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Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler


Par Darius Shahtahmasebi – Le 14 septembre 2017 – Source Anti Media

Dans un entretien avec Russia Today en 2015, le président syrien Bachar al-Assad a prononcé peut-être une de ses déclarations les plus intéressantes depuis le début du conflit syrien en 2011. Assad a déclaré :

« La propagande occidentale a, dès le début, prétendu que la cause du problème était le président. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent faire croire que tous les problèmes de la Syrie sont dus à un individu ; et par conséquent la réaction naturelle pour beaucoup de gens est que, si le problème est cet individu, il ne devrait pas être plus important que la patrie. Donc laissez cette personne partir et les choses vont aller bien. C’est ainsi qu’ils simplifient les choses en Occident. »

Puis il a ajouté :

« Regardez ce qui s’est passé dans les médias occidentaux depuis le coup d’État en Ukraine. Qu’est-il arrivé ? Le président Poutine est passé du statut d’ami de l’Occident à celui d’ennemi et, encore une fois, il a été qualifié de tsar… Telle est la propagande occidentale. Ils disent que si le président s’en allait, les choses s’amélioreraient. »

En mettant de côté la vaste liste de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité d’Assad, Assad a mis le doigt sur l’un des principaux défauts de la pensée occidentale concernant les politiques hostiles des États-Unis à l’égard d’un certain nombre d’États indépendants.

Il suffit de regarder le cirque actuel entre la Corée du Nord et les États-Unis pour avoir une autre image précise de ce qui est mentionné ici. Le problème de la Corée du Nord est constamment présenté dans les médias comme causé par une personne (le dirigeant actuel Kim Jong-un), un récit qui ignore totalement le rôle que les États-Unis et leurs alliés ont joué dans cette crise actuelle. Comme Anti-Media l’a précédemment souligné :

… le problème [de la crise nord-coréenne] est constamment présenté comme étant causé par la Corée du Nord, pas par les États-Unis. ‘Comment faire face à la Corée du Nord’, explique The Atlantic. ‘Que peut faire Trump sur la Corée du Nord ?’, se demande le New York Times. ‘Ce qui peut éventuellement être fait à propos de la Corée du Nord’, propose le Huffington Post. Le Times donne la parole à six experts qui débattent de ‘Comment résoudre le problème’ (de la Corée du Nord). ‘Corée du Nord – que peut faire le monde extérieur ?’, interroge la BBC.

Ce que les médias affirment vraiment, en particulier quand on parle d’une option militaire en réponse à la lutte contre les actions déloyales de la Corée du Nord, c’est que si les États-Unis pouvaient destituer Kim Jong-un, le problème nord coréen disparaîtrait.

La mort d’un homme pourrait-elle effacer chez tous les Nord-Coréens l’hostilité et  la haine qu’ils ressentent pour les États-Unis alors qu’ils savent très bien qu’au début des années 1950, les États-Unis ont bombardé la Corée du Nord si implacablement qu’ils finirent par manquer de cibles à frapper ? Les militaires américains ont tué au moins 20% de la population civile.

Si Kim Jong-un est destitué, les Nord-Coréens oublieront-ils tout à coup qu’ils vivent dans des familles où au moins un parent a été tué par les États-Unis dans les années 1950 ?

Dans le récit simpliste des grands médias, oui, ils l’oublieront. Ils prétendent que le fait de tuer une personne et de l’éliminer de la présidence sauvera non seulement le pays qu’il brutalise, mais assurera également sécurité et stabilité au reste du monde.

Il ne leur est pas important qu’avant l’assaut l’OTAN/États-Unis sur la Libye, en 2011, ce pays avait le meilleur niveau de vie du continent africain. Même le Times admettait que son système de santé suscitait « l’envie de la région ». Maintenant le pays s’est complètement effondré, avec plus de deux millions d’enfants non scolarisés, d’innombrables migrants se noyant dans ses eaux, l’extrémisme étant sans contrôle et sans rival, et les commerçants vendant ouvertement des esclaves comme une marchandise.

