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D’Ukraine et d’Afghanistan

D’Ukraine et d’Afghanistan

22 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Etats-Unis, #Russie, #Asie centrale

Parmi les nombreux enseignements du sommet des BRICS à Xiamen début septembre, il est une perle que nous n’avions pas rapportée. De la bouche même de Vladimirovitch :

Interrogé sur l’éventuelle décision américaine de fournir des armes létales au régime de Kiev, Poutine a répondu en termes délicieusement ambigus que les républiques autoproclamées de Donestk et Lugansk pourraient à leur tour vendre des armes sur des théâtres d’opération où les Etats-Unis sont présents. Traduction : Si vous armez l’Ukraine, nous armons les Talibans. Mauvaise nouvelle pour Washington qui a justement décidé en août l’augmentation (légère, soyons justes) du contingent militaire dans le Royaume de l’insolence

On se demande d’ailleurs ce que ces 3 900 soldats changeront alors que la guerre afghane est plus ou moins perdue pour l’empire comme nous l’expliquions au printemps :

Peut-on imaginer une victoire talibane totale dès cette année ? Russes, Chinois et Pakistanais s’y sont plus ou moins préparés, on l’a vu. Les généraux américains sont pessimistes et, impuissants, expliquent leur défaite en accusant comme d’habitude Moscou, bouc-émissaire universel. Pour notre part, restons prudents : 2017 semble un peu juste pour voir le royaume de l’insolence tomber totalement aux mains des enturbannés. Les enclaves gouvernementales sont puissamment protégées et certaines provinces échappent encore presque entièrement aux Taliban.

Néanmoins, l’issue finale du conflit ne fait guère de doute et il sera très intéressant de voir ce que fera l’administration Trump, actuellement dans une impasse. La guerre n’est plus gagnable et coûte aux Etats-Unis 44 Mds de $ chaque année, ce qui est une hérésie pour un président obsédé, sincèrement pour le coup, par l’endettement et les gaspillages. D’un autre côté, le Donald vit par l’image et ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a « perdu la guerre d’Afghanistan » et ordonné le retrait pur et simple des troupes US. Dilemme qui empoisonne chaque jour un peu plus Washington.

Le tombeau des empires a encore frappé. Après Gengis Khan (dont les hordes invincibles y avaient connu leur seule défaite et avaient dû s’y reprendre à deux fois), les Britanniques victoriens et l’Armée rouge, les Américains l’apprennent maintenant à leurs dépens…

Devant l’inexorable avancée talibane, le gouvernement afghan et son parrain américain pourraient curieusement, et en désespoir de cause, faire leur une stratégieà la Bachar. A partir de 2012, face à la montée des groupes modérément modérés et au morcellement du territoire syrien, Damas avait renoncé à assurer la sécurité sur la totalité du pays pour se concentrer sur les axes/villes importants, laissant le reste aux djihadistes qui n’allaient d’ailleurs pas tarder à s’entre-dévorer.

Cela fonctionnera-t-il en Afghanistan ? Rien n’est moins sûr… Contrairement aux « rebelles » syriens, les Talibans sont unis et mus par la certitude de leur légitimité nationale. S’ils ne reçoivent pas d’aide extérieure, Kaboul n’en reçoit pas plus (l’appui américain ne représente qu’une parcelle de l’énorme soutien irano-russe dont Assad a bénéficié). Si en plus le Kremlin – « les républiques de Donetsk et de Lugansk » pour reprendre le langage diplomatique de Poutine – menace maintenant d’armer les Talibans…

On comprend dans ces conditions que Washington se sente une soudaine envie de « coopérer » avec Moscou en Afghanistan, ce qui n’a pas manqué de provoquer les sarcasmes de la diplomatie russe :

« Les sanctions, ce sont les Américains qui les ont introduites. Vous devez les lever si vous voulez coopérer avec nous »

Quant aux livraisons à Kiev, auxquelles le Donald semble naturellement opposé, c’est le flou le plus total. Toujours pas d’armes létales avait affirmé Mattis fin août, contredit maintenant par Chocochenko mais qui parle seulement de radars de DCA et de surveillance en mer (l’abominable Poutine des neiges préparerait-t-il une invasion amphibie ?) La rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas apporté plus de réponses.

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMondeen perd son latin :

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

En tacticien hors pair, c’est le moment que choisit le Kremlin pour lancer une proposition sous forme de bombe, qui n’étonnera cependant pas le fidèle lecteur de nos Chroniques : le déploiement de casques bleus dans l’est de l’Ukraine, le long de la ligne de front. Poroclown ne s’y trompe pas, dénonçant « la volonté de la Russie de légaliser la situation et de geler le conflit à jamais ». Nous expliquions cette stratégie il y a déjà plus de deux ans, parfois dans l’incompréhension générale non seulement de la presstituée officielle mais aussi de nombre de sites d’info alternative :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

– récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.

créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire : son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats.

Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Il y est arrivé… L’actuelle proposition de déploiement de casques bleus est la conséquence logique de cette brillante stratégie au long cours ; acceptée, elle ruinerait toute possibilité pour l’OTAN d’accueillir l’Ukraine en son sein et de s’étendre vers l’Est afin d’atteindre la frontière russe. La junte ukie et le Deep State impérial l’ont bien compris, qui enragent et feront tout pour torpiller le projet. Pas sûr cependant qu’ils soient en position de force face au simple principe de réalité.

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/d-ukraine-et-d-afghanistan.html

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Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler


Par Darius Shahtahmasebi – Le 14 septembre 2017 – Source Anti Media

Dans un entretien avec Russia Today en 2015, le président syrien Bachar al-Assad a prononcé peut-être une de ses déclarations les plus intéressantes depuis le début du conflit syrien en 2011. Assad a déclaré :

« La propagande occidentale a, dès le début, prétendu que la cause du problème était le président. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent faire croire que tous les problèmes de la Syrie sont dus à un individu ; et par conséquent la réaction naturelle pour beaucoup de gens est que, si le problème est cet individu, il ne devrait pas être plus important que la patrie. Donc laissez cette personne partir et les choses vont aller bien. C’est ainsi qu’ils simplifient les choses en Occident. »

Puis il a ajouté :

« Regardez ce qui s’est passé dans les médias occidentaux depuis le coup d’État en Ukraine. Qu’est-il arrivé ? Le président Poutine est passé du statut d’ami de l’Occident à celui d’ennemi et, encore une fois, il a été qualifié de tsar… Telle est la propagande occidentale. Ils disent que si le président s’en allait, les choses s’amélioreraient. »

En mettant de côté la vaste liste de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité d’Assad, Assad a mis le doigt sur l’un des principaux défauts de la pensée occidentale concernant les politiques hostiles des États-Unis à l’égard d’un certain nombre d’États indépendants.

Il suffit de regarder le cirque actuel entre la Corée du Nord et les États-Unis pour avoir une autre image précise de ce qui est mentionné ici. Le problème de la Corée du Nord est constamment présenté dans les médias comme causé par une personne (le dirigeant actuel Kim Jong-un), un récit qui ignore totalement le rôle que les États-Unis et leurs alliés ont joué dans cette crise actuelle. Comme Anti-Media l’a précédemment souligné :

… le problème [de la crise nord-coréenne] est constamment présenté comme étant causé par la Corée du Nord, pas par les États-Unis. ‘Comment faire face à la Corée du Nord’, explique The Atlantic. ‘Que peut faire Trump sur la Corée du Nord ?’, se demande le New York Times. ‘Ce qui peut éventuellement être fait à propos de la Corée du Nord’, propose le Huffington Post. Le Times donne la parole à six experts qui débattent de ‘Comment résoudre le problème’ (de la Corée du Nord). ‘Corée du Nord – que peut faire le monde extérieur ?’, interroge la BBC.

Ce que les médias affirment vraiment, en particulier quand on parle d’une option militaire en réponse à la lutte contre les actions déloyales de la Corée du Nord, c’est que si les États-Unis pouvaient destituer Kim Jong-un, le problème nord coréen disparaîtrait.

La mort d’un homme pourrait-elle effacer chez tous les Nord-Coréens l’hostilité et  la haine qu’ils ressentent pour les États-Unis alors qu’ils savent très bien qu’au début des années 1950, les États-Unis ont bombardé la Corée du Nord si implacablement qu’ils finirent par manquer de cibles à frapper ? Les militaires américains ont tué au moins 20% de la population civile.

Si Kim Jong-un est destitué, les Nord-Coréens oublieront-ils tout à coup qu’ils vivent dans des familles où au moins un parent a été tué par les États-Unis dans les années 1950 ?

Dans le récit simpliste des grands médias, oui, ils l’oublieront. Ils prétendent que le fait de tuer une personne et de l’éliminer de la présidence sauvera non seulement le pays qu’il brutalise, mais assurera également sécurité et stabilité au reste du monde.

Il ne leur est pas important qu’avant l’assaut l’OTAN/États-Unis sur la Libye, en 2011, ce pays avait le meilleur niveau de vie du continent africain. Même le Times admettait que son système de santé suscitait « l’envie de la région ». Maintenant le pays s’est complètement effondré, avec plus de deux millions d’enfants non scolarisés, d’innombrables migrants se noyant dans ses eaux, l’extrémisme étant sans contrôle et sans rival, et les commerçants vendant ouvertement des esclaves comme une marchandise.

Supposons que chaque accusation contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi soit vraie (ce qui n’était pas le cas). Comment peut-on dire que la destruction de l’infrastructure d’un pays et l’assassinat de son chef dans un mépris flagrant du droit international est une solution réaliste à tout problème ? Si vous vous opposez à Donald Trump, une intervention militaire dirigée par la Russie pourrait-elle résoudre vos problèmes avec le pays qu’il dirige ?

Oubliez ce que vous pensez connaître de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Kim Jong-un, Bachar al-Assad, Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. Le récit des gouvernements occidentaux et leurs portes-voix médiatiques asséné depuis cette dernière décennie est un non-sens complet. Il est complètement absurde. Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes de la Syrie ou du Venezuela en supprimant leurs dirigeants actuels, encore moins si vous tentez de le faire par la force. Quiconque prétend que c’est possible est en train de vous mentir ou est trop naïf et paresseux pour faire des recherches sur les situations actuelles en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Irak – pour ne nommer que quelques pays.

Le fait que les États-Unis ne veulent visiblement résoudre aucun problème – qu’ils ne cherchent qu’à renverser des dirigeants qui n’exaucent pas leurs désirs – est un sujet pour un autre article, mais il est certainement utile de mentionner ce fait ici.

On peut finalement dire la même chose pour Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, de nombreuses célébrités, experts médiatiques et membres de la communauté du renseignement ont tenté de le discréditer et de le destituer. Pourtant, Donald Trump n’est que l’horrible symptôme des problèmes des États-Unis ; penser que lui seul les a causés et qu’en le retirant de la présidence les États-Unis deviendraient soudainement un havre de liberté est complètement idiot.

