Archives pour la catégorie Moyen Orient

Oubliez notre amitié peu judicieuse avec l’Arabie saoudite : l’Iran est notre allié naturel, par John R. Bradley

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

La ville saoudienne d’Awamiya — comme dans de nombreuses villes d’Irak, de Syrie et du Yémen où se libère la haine ancienne du sunnisme vis-à-vis du chiisme — n’existe plus que par son nom. Le mois dernier, quelques jours avant une attaque contre sa population chiite perpétrée par le régime saoudien, les Nations Unies l’ont élue comme un endroit d’importance culturelle et religieuse exceptionnelle. Mais sous le prétexte de combattre des cellules terroristes soutenues par l’Iran, les Saoudiens ont soumis de manière non discriminée l’ensemble de la population civile d’Awamiya à des bombardements aériens, des tirs de lance-grenades, des snipers, de l’artillerie lourde, des attaques de véhicules blindés et des exécutions de sang-froid.
Plus d’une douzaine de chiites, dont un garçon de trois ans, ont été tués. Des centaines de jeunes gens ont été rassemblés. Au moins 500 maisons ont été détruites, et 8000 habitants ont été expulsés de force de celles qui restaient. Les soldats saoudiens se sont filmés en train de danser et de chanter au milieu des décombres de ce qui faisait la beauté de la vieille ville. Ils ont piétiné le portrait d’un dignitaire religieux chiite originaire de la province de l’est, Nimr al-Nimr, qui fut décapité l’année dernière pour sédition. Et ils ont traité les chiites locaux « purifiés » de la ville de « renégats » et de « chiens » — termes identiques à ceux utilisés par leurs frères wahhabites fanatiques d’Irak et de Syrie, qui se sont délectés des massacres de chiites au nom de l’EI. La décapitation de masse de 14 activistes chiites locaux, dont un adolescent handicapé, serait imminente.

Dans le sillage de ce carnage inter-religieux, il apparaît grotesque que Donald Trump se soit tenu debout à côté du roi Salman à Riyad en mai dernier à l’occasion du lancement d’un nouveau centre pour le combat contre l’extrémisme islamique. Dans un discours préliminaire, Trump avait tout aussi bizarrement distingué l’Iran et ses représentants chiites comme les instigateurs du terrorisme et du bain de sang inter-religieux dans la région. Par le passé, le double discours saoudien était tourné en dérision au nom des contrats de vente d’armes par milliards de dollars à des princes infantiles (et des rétrocommissions qui en découlent) et au nom de l’intensification de leur obsession à la limite de la folie de la prétendue menace existentielle posée par l’Iran à Israël et à ses alliés despotiques sunnites.

Cette plaisanterie n’est plus du tout risible. Le mois dernier, l’ex-responsable du MI5, Jonathan Evans, a averti que la Grande-Bretagne devra faire face à la la menace de la terreur islamiste pendant au moins 30 ans. Seul un observateur portant des œillères aurait des difficultés à comprendre son inquiétude. Car face à la défaite imminente de l’EI, des milliers de djihadistes imprégnés de l’idéologie wahhabite du califat sont sur le chemin du retour vers la Grande-Bretagne et l’Europe, déterminés à perpétuer le rêve du massacre d’infidèles. C’est notre propre civilisation qui fait face à cette réelle menace existentielle. La vague d’attaques terroristes en Espagne, Finlande, Grande-Bretagne et en Belgique s’est produite l’année pendant laquelle l’Europe a subi au moins un événement djihadiste significatif par semaine.

Un rapport récent, censuré par le gouvernement du Royaume-Uni, a révélé que la majorité des financements des mosquées du Royaume qui promeuvent l’extrémisme islamique, et qui jouent un rôle crucial dans la radicalisation des djihadistes locaux, proviennent d’Arabie saoudite et d’autres pays arabes du Golfe qui embrassent aussi l’odieuse idéologie wahhabite. Ces révélations concordent avec d’autres investigations détaillées sur l’expansion de l’extrémisme islamique, au Royaume-Uni comme en Europe, qui ont désigné l’expansion du wahabbisme sponsorisé par les Saoudiens comme la menace la plus grave contre notre sécurité et nos valeurs. Tous ces rapports ont été ignorés de la même manière par ceux qui gouvernent en notre nom.

Notre perfide élite politicienne a ainsi permis à l’Arabie saoudite de faire en sorte que, le rêve du califat au Moyen-Orient s’évanouissant, le djihad meurtrier en vienne à accroître l’intensité de sa rage à notre porte. L’argument comme quoi le renseignement en provenance d’Arabie saoudite aide à prévenir des attaques résonne de plus en plus comme un argument creux, compte tenu du nombre d’attaques terroristes perpétrées malgré tout. La rhétorique défaitiste qui consiste à dire que nous devons nous habituer à vivre avec les atrocités djihadistes, à l’instar des glissements de terrain et des ouragans, n’est pas moins rageante. Les attaques terroristes ne sont pas des phénomènes naturels ; elles sont le résultat de circonstances fomentées par les décisions des politiques. Si nous avons le moindre espoir de combattre la menace islamiste, alors les politiques doivent tout d’abord réaliser que l’immigration de masse, essentiellement composée de jeunes hommes musulmans dans une Europe où l’islam wahabbite financé par les Saoudiens est majoritaire dans les mosquées et les madrasa, est un suicide culturel. La compréhension politique du conflit sunno-chiite au Moyen-Orient, et sa relation avec la menace terroriste islamiste, doivent être également réévaluées. Les atrocités d’Awamiya n’auront prouvé rien d’autre que l’absurdité du fait que les Wahabbites soient nos amis dans la lutte contre l’extrémisme. Comme l’Arabie saoudite, l’Iran dominé par les Chiites est une théocratie rétrograde dirigée par des vieillards odieux qui endossent les habits de la religion afin de limiter la liberté de leurs citoyens et de confisquer à leur profit la prospérité de leur pays. Les deux pays sont de grossiers agresseurs des droits de l’homme. Là s’arrête cependant la comparaison. En Arabie saoudite, les non-musulmans ont l’interdiction de pratiquer leur religion en public, alors qu’en Iran la constitution protège les droits des chrétiens et des juifs (l’un de mes souvenirs forts de la région est de fréquenter les communautés juives de Téhéran et d’Ispahan).