Supposons que chaque accusation contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi soit vraie (ce qui n’était pas le cas). Comment peut-on dire que la destruction de l’infrastructure d’un pays et l’assassinat de son chef dans un mépris flagrant du droit international est une solution réaliste à tout problème ? Si vous vous opposez à Donald Trump, une intervention militaire dirigée par la Russie pourrait-elle résoudre vos problèmes avec le pays qu’il dirige ?

Oubliez ce que vous pensez connaître de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Kim Jong-un, Bachar al-Assad, Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. Le récit des gouvernements occidentaux et leurs portes-voix médiatiques asséné depuis cette dernière décennie est un non-sens complet. Il est complètement absurde. Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes de la Syrie ou du Venezuela en supprimant leurs dirigeants actuels, encore moins si vous tentez de le faire par la force. Quiconque prétend que c’est possible est en train de vous mentir ou est trop naïf et paresseux pour faire des recherches sur les situations actuelles en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Irak – pour ne nommer que quelques pays.

Le fait que les États-Unis ne veulent visiblement résoudre aucun problème – qu’ils ne cherchent qu’à renverser des dirigeants qui n’exaucent pas leurs désirs – est un sujet pour un autre article, mais il est certainement utile de mentionner ce fait ici.

On peut finalement dire la même chose pour Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, de nombreuses célébrités, experts médiatiques et membres de la communauté du renseignement ont tenté de le discréditer et de le destituer. Pourtant, Donald Trump n’est que l’horrible symptôme des problèmes des États-Unis ; penser que lui seul les a causés et qu’en le retirant de la présidence les États-Unis deviendraient soudainement un havre de liberté est complètement idiot.

Si vous êtes d’accord avec ce dernier point de vue, vous devez également admettre que les problèmes rencontrés par la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela et d’autres ne pourront jamais être résolus par les États-Unis en supprimant leurs dirigeants de force.

Si Assad était éliminé de Syrie, l’extrémisme disparaîtrait-il ou pourrait-il plutôt prospérer dans le vide politique, comme en Irak ? Les problèmes internes de la Syrie – qui sont bien plus vastes que les médias nous le font croire – seraient-ils résolus par quelque chose d’aussi simpliste que de supprimer son dirigeant actuel ? Quelqu’un peut-il nommer un pays où cela a été essayé et montré comme un véritable modèle pour résoudre les crises internes d’une nation souveraine ? Quiconque pense vraiment que les problèmes d’un pays peuvent être résolus d’une manière aussi simple, devrait lire un peu plus.

Si vous reconnaissez ce dilemme, vous pouvez convenir qu’il est grand temps que les médias arrêtent complètement cette couverture simpliste des problèmes et, à la place, commencent à publier de vrais reportage sur les authentiques options diplomatiques qui pourraient être choisies.

Darius Shahtahmasebi

 

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Xi et Macron discutent de la péninsule coréenne lors d’une conversation téléphonique

Xi et Macron discutent de la péninsule coréenne lors d’une conversation téléphonique

© Chine Nouvelle (Xinhua)Tang Ji, le 08/09/2017 13:28

Le président chinois Xi Jinping a discuté vendredi par téléphone avec son homologue français, Emmanuel Macron, de la question de la péninsule coréenne, soulignant l’engagement de la Chine pour la dénucléarisation de la région.

M. Xi a indiqué que la Chine était inflexible en ce qui concerne la dénucléarisation de la péninsule coréenne, la sauvegarde du régime international de non-prolifération nucléaire et le maintien de la paix et de la stabilité en Asie du nord-est.

Seul un règlement pacifique par le dialogue et la négociation pourra résoudre le problème nucléaire, a-t-il déclaré, exprimant l’espoir que la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, jouerait un rôle constructif dans l’apaisement de la situation et la reprise du dialogue.

Pour sa part, M.Macron a déclaré que son pays était engagé à maintenir la paix et la stabilité dans la péninsule coréenne et attachait une grande importance à la position et au rôle de la Chine dans la résolution du problème.

Il a également souligné qu’il était disposé à renforcer la coopération avec la Chine pour parvenir à un règlement définitif de la question nucléaire dans la péninsule coréenne.