Si vous êtes d’accord avec ce dernier point de vue, vous devez également admettre que les problèmes rencontrés par la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela et d’autres ne pourront jamais être résolus par les États-Unis en supprimant leurs dirigeants de force.

Si Assad était éliminé de Syrie, l’extrémisme disparaîtrait-il ou pourrait-il plutôt prospérer dans le vide politique, comme en Irak ? Les problèmes internes de la Syrie – qui sont bien plus vastes que les médias nous le font croire – seraient-ils résolus par quelque chose d’aussi simpliste que de supprimer son dirigeant actuel ? Quelqu’un peut-il nommer un pays où cela a été essayé et montré comme un véritable modèle pour résoudre les crises internes d’une nation souveraine ? Quiconque pense vraiment que les problèmes d’un pays peuvent être résolus d’une manière aussi simple, devrait lire un peu plus.

Si vous reconnaissez ce dilemme, vous pouvez convenir qu’il est grand temps que les médias arrêtent complètement cette couverture simpliste des problèmes et, à la place, commencent à publier de vrais reportage sur les authentiques options diplomatiques qui pourraient être choisies.

Darius Shahtahmasebi

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-president-syrien-denonce-un-probleme-dans-la-politique-etrangere-etasunienne-dont-personne-ne-veut-parler

En France, le droit au blasphème est sacré

En France, le droit au blasphème est sacré

 

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Nous sommes, aujourd’hui, confrontés à des comportements culturels et religieux musulmans dont plusieurs sont en contradiction avec nos valeurs. « Intérioriser la sensibilité » musulmane majoritaire, comme le propose Tariq Ramadan, impliquerait pour les sociétés d’accueil occidentales d’accepter l’instauration de « droits du croyant » qui contrebalanceraient les droits humains, et de réserver, en opposition à nos principes de société laïcisée, une large place à une religiosité importée et à des dogmes, avec l’obligation de respecter certaines pratiques assimilées à des « bonnes mœurs », mais aussi à la justice. Or, il est impossible, dans un État de droit, d’accepter des lois coraniques discriminatoires qui signeraient l’infériorité de la femme et nous amèneraient à une inégalité de traitements juridiques entre les citoyens.

Sensibilités variables

Intégrer cette sensibilité et ces « droits du croyant » provoquerait un bouleversement législatif qui nous amènerait à devoir observer des prescriptions religieuses considérées comme sacrées, et dont la transgression serait pénalisée au même titre que le racisme ou l’appel à la haine. Peut-on intégrer dans notre droit des conceptions qui le nieraient ? Sommes-nous prêts à assumer l’inégalité de droits entre hommes et femmes, la pratique de l’excision, le châtiment de l’apostasie, voire de la conception musulmane du crime d’honneur ?

Réfléchissons sur ce dernier exemple. En Occident, notre « sensibilité » nous amène – à tort ou à raison – à condamner le crime passionnel beaucoup moins sévèrement que le crime crapuleux ou le meurtre d’enfant. Dans plusieurs États musulmans qui appliquent la charia, la « sensibilité » fait que le crime d’honneur est souvent jugé avec mansuétude. Sommes-nous prêts à « intérioriser cette sensibilité » jusqu’à montrer de l’indulgence pour un homme qui aurait assassiné sa femme ou sa sœur coupable d’adultère ?

Il n’est pas rare d’entendre que, contrairement aux Européens sécularisés, les musulmans ont conservé le sens du sacré et ne peuvent donc souffrir que l’on blasphème impunément leur prophète et dénigre leur foi. D’où la nécessité supposée d’obtenir, en leur faveur, une exception au droit à la liberté d’expression.

Le sacré ne se discute pas

Rappelons que le sacré religieux ne nous est pas étranger. Longtemps, l’Occident fut immergé dans le sacré chrétien, et c’est précisément parce que celui-ci fut dogmatique, lourd et oppressif, qu’il apparut nécessaire aux philosophes des Lumières de combattre l’Église. Et il aura fallu toute leur détermination, tout leur courage – et une révolution – pour libérer la société de ce carcan. Deuxièmement, il n’y a pas de société dépourvue de sacré. Pour sécularisées qu’elles soient, les sociétés occidentales actuelles n’en ont pas moins leurs « sacrés laïcs ». Régis Debray en donne pour exemple le portail d’Auschwitz. Il y en eut d’autres, notamment le tombeau du Soldat inconnu. Ensuite, la notion de sacré et le choix des objets considérés comme tels changent avec l’évolution de la société. Autrefois, en terre chrétienne, il suffisait, nous l’avons vu avec le sort du chevalier de La Barre, d’être soupçonné d’avoir tailladé un crucifix, et de ne pas s’être découvert devant une procession, pour être condamné aux pires supplices. Aujourd’hui, même le plus fanatique des catholiques n’oserait proposer la réhabilitation d’une telle peine pour un tel délit. Du côté des laïcs (exemple que je tiens du même Régis Debray), au lendemain de la guerre de 14-18, un individu qui se serait fait cuire un œuf sur la flamme du tombeau du soldat inconnu aurait été sévèrement jugé et puni. Au XXIe siècle, un tel acte provoquerait de la réprobation, mais son auteur n’encourrait vraisemblablement pas une lourde peine – je gage même que des esprits loufoques ne manqueraient pas d’y voir une « performance artistique géniaaale » et « subversive », cela va de soi.

A lire aussi: Il faut encourager le développement d’un « islam des Lumières »

Autre exemple : il fut un temps, pendant la guerre froide, où la sensibilité des communistes à l’égard de la personne de Staline était à fleur de peau. Lorsqu’en 1953 le petit père des peuples mourut, Aragon publia en première page des Lettres françaises un portrait du pleuré, qu’il avait commandé à Picasso (lui-même communiste). La violence de la protestation des militants fut énorme : Picasso avait insulté Staline ! Le crayon de l’artiste n’était pourtant pas cubiste, mais figuratif. Hélas, l’artiste n’avait pas suivi les canons du réalisme socialiste. Or, pour les dévots, il ne suffisait pas de représenter Staline, encore fallait-il ennoblir ses traits. C’était là un impératif de l’art communiste que d’enjoliver les visages de leurs dirigeants ou héros.

Des exemples de ce genre abondent. Le problème, c’est que le sacré ne se discute ni ne se négocie. Renoncer au droit au blasphème au nom du sacré serait aussi calamiteux que de supprimer, pour des « raisons humanitaires », les droits de la défense pour des auteurs de crimes abominables. En démocratie, aussi ignoble que soit un criminel, le droit à la défense que la société lui reconnaît est, pour le coup, « sacré » et témoigne précisément de ce que nous sommes dans un État de droit.

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

 

https://www.causeur.fr/droit-blaspheme-sacre-societe-islam-146796?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=ddc695bb8b-Newsletter&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-ddc695bb8b-57279225

Une solution en or pour la crise de la dette étasunienne

Une solution en or pour la crise de la dette étasunienne


Par Jim Rickards – Le 15 septembre 2017 – Source Daily Reckoning

À l’heure actuelle, les États-Unis détiennent une dette officielle de 20 000 milliards de dollars. Plus de la moitié de cette somme s’est accumulée au cours de la dernière décennie seulement.

Il semble que le déficit annuel sera autour de 1 000 milliards de dollars assez rapidement si les dépenses projetées sont effectivement faites.

Fondamentalement, les États-Unis sont en faillite.

Je ne dis pas cela pour dramatiser. Je ne cherche pas à effrayer les gens ou à attirer l’attention sur moi-même. C’est seulement une évaluation honnête, basée sur les chiffres.

Cela dit, une dette de 20 000 milliards de dollars serait acceptable si nous avions une économie de 50 000 milliards de dollars.

Dans ce cas, le ratio dette / PIB serait de 40%. Mais nous n’avons pas une économie de 50 000 milliards de dollars. Nous avons une économie d’environ 19 000 milliards de dollars, ce qui signifie que notre dette est plus importante que nos revenus.

Quand le ratio dette / PIB est-il trop élevé ? Quand un pays arrive-t-il au point où il faut changer les choses avant de se retrouver comme la Grèce ?

Les économistes Ken Rogoff et Carmen Reinhart ont réalisé une longue recherche historique étalée sur 800 ans, en étudiant des pays un à un, des empires dans certains cas, qui ont fait faillite ou se sont retrouvés en défaut de paiement.

Ils ont établi que la zone dangereuse se trouvait à un ratio dette / PIB de 90%. Une fois les 90% atteints, ils ont trouvé qu’un virage se faisait …

À ce moment-là, un dollar de dette récolte moins d’un dollar de rendement. La dette devient un véritable frein à la croissance.

Quel est le ratio dette / PIB américain actuel ?

105%.

Nous sommes donc profondément dans la zone rouge, c’est un fait. Et nous ne faisons que nous y enfoncer.

Les États-Unis ont un ratio dette / PIB de 105%, des milliers de milliards de dollars à rembourser, et encore plus de dépenses à prévoir.

Nous devenons de plus en plus comme la Grèce. Nous nous dirigeons vers une crise de la dette souveraine. Ce n’est pas une opinion ; c’est basé sur les chiffres.

Alors, comment s’en sortir ?

Pour les élites, il n’y a en réalité qu’une seule issue, l’inflation.

Et ils ont raison sur un seul point. Les réductions d’impôt n’y feront rien, les changements structurels dans l’économie non plus. Les deux en même temps pourraient aider si c’était fait correctement, mais le problème est tout simplement trop important.

Il ne reste qu’une seule solution, l’inflation.

Maintenant, la Fed a imprimé environ 4 000 milliards de dollars au cours des dernières années et nous n’avons toujours aucune inflation.

Mais la plus grande partie de ce nouvel argent a été donné par la Fed aux banques, qui ont tourné autour et l’ont mis en dépôt à la Fed pour en gagner les intérêts. L’argent n’a jamais pénétré l’économie, où il aurait créé de l’inflation.

En fin de compte, même la création d’argent n’a pas permis d’influer sur l’inflation.

Reste-t-il quelque chose dans le sac à malice ?

Oui, il en reste un. La Fed pourrait effectivement créer de l’inflation en environ 15 minutes si elle voulait le faire.

Comment ?

La Fed peut réunir le conseil d’administration, voter une nouvelle politique, se percher sur le balcon et annoncer au monde que, dès maintenant, le prix de l’or est de 5 000 dollars l’once.

Ils pourraient faire adopter ce nouveau prix en utilisant l’or du Trésor, stocké à Fort Knox et chez les principaux courtiers en or étasuniens pour mener des « opérations financières ouvertes » sur l’or.