Comme les juifs, et à la grande différence des wahabbites, les chiites ne tiennent pas à convertir tous les autres à leur religion, et les Iraniens ont même la décence — si c’est le mot approprié — de faire la différence entre Israël et les juifs dans la rhétorique anti-sioniste gouvernementale. L’Arabie saoudite promeut un antisémitisme dont les nazis auraient été fiers, en condamnant en même temps les chiites en tant qu’incarnation collective du Mal. L’Iran a une démocratie et une presse vivante, quoique difficilement comparable avec ce que nous tenons pour acquis en Occident, et sans commune mesure avec tout se qui se fait en Arabie saoudite. L’Iran n’a jamais envahi un autre pays ; l’Arabie saoudite est en train de détruire le Yémen.

De plus, quand le pragmatisme géopolitique s’est imposé, l’Iran a proposé de collaborer étroitement avec l’Occident, alors qu’à chaque occasion, par le biais des financements de ses relais djihadistes, les Saoudiens et leurs alliés dans la communauté du renseignement occidental ont travaillé contre nous. Après les attaques du 11 septembre, perpétrées en majorité par des ressortissants saoudiens, l’Iran — qui naturellement n’a aucune sympathie pour al-Qaïda — a recensé des centaines de terroristes arabes et a fourni des renseignements à Washington dans la lutte contre le terrorisme. En 2009, Téhéran a publiquement proposé son aide à Washington pour rebâtir et stabiliser l’Afghanistan ; deux années plus tôt, les deux pays ont tenu des pourparlers (sans succès à terme) sur l’Irak.

Rien de tout cela ne mentionne l’évidence : sans les sacrifices héroïques des forces armées de l’Iran et de son allié chiite, le Hezbollah, sur les lignes de front du califat en ruine, l’EI, aujourd’hui,ne serait pas en phase d’agonie finale là-bas, et les djihadistes d’al-Qaïda (que nous avons financés, entraînés et armés) ne seraient pas en train de lutter pour leurs vies. Les États-Unis ont également travaillé aux côtés des généraux iraniens en Irak dans la lutte commune contre l’EI. Même aujourd’hui, les Forces spéciales américaines travaillent avec l’armée libanaise qui lance une offensive simultanément avec le Hezbollah contre les terroristes islamistes créés par les Saoudiens et d’autres pays sunnites qui continuent à causer du chaos de l’autre côté de la frontière syrienne.

Pourquoi n’entendons-nous jamais cette autre version du récit ? L’une des raisons est que la plupart des « experts » de la région, qui contribuent sans limite aux éditoriaux des journaux américains, informent les officiels des services de renseignement et apparaissent comme des experts à la télévision, travaillent en fait pour des think-tanks financés par les monarchies arabes ou par Israël. Les ex-diplomates anglais et américains qui étaient en poste à Riyad et Jedda sont connus pour prendre leur retraite en bénéficiant des largesses saoudiennes. Et notre ministère des Affaires étrangères, suivant comme d’habitude les ordres venant de Washington, continue de se ranger aveuglément aux côtés d’Israël qui craint que les mollahs de Téhéran ne développent un arsenal nucléaire afin de concrétiser leurs souhaits répétés de rayer l’État d’Israël de la carte.

Mais sur ce point encore, une réévaluation pragmatique s’impose. Israël, après tout, est une puissance nucléaire, et possède l’armée la mieux entraînée et équipée de la région. S’il ne peut se défendre par ses propres moyens maintenant, il ne sera jamais capable de le faire. Et pour dire la vérité, la seule chose qui importe aux mollahs est de conserver leur mainmise rouillée sur le pouvoir. Même la Maison-Blanche, qui hait l’Iran et adore Israël, admet à contre-cœur que Téhéran respecte le traité nucléaire négocié à l’internationale. En fin de compte, l’Iran ne constitue aucunement une menace pour nous.

En fait, les seules personnes que la piétaille de l’EI est plus que jamais déterminée à massacrer, ce sont les chiites. En sachant cela, nous devrions faire nôtre cette maxime : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Faisons savoir aux Saoudiens que nous sommes las de leur financement terroriste en lançant une répression féroce contre toutes les formes de wahabbisme. Simultanément, levons les sanctions imposées à l’Iran. De cette manière, nous pourrons compter sur un partage exhaustif du renseignement iranien et sur une coopération militaire étroite avec les États-Unis — c’est la manière la plus efficace de convaincre le pays d’abandonner toute ambition nucléaire persistante. Laissons pour finir la Grande-Bretagne rompre avec les désastreuses interventions militaires américaines au Moyen-Orient et avec les alliances douteuses avec l’Arabie saoudite et ses relais wahhabites. C’est seulement an agissant ainsi que nous pourrons braver les causes réelles de la terreur islamiste. Nous pourrons également nous retrouver en première position pour bénéficier du potentiel de 600 milliards de dollars d’investissements étrangers en Iran, consécutifs à la levée des sanctions.

John Bradley collabore également avec le Daily Mail et Jewish Chronicle, il est l’auteur de quatre ouvrages sur le Moyen-Orient.

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

27 réponses à Oubliez notre amitié peu judicieuse avec l’Arabie saoudite : l’Iran est notre allié naturel, par John R. Bradley

 

http://www.les-crises.fr/oubliez-notre-amitie-peu-judicieuse-avec-larabie-saoudite-liran-est-notre-allie-naturel-par-john-r-bradley/

Publicités

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?

Le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?© Chris Wattie Source: Reuters
Un soldat kurde, à quelques kilomètres d’Erbil. Images d’archives.

Fort de son implication contre Daesh et du soutien américain, Erbil est en position de force face à Bagdad. Quel effet aura ce scrutin dans un Moyen-Orient focalisé sur la lutte anti-terroriste? Entretien avec Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE.

RT France : Avec le recul de Daesh, la question de la reconstruction de l’Irak est le nouveau défi qui attend Bagdad. Quelles répercussions pourraient avoir sur ce sujet le référendum d’auto-détermination ?