 

https://chine.in/actualite/cn/macron-discutent-peninsule-coreenne_102010.html

A propos de la junte, de l’inutile corridor terrestre et d’une manœuvre russe de routine

A propos de la junte, de l’inutile corridor terrestre et d’une manœuvre russe de routine


Moon of Alabama
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Par Moon of Alabama – Le 24 août 2017

Selon une théorie politique des années 1950, La structure du pouvoir dans la société américaine repose principalement sur trois groupes d’élites : les hauts-gradés de l’armée, les dirigeants de grandes sociétés et les dirigeants politiques (par « direction politique » j’entends en fait la bureaucratie, la CIA et leurs forces par procuration du Congrès).
Le jour de l’élection, j’ai noté que seuls les militaires avaient soutenu la campagne Tout sauf Hillary. Les deux autres angles du triangle, les multinationales et l’exécutif ont soutenu Hillary Clinton et ont continué à le faire même après la victoire de Trump. (Ce n’est que récemment que la propagande de la « collusion avec la Russie » a tout à coup cessé). J’ai écrit :
« L’armée va exiger son dû et ce sera plus que les trois généraux qui sont maintenant au cabinet de Trump. »
Cela s’est avéré juste. Une junte militaire dirige maintenant les États-Unis :
À la Maison Blanche, les généraux gèrent les interactions de Trump heure par heure et murmurent à son oreille – et ces murmures, comme pour la décision de cette semaine d’étendre les opérations militaires américaines en Afghanistan, deviennent souvent des décisions politiques.
 
Parmi les proches de Trump, il y a un trio chevronné de généraux qui ont l’expérience du commandement des champs de bataille : le chef d’état-major de la Maison Blanche, John F. Kelly, le secrétaire à la Défense Jim Mattis et le conseiller de sécurité nationale H. R. McMaster. Les trois hommes ont soigneusement cultivé des relations personnelles avec le président et ont gagné sa confiance.
(…)
Kelly, Mattis et McMaster ne sont pas les seules figures militaires qui servent à des niveaux élevés dans l’administration Trump. Le directeur de la CIA, Mike Pompeo, le procureur général Jeff Sessions, le secrétaire à l’énergie Rick Perry et le secrétaire à l’Intérieur, Ryan Zinke, ont servi dans plusieurs branches de l’armée, et Trump a récemment mis l’ancien général d’armée, Mark S. Inch, à la direction du Bureau fédéral des prisons. […] Le Conseil de sécurité nationale […] compte deux autres généraux parmi les cadres supérieurs.
Avec le licenciement du renégat Flynn et de divers autres conseillers de Trump, la Junte a déjà éliminé toutes les voix indépendantes de la Maison Blanche. Elle attache maintenant plus de fils à sa marionnette « chargée de la vente » pour la contrôler mieux encore :
Le nouveau système, décrit dans deux notes co-écrites par [les généraux] Kelly et Porter et distribuées aux membres du Cabinet et récemment au personnel de la Maison Blanche, vise à s’assurer que le président ne prendra connaissance d’aucun document de politique extérieure et intérieure, d’aucune note de service, rapport d’agence, ni même article qui n’aient pas été validés.
Trump a un faible pour l’armée depuis qu’il a étudié dans une Académie militaire de New York pendant sa jeunesse.
Mais il n’aime pas être contrôlé. Je m’attends à ce qu’il se révolte un jour. Il se rendra alors compte qu’il est trop tard et qu’il est impuissant.
***
La propagande sioniste prétend que l’Iran est en train de se saisir de la Syrie et que son seul souci est de créer un corridor terrestre entre l’Iran et le Liban. Associated Press relaye maintenant ce mythe comme s’il s’agissait d’un fait. L’argument des journalistes d’AP est illogique et ne convainc pas :
L’itinéraire terrestre serait le plus grand gain que l’Iran récolterait de sa participation à la guerre civile de six ans de la Syrie. […] Cela faciliterait le mouvement des combattants soutenus par l’Iran entre l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban, ainsi que l’acheminement d’armes vers Damas et le Hezbollah libanais, les principales forces par procuration de l’Iran.
Cette route terrestre faciliterait quelque chose qui, d’après les « rapports » d’AP, a déjà été obtenu sans cette route :
La route est en grande partie taillée par les alliés et les forces par procurations de l’Iran, un mélange de soldats du président syrien Bashar Assad, de combattants du Hezbollah et de milices chiites, sur les deux côtés de la frontière avant de se rejoindre à la frontière. L’Iran a également des forces de sa propre Garde révolutionnaire directement impliquées dans la guerre aux côtés des Syriens.
Donc, apparemment, l’Iran a besoin d’un couloir terrestre pour acheminer des armes et des combattants en Syrie et au Liban. Pour ouvrir ce corridor terrestre actuellement fermé, il a envoyé des armes et des combattants en Syrie et au Liban. Cela n’a pas de sens.
***
Les médias de propagande de l’OTAN agitent la peur d’une prochaine manœuvre russe :
La Russie se prépare à monter ce qui pourrait être l’un de ses plus grands exercices militaires depuis la guerre froide, une démonstration de puissance que l’OTAN observera attentivement dans un contexte de tensions est-ouest.
 