Il y aura des acheteurs si le prix atteint 4 950 dollars l’once ou moins et des vendeurs si le prix atteint 5 050 dollars l’once ou plus. Ils imprimeront de l’argent pour l’acheter et réduiront la masse monétaire lorsqu’il sera revendu, via les banques.

La Fed ciblerait le prix de l’or plutôt que les taux d’intérêt.

Le but est de provoquer une augmentation généralisée du niveau de prix. Une hausse du prix de l’or de 1 350 dollars l’once à 5 000 dollars l’once revient à une dévaluation massive du dollar lorsque celui-ci est mesuré dans la quantité d’or qu’un dollar peut acheter.

Et voilà, une inflation massive en 15 minutes : le temps nécessaire pour voter la nouvelle politique.

Vous pensez que cela n’est pas possible ? C’est déjà arrivé aux États-Unis, deux fois au cours des 80 dernières années.

La première fois en 1933, lorsque le président Franklin Roosevelt a ordonné une augmentation du prix de l’or de 20,67 dollars l’once à 35,00 dollars l’once, soit une hausse de près de 75% du prix de l’or en dollars.

Il a fait cela pour briser la déflation due à la Grande Dépression, et cela a fonctionné. L’économie a fortement progressé de 1934 à 1936.

La deuxième fois dans les années 1970, lorsque Nixon a mis fin à la conversion du dollar en or pour les partenaires commerciaux des États-Unis. Nixon ne voulait pas d’inflation, mais il en a eu.

L’or est passé de 35 à 800 dollars l’once en moins de neuf ans, soit une augmentation de 2 200 %. L’inflation en dollars américains a été supérieure à 50% de 1977 à 1981. La valeur du dollar a été réduite de moitié pendant ces cinq années.

L’histoire montre qu’augmenter le prix de l’or en dollar est le moyen le plus rapide pour provoquer une inflation générale. Si les marchés ne le font pas, le gouvernement le peut. Cela fonctionne à chaque fois.

Mais ce que les gens ne réalisent pas, c’est qu’il existe une façon d’utiliser l’or pour contourner une crise du plafond de la dette si un accord n’est pas atteint dans les mois à venir.

Je l’appelle le truc étrange sur l’or, et on en parle rarement en dehors de certains cercles académiques très techniques.

Cela peut sembler étrange, mais ça marche vraiment. Voici comment…

Lorsque le Trésor a pris le contrôle de l’or de tout le pays pendant la Dépression en vertu de la Loi sur la réserve d’or de 1934, il a également pris le contrôle de l’or de la Réserve fédérale.

Mais nous avons le cinquième amendement dans ce pays qui dit que le gouvernement ne peut saisir une propriété privée sans une compensation équitable. Et malgré son nom, la Réserve fédérale n’est techniquement pas une institution gouvernementale.

Le Trésor a donc donné à la Réserve fédérale un certificat basé sur l’or en compensation, au titre du cinquième amendement (à ce jour, ce certificat est toujours au bilan de la Fed).

Maintenant, avançons jusqu’en 1953.

L’administration Eisenhower avait le même problème de plafond de la dette que nous avons aujourd’hui. Et le Congrès n’a pas augmenté le plafond de la dette à temps. Eisenhower et son secrétaire du Trésor se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas payer les factures.

Qu’est-il arrivé ?

Ils ont utilisé le truc étrange sur l’or pour obtenir de l’argent. Il s’est avéré que le certificat basé sur l’or que le Trésor avait donné à la Fed en 1934 ne représentait pas tout l’or que le Trésor possédait. Il n’était pas basé sur tout l’or en possession du Trésor.

Le Trésor a donc calculé la différence, a envoyé à la Fed un nouveau certificat pour cette différence et a déclaré: « Fed, donnez-moi l’argent. » Elle l’a fait. Ainsi, le gouvernement a obtenu l’argent dont il avait besoin jusqu’à ce que le Congrès augmente le plafond de la dette.

Cette capacité existe aujourd’hui. En fait, elle existe sous une forme beaucoup plus grande, et voici pourquoi…

À l’heure actuelle, le certificat d’or de la Fed évalue l’or à 42,22 dollars l’once. Ce qui est très éloigné du prix de l’or sur le marché qui est d’environ 1 330 dollars l’once.

Le Trésor pourrait donc émettre à la Fed un nouveau certificat sur l’or en évaluant les 8 000 tonnes d’or du Trésor à 1 330 dollars l’once. Ils pourraient prendre le prix de marché actuel de 1 330 dollars, soustraire le prix officiel de 42,22 dollars et multiplier la différence par 8 000 tonnes.

J’ai fait le calcul, et ce chiffre est proche de 400 milliards de dollars.

En d’autres termes, demain matin, le Trésor pourrait délivrer à la Fed un certificat sur l’or pour les 8 000 tonnes de Fort Knox à 1 330 dollars l’once et dire à la Fed : « Donnez-nous la différence avec les 42 dollars l’once. »

Le Trésor obtiendrait près de 400 milliards de dollars sans dette supplémentaire. Cela n’ajoute pas à la dette parce que le Trésor a déjà l’or. C’est juste utiliser un capital et le valoriser sur le marché.

Si le plafond de la dette n’est pas levé, ce truc étrange sur l’or pourrait financer le gouvernement pendant presque une année entière, car nous avons un déficit d’environ 400 milliards de dollars.

Ce n’est pas un délire. Cela a déjà été fait deux fois. En 1934 et de nouveau en 1953 par l’administration Eisenhower. Cela pourrait être fait à nouveau et ne nécessite aucune législation.

Est-ce que le gouvernement travaille sur ce truc sur l’or que je viens de décrire ? Je ne sais pas.

Mais il est suspect que le secrétaire du Trésor, Mnuchin, ait récemment inspecté l’or de Fort Knox. C’est le troisième secrétaire du Trésor de l’histoire à visiter Fort Knox, et le premier depuis 1948. Cette visite est très, très inhabituelle.

Je vais garder un œil sur cette histoire, mais le message réel est que les solutions aux niveaux actuels de la dette sont inflationnistes.

Elles impliquent une réinitialisation du dollar. Cela signifie réévaluer le dollar soit grâce à un prix de l’or plus élevé, soit en valorisant l’or au prix du marché et en donnant l’argent au gouvernement.

Les choses bougent beaucoup ici, mais elles indiquent toutes une direction, une inflation plus forte. C’est le seul moyen d’empêcher une panne pour les États-Unis. Malheureusement, votre argent vaudra moins cher.

Jim Rickards

Note du Saker Francophone

Si Mnuchin est allé voir l'or à Fort Knox, c'est peut être qu'il a un doute 

... Espérons pour lui qu'il n'a pas vu un entrepôt vide ou rempli de fausses barres peintes en jaune ..

 

http://lesakerfrancophone.fr/une-solution-en-or-pour-la-crise-de-la-dette-etasunienne

La NSA espionne les armes nucléaires indiennes depuis 1958

La NSA espionne les armes nucléaires indiennes depuis 1958

Des documents Top Secret récemment publiés, provenant des Archives d’Edward Snowden, révèlent comment l’Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA) a espionné les systèmes de missiles balistiques et les armes nucléaires de l’Inde en utilisant son programme d’interception Rainfall via ses bases en Australie et en Thaïlande. Ces documents renforcent les questions sur la mort prétendument accidentelle du père du nucléaire indien, Homi J. Bhabha, et sur celles de 11 scientifiques durant le premier mandat Obama.

| Bangalore (Inde)

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Homi J. Bhabha, le père du nucléaire indien, est mort « accidentellement » en 1966 lors d’un accident d’avion au Mont Blanc. En 2000, le défunt directeur adjoint des opérations de la CIA, Robert Crowley, faisait publier ses conversations posthumes avec le journaliste Gregory Douglas. Il y révélait que le scientifique avait été assassiné par ses services, ainsi que, treize jours plus tôt, le Premier ministre Lal Bahadur Shastri, qui venait de signer une déclaration de paix avec le Pakistan.

Bien avant que l’Inde ait testé son dispositif nucléaire en mai 1974, la communauté du Renseignement états-unienne surveillait et analysait ses activités industrielles nucléaires, aussi bien civiles que militaires, ainsi que nous l’avons signalé précédemment [1]. Des documents Top Secret déclassifiés montrent que, dès 1958, la CIA étudiait la possibilité que New Dehli développe des armes nucléaires. Les rapports se concentrent sur un large éventail de questions liées au nucléaire — la stratégie nucléaire (y compris celle concernant le développement d’armes), la mise en place des réacteurs, l’assistance étrangère, les tests eux-mêmes et leur impact au plan national et international —.

Les documents de 1974-1975 et de 1998 analysent les raisons pour lesquelles la communauté du Renseignement états-unienne n’a pas su anticiper les tests de 1974 et de 1998 — des études qui sont remarquablement similaires. Ces documents incluent également des recommandations pour remédier aux carences que ces études ont constaté.

De nouveaux documents des archives de Snowden

Les journaux SIDtoday récemment publiés par The Intercept, donnent un aperçu du programme d’interception de la NSA. SIDtoday est le bulletin interne de la division la plus importante de la NSA, la Direction du Renseignement électromagnétique (SID — Signals Intelligence Directorate). Après examen, The Intercept a rendu publiques les publications les plus intéressantes de ces bulletins, durant neuf ans à partir de 2003 [2]. Les espions de l’agence donnent un grand nombre de détails sur ce qu’ils faisaient, comment ils le faisaient et pourquoi.

Une série de tests d’armes nucléaires effectués par l’Inde au printemps 1998 a surpris la communauté du Renseignement, provoquant une enquête interne aux États-Unis pour comprendre pourquoi ils n’avaient pas été anticipés ; un rapport du Congressional Research Service a critiqué sévèrement la NSA [3]. Une telle erreur ne s’est pas reproduite en 2005.

En octobre 2004, un programme de Renseignement, RainFall, « géolocalise avec succès des signaux d’une installation indienne suspectée d’être un entrepôt d’armes nucléaires ». En réponse, plusieurs divisions de la NSA collaborent pour confirmer que les signaux sont bien liés à des armes nucléaires indiennes. De nouvelles collectes de données révèlent une quantité « spectaculaire » d’information sur la capacité des armes nucléaires de l’Inde.

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La base Indra de la NSA en Thailande

Un site australien du programme RainFall, isole un signal qu’il soupçonne d’être associé à une installation nucléaire indienne, selon SIDtoday. La collaboration entre Rainfall et deux autres sites de la NSA en Thaïlande (Indra et LemonWood) confirme la source des signaux et permet d’intercepter des informations sur de nouveaux programmes de missiles indiens. Bien que ces systèmes de missiles ne soient pas venus à l’attention du public depuis plusieurs années (le missile balistique lancé par le sous-marin Sagarika a été testé pour la première fois en 2008 [4]), l’accès de ces signaux par la NSA leur permet de savoir ce que faisaient leurs partenaires en matière de Renseignement électromagnétique (SIGINT) [5].