Emmanuel Dupuy (E. D.) : La reconquête de Tal Afar fut plus rapide que prévue. L’offensive lancée fin août a permis de libérer la ville au bout d’une semaine. Après celle de Mossoul, au bout de neuf mois de combats meurtriers, la libération de la ville n’est que le début de l’offensive lancée par l’armée irakienne. Les membres du CTS (anti-terrorisme irakien) et les unités de mobilisation populaire chiites du Hachd al-Chaabi, dans la région d’Akachat, riche en gaz naturel, œuvrent à chasser Daesh de ses derniers bastions le long de l’Euphrate, en direction de la frontière irako-syrienne. Seules quatre localités restent aux mains des djihadistes : Hawija, Al Qaïm, Rawa et Anna. Dans ce contexte, le soutien des forces spéciales occidentales aura été déterminant.

Le vote annoncé d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien semble obliger les acteurs régionaux et internationaux à se positionner sur la question kurde, bien plus tôt qu’ils ne l’auraient souhaité

Tout est désormais en place pour que la question de la reconstruction politique soit abordée en ce qui concerne les zones libérées de l’emprise de Daesh, qui, de juillet 2014 à ce jour, a contrôlé jusqu’à 25% du territoire irakien. Le vote annoncé au niveau du parlement kurde irakien, le 25 septembre prochain, d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien semble obliger les acteurs régionaux et internationaux à se positionner sur la question kurde, bien plus tôt qu’ils ne l’auraient souhaité. En effet, tous, Washington en tête, estiment que cette initiative vient perturber les opérations non encore terminées contre Daesh.

Massoud Barzani, fort de sa stature internationale et du soutien des chancelleries occidentales, a parfaitement compris l’avantage à tirer d’une pression politique accrue sur Bagdad

La première conséquence de cet agenda kurde ne s’est pas fait attendre et semble donner raison à la stratégie du président du Gouvernement du Kurdistan irakien (GRK), Massoud Barzani. Ce dernier, fort de sa stature internationale et du soutien des chancelleries occidentales, a parfaitement compris l’avantage à tirer d’une pression politique accrue sur Bagdad. Certains estiment qu’il ne souhaite pas réellement l’indépendance, mais cherche plutôt à pousser ses pions, en vue des futurs arbitrages quant à un approfondissement des délégations de pouvoir octroyées par Bagdad au Kurdistan irakien.
Les autorités kurdes irakiennes, qui jouissent déjà depuis 1991 d’une large autonomie, ont eu beau expliquer qu’une victoire (probable) du «Oui» n’engagerait pas forcement vers un processus d’indépendance, cela n’aura pas suffit à calmer le courroux de Bagdad, qui juge l’initiative inconstitutionnelle, comme l’a répété, le 12 septembre dernier, le Parlement de Bagdad.
Bien que 80 députés aient saisi le président du Parlement, Salim al-Joubouri, pour dénoncer ce qui est présenté comme une «provocation», le résultat est que, désormais, le Premier ministre est contraint d’engager une discussion et «un dialogue sérieux» avec les autorités de la région kurde autonome. L’unité territoriale est, du reste, une des conditions posées par la communauté internationale pour la reconstruction du pays, sur le plan financier. La balle est ainsi désormais dans le camp irakien, obligé de se rendre à la table des négociations en position de faiblesse, il est vrai à cause de l’insistance des Américains. Les Kurdes peuvent ainsi se réjouir d’avoir inversé le processus en leur faveur…

Washington et ses partenaires allemands, britanniques, français, italiens ont demandé par le biais d’un communiqué que le gouvernement d’Erbil se concentre sur la dernière phase des opérations, visant à éviter que les derniers djihadistes ne s’échappent le long de la frontière avec la Syrie

RT France :Ce référendum pourrait-il avoir un impact sur les combats en cours ? 

E. D. : Comme l’a indiqué récemment le secrétaire d’Etat américain à la Défense, John Mattis, il ne faudrait pas que les velléités d’indépendance ou d’approfondissement de l’auto-détermination kurde ne viennent retarder la fin de l’offensive au sud de l’Euphrate vers les derniers territoires encore aux mains de Daesh, notamment le long de la frontière, dans la région d’Akachat.
Washington et ses partenaires allemands, britanniques, français, italiens estiment que la priorité est la stabilisation des zones libérées. Ils l’ont fait savoir par le biais d’un communiqué, diffusé le 12 septembre, en demandant que le gouvernement d’Erbil se concentre sur la dernière phase des opérations, pour éviter que les derniers djihadistes (estimés à guère plus de 1 500) ne s’échappent le long de la frontière avec la Syrie et ne rejoignent les membres de Daesh repoussés eux aussi à travers les 6 000 kilomètres carrés de la zone désertique de la Badia, vers la frontière avec l’Irak.

Les Irakiens estiment, quant à eux, que l’effort militaire doit désormais être porté sur la localité d’Al-Qaïm, où l’on estime que Daesh a maintenu toutes ses capacités de stockage d’armes et de commandement intactes et ce, afin d’éviter que les djihadistes ne fuient… Bagdad ne cesse donc d’enjoindre à ses partenaires occidentaux de calmer les ardeurs kurdes. Bagdad est aussi sensible à l’épée de Damoclès que constitue la menace, brandie par Ankara, de faire entrer en territoire irakien 2 000 hommes, au cas où les forces kurdes syriennes (notamment celles du parti de l’Union démocratique – PYD) et kurdes irakiennes étendraient leur emprise sur le mont Sinjar, au nord-ouest de la zone frontalière. La menace est réelle, et n’est pas sans rappeler celle qui avait justifié, d’août 2016 à mars 2017, l’offensive turque en Syrie baptisée «Bouclier de l’Euphrate» dans la région de Jarablus et Al-Bab.
Rappelons nous aussi que l’Irak avait sommé la Turquie, en décembre dernier, de renvoyer chez eux les 150 militaires et quelques vingtaines de chars qu’Ankara avait mis à disposition des Peshmargas kurdes dans le cadre d’un accord de coopération avec Erbil. Ces troupes turques avaient ainsi participé, au grand dam de Bagdad, à l’offensive au nord de Mossoul.
Bagdad souhaite désormais donner l’impression que c’est, avant tout, son armée, ses unités de mobilisation populaires, ses forces anti-terroristes qui ont libéré le territoire irakien, d’où une volonté de «minorer» l’action de ses partenaires iraniens (notamment les Pasdarans sous le commandement du général iranien Qasem Souleimani) et des forces kurdes…

La Communauté internationale ne souhaite pas soutenir une éventuelle demande d’indépendance […] Tous estiment que la mobilisation doit être totale en vue de maintenir les unités territoriales tant de la Syrie que de l’Irak

RT France : Ce référendum pourrait-il aboutir à la revendication d’un grand Kurdistan indépendant ?

