Archives pour la catégorie Nucleaire

Ouragans : la garantie nucléaire

Ouragans : la garantie nucléaire

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Les deux réacteurs de la centrale de South Texas Project, située à 145 km de Houston, ont fonctionné à pleine capacité pendant toute la tempête Harvey, atténuant les conséquences humaines des intempéries.

L’ouragan Harvey va laisser des traces dans la région de Houston, agglomération de premier plan dans un Etat du Texas plus grand que la France. Les dommages financiers pourraient approcher les 180 milliards de dollars [1]. Le Sud des Etats-Unis n’avait pas connu pareilles intempéries depuis 2005, année où l’ouragan Katrina avait sinistré la Nouvelle Orléans.

Pendant l’ouragan, en raison des vents violents, plusieurs fermes éoliennes, nombreuses dans cet Etat, ont dû être arrêtées, et l’épaisse couche nuageuse a quasiment stoppé la production des panneaux photovoltaïques. Les sources de production programmable disponibles, au premier rang desquelles la centrale nucléaire de South Texas Project, située à 145 km de Houston, ont donc joué un rôle capital dans l’approvisionnement en électricité des zones affectées.

Une préparation bien rodée

A l’approche de l’ouragan, les opérateurs de la centrale étaient préparés à affronter les intempéries et la NRC, l’autorité de sûreté américaine, avait spécialement dépêché sur place deux inspecteurs supplémentaires -en plus des inspecteurs résidents-, pour s’assurer du respect des normes de sûreté. Ils sont restés sur place tout le week-end, au côté des 250 personnels de la centrale, dont une partie avait été appelée en renfort face à la menace que les routes soient inondées, ce qui aurait empêché les allers et venues vers la centrale. Pour prévenir ce type de scénario, des lits et des réserves de vivres sont stockés sur place afin de permettre aux équipes de se reposer et de rester sur place pendant leurs heures de repos.

Les risques météorologiques sévères (ouragans, tornades, inondations) ont été pris en compte dans la conception de South Texas Project. Les bâtiments abritant les deux réacteurs de 1280 MWe et les équipements vitaux sont protégés par des murs en béton armé de 1,2 à 2,1 mètres d’épaisseur – suffisants pour résister à un avion de ligne. Par ailleurs, la centrale est dotée de bâtiments et de portes étanches et ses bâtiments abritant des équipements relatifs à la sûreté peuvent supporter une élévation de l’eau de 12,5 mètres par rapport au niveau de la mer – la centrale étant construite à 8,8 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Une garantie pour des populations sinistrées

Grâce à sa conception et son plan d’urgence en cas d’intempéries, la centrale a contribué à assurer une fourniture d’électricité stable à l’échelle régionale pour les deux millions de consommateurs qu’elle approvisionne et dont les lignes n’avaient pas été coupées. Sans elle, les dommages de l’ouragan auraient été bien supérieurs, privant notamment d’électricité des infrastructures vitales comme les hôpitaux, le trafic routier, les abris…

En 2014, déjà, un vortex polaire avait entrainé la fermeture de centrales à gaz et au charbon et stoppé la production électrique des éoliennes et du solaire au Nord-Est des Etats-Unis. Là encore, les centrales nucléaires étaient au rendez-vous, fournissant à un moment critique plus d’électricité dans cette région des Etats-Unis que toutes les autres sources de production électrique [2].

Crédit photo : Department of Defense

Légende : la ville de Houston a subi de plein fouet les innondations mais n’a pas été coupée du réseau électrique pendant la catastrophe, notamment grâce à la disponibilité du nucléaire.

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La Corée du Nord dans le grand jeu nucléaire

La Corée du Nord dans le grand jeu nucléaire

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

 

 

Pour Manlio Dinucci, la crise nord-coréenne nous fait perdre de vue le fond du problème : ce n’est pas que Pyongyang ait la bombe atomique, mais que les grandes puissances en aient d’invraisemblables stocks, que 35 autres Etats soient sur le point de l’acquérir, et que face à la stratégie US, ceux qui la détiennent sont mieux protégés que les autres.

| Rome (Italie)

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Docteur Folamour

Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur les tests nucléaires et de missiles nord-coréens, laissent dans l’ombre le cadre général dans lequel ils s’insèrent : celui d’une croissante course aux armements qui, tandis qu’elle conserve un arsenal nucléaire en mesure d’effacer l’espèce humaine de la Terre, mise sur des têtes et vecteurs high tech de plus en plus sophistiqués.