Un récent succès en matière de Renseignement électromagnétique contre le Programme de développement des armes nucléaires de l’Inde illustre la nouvelle collaboration croisée des programmes de l’Agence pour répondre à ses attentes. C’est un excellent exemple des programmes SIGINT qui travaillent ensemble pour atteindre un objectif commun. En octobre 2004, RainFall a réussi à géolocaliser les signaux d’une installation suspectée d’être un entrepôt d’armes nucléaires indien. Cela pousse le « Satellite étranger » (FornSat), LemonWood et la Branche d’analyse des signaux non-identifiés de la NSA à collaborer pour isoler ces signaux, les analyser, et confirmer que leur contenu est en rapport avec les armes nucléaires indiennes. Cette avancée souligne la nécessité de déployer des équipements de démodulation supplémentaires à LemonWood afin d’étendre la collecte de données entreprise depuis que le signal a été découvert en octobre.

Immédiatement après avoir déployé ces équipements, la récupération des données de ce nouveau réseau commence à fournir une activité « spectaculaire ». L’exploitation de ces données révèle la présence du sous-marin Sagarika, le tout premier sous-marin lance-missiles indien (SLBM) ; de Dhanush, un lanceur de missile balistique à courte portée (SRBM) ; et d’un système d’avion sans pilote.

La collecte de données à partir de ces nouveaux moyens fournit également des informations importantes sur deux différents types de bombes aériennes indiennes. On pense que l’une est la très puissante Fuel Air Explosive (FAE) d’un type non identifié. L’autre, pas encore reconnue par les services d’analyse, est peut-être une nouvelle génération d’armes nucléaires aériennes.

LemonWood établit un accès continu aux communications par satellite (informations censurées). La Division FornSat travaille avec cette base et le Trans-Asia Product Line (S2A4) pour étendre la récupération de données par rapport à ce réseau prioritaire.

Bien que la collecte de données résultant de la collaboration interagences ait été spectaculaire, ce qui est le plus impressionnant est la tendance croissante de la collaboration observée entre l’ensemble des divisions de l’Agence. Les défis technologiques d’autrefois sont maintenant des opportunités pour une collaboration qui offre la promesse d’une NSA harmonieuse, interopérable et réceptive.

Il convient également de rappeler que la NSA états-unienne a installé un puissant logiciel espion appelé « Apparition » à New Delhi, comme nous l’avons signalé plus tôt [6]. Ce programme détermine les lieux précis d’où des personnes accèdent à Internet. Ces informations peuvent être utilisées pour envoyer des drones Lethal Reaper et éliminer des cibles. Les rapports Top Secret évoquent une unité de surveillance du Special Collection Services (SCS, une unité commune de la NSA et de la CIA) installée dans le campus de l’ambassade des États-Unis à New Delhi qui fonctionnait sous le nom de code « Daisy ». Cependant, le gouvernement indien n’a pas répondu ou doit encore faire une déclaration concernant l’espionnage pratiqué par l’ambassade.

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Comme le montrent ces documents classifiés, la communauté du Renseignement états-unienne était très préoccupée par son incapacité à prévoir les tests nucléaires de l’Inde. La NSA, après avoir identifié et évalué les insuffisances qui ont mené à cet échec, a présenté des recommandations pour déterminer les mesures à prendre afin de réduire la possibilité de reproduire un échec similaire.

Quelles mesures ont été prises par la communauté du Renseignement états-unienne pour suivre le programme nucléaire de l’Inde ? Le cas ci-dessus n’est qu’un exemple de ce genre. Est-ce que le massacre actuel de scientifiques indien dans le pays depuis des décennies est le résultat d’une certaine stratégie [7] ? Est-ce que le crash du vol 101 d’Air India près du Mont-Blanc dans lequel se trouvait Homi J. Bhabha est directement lié à ces mesures ? Les services de Renseignement indiens sont-ils conscients de ces opérations ? Dans l’affirmative, ont-ils préparé une stratégie et pris les mesures appropriées pour contrer ces activités d’espionnage et les opérations secrètes ciblant le programme nucléaire de l’Inde ? Sinon, un bon moyen pour commencer serait d’ouvrir une nouvelle enquête sur l’assassinat du père de notre programme nucléaire – Homi J. Bhabha.

Traduction
Bruno

Source
Great Game India (Inde)

[1] “US Intelligence Spying On The Indian Bomb”, Great Game India News, July 20, 2017.

[2] “Snowden Archive — The SidToday”, The Intercept, September 13, 2017.

[3] “U.S. Intelligence and India’s Nuclear Tests : Lessons Learned”, Richard A. Best, Jr., Congressional Research Service, 1998.

[4] “Sagarika missile test-fired successfully”, T. S. Subramanian, The Hindu, February 27, 2008.

[5] “How Secret Partners Expand NSA’s Surveillance Dragnet”, Ryan Gallagher, The Intercept, June 19, 2014.

[6] “Embassy Espionage : Top Secret NSA Spy Hub In New Delhi”, Great Game India, May 8, 2017.

[7] La vague d’assassinat de scientifiques nucléaires indiens correspond à celle qui a éliminé leurs homologues libyens, syriens, irakiens et iraniens.

Oubliez notre amitié peu judicieuse avec l’Arabie saoudite : l’Iran est notre allié naturel, par John R. Bradley

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

La ville saoudienne d’Awamiya — comme dans de nombreuses villes d’Irak, de Syrie et du Yémen où se libère la haine ancienne du sunnisme vis-à-vis du chiisme — n’existe plus que par son nom. Le mois dernier, quelques jours avant une attaque contre sa population chiite perpétrée par le régime saoudien, les Nations Unies l’ont élue comme un endroit d’importance culturelle et religieuse exceptionnelle. Mais sous le prétexte de combattre des cellules terroristes soutenues par l’Iran, les Saoudiens ont soumis de manière non discriminée l’ensemble de la population civile d’Awamiya à des bombardements aériens, des tirs de lance-grenades, des snipers, de l’artillerie lourde, des attaques de véhicules blindés et des exécutions de sang-froid.
Plus d’une douzaine de chiites, dont un garçon de trois ans, ont été tués. Des centaines de jeunes gens ont été rassemblés. Au moins 500 maisons ont été détruites, et 8000 habitants ont été expulsés de force de celles qui restaient. Les soldats saoudiens se sont filmés en train de danser et de chanter au milieu des décombres de ce qui faisait la beauté de la vieille ville. Ils ont piétiné le portrait d’un dignitaire religieux chiite originaire de la province de l’est, Nimr al-Nimr, qui fut décapité l’année dernière pour sédition. Et ils ont traité les chiites locaux « purifiés » de la ville de « renégats » et de « chiens » — termes identiques à ceux utilisés par leurs frères wahhabites fanatiques d’Irak et de Syrie, qui se sont délectés des massacres de chiites au nom de l’EI. La décapitation de masse de 14 activistes chiites locaux, dont un adolescent handicapé, serait imminente.

Dans le sillage de ce carnage inter-religieux, il apparaît grotesque que Donald Trump se soit tenu debout à côté du roi Salman à Riyad en mai dernier à l’occasion du lancement d’un nouveau centre pour le combat contre l’extrémisme islamique. Dans un discours préliminaire, Trump avait tout aussi bizarrement distingué l’Iran et ses représentants chiites comme les instigateurs du terrorisme et du bain de sang inter-religieux dans la région. Par le passé, le double discours saoudien était tourné en dérision au nom des contrats de vente d’armes par milliards de dollars à des princes infantiles (et des rétrocommissions qui en découlent) et au nom de l’intensification de leur obsession à la limite de la folie de la prétendue menace existentielle posée par l’Iran à Israël et à ses alliés despotiques sunnites.

Cette plaisanterie n’est plus du tout risible. Le mois dernier, l’ex-responsable du MI5, Jonathan Evans, a averti que la Grande-Bretagne devra faire face à la la menace de la terreur islamiste pendant au moins 30 ans. Seul un observateur portant des œillères aurait des difficultés à comprendre son inquiétude. Car face à la défaite imminente de l’EI, des milliers de djihadistes imprégnés de l’idéologie wahhabite du califat sont sur le chemin du retour vers la Grande-Bretagne et l’Europe, déterminés à perpétuer le rêve du massacre d’infidèles. C’est notre propre civilisation qui fait face à cette réelle menace existentielle. La vague d’attaques terroristes en Espagne, Finlande, Grande-Bretagne et en Belgique s’est produite l’année pendant laquelle l’Europe a subi au moins un événement djihadiste significatif par semaine.

Un rapport récent, censuré par le gouvernement du Royaume-Uni, a révélé que la majorité des financements des mosquées du Royaume qui promeuvent l’extrémisme islamique, et qui jouent un rôle crucial dans la radicalisation des djihadistes locaux, proviennent d’Arabie saoudite et d’autres pays arabes du Golfe qui embrassent aussi l’odieuse idéologie wahhabite. Ces révélations concordent avec d’autres investigations détaillées sur l’expansion de l’extrémisme islamique, au Royaume-Uni comme en Europe, qui ont désigné l’expansion du wahabbisme sponsorisé par les Saoudiens comme la menace la plus grave contre notre sécurité et nos valeurs. Tous ces rapports ont été ignorés de la même manière par ceux qui gouvernent en notre nom.

Notre perfide élite politicienne a ainsi permis à l’Arabie saoudite de faire en sorte que, le rêve du califat au Moyen-Orient s’évanouissant, le djihad meurtrier en vienne à accroître l’intensité de sa rage à notre porte. L’argument comme quoi le renseignement en provenance d’Arabie saoudite aide à prévenir des attaques résonne de plus en plus comme un argument creux, compte tenu du nombre d’attaques terroristes perpétrées malgré tout. La rhétorique défaitiste qui consiste à dire que nous devons nous habituer à vivre avec les atrocités djihadistes, à l’instar des glissements de terrain et des ouragans, n’est pas moins rageante. Les attaques terroristes ne sont pas des phénomènes naturels ; elles sont le résultat de circonstances fomentées par les décisions des politiques. Si nous avons le moindre espoir de combattre la menace islamiste, alors les politiques doivent tout d’abord réaliser que l’immigration de masse, essentiellement composée de jeunes hommes musulmans dans une Europe où l’islam wahabbite financé par les Saoudiens est majoritaire dans les mosquées et les madrasa, est un suicide culturel. La compréhension politique du conflit sunno-chiite au Moyen-Orient, et sa relation avec la menace terroriste islamiste, doivent être également réévaluées. Les atrocités d’Awamiya n’auront prouvé rien d’autre que l’absurdité du fait que les Wahabbites soient nos amis dans la lutte contre l’extrémisme. Comme l’Arabie saoudite, l’Iran dominé par les Chiites est une théocratie rétrograde dirigée par des vieillards odieux qui endossent les habits de la religion afin de limiter la liberté de leurs citoyens et de confisquer à leur profit la prospérité de leur pays. Les deux pays sont de grossiers agresseurs des droits de l’homme. Là s’arrête cependant la comparaison. En Arabie saoudite, les non-musulmans ont l’interdiction de pratiquer leur religion en public, alors qu’en Iran la constitution protège les droits des chrétiens et des juifs (l’un de mes souvenirs forts de la région est de fréquenter les communautés juives de Téhéran et d’Ispahan).