E. D. : Cette crainte d’une contagion est, en effet, particulièrement forte, à Ankara comme à Téhéran. Elle a, par exemple, motivé la décision prise par Moscou, Ankara et Téhéran, à l’occasion de la reprise des négociations d’Astana, au Kazakhstan (14-15 septembre) d’envoyer des troupes dans les quatre «zones de désescalades» situées dans le Nord de la Syrie.

Néanmoins, la Communauté internationale ne souhaite pas soutenir une éventuelle demande d’indépendance. L’Assemblée générale des Nations unies a proposé une solution alternative au président Barzani, lui proposant d’aboutir d’ici trois ans à un accord entre le Kurdistan irakien et le gouvernement fédéral irakien sur le statut de la région autonome. En effet, l’ONU et nombres d’Etats estiment que ce référendum est non seulement inconstitutionnel au regard de la loi irakienne mais surtout périlleux. Tous estiment que la mobilisation doit être totale en vue de maintenir les unités territoriales tant de la Syrie que de l’Irak. Toutes les parties sont ainsi invitées par l’ONU à se mobiliser davantage en faveur de la participation financière à la reconstruction «structurelle», dont le coût est estimé par l’ONU à près de 300 milliards de dollars.
Cette question aura été à l’ordre du jour du nouveau round de négociations qui s’est ouvert du 14 au 15 septembre à Astana, au Kazakhstan, sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Au-delà de la dimension économique, c’est, en effet, le processus politique unitaire et inclusif qui est en jeu. Moscou, Washington, Ankara et Téhéran semblent ainsi enclins à se focaliser désormais sur la tenue de conférences de réconciliation nationale, à la fois inclusives (en terme de participants) et garantes de l’unité territoriale.

Le risque est grand, en effet, que la libération de certaines zones peuplées de kurdes comme de non kurdes ne provoquent une tension supplémentaire avec Bagdad

Du reste, la geste indépendantiste kurde, qui a fait du chef du parti démocratique du Kurdistan (PDK), Massoud Barzani, le chantre de l’indépendance kurde vis-à-vis de Bagdad, cache aussi une volonté de contraindre les minorités encore présentes dans le nord de l’Irak (Yézidis et communautés chrétiennes orientales) à s’adosser à ses doléances, sur fond de protection et de soutien tant contre le danger résiduel de Daesh que vis-à-vis de Bagdad et Ankara, peu enclines au soutien à ces minorités. Parmi ces minorités, les Yézidis et les Alévis semblent les plus inquiètes quant à le tenue de ce référendum, de peur d’être les premières victimes de leur soutien à Erbil. La crainte de représailles physiques ou de tracasseries administratives venant du gouvernement central irakien est ainsi grande.
Enfin, cette stratégie «électorale» de Barzani semble aussi préparer la prochaine élection présidentielle au Kurdistan, qui lui interdit «constitutionnellement» de briguer un nouveau mandat. Prévues initialement en septembre 2013, repoussées depuis en 2015, nul ne sait si ces élections pourront se tenir cette année. Le président sortant cherche ainsi à jouer la carte de l’unité nationale pour asseoir sa légitimité.
Le risque est grand, en effet, que la libération de certaines zones peuplées de kurdes comme de non-kurdes ne provoquent une tension supplémentaire avec Bagdad. C’est, notamment le cas de la ville de Kirkouk, au cœur de la zone de production pétrolière, dont les Peshmergas ont pris le contrôle, alors qu’elle est autant peuplée de Kurdes que de Turkmènes et d’Arabes. La question de la souveraineté énergétique est également une autre grille de lecture, alors que le gouvernement central de Bagdad ne cesse d’accuser le GRK d’extraire et exporter illégalement le pétrole de la région.

La position israélienne est conforme, à la politique de containment iranien

RT France : Soutien d’Israël, menaces de la Turquie… doit-on s’attendre à une exacerbation des tensions régionales ?

E. D. : Il convient de contextualiser quelque peu ces soutiens, au gré de la géopolitique régionale. Les relations entre Erbil et Tel-Aviv sont ainsi, avant tout, mues par des coopérations dans le domaine des équipements et de la formation militaires. La position israélienne est, du reste, conforme, à la politique de containment iranien. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou s’est montré peu coopératif avec celui du Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, comme celui de son prédécesseur Nouri al-Maliki, tous deux issus du parti chiite Dawa. Le soutien opportuniste à l’initiative de Barzani est ainsi un geste supplémentaire de défiance à l’égard d’un partenaire important de Téhéran, qui y a déployé depuis 2014, ses Pasdarans, sa brigade Al-Qods et à qui l’on doit, du reste, pour une large part, la libération des villes occupées par Daesh (Tikrit, Ramadi et Mossoul).

En réalité, Ankara et Téhéran cherchent avant tout à éviter que Washington, Berlin, Paris et la communauté internationale ne soutienne l’idée d’une reconnaissance kurde en Syrie

Quant à Ankara qui brandit la menace militaire, son intérêt n’est pas, en fait, d’exacerber la situation au Kurdistan irakien, tant que Massoud Barzani ne vise pas à unifier les revendications kurdes syriennes, turques et iraniennes. Du reste, en réalité, Ankara et Téhéran cherchent avant tout à éviter que Washington, Berlin, Paris et la communauté internationale ne soutiennent l’idée d’une reconnaissance kurde en Syrie, dans la région de la Rojava. Les Iraniens et les Turcs cherchent ainsi à éviter que la continuité territoriale kurde de part et d’autre de la frontière irakienne-syrienne, ne soit élargie à la zone séparant l’Euphrate du Tigre. La participation de nombreux combattants kurdes au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) appuyées par les forces spéciales américaines qui ont libéré Raqqa et Der ez-Zor du joug de Daesh, pourrait accréditer la thèse selon laquelle Washington cherche à asseoir, en position de force, les Kurdes à la table des négociations à Astana, comme dans le cadre de la reprise des négociations onusiennes à Genève.
C’est davantage cet état de fait qui risque de cristalliser les tensions entre Ankara, Téhéran, Moscou et Washington que la tenue de ce référendum, dont, encore une fois, l’instrumentalisation tactique et politique vis-à-vis du gouvernement central de Bagdad semble plus proche de l’agenda du gouvernement autonome kurde.