Les responsables occidentaux et les analystes estiment que jusqu’à 100 000 membres du personnel militaire et du soutien logistique pourraient participer à l’exercice Zaphad (Ouest) 17, qui aura lieu le mois prochain en Biélorussie, Kaliningrad et en Russie elle-même.
Plus haut dans l’article il y a beaucoup de spéculations et d’idioties. En réalité, Zaphad est une série de petites manœuvres qui se déroulent sur une période de six mois. Les policiers locaux et les organismes de protection civile qui participent à Zaphad font monter le nombre des participants. De telles manœuvres se déroulent chaque année dans l’un des quatre districts militaires de Russie. Le nombre réel de soldats qui participeront à l’exercice s’élèvera à environ celui d’une division, c’est-à-dire 13 000 à 15 000 soldats. Il n’y a rien, absolument rien d’inhabituel dans cette manœuvre, mais la propagande de l’OTAN essaie de donner l’impression qu’une invasion russe de l’Europe occidentale est imminente.

 

http://lesakerfrancophone.fr/a-propos-de-la-junte-de-linutile-corridor-terrestre-et-dune-manoeuvre-russe-de-routine

Daech lessivé

Daech lessivé

29 Août 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Diantre chers amis, quelques semaines coupé du monde et voilà que Daech ne lave plus blanc. Lessivée, rincée, essorée, la coproduction saoudo-obamesque…

La poche de Qalamoun (2) à la frontière syro-libanaise n’est plus qu’un mauvais souvenir. Offensive à la fois contre Al Nosra et l’EI, victoire, accord d’évacuation pour les restes djihadistes afin de ne pas s’éterniser dans la région. La frontière est sécurisée et le Hezbollah peut désormais redéployer toutes ses forces ailleurs. Pas étonnant que Bibi la Terreur soit de plus en plus fébrile… Et l’information (notez la formulation délicieusement ambiguë laissant ouvertes toutes les portes) selon laquelle Moscou et Damas ont établi un système de défense anti-aérien commun n’est pas fait pour le rassurer.

Mais c’est en Syrie centrale (1) que les grands mouvements ont eu lieu. Annihilé, le saillant daéchique qui, le mois dernier encore, enfonçait un coin territorial dans le ventre mou des loyalistes, obligés d’étirer leurs forces afin de surveiller des centaines de kilomètres par où pouvaient surgir les petits hommes en noir. Que de chemin parcouru depuis juillet…

Désormais, sous réserve que la dernière poche d’Uqayribat soit réduite, la ligne de front est divisée par deux (300 km au lieu de 600 km), permettant à l’armée syrienne de masser ses troupes pour se ruer vers Deir ez-Zoor. L’attaque se fera sans doute sur trois axes :

Comme si cela ne suffisait pas, le calife, dont personne ne veut la place, est également en train de perdre la poche de Tal Afar en Irak (3). La ville, berceau de plusieurs cadres daéchiques, devrait bientôt être libérée par l’armée irakienne et les milices chiites, leur permettant elles aussi de réaffecter leurs forces vers la frontière pour la grande bataille finale que nous annonçons depuis longtemps :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C’est bien possible… A moins que tout n’ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l’on pourrait assister à une détonante convergence de l’armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l’armée irakienne. Deux contre un si l’on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l’armée irakienne restera neutre : le rapport de force n’est de toute façon pas en faveur de l’empire. Le tout face à une résistance désespérée de l’EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant…

La carte ci-dessus datait de juin. On voit maintenant que le 4+1 a pris une option conséquente tandis que les derniers proxies de l’empire, les Kurdes, n’ont à peu près pas bougé, embringués qu’ils sont dans la bataille de Raqqa et les menaces turques.