Comme les juifs, et à la grande différence des wahabbites, les chiites ne tiennent pas à convertir tous les autres à leur religion, et les Iraniens ont même la décence — si c’est le mot approprié — de faire la différence entre Israël et les juifs dans la rhétorique anti-sioniste gouvernementale. L’Arabie saoudite promeut un antisémitisme dont les nazis auraient été fiers, en condamnant en même temps les chiites en tant qu’incarnation collective du Mal. L’Iran a une démocratie et une presse vivante, quoique difficilement comparable avec ce que nous tenons pour acquis en Occident, et sans commune mesure avec tout se qui se fait en Arabie saoudite. L’Iran n’a jamais envahi un autre pays ; l’Arabie saoudite est en train de détruire le Yémen.

De plus, quand le pragmatisme géopolitique s’est imposé, l’Iran a proposé de collaborer étroitement avec l’Occident, alors qu’à chaque occasion, par le biais des financements de ses relais djihadistes, les Saoudiens et leurs alliés dans la communauté du renseignement occidental ont travaillé contre nous. Après les attaques du 11 septembre, perpétrées en majorité par des ressortissants saoudiens, l’Iran — qui naturellement n’a aucune sympathie pour al-Qaïda — a recensé des centaines de terroristes arabes et a fourni des renseignements à Washington dans la lutte contre le terrorisme. En 2009, Téhéran a publiquement proposé son aide à Washington pour rebâtir et stabiliser l’Afghanistan ; deux années plus tôt, les deux pays ont tenu des pourparlers (sans succès à terme) sur l’Irak.

Rien de tout cela ne mentionne l’évidence : sans les sacrifices héroïques des forces armées de l’Iran et de son allié chiite, le Hezbollah, sur les lignes de front du califat en ruine, l’EI, aujourd’hui,ne serait pas en phase d’agonie finale là-bas, et les djihadistes d’al-Qaïda (que nous avons financés, entraînés et armés) ne seraient pas en train de lutter pour leurs vies. Les États-Unis ont également travaillé aux côtés des généraux iraniens en Irak dans la lutte commune contre l’EI. Même aujourd’hui, les Forces spéciales américaines travaillent avec l’armée libanaise qui lance une offensive simultanément avec le Hezbollah contre les terroristes islamistes créés par les Saoudiens et d’autres pays sunnites qui continuent à causer du chaos de l’autre côté de la frontière syrienne.

Pourquoi n’entendons-nous jamais cette autre version du récit ? L’une des raisons est que la plupart des « experts » de la région, qui contribuent sans limite aux éditoriaux des journaux américains, informent les officiels des services de renseignement et apparaissent comme des experts à la télévision, travaillent en fait pour des think-tanks financés par les monarchies arabes ou par Israël. Les ex-diplomates anglais et américains qui étaient en poste à Riyad et Jedda sont connus pour prendre leur retraite en bénéficiant des largesses saoudiennes. Et notre ministère des Affaires étrangères, suivant comme d’habitude les ordres venant de Washington, continue de se ranger aveuglément aux côtés d’Israël qui craint que les mollahs de Téhéran ne développent un arsenal nucléaire afin de concrétiser leurs souhaits répétés de rayer l’État d’Israël de la carte.

Mais sur ce point encore, une réévaluation pragmatique s’impose. Israël, après tout, est une puissance nucléaire, et possède l’armée la mieux entraînée et équipée de la région. S’il ne peut se défendre par ses propres moyens maintenant, il ne sera jamais capable de le faire. Et pour dire la vérité, la seule chose qui importe aux mollahs est de conserver leur mainmise rouillée sur le pouvoir. Même la Maison-Blanche, qui hait l’Iran et adore Israël, admet à contre-cœur que Téhéran respecte le traité nucléaire négocié à l’internationale. En fin de compte, l’Iran ne constitue aucunement une menace pour nous.

En fait, les seules personnes que la piétaille de l’EI est plus que jamais déterminée à massacrer, ce sont les chiites. En sachant cela, nous devrions faire nôtre cette maxime : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Faisons savoir aux Saoudiens que nous sommes las de leur financement terroriste en lançant une répression féroce contre toutes les formes de wahabbisme. Simultanément, levons les sanctions imposées à l’Iran. De cette manière, nous pourrons compter sur un partage exhaustif du renseignement iranien et sur une coopération militaire étroite avec les États-Unis — c’est la manière la plus efficace de convaincre le pays d’abandonner toute ambition nucléaire persistante. Laissons pour finir la Grande-Bretagne rompre avec les désastreuses interventions militaires américaines au Moyen-Orient et avec les alliances douteuses avec l’Arabie saoudite et ses relais wahhabites. C’est seulement an agissant ainsi que nous pourrons braver les causes réelles de la terreur islamiste. Nous pourrons également nous retrouver en première position pour bénéficier du potentiel de 600 milliards de dollars d’investissements étrangers en Iran, consécutifs à la levée des sanctions.

John Bradley collabore également avec le Daily Mail et Jewish Chronicle, il est l’auteur de quatre ouvrages sur le Moyen-Orient.

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Labyrinthe du simulacre, de l’ONU à Freeman

Labyrinthe du simulacre, de l’ONU à Freeman

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Labyrinthe du simulacre, de l’ONU à Freeman

21 septembre 2017 – La première image qui me vient et me reste à l’esprit est celle, largement reprise, du général Kelly, le directeur de cabinet de Trump, tête baissée, le menton dans ses mains croisées, puis une main se cachant le visage pourtant toujours baissé, au moment où Trump commence son discours. On l’imagine complètement catastrophé, découragé, se répétant “Mais qu’est-ce qu’il est encore en train nous de sortir ?” A côté de lui, Melania Trump, le visage fermé, impénétrable, regardant elle aussi son mari, ou bien peut-être, – oui, à bien la regarder et pour peu que l’on ait l’imagination vagabonde, on pourrait voir se peindre sur ce même visage une question assez proche, du genre : “Mais qu’est-ce qu’il raconte, ce type ?” A la tribune, lui, il nucléarise la Corée du Sud avant de passer à l’Iran. Netanyahou bondit de joie !

Il y a aussi cet article de RT qui cite ce jugement de Lavrov à propos de l’intervention de Trump (« Un discours remarquable »), en évoquant une perspective idyllique où les USA et la Russie rétabliraient des relations normales parce que Trump a affirmé la nécessité du respect de toutes les souverainetés (de toutes les nations souveraines) dans les relations internationales ; puis martelant des réserves colossales et très inquiètes, Lavrov, implicitement très critique sur les interventions dévastatrices de Trump dans les passages de son discours sur les crises nord-coréenne et iranienne. (Désormais, il semble bien qu’il y ait une crise iranienne.) L’attitude de Trump est complètement incohérente à maints égards, et cela ne peut nous surprendre puisque sa “diplomatie” est de l’ordre de la télé-réalité : d’un côté, affirmant le principe intangible de la souveraineté des nations dans les relations internationales, de l’autre jugeant des comportements nationaux d’une manière distordue et complètement intrusive, voire en faisant la promotion du regime change dans le cas du Venezuela (et implicitement de la Corée du Nord, et sans doute l’Iran), sans le moindre souci de la souveraineté nationale.

Du coup, Macron paraît excellent lorsqu’il prononce son jugement sévère sur l’attitude de Trump vis-à-vis de l’Iran, – “excellent” lui, c’est dire ! Et aussi lors de sa conférence de presse, lorsqu’il rapporta des détails de son entretien avec Trump, justement à propos de l’Iran. Il expose à Trump l’argument qu’il est dangereux sinon absurde de mettre en cause l’accord actuel sous prétexte qu’il n’est pas parfait, sans prévoir une option de remplacement ; Trump a-t-il une telle option ? interroge Macron ; Trump répond que oui et lui expose son option de remplacement. Et Macron de commenter avec une franchise qui lui fait honneur dans cet instant : « Je ne l’ai pas comprise », ouvrant par là la voie à l’hypothèse pas si incohérente que Trump est un esprit incohérent et donc incompréhensible.

…Mais moi-même, qualifiant Macron d’“excellent” alors qu’il y a deux jours le site appuyait de commentaires approbateurs un portrait incendiaire et furieux de ce même Macron, est-ce que je n’alimente pas ce constat irrésistible de l’incohérence, qui vaut d’ailleurs dans la relativité extraordinaire qu’il expose pour tous les avatars de cette session de l’ONU résumant si bien le climat et la psychologie folle de cette époque catastrophique ? Qui peut encore prétendre être capable de ranger les choses et les actes des hommes, et par conséquent émettre un jugement durable et solide sur les hommes, d’une façon cohérente et soutenue, dans ce formidable tourbillon crisique ?

Tous les commentateurs commentent et tous les éditorialistes éditorialisent depuis deux jours sur ces interventions à la tribune de l’ONU et sur la situation ainsi créée, et moi je reste, bouche bée, la plume suspendue. Certes, la faute essentielle, sinon exclusive du point de vue de l’opérationnalité, en revient à Trump, qui a exposé d’une façon symbolique et tonitruante du point de vue de la communication le trouble et le désordre qu’il introduit dans les relations internationales, exactement à l’image de ceux qu’ils développent dans la politique intérieure de Washington D.C. depuis bientôt deux ans.

Mais encore une fois, Trump ne fait que mettre dans une lumière aveuglante, celle des spots de la télé-réalité, une situation qui se développe depuis des années et qu’on feint d’ignorer, ou qu’on n’a pas le courage de relever, ou qu’on est trop aveugle et d’une psychologie trop affaiblie pour s’en aviser. Comme l’on disait “le fou du roi”, Trump est “le fou du monde” qui nous fait accepter l’évidence que le monde est comme ce roi dont un enfant s’exclamait “Le roi est nu !”.