Ni Paris, ni Berlin, bien que partenaires d’Erbil dans la lutte anti-terroriste, ne souhaitent réellement la tenue de ce référendum

RT France : Ce référendum est-il une épine dans le pied des puissances régionales et occidentales ?

E. D. : L’Iran, la Turquie, comme le régime de Bachar al-Assad se préoccupent de l’impact sur leur territoire de la perspective d’une indépendance du Kurdistan irakien. Néanmoins, la situation n’est plus la même côté occidental et européen. Certes, la défense de la cause kurde rassemble, dans différents pays européens, à l’instar de l’Italie ou de la France, de nombreux soutiens. Cependant, contrairement, aux années 1990 où existait un puissant soutien occidental – caractérisé, notamment en France, à travers la défense du «droit naturel» à l’indépendance kurde par la voix de l’ancienne épouse du président François Mitterrand, Danièle Mitterrand, via sa fondation France Liberté – ni Paris, ni Berlin, bien que partenaires d’Erbil dans la lutte anti-terroriste, ne souhaitent réellement la tenue de ce référendum.

Le soutien le plus caractérisé, quoique non exempt d’arrières-pensées, à la cause kurde viendrait sans doute de Washington

Le soutien le plus caractérisé, quoique non exempt d’arrières-pensées à la cause kurde, viendrait sans doute de Washington, soucieux de démontrer qu’il a contribué, autant que Moscou à l’éradication de Daesh en Syrie et en Irak. Pour ce faire, l’armement des milices kurdes, à l’instar des PYD en Syrie et des Peshmergas en Irak a été justifié par les stratèges de la CIA et du Pentagone depuis plusieurs mois, pour tenter de contrecarrer le lien militaire existant entre le Hezbollah, l’armée syrienne et les troupes russes en Syrie, réunis sous l’égide de la coalition des alliés pour la Syrie. Il en va de même en ce qui concerne la coordination opérationnelle entre unités de mobilisation populaires, armée irakienne et Pasdarans iraniens, dont le point de cristallisation et de médiatisation auront été les neuf mois de l’offensive sur Mossoul.

Recep Tayyip Erdogan utiliserait, très certainement à son profit un éventuel soutien aux demandes d’indépendance kurdes. Berlin pourrait ainsi en faire les frais, alors que se profile, le scrutin du 24 septembre

Bref, peu de pays devraient soutenir in fine l’initiative de Massoud Barzani, surtout dans le contexte d’une tension de plus en plus manifeste envers Ankara, et, en particulier à l’encontre du président Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier utiliserait, très certainement, du reste, à son profit un éventuel soutien aux demandes d’indépendance kurdes. Berlin pourrait ainsi en faire les frais, alors que se profile, le scrutin du 24 septembre, au cours duquel la chancelière allemande Angela Merkel remet son mandat en jeu. En effet, sur les trois millions de Turcs qui résident en Allemagne, les 1,4 million ayant la double nationalité pourraient suivre les récentes déclarations des dirigeants turcs visant à sanctionner la politique de la chancelière. Berlin ne devrait ainsi pas prendre le risque de s’exprimer publiquement en faveur de Barzani. La présence du président du gouvernement kurde irakien, en février dernier à la Conférence sur la sécurité de Munich n’avait, logiquement, pas été très appréciée par Ankara.
Ainsi comme, depuis le Traité de Sèvres en août 1920, qui aboutit au démantèlement de l’Empire ottoman et qui vit la population kurde répartie sur quatre pays (Turquie, Irak, Iran, Syrie), les Kurdes risquent fort d’être seuls… une fois de plus.

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

 

https://rt.com

Arc chiite, An I

Arc chiite, An I

16 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Il y a de ces coïncidences parfois… Nous avons vu dans le dernier billet que l’explosive jonction de l’armée syrienne et des SDF kurdisées sur Deir ez-Zoor pouvait signifier un futur affrontement ou une entente en amont concoctée par le Donald et Vladimirovitch, ce dernier assurant d’ailleurs ses arrières en envoyant des tonnes d’équipement militaire supplémentaire en Syrie.

Ce clair-obscur présageait en tout cas moultes tensions et surprises, et ça n’a pas raté. Depuis hier, on parle beaucoup d’un bombardement russe (peu probable) ou syrien sur des positions SDF avancées, sans que l’on sache bien encore s’il s’agit d’une énième intox :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. Difficile également de ne pas y voir une conséquence directe de l’avancée kurde sur Deir Ez-Zoor…

Toujours est-il que, à ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

Un rapport confidentiel de l’ONU accuse la coalition saoudienne d’avoir tué des centaines d’enfants yéménites

Vous notez qu’on en a beaucoup moins parlé que du Venezuela…

Source : Foreign Policy, Colum Lynch, 16-08-2017

Le conseiller principal de l’ONU recommande que la coalition soit mise sur la liste noire des pays qui tuent et mutilent des enfants en période de guerre.

Une coalition militaire mené par l’Arabie saoudite conduisant des attaques aériennes sur le Yémen a commis de « graves violations » des Droits de l’Homme à l’encontre d’enfants l’année dernière, en tuant 502 et en blessant 838, d’après un rapport préliminaire du secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

« Le meurtre et les mutilations d’enfants restent les plus répandues des violations » du droit des enfants au Yémen, selon le projet de rapport de 41 pages obtenu par Foreign Policy (magazine américain, NdT). « Dans la période d’inspection, les attaques aériennes ont été la cause de plus de la moitié des enfants victimes, avec au moins 349 enfants tués et 333 enfants blessés. »

L’Arabie saoudite et ses alliés essaient depuis mars 2015, avec le soutien américain, de forcer les rebelles Houthis à quitter le pouvoir au Yémen. Mais les attaques aériennes de la coalition sont durement critiquées, pour la mort de civils, la dévastation d’infrastructures et la destruction du patrimoine architectural du pays.