Notons quand même que dans le maelstrom des SDF, dont les Kurdes sont le fer de lance, certains bataillons arabes ont fait sécession et menacent de lancer une offensive sur Deir ez-Zoor (mais que valent ces unités ?) tandis que d’autres ont fait défection et se sont ralliés à l’armée loyaliste. Dans ces conditions, et sauf retournement de situation, la frontière syro-irakienne sera reconquise par le 4+1 et l’arc chiite reconstitué.

***

Chers amis, je ne peux pas ne pas vous faire profiter de ces quelques photos prises dans le métro de Téhéran où l’on voit que, même si ce n’est pas spécifié comme tel, le Grand jeu n’est jamais très loin…

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Turquie, la Russie et l’intéressante nouvelle géopolitique dans les Balkans

La Turquie, la Russie et l’intéressante nouvelle géopolitique dans les Balkans


Par William Engdahl – Le 31 juillet 2017 – Source New Eastern Outlook

Le modèle géopolitique de l’ensemble de l’Union européenne subit l’un de ses changements les plus profonds depuis l’effondrement de l’Union soviétique, il y a plus de vingt-cinq ans. Lors de la réunion du 30 juin, à Ankara, du Forum d’affaires turco-hongrois, le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, a déclaré que la Hongrie « se tient aux cotés de ses amis », c’est-à-dire du côté de la Turquie dans sa guerre verbale actuelle avec l’Union européenne. Le Premier ministre hongrois a également salué le rôle de la Turquie dans la prévention d’un énorme flux de réfugiés pénétrant l’UE, notant que « sans la Turquie, l’Europe aurait été inondée par plusieurs millions d’immigrants », affirmant que cette Turquie « mérite le respect ». Derrière ces commentaires, émis dans l’intention de faire enrager l’UE et ses bureaucrates anonymes non élus, l’enjeu dépasse la question des réfugiés et de la souveraineté nationale.

On assiste à un changement tectonique majeur en cours non seulement en Hongrie, mais aussi dans l’ensemble des Balkans. Le changement implique la Turquie d’Erdogan et aussi la Russie de Poutine. Les signes d’une nouvelle géopolitique dans les Balkans sont en train d’émerger et de provoquer d’énormes dissensions au sein de l’UE, entre les atlantistes/OTANistes enragés et les États pragmatiques de l’UE qui sont plus enclins au développement économique, à la santé et à la sécurité de leurs pays qu’à défendre une superpuissance étasunienne en faillite et en déclin moral.

Le Premier ministre hongrois, Orbán, n’est pas allé en Turquie uniquement pour la photo traditionnelle. Il était là pour parler d’affaires, d’affaires économiques. Il a amené avec lui la moitié de son cabinet et environ 70 chefs d’entreprises pour discuter de coopération économique bilatérale accrue. Orbán a également rencontré, en privé, le président turc Erdogan et le Premier ministre Binali Yildirim.

Un couloir énergétique pour l’Europe du Sud-Est

Bien que cela ait été peu abordé dans les communiqués de presse, le problème central discuté à Ankara fut la perspective d’importations de gaz naturel russe par le biais du gazoduc nommé Turkish Stream.

Avec les nouvelles sanctions américaines, légalement douteuses, visant les entreprises européennes qui investissent dans le gazoduc russo-allemand Nord Stream II, qui devait contourner l’Ukraine, la Russie accélère pour achever la construction de son gazoduc Turkish Stream, qui part de la station de pompage de gaz, déjà construite, près d’Anapa, dans le sud de la Russie, puis continuera sous la mer Noire, traversera la Turquie jusqu’aux frontières bulgares et peut-être même grecques.

Les dernières sanctions incroyablement stupides du Congrès américain, visant aussi l’Iran et la Corée du Nord, punissent les entreprises allemandes et autrichiennes qui ont investi dans le gazoduc Nord Stream II, bien qu’il soit illégal en vertu du droit international qu’un président américain sanctionne des entreprises à l’extérieur de sa juridiction territoriale, légalement appelée extraterritorialité.