C’est pour cette raison que je crois inutile de proposer une appréciation acceptable et raisonnable de la situation du monde, impliquant que cette situation répond elle-même à des critères identifiables et compréhensibles par la raison comme acceptables et raisonnables. C’est impossible, tout simplement parce qu’il n’y a rien qui soit acceptable et raisonnable, selon l’entendement de notre raison courante et selon la logique des dynamiques en cours, dans la situation du monde de notre époque catastrophique. On comprend alors le choix, fait d’une façon tout à fait rationnelle, qui me conduit à cette analyse s’exprimant dans ces termes du refus d’une démarche intellectuelle appuyée sur une mesure du rangement des choses et des actes et un jugement durable sur les hommes, tout cela avec l’instrument de la raison qui se révèle dans ce cas impuissante et paralysée ; on comprend alors ce choix qui fait que ce texte ne figure pas dans une des rubriques du site comme il serait logique qu’il soit, mais dans ce Journal.dde-crisis qui est d’abord comptable de l’humeur de celui qui l’écrit.

Enfin, comment mieux ouvrir la perspective comme elle doit l’être pour terminer justement cette observation sur la folie de l’époque qu’avec ces quelques phrases à propos de cette invraisemblable initiative de la création d’un “comité”, – le Committee To Investigate Russia, ou disons le CTR pour rendre compte du sérieux de l’entreprise, – organisé par une association entre people d’Hollywood et neocons recyclés et plus ou moins officiels. ZeroHedge.com nous donne un bon résumé de l’affaire lancée par l’acteur et metteur en scène Rob Reiner, avec les neocons David Frum et Max Boot, l’ancien directeur du renseignement national (DNI) James Clapper, fameux pour ses dépositions mensongères mais sous serment au Congrès, et surtout, pour la sensation et la grotesquerie, la participation très active de la voie sentencieuse et mélodieuse, accompagnée du visage de vieux sage un peu retors et évidemment black, de l’acteur Norman Freeman.

Cet assortiment abracadabrant préside à l’encouragement d’une “chasse aux sorcières” très hollywoodiennes, sans sorcières mais avec des proclamations bombastiques sur l’agression russe et les activités guerrières russes (« We are at war with Russia », révélation centrale de Freeman), et tout cela dans une atmosphère prompte à la dénonciation rocambolesque. Hollywood parvenant à se rejouer le MacCarthysme complètement inverti, – ou la victime de l’Inquisition des années 1940 et 1950 devenue l’inquisiteur sexy et arrosé de millions de dollars.

Je ne sais toujours pas si Freeman est dans cette aventure pour la beauté de la cause ou pour son pesant de dollars, mais l’avis émis aux premières nouvelles de l’intervention (il n’était pas encore apparu qu’il s’agissait d’une association bel et bien organisée) reste complètement valable : « […L]’hystérie comme sagesse, présentée par le visage vénérable et rayonnant de Freeman, marqué des sillons d’une si rude expérience de la vie enfin arrivée à la libération du progressisme-sociétal (et antiraciste) en vogue à Hollywood (“Freeman” le bien-nommé : “homme libre”)… Le déterminisme-narrativiste à ce point nous conduit à déambuler dans un univers hallucinant. »

Eh bien à l’ONU c’était pareil, univers hallucinant, lorsque Trump prit d’assaut le pupitre, puis ce qui s’ensuivit, et tout cela n’étant en rien accidentel mais comme une description baroque et assez juste de l’époque où nous nous débattons, emprisonnés dans l’univers accouché par cette époque. Rien à faire, cette pensée lancinante ne cesse de me revenir : il est impossible, dans ces conditions, de faire œuvre de commentaire politique comme s’il s’agissait d’une situation objectivement observable pour ce que la raison voudrait y voir. Il y a, dans ce fouillis et dans ce fatras, des forces d’une puissance considérable qui sont à l’œuvre, qui brouillent tous les rangements qu’on pourrait concevoir, qui trompent les logiques, qui attirent les jugements dans des simulacres qui sont des labyrinthes. Le premier écueil qui attend le regard de l’honnête homme, c’est de comprendre et de mesurer cette forme insaisissable du simulacre dans le labyrinthe, pour tenter de l’écarter, pour tenter de saisir l’une ou l’autre vérité-de-situation qu’elle dissimulerait.

 

http://www.dedefensa.org/article/labyrinthe-du-simulacre-de-lonu-a-freeman

Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée

Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée


Par Phil Butler – Le 10 septembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Depuis le Forum économique asiatique à Vladivostok, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la Corée du Nord mangera de l’herbe avant de renoncer aux armes nucléaires ». La simple vérité et la logique de la déclaration a fait clairement comprendre à la plupart des personnes sensées que les sanctions et les bruits de botte servent à exaspérer et à séparer les nations. Mais le pragmatisme de M. Poutine soulève la question : « Que veut la Corée du Nord ? »

Quelqu’un a-t-il rapporté l’autre version, du côté de Pyongyang, de la crise interminable sur la péninsule de Corée ? Si quelqu’un l’a fait, je ne connais aucun citoyen américain qui en ait été informé. Depuis que l’Union soviétique et les États-Unis ont séparé la Corée après la Seconde Guerre mondiale, des frictions permanentes ont existé entre le Nord et le Sud. Depuis que la Corée du Nord a envahi le Sud, provoquant la guerre de Corée (1950-1953), le Nord socialiste a été dans un état de préparation constant, où le militarisme est au premier rang dans la société. Sans entrer dans un cours d’histoire complet, la Corée du Nord a de bonnes raisons pour une préparation militaire maximum ces décennies, en particulier si on examine les stratégies adoptées pour la guerre de Corée par les généraux étasuniens. Cette guerre a été une guerre d’usure et le véritable point de départ d’une Guerre froide qui minerait pour finir les énergies de tous les pays sur la terre. Pour la Chine, la contribution nord-coréenne à la victoire communiste n’a jamais été oubliée depuis la création de la République populaire de Chine en 1949. Lorsque la Chine s’est sentie menacée et est entrée en guerre, la menace d’un conflit nucléaire mondial est devenue une possibilité réelle. Si on garde à l’esprit la géographie de la Corée, il est facile de comprendre que l’avertissement du président Poutine sur une situation présente se développant en une « catastrophe mondiale totale » n’est pas du sensationnalisme. Une intervention américaine sur la péninsule aujourd’hui conduirait presque certainement à une rupture amère des relations entre des nations clés.

Les populations de Corée du Nord et du Sud n’ont jamais été le souci des autres pays. C’est la froide réalité de la crise actuelle. La Corée a toujours été une question de confinement et de géostratégie. Le premier à le reconnaître (par inadvertance) a été le président Harry Truman lorsqu’il a admis dans son autobiographie que l’ « action de police » visait à affronter les régimes communistes soviétique et chinois. Ce fait a été également souligné dans le  National Security Council Report 68 (NSC-68) déclassifié (1975). Citation du livre du président Truman :

« Le communisme agissait en Corée, exactement comme Hitler, Mussolini et les Japonais l’avaient fait dix ans, quinze ans et vingt ans plus tôt. J’étais convaincu que si ont permettait à la Corée du Sud de tomber, les dirigeants communistes seraient encouragés à s’emparer de pays plus proches de nos côtes. Si on permettait aux communistes  d’entrer dans la République de Corée sans opposition du monde libre, aucun petit pays n’aurait le courage de résister à la menace et à l’agression de voisins communistes plus forts. »

Mais la position de la Corée du Nord, les vrais désirs du peuple de ce pays n’ont jamais été abordés. Tout ce que nous en savons, c’est le récit du confinement et de la crise. À partir de là, nous pouvons choisir d’explorer les sombres vérités d’antan, d’essayer de justifier les conflits d’intérêt perpétuels, ou nous pouvons choisir d’examiner les idées et les politiques qui créeront une paix perpétuelle. Qui a commencé la guerre froide, quels pays étaient en faute ou sur une position défensive alors a peu d’importance si on doit progresser. Pour répondre à la question « Que veut la Corée du Nord ? », il semble clair que les réponses sont l’indépendance et la prospérité. Mais depuis la chute de l’Union soviétique et le retrait du soutien de Moscou, l’idée audacieuse de l’autosuffisance de la politique du Juche s’est engagée dans une sorte de catastrophe paradoxale. La viabilité est impossible, en particulier avec des dépenses inutiles et le militarisme. Aujourd’hui, Kim Jong-un affronte une spirale descendante presque impossible à stopper dans sa politique intérieure et extérieure, à moins d’une alternative. La manière dont je vois la posture nucléaire de son régime est un appel à tenir compte des besoins de son pays dans lequel lui et ses partisans ne perdent pas la face. Mais le président américain Donald Trump et les alliés japonais ne construisent aucun pont que le dirigeant nord-coréen pourrait franchir. Les raisons en sont tout à fait évidentes : la dynamique étasunienne nécessite un conflit permanent pour se maintenir.

Les preuves de mon argument sont nombreuses, surtout si on prend en compte la « politique du rayon de soleil » de la Corée du Sud. En 2000, son dirigeant Kim Dae-jung a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir appliqué cette politique avec succès, qui était exactement le « pont » que je demande. L’administration Bush a veillé à ce que ce rétablissement des liens entre le Nord et le Sud ne réussisse jamais. Barack Obama a joué son rôle de provocateur de crise et maintenant Trump a été rappelé à l’ordre en faisant la même chose. La rédactrice du magazine Providence, Anne R. Pierce, a appelé les stratégies de ce président « la politique nord-coréenne imprudente, cruelle de l’administration Obama » et c’est exactement ça. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la question, la « politique du rayon de soleil » a eu pour résultat des contacts politiques plus importants entre Séoul et Pyongyang et beaucoup d’autres moments historiques dans les relations inter-coréennes, y compris plusieurs initiatives commerciales de haut niveau. Lorsque Kim Dae-jung et Kim Jong-il se sont rencontrés en 2000, les espoirs de réconciliation sont montés très haut. Quelques lecteurs se rappellent peut-être qu’après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, l’administration américaine a déclaré que la Corée du Nord faisait partie de l’Axe du Mal. C’était après que la Corée du Nord ait de nouveau rompu ses liens avec le Sud. Pour mon argumentation, les implications sont claires comme de l’eau de roche. Et à la question sur ce que veut la Corée du Nord, la « normalisation » des relations devrait être la conclusion indiscutable que nous évacuons. Des gestes d’égalité et d’amitié ont entraîné un résultat positif, mais les politiciens américains conseillent à Donald Trump de menacer, comme Bush l’avait fait. Comme Vladimir Poutine l’a suggéré l’autre jour, les diplomates américains semblent incapables de s’exprimer intelligemment. L’affirmation que la « politique du rayon de soleil » est la clé pour apaiser la situation en Corée est aussi soutenue par Patrick McEachern, l’auteur de Inside the Red Box : North Korea’s Post-Totalitarian Politics, qui compare les démonstrations nucléaires de la Corée du Nord sous la « politique du rayon de soleil » et après. Le fait est que le Nord brandit des sabres nucléaires plus souvent depuis que cette politique a échoué.