D’après une source bien placée, Virginia Gamba, responsable en chef du rapport préliminaire confidentiel et représentante spéciale des enfants maltraités en temps de guerre de la direction de l’ONU, a informé lundi les hauts responsables de l’ONU, qu’elle envisage de recommander que la coalition conduite par les Saoudiens soit ajoutée à une liste de pays et d’organisations qui tuent et estropient des enfants. Cette décision devra être prise par Guterres, qui rendra le rapport définitif public dans le courant du mois.

La coalition aérienne, menée par les Saoudiens, a été responsable du plus grand nombre d’enfants victimes, 683, les rebelles Houthi en ayant tué ou blessé 414. En comparaison, on a dénombré six morts d’enfants causées par l’État Islamique et un mort d’enfant par al-Qaïda.

Les forces aériennes de la coalition ont également rasé 28 écoles.

La coalition menée par les Saoudiens est la seule force en présence au Yémen à être équipée d’avions et d’hélicoptères de combat, ce qui en fait la responsable probable de ces actions.

Les conclusions ont été intégrées à la version préliminaire du rapport annuel de l’ONU sur les Enfants et les Conflits armés, qui ont documenté les violations de droits de l’homme envers au moins 15 500 enfants l’an passé, que ce soit par des forces gouvernementales, des terroristes ou des groupes d’opposition armés, dans plus d’une douzaine de théâtres de conflits dans le monde. Quatre mille cas de maltraitance d’enfants ont été attribués à des gouvernements, la grande majorité des atrocités restantes, 11 500, ayant été commises par des organisations terroristes ou des insurgés.

D’après deux sources bien placées, les autorités saoudiennes ont insisté en privé auprès de l’ONU pour pouvoir engager des débats en haut lieu avant que le rapport ne soit publié. Et ils ont obtenu en cela le soutien des États-Unis, qui ont pressé l’ONU de ne pas faire figurer la coalition menée par les Saoudiens sur la liste, arguant qu’il serait injuste d’y faire figurer tous les membres de la coalition, y compris ceux qui n’ont pas commis d’atrocités. Outre l’Arabie saoudite, la coalition comprend le Bahreïn, l’Égypte, le Koweït, le Soudan et les Émirats Arabes Unis.

En lieu et place, Washington a fait pression pour que l’ONU ne liste que les États, pris individuellement, directement responsables d’atrocités, d’après les mêmes sources. Mais la tâche d’identifier quel État en particulier est responsable est compliquée par le fait que la coalition ne divulgue pas d’information sur l’engagement particulier de tel ou tel de ses membres dans les opérations, d’après les sources officielles.

Un responsable de la mission américaine à l’ONU a nié ces assertions, disant que « ils n’avaient pas présenté de tels arguments à qui que ce soit à l’ONU ».

La publication du rapport, prévue dans le courant du mois, met Guterres face à un dilemme compliqué : s’il met en cause la coalition saoudienne, il prend le risque d’une rupture avec les gouvernements arabes les plus influents à l’ONU. Mais s’il n’agit pas, il sera probablement accusé d’affaiblir l’engagement de l’ONU pour les droits de l’homme.

En février, Guterres a tenté de trouver une voie intermédiaire, en proposant à ses hauts conseillers d’attendre trois à six mois pour publier le rapport, afin d’inciter la coalition à améliorer sa conduite. Mais le bureau de l’avocat des enfants auprès de l’ONU a craint qu’un délai les expose à des critiques. Guterres, qui devrait recevoir le rapport final cette semaine, n’a pas indiqué ce qu’il allait faire.

L’impasse actuelle découle de l’adoption, en 2001, de la résolution 1379 du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui mandate un haut responsable de l’ONU pour livrer un rapport annuel sur les attaques envers des enfants dans les conflits armés, comprenant en annexe une liste noire de gouvernements et de groupes terroristes ou groupes armés tuant ou estropiant des enfants. Mais cette résolution a soulevé d’importantes controverses parmi les États, qui n’apprécient pas d’être désignés publiquement et de figurer sur une liste incluant quelques-unes des organisations terroristes les plus connues du monde, comme al-Qaïda, Boko Haram ou l’État Islamique.

La dernière version du rapport préliminaire montre une baisse du nombre de pertes humaines documentées au Yémen. La version de Gamba explique cette baisse par une diminution provisoire des combats, suite à la signature de cessation des hostilités en avril 2016. Mais elle déclare également que le vrai décompte des victimes pourrait être plus élevé, prenant note que « la documentation des atteintes aux droits des enfants a été limitée par des restrictions d’accès et l’insécurité ».

Gamba déclare à FP [NdT: Foreign Policy] que le contenu du rapport final , qui est encore discuté au sein de plusieurs directions de l’ONU, n’est « pas encore finalisé » et que pour l’instant, aucune décision finale n’a été prise sur les pays à inclure dans la liste noire. Elle dit également ne pas être au courant des tentatives des États-Unis de s’opposer à l’ajout de la coalition saoudienne sur cette liste. « Rien de ce que vous décrivez ne m’est parvenu », a-t-elle déclaré. Et elle n’a ni confirmé ni infirmé avoir recommandé que la coalition menée par les Saoudiens figure sur cette liste.

Stephane Dujarric, porte-parole en chef de l’ONU, n’a pas souhaité commenter les conclusions de Gamba, mais il a indiqué que la version du rapport que FP s’est procuré « n’est pas la version finale ».

L’an dernier, l’Arabie saoudite avait été ajoutée sur la liste, sur la base de la responsabilité de la coalition saoudienne dans la mort de plus de la moitié des 1 953 enfants victimes dans le conflit du Yémen.

En réponse, l’Arabie saoudite avait menacé de faire sortir les pays arabes de l’ONU, et de mettre fin à des aides s’élevant à des centaines de millions [NdT: de dollars] en faveur des programmes de lutte contre la pauvreté des organisations internationales, à moins que la coalition ne soit retirée d’une liste d’États voyous de l’ONU. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait cédé à contrecœur et accepté de retirer temporairement la coalition de la liste, s’appuyant sur le fait que la perte des donations du golfe Persique mettrait en péril les vies de millions d’enfants du Sud-Soudan au Yémen.