La Fédération des scientifiques américains (Fas) estime, en 2017, que la Corée du Nord a « du matériel fissible pour produire potentiellement 10-20 têtes nucléaires, mais il n’y a pas de preuves disponibles qu’elle ait rendu opérationnelles des têtes nucléaires transportables par des missiles balistiques ». Toujours selon la Fas, les USA possèdent 6 800 têtes nucléaires, dont 1 650 stratégiques et 150 non-stratégiques prêtes à tout moment à être lancées. En comptant les françaises et les britanniques (respectivement 300 et 215), les forces nucléaires de l’Otan disposent de 7 315 têtes nucléaires, dont 2 200 prêtes au lancement, face aux 7 000 russes dont 1 950 prêtes au lancement. Selon les estimations de la Fas, environ 550 têtes nucléaires états-uniennes, françaises et britanniques, prêtes au lancement, sont déployées en Europe à proximité du territoire russe. C’est comme si la Russie avait installé au Mexique des centaines de têtes nucléaires pointées sur les États-Unis.

En ajoutant les chinoises (270), pakistanaises (120-130), indiennes (110-120) et israéliennes (80), le nombre total des têtes nucléaires est estimé à environ 15 000. Ce estimations sont approximatives, presque certainement par défaut. Et la course aux armements nucléaires se poursuit avec la modernisation continue des têtes et des vecteurs nucléaires.

En tête se trouvent les États-Unis, qui effectuent de continuels tests des missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III et se préparent à les remplacer par de nouveaux missiles (coût estimé à 85 milliards de dollars). Le Congrès a approuvé en 2015 un plan (coût estimé à environ 1 000 milliards) pour potentialiser les forces nucléaires avec 12 sous-marins d’attaque de plus (7 milliards pièce), armé chacun de 20 têtes nucléaires. Entre dans le même cadre le remplacement des bombes nucléaires USA B61, présentes en Italie et dans d’autres pays européens, par les nouvelles B61-12, armes de première frappe. La potentialisation des forces nucléaires comprend aussi le prétendu « bouclier anti-missiles » pour neutraliser les représailles ennemies, comme celui installé par les USA en Europe contre la Russie et en Corée du Sud, non pas contre la Corée du Nord mais en réalité contre la Chine.

Russie et Chine sont en train d’accélérer la modernisation de leurs forces nucléaires, pour ne pas de faire distancer. En 2018, la Russie déploiera un nouveau missile balistique intercontinental, le Sarmat, avec une portée allant jusqu’à 18 000 km, capable de transporter 10 à 15 têtes nucléaires qui, en rentrant dans l’atmosphère à une vitesse hypersonique (plus de 10 fois celle du son), manœuvrent pour échapper aux missiles intercepteurs en perçant le « bouclier ».

Dans une telle situation, où un cercle restreint d’États conserve l’oligopole des armes nucléaires, où celui qui les possède menace celui qui ne les a pas, il est de plus en plus probable que d’autres cherchent à se les procurer et y arrivent. En plus des neuf pays qui possèdent déjà des armes nucléaires, il y en environ 35 autres en mesure de les construire.

Tout cela est ignoré par les journaux papier et télévisés, alors qu’ils lancent l’alarme sur la Corée du Nord, dénoncée comme unique source de menace nucléaire. On ignore aussi la leçon qu’à Pyongyang on dit avoir appris : Kadhafi —rappellent-ils— avait renoncé totalement à tout programme nucléaire et autorisé des inspections de la Cia en territoire libyen. Cela pourtant ne sauva pas la Libye quand les USA et l’Otan décidèrent de la détruire. S’il avait eu des armes nucléaires, pense-t-on à Pyongyang, personne, n’aurait eu le courage de l’attaquer. Ce raisonnement peut être fait aussi par d’autres : dans la situation mondiale actuelle il vaut mieux avoir les armes nucléaires que ne pas les avoir.

Pendant que sur la base de cette logique dangereuse la probabilité de prolifération nucléaire augmente, le Traité sur la prohibition des armes nucléaires, adopté à une grande majorité par les Nations Unies en juillet dernier, est ignoré par toutes les puissances nucléaires, par les membres de l’Otan (Italie comprise) et par ses principaux partenaires (Arabie saoudite, Ukraine, Japon, Australie). Une large mobilisation est fondamentale pour imposer que notre pays aussi adhère au Traité sur la prohibition des armes nucléaires et donc évacue de son territoire les bombes nucléaires US, dont la présence viole l’autre Traité, celui de non-prolifération, déjà ratifié par l’Italie. Si la conscience politique fait défaut, l’instinct de survie au moins devrait se déclencher.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 

http://www.voltairenet.org/article197746.html