L’annonce de nouvelles sanctions visant Nord Stream II a conduit la Russie à accélérer la construction de sa ligne Turkish Stream passant sous la mer Noire, actuellement en avance sur le programme. Le sous-traitant de Gazprom, Swiss Allseas, a déjà installé environ 15 milles (25km) de pipeline sous la mer Noire, depuis mai. Le premier des deux pipelines parallèles devrait être inauguré en mars 2018, le second en 2019. La capacité annuelle de chaque tube est estimée à 15,75 milliards de mètres cubes de gaz naturel, à près de 32 milliards de mètres cubes pour les deux.

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Les Balkans rejoignent le Turkish Stream.

Début juillet, le Premier ministre bulgare Boyko Borisov, nouvellement élu, a annoncé qu’il avait l’intention de signer un accord sur le transit de gaz par le Turkish Stream. Il a également signé un accord avec le voisin serbe, qui n’est pas membre de l’UE – et ne devrait probablement jamais le devenir en raison de ses liens étroits avec la Russie entre autres choses. Selon le nouvel accord, la Serbie devrait recevoir 10 milliards de mètres cubes de gaz.

Le 29 juin, le Premier ministre Aleksandar Vučić a pris le poste de président serbe, Ana Brnabic est devenue première ministre. Elle a déclaré au Parlement qu’elle appliquerait une « politique étrangère équilibrée » et que son gouvernement chercherait spécialement de bonnes relations avec la Russie et la Chine. Le nouveau ministre de la Défense serbe, Alexandre Vulin, est très mal vu par Washington, entre autres pour son orientation pro-russe reconnue. Aleksandar Vučić a rencontré Vladimir Poutine une semaine avant son élection comme président et a réaffirmé les relations étroites entre la Russie et la Serbie.

Le 5 juillet, le gouvernement hongrois a également signé un accord pour recevoir du gaz par le Turkish Stream. Plus tôt cette année, le président russe est allé à Budapest où il a discuté avec le Premier ministre Orbán de la participation hongroise au Turkish Stream ainsi que de la construction, par la Russie, de centrales nucléaires en Hongrie.

Au Congrès mondial sur le pétrole, qui s’est tenu du 9 au 11 juillet à Istanbul, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a précisé que la Turquie devait devenir un couloir énergétique entre l’est et l’ouest, le nord et le sud. Bref, tous les éléments d’un nouveau réalignement majeur entre les États des Balkans, la Russie et la Turquie sont bien visibles.

Le Turkish Stream

En décembre 2014, après que la Commission européenne de Bruxelles, appuyée par Washington, a fait pression sur le gouvernement bulgare pour annuler l’accord visant à accueillir le gaz de Gazprom devant être amené par le gazoduc South Stream au port bulgare de Burgas, le président russe Poutine a annoncé que le South Stream était mort. La Russie a alors entamé des négociations avec la Turquie pour une alternative qui serait appelée Turkish Stream.

Pour éviter les lois punitives de l’UE, le gazoduc turc de Gazprom passant par la Turquie s’arrêtera à la frontière turco-bulgare, le deuxième devant se terminer à Lüleburgaz dans la région de Marmara en Turquie, près de la frontière turque avec la Grèce. De là, il appartiendrait aux pays acheteurs de construire leurs propres gazoduc et de les relier au Turkish Stream. La loi de l’UE ne fait qu’interdire à Gazprom de construire et d’exploiter ses propres gazoducs à l’intérieur de l’UE.

Un basculement

Ces derniers mois, les politiques européennes de Bruxelles devenant de plus en plus contraignantes, les pays d’Europe de l’Est, en particulier la Hongrie, la République tchèque et la Bulgarie, se tournent vers l’est, vers l’Eurasie, et surtout la Russie et la Chine pour leurs investissements croissants en infrastructure dans le cadre de la Nouvelle Route de la Soie et autres réseaux d’infrastructures eurasiatiques .