Mais il avait prévenu que la coalition serait de nouveau placée sur la liste, à moins qu’un examen conjoint entre l’ONU et les Saoudiens de la conduite des opérations ne conclue au manque de justification des allégations, ou que les attaques envers les enfants cessent. Pour autant, les Saoudiens n’ont jamais été remis sur la liste et les attaques n’ont jamais cessé.

D’après l’UNICEF, environ 600 enfants ont été tués et 1150 blessés au Yémen entre mars 2016 et mars 2017.

La mission saoudienne auprès des Nations Unies n’a pas donné suite à notre demande de commentaires. Mais les officiels saoudiens ont soutenu en privé, lors de discussions avec l’ONU, avoir pris des mesures pour éviter les victimes parmi les enfants, et souligné que le nombre de morts et de blessés rapporté a baissé significativement depuis l’an dernier.

Des groupes extérieurs déclarent que la baisse n’est pas tant causée par les mesures de la coalition que par le fait que les observateurs extérieurs, parmi lesquels les enquêteurs de Human Right Watch et Amnesty International, se sont vu refuser l’accès au Yémen à bord des avions d’aide de l’ONU. En juillet, la coalition menée par les Saoudiens a bloqué un convoi d’aide de l’ONU pour Sanaa, la capitale du Yémen contrôlée par les Houthis, au motif que trois journalistes de la BBC faisaient partie du vol.

« En dépit de toutes les promesses des Saoudiens faites à l’ONU, aux États-Unis et au Royaume-Uni de limiter leurs actions, il n’y a pas vraiment eu d’amélioration dans la vie des enfants yéménites », déclare Akshaya Kumar, représentante adjointe de Human Rights Watch auprès de l’ONU. « Des écoles sont encore attaquées, des bombes sont encore larguées et des enfants sont encore tués. »

Crédit photo : FAYEZ NURELDINE/AFP/Getty Images

Source : Foreign Policy, Colum Lynch, 16-08-2017

 

http://www.les-crises.fr/un-rapport-confidentiel-de-lonu-accuse-la-coalition-saoudienne-davoir-tue-des-centaines-denfants-yemenites/

Questions sans réponses

Questions sans réponses

12 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Nous n’évoquerons pas ici l’incompréhensible (doux euphémisme) accord entre Erdogan et Poutine pour l’achat de S400 par la Turquie, pour lesquels Ankara annonce avoir déjà réalisé un pré-paiement.

On sait qu’il y a deux ans, Israël s’était entraîné en Grèce à contourner le S300 dans l’optique d’une guerre contre l’Iran (on appréciera au passage la trahison grecque…) Désormais, et au vu des multiples retournements de veste du sultan, l’OTAN ou Tel Aviv seront susceptibles de piocher à loisir dans le nec plus ultra de la défense anti-aérienne russe tandis que les alliés historiques de Moscou (Iran, Syrie) se contenteront de poussiéreux systèmes moins avancés. Allez comprendre…

Mais c’est une nouvelle fois sur la Syrie que les interrogations les plus urgentes se  portent. Nous avons averti à plusieurs reprises que, malgré l’avancée gouvernementale, nous n’étions peut-être pas au bout de nos surprises. Nous sommes servis.

La dernière en date est la soudaine et rapide progression vers Deir ez-Zoor des SDF (qui rappelons-le sont des milices majoritairement kurdes mais comprenant aussi des bataillons arabes, le tout chapeauté par Washington). Aux dernières nouvelles, les SDF ne seraient qu’à 5 km de la ville.

Et là, c’est le brouillard, évidemment agrémenté de son lot d’intox comme le pseudo-bombardement d’un poste loyaliste par l’aviation US… Va-t-on vers une énième confrontation dans ce conflit qui n’en manque pas, cette fois entre Damas et les Kurdes, les deux grands vainqueurs de la guerre ? Ou au contraire assiste-t-on à un plan concocté en amont à Hambourg par Vlad et le Donald et mis en oeuvre par leur état-major respectif ? Dans le doute, présentons toutes les hypothèses :

  • L’empire contre-attaque : conflagration dans l’Est syrien

Nous avons expliqué à de très nombreuses reprises que le facteur premier de la guerre est la (re)constitution ou non de l’arc chiite, c’est-à-dire la mainmise sur la frontière syro-irakienne :

Dans notre grand jeu Qui mettra la main sur le territoire califal ? – question qui sous-tend à vrai dire tout le conflit syrien -, les loyalistes ont marqué plusieurs dizaines de points depuis un mois, pour le plus grand malheur de l’axe israélo-saoudien. Le blitz royal vers la frontière syro-irakienne a évidemment fait sonner toutes les alarmes à Riyad et Tel Aviv, permettant l’accès à la Méditerranée pour l’Iran (et même, dans le futur, pour les routes de la Soie chinoises).

Dans ce contexte, les SDF kurdisées du Rojava sont des proxies que l’empire utilise pour descendre vers le sud et tenter, non de couper car c’est trop tard, mais de réduire le corridor chiite :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C’est bien possible… A moins que tout n’ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l’on pourrait assister à une détonante convergence de l’armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l’armée irakienne. Deux contre un si l’on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l’armée irakienne restera neutre : le rapport de force n’est de toute façon pas en faveur de l’empire. Le tout face à une résistance désespérée de l’EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant…

Et c’est la récente libération de Deir ez-Zoor par les loyalistes et le projet de ponter l’Euphrate (tous les ponts avaient été détruits par l’aviation américaine) pour passer de l’autre côté qui auraient fait sonner les alarmes, provoquant peut-être même la possible visite du prince héritier de Riyad à Tel Aviv.

