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Brexit : Quand ceux qui ont tout à perdre négocient avec ceux qui n’ont rien à gagner… Par Charles Gave

La vision du “paléolibéral” Charles Gave

Source : Institut des libertés, Charles Gave, 25-09-2017

Les négociations sur le Brexit continuent et bien entendu la presse française continue à faire preuve de la remarquable objectivité dont elle est coutumière.

Tout français qui chercherait à s’instruire sur le sujet en lisant les journaux de notre pays est en fait aussi bien informé qu’un lecteur de la Pravda dans les années 70 sur ce qui se passait alors à Prague, tant les consignes sont suivies avec diligence par ceux qui se disent journalistes.Comme me le disait un ami récemment : » Il y a deux sortes de journalistes en France : ceux qui sont compétents et honnêtes, qui sont au chômage, et les autres. »

J’ai donc décidé de consacrer ma chronique du Lundi à ces négociations simplement pour essayer d’expliquer aux lecteurs quels sont vraiment les enjeux.

Je vais essayer de faire simple.

Commençons par les deux parties qui négocient.

D’un coté, nous avons le gouvernement britannique de madame May, de l’autre la Commission Européenne emmenée par monsieur Barnier.

Le gouvernement Britannique est mené par Madame May, très affaiblie par sa dissolution ratée de la Chambre des Communes qui a été suivie par ce qui aurait pu être un désastre électoral puisque les Conservateurs sont passés d’une solide majorité à une quasi- minorité, ne gouvernant qu’avec l’aide des protestants de l’Irlande du Nord. Il n’est pas certain que Madame May reste au pouvoir. Elle pourrait être débarquée bientôt, ayant commis vraiment trop d’erreurs, ce qui ne changerait rien au fond du problème.

Dans ce gouvernement, deux groupes se font face : ceux qui ont fait campagne pour le Brexit, emmenés par Boris Johnson (le ministre des affaires étrangères) et David Davies (le ministre chargé des négociations avec la Commission), qui tous deux avaient milité pour le Brexit et de l’autre ceux qui avaient voté pour « Bremain » sous la conduite du ministre des finances monsieur Hanson, qui a le charisme d’une huitre et est l’esclave de son administration.

Les premiers veulent une sortie claire, rapide et franche, les seconds sont à la recherche d’une solution du type de celle que monsieur Sarkozy a imposé aux Français qui avaient refusé la Constitution Européenne soumise à referendum, en leur collant son frère jumeau à sa place, le Traité de Lisbonne, faisant ainsi fi de la décision du Peuple, ce qui n’a pas porté chance à monsieur Sarkozy.

Pour faire bref et pour utiliser ma propre terminologie, les premiers représentent les hommes des arbres, les deuxièmes les hommes de Davos et les ODS locaux. (Note : ODS = Oints du Seigneurs = incompétents médiatiques qui pensent détenir la vérité)

Et Madame May essaye, sans beaucoup de succès, de naviguer entre ces deux groupes en expliquant dans son discours de Florence la semaine dernière que tout cela prendrait un peu plus de temps que prévu et qu’elle était prête à faire des concessions financières pour que la Grande-Bretagne continue à avoir un accès « normal » à l’Europe etc. etc.….

Venons-en à la Commission Européenne.

A l’évidence monsieur Barnier se met dans la position du mari cocu que sa femme a abandonné et qui veut la punir de cette trahison. En général, et comme chacun le sait, ce genre de divorce se passe mal. Il faut cependant bien comprendre ici que monsieur Barnier, qui n’est pas complètement idiot, agit sur instruction.

Et les instructions sont très claires.

Le but de la négociation n’est en aucun cas d’arriver à une solution satisfaisant tout le monde mais de préserver l’idée que nul ne peut faire marche arrière dans le mouvement historique qui doit consacrer la fin des nations européennes et l’arrivée du Messie sur terre, je veux dire l’Etat Européen.

Or, et il faut s’en souvenir, le mouvement à marche forcée vers un état fédéral européen n’a aucune légitimité démocratique : Il a toujours été imposé de facto et de jure « par le haut » et chaque fois que l’on a demandé son avis à un Peuple, il a dit qu’il ne voulait pas de structure fédérale.

Et donc, il faut bien comprendre, que si la sortie de la Grande-Bretagne n’entrainait pas une catastrophe pour l’économie anglaise voila qui pourrait donner des idées à d’autres pays tels la Pologne, la Suède ou l’Italie (qui va voter prochainement et qui elle fait partie de l’Euro…)

Il s’ensuit que pour la Commission et quelque soient les répercussions défavorables sur les économies en Europe ou en Grande-Bretagne, il faut absolument que les négociations entre la GB et la Commission échouent pour maintenir en vie leur rêve d’un Etat Européen, et que crèvent les peuples n’a aucune importance.

Pour Bruxelles, créer de toutes pièces une catastrophe économique en Grande-Bretagne est une question de vie ou de mort. Et si cette catastrophe amène à une dépression en Europe, cela n’a aucune importance, seul compte le but final.

Passons maintenant aux différents sujets qu’il va falloir traiter lors de ces discussions et commençons par un point de Droit.

La Grande-Bretagne doit-elle payer une « soulte » pour pouvoir sortir de l’Europe ? La réponse est NON. Il n’y a strictement rien de prévu dans les traités. Que les Européens s’imaginent que la Chambre des Communes vote un « tribut « de plus de 20 milliards d’Euro sans aucune contrepartie prouve à quel point ces gens sont dans le rêve…

Venons-en aux questions économiques.