En février 2017, lors d’une visite du président russe Poutine à Budapest, la Hongrie a signé un contrat de 17 milliards de dollars avec le Groupe Rosatom, la société en énergie nucléaire russe pour la construction de deux réacteurs dans la centrale nucléaire de Paks, la seule centrale nucléaire du pays. La Russie a également une participation de 51% dans une entreprise de projet tchèque, Nuclear Power Alliance, avec Czech Skoda JS qui proposera des plans de construction pour plusieurs centrales nucléaires tchèques. Le dernier plan énergétique national tchèque considère l’électricité nucléaire comme un moyen sûr de respecter les objectifs de réduction des émissions de CO2 de l’UE, tout comme la Hongrie.

Le gouvernement turc a également choisi la société russe Rosatom pour construire sa première centrale nucléaire, à Akkuyu, quatre réacteurs qui seront situés près de la Méditerranée, dans le sud de la Turquie, face à Chypre. La première unité, qui coûte 20 milliards de dollars, est en cours de construction par un consortium russo-turc, avec le groupe turc de construction Cengiz-Kalyon-Kolin (CKK). Il sera opérationnel en 2023.

Aujourd’hui, alors que les États-Unis et la majeure partie de l’Europe occidentale ont gelé les investissements dans la technologie nucléaire et ont perdu leur main-d’œuvre qualifiée, la Russie apparaît comme le leader mondial de l’exportation de technologies nucléaires avec plus de 60% du marché mondial.

Areva, compagnie française et plus grand producteur de centrales nucléaires d’Europe, n’a pas gagné de contrat à l’étranger depuis 2007. Aux États-Unis, Westinghouse, le plus important fournisseur de centrales nucléaires américaines, a connu des moments inquiétants, pour le dire gentiment. L’activité nucléaire du groupe de Pittsburgh a été vendue et appartient aujourd’hui au groupe japonais Toshiba. Le groupe nucléaire de Westinghouse, qui a récemment été choisi pour fournir quatre nouvelles usines américaines domestiques − leur premier contrat depuis trente ans − est en proie à des dépassements de coûts et des poursuites judiciaires, et Westinghouse Electric a été contraint de déclarer faillite. En revanche, la Russie a signé des contrats pour construire 34 réacteurs dans 13 pays, pour une valeur totale estimée à 300 milliards de dollars.

L’importance de ces offres en gaz naturel et en électricité nucléaire par la Russie à la Hongrie, la République tchèque, la Serbie, la Bulgarie et la Turquie horrifie Washington et signe le basculement d’une région désenchantée face à l’UE de Bruxelles, politiquement en faillite, et d’une Allemagne qui a perdu les pédales.

Le fait marquant, dans ce contexte, est la récente confirmation par le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, de l’achat de plusieurs unités de systèmes avancés de défense anti-aérienne russe, des S-400, malgré les efforts acharnés de l’Administration Trump et de l’OTAN pour l’en empêcher. Le S-400 est considéré par les experts militaires comme le meilleur système de missiles de défense aérienne à longue portée, bien meilleur que le système américain Patriot que Washington voulait faire acheter à la Turquie.

Le fait que plusieurs nations des Balkans soient en train de nettement améliorer leurs relations économiques avec la Russie et la Turquie souligne la réalité d’une désunion européenne plutôt que de son union promise. La stupide décision de la Commission européenne de trainer la Hongrie, la République tchèque et la Pologne devant un tribunal de l’UE pour avoir rejeté les quotas obligatoires de réfugiés que Bruxelles veut imposer a également élargi le fossé entre l’est et l’ouest de l’UE.

Une structure politique élitiste telle que l’est l’UE d’aujourd’hui, ses institutions antidémocratiques comme la Commission européenne et un Parlement européen qui empiète sur les droits souverains fondamentaux, comme peuvent l’être des relations interpersonnelles sadomasochistes, sont intrinsèquement invivables. Comme le montre le dernier quart de siècle avec Washington en tant que superpuissance unique, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, la politique du plus fort n’est pas un modèle viable pour des relations internationales saines et pacifiques. Les aboiements hystériques de celui qui se pense le plus fort nous le montre bien.

William Engdah

http://lesakerfrancophone.fr/la-turquie-la-russie-et-linteressante-nouvelle-geopolitique-dans-les-balkans