Ainsi, l’actuelle avancée kurde serait l’ultime tentative d’un système impérial qui n’a pas lâché l’affaire et vise toujours, pour les beaux yeux des Israoudiens paniqués, à séparer l’Irak et l’Iran de la Syrie et du Hezbollah. Votre serviteur l’a expliqué tellement de fois, surtout du temps d’Obama, qu’il est inutile d’insister ; le fidèle lecteur en connaît par coeur les tenants et les aboutissants. Sauf que…

  • Entente américano-russe sur le dos de tout le monde

Quelque chose ne colle pas (plus ?) dans l’hypothèse ci-dessus et une simple carte le montre. Au printemps (avril-mai en l’occurrence), les Américains et leurs proxies avaient tout le temps du monde pour mettre la main sur la frontière syro-irakienne et couper définitivement l’arc chiite en deux alors que l’armée syrienne était encore à des années-lumière. Ils n’ont rien fait…

Pire, ils ont laissé sans bouger un orteil les loyalistes manger le territoire daéchique en Syrie centrale, couper l’herbe sous le pied des « modérés » d’Al Tanaf, progresser inexorablement le long de l’Euphrate au nord et libérer Deir ez-Zoor.

Et c’est seulement maintenant que l’empire, après des mois de sommeil, se réveillerait et déciderait que non finalement, il faut faire quelque chose ? Difficilement crédible.

D’autant plus que ce qui intéresse surtout les Israoudiens, c’est l’extrême-sud syrien (1) et la partie méridionale de la frontière syro-irakienne (2), moins sa partie septentrionale (3). Or l’on a vu que l’administration Trump avait laissé en plan Bibi la terreur et ses cris d’orfraie sur Deraa (1) et il est fortement question depuis quelques temps que la poche d’Al Tanaf (2) soit évacuée, y compris par les forces spéciales US. Dans ce contexte, on comprendrait mal que Washington ait soudain changé sa course et se mette en tête d’occuper le bout nord de l’interface chiite (3).

L’avancée kurde fait plus sûrement partie d’un plan concerté en haut lieu et il est d’ailleurs à noter que les médias de Damas ou de Moscou se gardent de la critiquer, ce qui pourrait être une indication. C’est plus ou moins confirmé par les dires des généraux de la coalition américaine qui affirment qu’un canal de communication existe entre l’armée syrienne et les SDF afin de ne pas se marcher dessus. Officiellement, l’opération kurde vise la vallée du Khabur, le principal affluent de l’Euphrate dans la région (les hachures de la carte représentent les opérations à venir) :

A noter également les déclarations du porte-parole des SDF, Talal Silo :

« Nous avons reçu des instructions claires selon lesquelles, après l’élimination de Daech, nous n’agirons pas contre le régime [Assad] ni contre les Russes, les forces iraniennes ou le Hezbollah. »

Pas de conflit donc, mais pas un mot non plus d’un éventuel retrait des Kurdes, après la disparition de l’EI, de cette région pourtant fort éloignée de la zone de peuplement kurde (l’habillage « SDF » qui permet hypocritement d’y faire participer les tribus arabes ne trompe personne). Tout cela nous laisse délicieusement dans l’expectative…

Car si notre deuxième hypothèse (plan américano-russe en amont) est la bonne, nous n’en connaissons toutefois pas les modalités ni les conséquences, et une collision est toujours possible. Partage de zones d’influence de part et d’autre de l’Euphrate ? Tentative kurde de préparer l’après-guerre et de faire monter les enchères (les principaux puits de pétrole du pays se trouvent à l’est de Deir ez-Zoor, notamment dans la vallée du Khabur) ? Retrait des SDF de la zone contre le retrait des troupes syriennes encore présentes à Hassaké et Qamishlo, en plein Rojava ?

Voire – et nous revenons ici partiellement à la première hypothèse – échange de bons procédés entre les Kurdes et les Israoudiens : amincissement du corridor chiite contre reconnaissance par Riyad et Tel Aviv du droit à l’indépendance du Kurdistan. On avait vu que la Saoudie n’y était pas défavorable (pour des raisons tout à fait cyniques d’ailleurs). Israël vient également de s’y mettre en soutenant la création d’un « grand Kurdistan ».

Tout est possible et l’avenir nous réserve encore certaines quelques surprises de derrière les fagots…

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/questions-sans-reponses.html

Raids israéliens sur une infrastructure militaire syrienne

Raids israéliens sur une infrastructure militaire syrienne

  • inPartager

© Jack Guez, AFP | Un avion F-16 israélien, le 29 juin 2017, lors d’une démonstration près de Beer Sheva en Israël.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 07/09/2017

L’aviation israélienne a bombardé jeudi matin une position de l’armée syrienne près de Mesyaf, dans la province d’Hama, annonce l’état-major syrien dans un communiqué qui fait état de deux morts et de dégâts matériels.

Des raids aériens israéliens menés avant l’aube contre une infrastructure militaire ont fait deux morts, jeudi 7 septembre, dans l’ouest de la Syrie, région où le régime est accusé de développer des armes chimiques, a rapporté l’armée syrienne.

« Des avions de guerre israéliens ont tiré à 2h42 (23h42 GMT) des missiles depuis l’espace aérien libanais, ciblant une de nos positions militaires à proximité de Mesyaf, et ont provoqué des dégâts matériels et la mort de deux membres du site », a affirmé l’armée dans un communiqué.

Mesyaf est une localité située à environ 60 km à l’est de la ville côtière de Tartous, où l’allié russe du régime de Bachar al-Assad compte une base navale. L’armée syrienne dispose pour sa part d’un site militaire au nord de Mesyaf qui comprend un camp d’entraînement et une branche du Centre de recherches et d’études scientifiques de Syrie (SSRC).

La Syrie accusée d’avoir menée une attaque chimique à Khan Cheikhoun

Les États-Unis ont accusé le SSRC de développer du gaz sarin, une arme qui selon l’ONU a été utilisée pour une attaque chimique meurtrière sur la localité syrienne de Khan Cheikhoun le 4 avril.

Le gouvernement syrien a, de son côté, dénoncé les accusations de recours à l’arme chimique à Khan Cheikhoun comme « des fabrications » et l’armée syrienne ne fait pas mention du SSRC dans son communiqué publié jeudi matin.

Depuis le début du conflit en Syrie, Israël a mené plusieurs raids aériens sur ce pays dévasté par la guerre depuis 2011.

Avec AFP

http://www.france24.com/fr/20170907-syrie-raid-armee-israelienne-infrastructure-militaire-ssrc/?ns_mchannel=fidelisation