Maintenant que Poutine et le président sud-coréen Moon Jae se sont rencontrés à Vladivostok, on dit que Moon adoptera bientôt une nouvelle « politique du rayon de soleil » avec l’aide de Moscou et Beijing. Quelques lecteurs se rappelleront que Moon était le chef d’état-major de Roh Moo-hyun, le dernier président libéral de la Corée, l’homme qui a continué la « politique du rayon de soleil » de son prédécesseur Kim Dae-jung. Cela m’amène à un dernier point qui concerne Moon, Poutine et même le Japonais Abe. Un prix Nobel de la paix attend toujours Poutine et celui qui assure un avenir pour la Corée du Nord et du Sud attrapera certainement le prix. Le rôle croissant de Poutine sur la scène mondiale, ses mouvements évidents vers l’Est, et en particulier sa modération devant une position agressive de l’Occident sont des éléments positifs dont les Coréens ont besoin.

La dure vérité de cette situation est que Pyongyang a désespérément besoin d’une bouée de sauvetage, mais ils ne veulent pas la mendier. De mon point de vue, je ne le leur reproche pas du tout. Montrer la faiblesse des oligarques de son pays est comme du sang dans un bassin plein de requins. Les Coréens du Nord meurent de faim mais ils sont trop fiers pour ramper, cela devrait être on ne peut plus clair. Je pense que si Donald Trump s’intéressait davantage à résoudre ces crises qu’à sembler en avoir « une bonne paire », le monde irait beaucoup mieux. « Choc et effroi » sur la péninsule de Corée avec des retombées sur la Chine, la Russie et le Japon ne se fera tout simplement pas. Je parie que Poutine va bientôt rétablir l’approvisionnement alimentaire pour la Corée du Nord.

Phil Butler est un enquêteur et un analyste politique, un politologue et un expert de l’Europe de l’Est, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Note du Saker Francophone

Il est peu probable que les Nord Coréens soient au bord de la famine. On peut penser que la Russie et la Chine ravitailleront la Corée du Nord en fonction des besoins, au moins pour compenser les effets du blocus et des manœuvres militaires au moment des récoltes pour forcer Pyongyang à mobiliser ses soldats paysans.

 

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La survie de la Syrie porte un coup aux djihadistes

La survie de la Syrie porte un coup aux djihadistes


Malgré les efforts déployés par Israël et ses alliés pour sauver le projet de « changement de régime » en Syrie, la défaite imminente des djihadistes soutenus par l’Occident est un tournant pour le Moyen-Orient moderne, analyse l’ex-diplomate britannique Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 8 septembre 2017 – Source Consortium News

Le fait d’exister encore est une victoire pour la Syrie – toujours debout, en quelque sorte – malgré les ruines dues à ce qu’elle a subi. Cette victoire marque effectivement l’échec de la Doctrine Bush pour le Moyen-Orient (le « Nouveau Moyen Orient »). Cela signale le début de la fin, non seulement pour le projet politique de « changement de régime », mais aussi pour le projet jihadiste sunnite, qui a été utilisé comme outil coercitif pour créer ce « Nouveau Moyen-Orient ».

Il n’y a pas que la région qui ait atteint un point d’inflexion géopolitique, mais aussi l’islam sunnite. L’islam d’inspiration wahhabite a connu un revers majeur. Il est maintenant largement discrédité parmi les sunnites et haït par tout le monde.

Pour être clair, voici comment étaient liés les deux projets :

À la suite de la première guerre du Golfe (1990-1991), le général Wesley Clark, ancien commandant suprême allié de l’OTAN pour l’Europe, s’est souvenu :

En 1991, Paul Wolfowitz était sous-secrétaire à la stratégie de défense… Et j’étais passé le voir (…)

Et j’ai dit : « Monsieur le Secrétaire, vous devez être très content de la performance des troupes qui ont participé à Desert Storm. »

Et il a répondu : « Ouais, mais pas vraiment, parce qu’en vérité nous aurions du nous débarrasser de Saddam Hussein, et nous ne l’avons pas fait (…) Mais nous avons appris une chose, c’est que nous pouvons utiliser notre armée dans la région, au Moyen-Orient, et les Soviétiques ne nous arrêteront pas. Et nous avons environ 5 à 10 ans pour nettoyer ces anciens régimes clients soviétiques – Syrie, Iran, Irak – avant que la prochaine grande superpuissance n’émerge et nous défie. »

La pensée de Wolfowitz a ensuite été examinée plus profondément par David Wurmser dans son document de 1996 intitulé Coping with Crumbling States [Gérer les États faillis] (à la suite de sa contribution à l’infâme document stratégique intitulé Clean Break, rédigée par Richard Pearle pour Bibi Netanyahou plus tôt dans la même année). L’objectif ici pour ces deux documents déclencheurs était de contester directement la pensée « isolationniste » de Pat Buchanan (qui réapparait en partie dans les mouvements New Right et Alt-Right aux États-Unis).

L’écrivain libertaire Daniel Sanchez notait : « Wurmser a caractérisé les changements de régime en Irak et en Syrie (deux pays sous régimes baathistes) de moyen d’’accélérer l’effondrement dans le chaos’ du nationalisme laïque-arabe en général et du baathisme en particulier. Il a affirmé que ‘le phénomène du baathisme’ était, dès le début, ‘l’agent d’une politique étrangère, à savoir soviétique’ (…) et a donc conseillé à l’Occident d »achever’ cet adversaire anachronique – et d’amener la victoire américaine dans la Guerre froide à son point culminant. Le baathisme devrait être supplanté par ce qu’il appelait ‘l’option hachémite’. Après leur effondrement dans le chaos, l’Irak et la Syrie redeviendraient des possessions hachémites. Les deux seraient dominés par la maison royale de Jordanie qui, à son tour, serait dominée par les États-Unis et Israël. »

Influencer Washington

Ce mémo de Wurmser, Coping with Crumbling States, avec celui de Clean Break, auront un impact majeur sur la pensée washingtonienne au cours de l’administration George W. Bush (dans laquelle David Wurmser a également servi). Ce qui a suscité cette haine profonde des néoconservateurs envers les États nationalistes laïques-arabes n’était pas seulement qu’ils étaient, du point de vue néocon, des reliques en ruine de la « diabolique » URSS, mais, qu’à partir de 1953, la Russie s’est rangée du coté des États nationalistes laïques dans tous leurs conflits avec Israël. C’était quelque chose que les néocons ne pouvaient ni tolérer, ni pardonner.

Clean Break, comme le projet datant de 1997, Project for a New American Century, repose exclusivement sur l’objectif de politique américaine de sécuriser Israël. Wurmser insiste pour que la démolition du baathisme soit la priorité absolue dans la région. Il ajoute : « Pas de quartier contre le nationalisme séculier-arabe », ajoute-t-il, « même si cela doit lâcher la marée du fondamentalisme islamique ».

En fait, l’Amérique ne s’intéressait pas à contrer le fondamentalisme islamique. Les États-Unis l’utilisaient généreusement : ils avaient déjà envoyé des insurgés islamistes armés en Afghanistan en 1979, précisément pour « induire » une invasion soviétique (et qui eut effectivement lieu).

Beaucoup plus tard, lorsqu’on lui a demandé si, compte tenu du terrorisme qui s’est produit ultérieurement, il regrettait d’avoir lancé l’extrémisme islamique de cette façon, le conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, Zbig Brzezinski, a répondu :

« Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Cela a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en deux mots : ‘Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam’ . »

Les radicaux sunnites bien entrainés ont alors été utilisés par les États occidentaux pour contrer le nassérisme, le baathisme, l’URSS, l’influence iranienne et, plus tard, tenter de renverser le président Bachar al-Assad en Syrie. Un ancien fonctionnaire de la CIA, en 1999, a décrit la pensée de l’époque ainsi  :

« En Occident, les mots fondamentalisme islamique évoquent des images d’hommes barbus portant turbans et de femmes couvertes de voiles noirs. Et certains mouvements islamistes contiennent effectivement des éléments réactionnaires et violents. Mais nous ne devons pas laisser les stéréotypes nous aveugler sur le fait qu’il existe également des forces de modernisation puissantes au sein de ces mouvements. L’Islam politique est pour le changement. En ce sens, les mouvements islamistes modernes peuvent être le principal vecteur pour provoquer ces changements dans le monde musulman et la dissolution des anciens régimes ‘dinosaures’ ».

Protéger les émirs

Précisément, c’était l’objectif du Printemps arabe. Le rôle attribué aux mouvements islamistes était de briser le monde arabe nationaliste-laïque (le « pas de quartier pour le nationalisme séculier arabe », selon Wurmser), mais aussi protéger les rois et les émirs du Golfe, auxquels l’Amérique s’était liée – comme le reconnaît Wurmser explicitement – en tant que contrepartie directe dans le projet de dissolution du monde arabe laïc nationaliste. Les rois et les émirats, bien sûr, craignaient le socialisme associé au nationalisme arabe (comme les néocons).

Dan Sanchez a bien perçu (bien avant l’intervention de la Russie dans le Moyen-Orient), que Robert Kagan et son collègue néocon, Bill Kristol, dans leur article du Foreign Affairs de 1996, Toward a Neo-Reaganite Foreign Policy, cherchaient à vacciner à la fois le mouvement conservateur et la politique étrangère américaine politique contre l’isolationnisme de Pat Buchanan :

« La menace soviétique a récemment disparu, et la guerre froide avec elle. Les néocons étaient terrifiés par le fait que le public américain sauterait alors sur l’occasion pour lâcher les obligations impériales du pays. Kristol et Kagan ont exhorté leurs lecteurs à résister à cette tentation, et à capitaliser sur la nouvelle prééminence sans précédent de l’Amérique … [qui] doit devenir le dominant partout et autant que possible. Donc, tous les futurs concurrents en développement devraient être tués dans l’œuf, et le nouveau ‘moment unipolaire’ pourrait durer éternellement … Ce qui faisait apparaitre ce rêve des néocons faisable était l’indifférence de la Russie post-soviétique. »

Et, dans l’année qui a suivit la chute du mur de Berlin, la guerre contre l’Irak a marqué le début du refaçonnement du Moyen-Orient : c’est-à-dire pour l’Amérique d’affirmer son pouvoir uni-polaire à l’échelle mondiale (grâce à ses bases militaires) ; de détruire l’Irak et l’Iran ; de « retourner la Syrie » (comme Clean Break le préconisait) – et de sécuriser Israël.

La Russie est de retour

Bon, la Russie est de retour au Moyen-Orient – et la Russie n’est plus « indifférente » aux actions de l’Amérique – et maintenant, une « guerre civile » a éclaté en Amérique entre ceux qui veulent punir Poutine pour avoir détruit le moment unipolaire de l’Amérique dans la région et l’autre orientation politique, dirigée par Steve Bannon, qui préconise précisément la politique étrangère américaine Buchanan-esque que les néocons avaient tellement espéré anéantir (… plus ça change, plus c’est la même chose. En français dans le texte).

