’été 2012, David H. Petraeus, alors directeur de la CIA, proposa pour la première fois un programme clandestin d’armement et d’entraînement aux rebelles, au moment où les forces gouvernementales syriennes leur rendaient la vie dure.

La proposition avait alors lancé le débat au sein de l’administration Obama, certains des conseillers les plus haut placés de M. Obama arguant de ce que le chaos du champ de bataille syrien rendrait quasiment impossible de s’assurer que les armes de la CIA restent éloignées des mains de groupes militants comme le front al-Nosra. M. Obama rejeta le programme.

Mais il changea d’avis l’année suivante, et signa une circulaire autorisant la CIA à armer et entraîner clandestinement de petits groupes de rebelles sur des bases situées en Jordanie. Le changement d’avis du président fit suite à un lobbying intense de la part de dirigeants étrangers, notamment le roi Abdullah II de Jordanie et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, qui demandaient que les États-Unis jouent un rôle plus actif pour mettre fin au conflit.

Le programme secret, dont le nom de code choisi fut Bois de Sycomore, commença lentement, mais en 2015, les rebelles soutenus par la CIA avaient fait des progrès importants contre les forces syriennes, prenant pied dans des zones du pays jusqu’alors considérées comme bastions gouvernementaux. L’offensive avait gagné en dynamisme après que la CIA et l’Arabie saoudite se mirent à distribuer les puissantes armes antichar aux groupes rebelles.

Mais la poussée des rebelles sur les provinces d’Idlib, Jama et Latakia en Syrie du nord créèrent également des problèmes à Washington. Le front al-Nosra, combattant souvent aux cotés des rebelles financés par la CIA, faisait ses propres conquêtes territoriales.

M. Poutine prit les conquêtes d’al-Nosra comme une justification pour l’attaque militaire russe sur la Syrie, qui commença en 2015. La campagne russe, qui bombarda sans relâche les combattants financés par la CIA et les militants d’al-Nosra, frappa fort les rebelles, et les mit en déroute.

Le programme subit également d’autres revers. L’armement et l’entraînement des rebelles se déroulaient en Jordanie et en Turquie, et à un moment les officiers de renseignement jordaniens se mirent à voler et à revendre sur le marché noir les armes que la CIA avaient apportées sur le territoire à destination des rebelles syriens. En novembre, un membre des forces militaires jordaniennes tua par arme à feu trois soldats américains qui avaient entraîné des rebelles syriens dans le cadre du programme de la CIA.

Les officiels de la Maison-Blanche reçurent également régulièrement des rapports, selon lesquels les rebelles entraînés par la CIA exécutaient sommairement les prisonniers et violaient de diverses façons les règles des conflits armés. Il pouvait arriver que les rapports amènent à une suspension de la coopération de la CIA avec les groupes soupçonnés de mal agir.

John O. Brennan, dernier directeur de la CIA sous Obama, continua de défendre bec et ongles le programme, malgré les divisions au sein de l’agence d’espionnage sur son efficacité. Mais au cours de la dernière année de l’administration Obama, le programme avait perdu de nombreux soutiens à la Maison-Blanche – en particulier après que la priorité numéro 1 en Syrie de l’administration devint de battre l’État Islamique, également appelé ISIS ou ISIL, et non plus de mettre fin au gouvernement de M. Assad.

Au cours d’une réunion dans la salle de crise de la Maison-Blanche, sur la fin de l’administration Obama, alors que les rebelles financés par la CIA continuaient de perdre du terrain face aux bombardements russes qui allaient en s’amenuisant, M. Brennan insista pour que les États-Unis poursuivent le financement contre M. Assad, d’après une personne présente à cette réunion.

Mais Susan E. Rice, la conseillère en sécurité nationale, répliqua « Ne faites pas d’erreur », toujours d’après la personne qui relate cette réunion. « La priorité du président est de combattre l’EI. »

Soutenues par l’aviation russe, les forces gouvernementales syriennes reprirent peu à peu du terrain près de la frontière turque, dans des zones longtemps restées sous contrôle des rebelles et finirent par repousser nombre de rebelles jusqu’à la ville assiégée d’Alep.

Alep fut reprise par les forces gouvernementales syriennes en décembre.

Eric Schmitt, Matthew Rosenberg et Matt Apuzzo ont participé à cette enquête.

Source : The New York Times, Mark Mazzetti, Adam Goldman & Michael S. Schmidt, 02-08-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

http://www.les-crises.fr/les-dessous-de-la-disparition-de-la-guerre-secrete-de-la-cia-en-syrie-a-un-milliard-de-dollars/

 

3 réponses à Les dessous de la disparition de la guerre secrète de la CIA en Syrie à un milliard de dollars

  1. Kazhim Le 21 août 2017 à 06h29

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    Ce qui est marrant dans tout cela c’est que l’éthique ou la moral n’interviennent jamais dans ce cas de figure, non, c’est toujours une question d’argent.

    Pour moi cela illustre parfaitement l’absence de valeur humaine, et le culte de l’argent. Qu’attendre d’un pays pareil, le pire toujours

  2. relc Le 21 août 2017 à 07h13

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    « Le programme a eu ses heures de réussite, notamment en 2015 avec l’usage par les rebelles de missiles antichars fournis par la CIA, et les forces dirigées par l’Arabie saoudite en Syrie du Nord. »

    lire

    … notamment en 2015 quand les rebelles, faisant usage de missiles anti-chars fournis par la CIA et aussi par l’Arabie saoudite, ont mis en déroute les forces gouvernementales en Syrie du Nord.

    “… including in 2015 when rebels using tank-destroying missiles, supplied by the C.I.A. and also Saudi Arabia, routed government forces in northern Syria.”

  3. bobo1414 Le 21 août 2017 à 08h08

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    Il pouvait arriver que les rapports amènent à une suspension de la coopération de la CIA avec les groupes soupçonnés de mal agir.Si ca n etait pas aussi tragique cette phrase me ferait vraiment sourrire, le jour ou la CIA aura ce genre de raisonnement moral je crois que ca ne s appellerra plus CIA

Revue de presse nationale et internationale.

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