Il est cependant évident qu’une chose a changé : la longue « survie » des djihadistes sunnites comme outil de choix pour remodeler le Moyen-Orient. Les signes le montrant sont partout.

Les dirigeants des cinq pays émergents des BRICS ont nommé pour la première fois des groupes militants basés au Pakistan comme étant préoccupants pour la sécurité régionale et ont demandé que leurs sponsors soient tenus pour responsables :

« Nous exprimons à cet égard notre inquiétude concernant la situation sécuritaire dans la région et la violence causée par les Talibans, État islamique …, Al-Qaïda et ses affiliés, dont le Mouvement islamique du Turkestan oriental, le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le réseau Haqqani, Lashkar-e-Taiba, Jaish-e-Mohammad, TTP et Hizb ut-Tahrir », ont déclaré les dirigeants. (Le Pakistan et l’Arabie saoudite devront en prendre note).

De même, un article publié dans un journal égyptien et rédigé par le ministre britannique sur le Moyen-Orient, Alistair Burt, suggère que Londres supporte totalement le régime de Sissi en Égypte dans sa guerre contre les Frères musulmans. Burt a attaqué les F.M. pour leurs liens vers l’extrémisme, tout en soulignant que la Grande-Bretagne a imposé une interdiction totale de tout contact avec l’organisation depuis 2013 − ajoutant qu‘ « il est maintenant temps pour tous ceux qui défendent la Fraternité à Londres ou au Caire de mettre un terme à cette confusion et ambiguïté ». Il n’est pas surprenant que les remarques de Burt aient été accueillies avec un grand plaisir au Caire.

Bien qu’il est vrai qu’il y avait des hommes et des femmes bien intentionnés et de principes parmi les islamistes sunnites qui, à l’origine, avaient voulu sauver l’islam du marasme dans lequel il se trouvait dans les années 1920 (après l’abolition du califat), le fait est (malheureusement ) que cette même période a coïncidé avec le premier roi saoudien, Abdul Azziz (soutenu avec enthousiasme par la Grande-Bretagne), et sa tentative d’utiliser le wahhabisme comme moyen pour dominer toute l’Arabie. Ce qui est arrivé plus tard (se terminant par les récentes attaques violentes dans les villes européennes) n’est pas si surprenant : la plupart de ces mouvements islamistes ont été financés par la manne pétrolière saoudienne et le violent sentiment d’exceptionnalisme wahhabite (le wahhabisme est le seul à prétendre être « l’unique véritable islam »).

Politiquement instrumental

Et comme l’islam devenait de plus en plus instrumentalisé politiquement, alors le courant le plus violent, inévitablement, devenait prédominant. Inévitablement, l’ensemble des mouvements islamistes sunnites − y compris ceux considérés comme « modérés » − devenait progressivement plus proche de l’intolérance, du dogmatisme, du littéralisme wahhabite et prêt à soutenir la violence extrémiste. Dans la pratique, même certains mouvements nominalement non violents – dont les Frères musulmans – se sont alliés et ont combattu avec les forces d’al-Qaïda en Syrie, au Yémen et ailleurs.

Alors, et maintenant ? L’échec des mouvements wahhabites à atteindre leurs objectifs politiques est total. Il n’a pas si longtemps les jeunes hommes musulmans – y compris ceux qui avaient vécu en Occident – étaient vraiment inspirés par le radicalisme et la promesse de l’apocalypse islamique. La prophétie Dabiq (de l’arrivée de la rédemption) semblait proche de l’accomplissement pour ces jeunes adhérents. Maintenant, il n’en reste que poussière. Le wahhabisme s’est complètement discrédité par sa brutalité gratuite. Et les prétentions de l’Arabie saoudite au savoir-faire politique et à l’autorité islamique ont subi un revers majeur.

Ce qui est moins évident pour le monde extérieur, c’est que ce coup a été livré en partie par l’Armée arabe syrienne, qui est en majorité sunnite. Au contraire de tous les stéréotypes de la propagande occidentale qui dépeignait le conflit syrien comme un combat entre chiites et sunnites, ce sont les sunnites syriens qui ont combattu – et sont morts – pour leur tradition musulmane levantine et contre cette intolérante branche islamique récemment apportée (après la Deuxième Guerre mondiale) dans le Levant depuis le désert du Nejd saoudien (le wahabbisme est apparu à l’origine dans le désert de Nejd en Arabie saoudite).

Après cette guerre syrienne témoin de la brutalité meurtrière d’État islamique à Mossoul, de nombreux sunnites ont eu plus qu’assez de cette secte wahhabite. Il est probable qu’en conséquence l’on assiste à un retour du nationalisme laïc et non-sectaire. Mais aussi, du modèle traditionnel d’un islam levantin, tolérant, plus orienté vers l’intérieur, quasi-laïc.

Même si le sunnisme utilisé comme outil politique peut être « terminé », l’islam sunnite réformiste radical, en tant que sous-culture, n’est certainement pas « hors jeu ». En effet, alors que le pendule balance maintenant contre les mouvements sunnites à l’échelle mondiale, l’hostilité déjà générée est très susceptible de nourrir l’idée d’un islam assiégé et attaqué ; de l’usurpation de ses terres et de son autorité ; et de la dépossession de l’État, (que les sunnites pensent traditionnellement comme « eux-mêmes »). Le courant puritain et intolérant de l’islam est présent depuis les premiers temps (Hanbali, Ibn Taymiyya et au dix-huitième siècle, Abd-el Wahhab), et cette orientation semble toujours ressurgir en période de crise dans le monde islamique. État islamique peut être vaincu, mais cette orientation ne sera jamais complètement vaincue, ni ne disparaîtra complètement.

Le « vainqueur » dans cette partie du monde est al-Qaïda. Ce dernier a prédit l’échec d’État islamique (un califat physiquement situé étant prématuré, soutient-il). Cette prédiction du leader d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, semble être correcte. En conséquence, al-Qaeda va récupérer les restes d’État islamique d’une part, et les membres désabusés et en colère des Frères musulmans d’autre part. Dans un sens, nous pourrions assister à une plus grande convergence entre les mouvements islamistes (surtout lorsque les financiers du Golfe vont reculer).

Nous sommes susceptibles d’assister à un retour du djihad virtuel et mondial de Zawahiri, destiné à provoquer l’Occident plutôt qu’à le vaincre militairement – par opposition à toute nouvelle tentative de saisir et de contrôler un émirat territorial.

Attendez-vous à ce que les sanctuaires (chiites) de Kerbala et Najaf commencent à dépasser en aura ceux de la Mecque et de Médine (sunnites). En fait, c’est déjà le cas.

Alastair Crooke

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-survie-de-la-syrie-porte-un-coup-aux-djihadistes

 

La Russie et la Chine contre l’empire du dollar

« L’art de la guerre »

La Russie et la Chine contre l’empire du dollar

C’est à tort que nous considérons chaque conflit armé dans le monde comme distinct des autres. La presque totalité d’entre eux s’insère dans un rapport plus général entre d’un côté « l’empire américain d’Occident » et, de l’autre, les Brics qui tentent de lui opposer « un ordre international alternatif ». Ce rapport de force se joue aussi bien au plan militaire qu’au plan financier.

| Rome (Italie)

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Un vaste arc de tensions et de conflits s’étend de l’Asie orientale à l’Asie centrale, du Moyen-Orient à l’Europe, de l’Afrique à l’Amérique latine. Les « points chauds » le long de cet arc intercontinental —Péninsule coréenne, mer de Chine méridionale, Afghanistan, Syrie, Irak, Iran, Ukraine, Libye, Venezuela et autres— ont des histoires et des caractéristiques géopolitiques différentes, mais en même temps sont reliés à un unique facteur : la stratégie avec laquelle « l’empire américain d’Occident », en déclin, essaie d’empêcher l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux. Ce que redoute Washington se comprend par le Sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre à Xiamen en Chine.

Exprimant « les préoccupations des Brics sur l’injuste architecture économique et financière mondiale, qui ne prend pas en considération le poids croissant des économies émergentes », le président russe Poutine a souligné la nécessité de « dépasser la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve ». Référence claire au dollar US, qui constitue presque les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie par laquelle se détermine le prix du pétrole, de l’or et d’autres matières premières stratégiques. Ce qui permet aux USA de conserver un rôle dominant, en imprimant des dollars dont la valeur se base non pas sur la réelle capacité économique états-unienne mais sur le fait qu’ils sont utilisés comme monnaie mondiale. Le yuan chinois est cependant entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats d’achat du pétrole en yuan, convertibles en or.

Les Brics demandent en outre la révision des quotas et donc des votes attribués à chaque pays à l’intérieur du Fonds monétaire : les USA, à eux seuls, détiennent plus du double du total des votes de 24 pays de l’Amérique latine (Mexique compris) et le G7 détient le triple des votes du groupe des Brics. Washington observe avec une préoccupation croissante le partenariat russo-chinois : les échanges entre les deux pays, qui en 2017 devraient atteindre les 80 milliards de dollars, sont en forte augmentation ; en même temps augmentent les accords de coopération russo-chinoise dans le domaine énergétique, agricole, aéronautique, spatial et dans celui des infrastructures. L’achat annoncé de 14 % de la compagnie pétrolifère russe Rosneft par une compagnie chinoise et la fourniture de gaz russe à la Chine pour 38 milliards de m3 annuels à travers le nouveau gazoduc Sila Sibiri qui entrera en fonction en 2019, ouvrent à l’export énergétique russe la voie à l’Est tandis que les USA essaient de lui bloquer la voie à l’Ouest vers l’Europe.

Perdant du terrain sur le plan économique, les USA jettent sur le plateau de la balance l’épée de leur force militaire et de leur influence politique. La pression militaire US en mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne, les guerres des USA et de l’Otan en Afghanistan, les guerres au Moyen-Orient et en Afrique, le coup d’épaule des USA et de l’Otan en Ukraine et la confrontation consécutive avec la Russie, entrent dans la même stratégie de confrontation mondiale contre le partenariat russo-chinois, qui n’est pas seulement économique mais géopolitique. Y entre aussi le plan de miner les Brics de l’intérieur, en ramenant les droites au pouvoir au Brésil et dans toute l’Amérique latine. C’est ce que confirmait le commandant du U.S. Southern Command, Kurt Tidd, qui prépare contre le Venezuela l’« option militaire » brandie par Trump : dans une audition au Sénat, il accusait la Russie et la Chine d’exercer une « influence maligne » en Amérique latine, pour faire avancer là aussi « leur vision d’un ordre international alternatif ».

Manlio Dinucci

Traduction

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 

http://www.voltairenet.org/article197861.html

Revue de presse nationale et internationale.

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