La Grande-Bretagne a un déficit extérieur dans le domaine des biens de …95 milliards avec la zone Euro et un surplus dans le domaine des services d’environ 30 milliards, l’Allemagne comptant pour 50 % du surplus Européen et ces surplus étant massivement dus à des ventes de matériel de transport (voitures, camions, pièces détachées). Préserver ce surplus est essentiel pour l’Allemagne.

La City, qui représente une part importante du PIB anglais est de fait et de droit la principale place financière mondiale et bien sûr la seule vraie place financière européenne.Le but du gouvernement Britannique est de préserver la City autant que faire se peut.

Il ne faut pas être très grand clerc pour comprendre que les accords sur lesquels tous les gens de bonne compagnie pourraient se retrouver devraient être le maintien de la prééminence de la City en Europe contre la libre importation de voitures allemandes et de champagne ou de Bordeaux français.

Mais voila qui n’est pas possible puisque cela voudrait dire que le Droit Anglais ne serait plus sous le contrôle du Droit Européen pour toutes les opérations de fusions et acquisitions concernant deux entreprises si celles-ci avaient lieu à Londres. Voila qui signifierait la fin de la Cour de Justice Européenne (CdJE) et donc la fin de la tentative de créer un Etat Européen.

Bruxelles HAIT la city puisque la City, par son contact avec le « grand large », lui échappe et lui a toujours échappé. Pour les Delors de ce monde, ne pas pénaliser la City, c’est détruire l’idée même d’un Etat Européen dont les fonctionnaires contrôleraient toutes les entreprises par l’intermédiaire du Droit et des réglementations. Ce qui voudrait dire la fin du capitalisme de connivence en Allemagne et en France, ce qui est moralement insupportable, chacun en conviendra.

Et donc, il va falloir que l’Allemagne choisisse : soutenir la CdJE et la Commission, ou fermer les usines de Wolfsburg et de Munich.

Je n’ai pas le moindre doute que les autorités françaises vont être jusqu’auboutistes, tant pour elles, la continuation de leur rêve Européen est essentielle. Sans rentes à tirer sur Bruxelles, que ferait t’on des politiciens battus en France et de tous nos seconds couteaux ? Ils seraient peut être obligés de travailler ! On imagine le désastre.

Mais pour Madame Merkel, fraichement réélue, voila qui va être une décision difficile…

Le deuxième problème pour l’Europe est encore plus compliqué.

Le départ de la GB va faire perdre 16 % de ses ressources au budget européen et s’imaginer que la Commission va couper ses coûts de 16 % est plaisant mais peu probable. Il va donc falloir augmenter massivement les prélèvements sur les pays restants dont beaucoup ont de fort importants déficits budgétaires et à un moment où Bruxelles est tout sauf populaire.

Ou bien alors, il faudra tailler dans les programmes d’infrastructures, ce qui plaira énormément aux Polonais, Tchèques ou Portugais… Le route des subventions va être coupée et monsieur Juncker sera peut être forcé de payer des impôts normaux sus sa consommation d’alcool journalière, ce qui contribuera un peu à combler le trou créé par le départ des anglais mais restera insuffisant. Quant à créer un nouvel impôt européen géré par un ministre des finances européen, la grande idée de monsieur Macron, voila un projet qui va déclencher un enthousiasme assourdissant à Berlin, Dublin ou Varsovie.

Dur, dur…

Quant à l’économie anglaise, je ne me fais guère de soucis. Les exportations anglaises vers le reste du monde connaissent une croissance très forte depuis plus d’une décennie (contre zéro pour les exportations vers l’Europe) et la Grande-Bretagne va recommencer à acheter ses produits agricoles au Canada, en Australie et en Nouvelle Zélande, ce qui fait que les prix alimentaires vont baisser très fortement ainsi que les factures pour les importations de nourriture. Une forte amélioration du commerce extérieur anglais est donc quasiment certaine.

Et, si par hasard, les choses se passaient plus mal que je ne le pense pour l’économie Britannique alors nul doute que la Livre- déjà très sous évaluée- ne plonge un peu plus, ce qui donnerait un violent coup d’accélérateur à un système productif ou le chômage est déjà à un plus bas et l’emploi à un plus haut (en particulier les emplois féminins). Et comme la GB produit plus de voitures que la France, remplacer des voitures allemandes, françaises, italiennes ou espagnoles par des voitures faites en GB ne serait pas extrêmement pénible, sauf pour quelques bobos snobs du coté de Hampstead , qui pourront continuer à se singulariser en achetant des véhicules Coréens ou Nippons tout en noyant leur chagrin en buvant des vins en provenance de l’Australie, de l’Afrique du Sud ou de la Nouvelle Zelande, tous pays qui jouent au rugby et avec lesquels on peut donc faire des affaires en toute confiance puisqu’ils utilisent le même Droit.

Conclusion

Dans le titre quelque peu énigmatique de cet article, ceux qui ont tout à perdre sont les Européens. Ceux qui n’ont rien à perdre sont les Anglais.

A lire la presse, contrôlée par les ODS et les hommes de Davos, on jurerait que le contraire correspondrait à la réalité.

Le but de cet article est donc tout simplement de rappeler que menacer des pires sévices le principal consommateur de vos produits est rarement une bonne idée. C’est ce qu’avait fait avec beaucoup de conviction Louis XIV quand il a supprimé l’Edit de Nantes, forçant les Protestants au départ, ou quand Napoléon institua le blocus continental. Tout le monde se souvient de l’effet heureux que ces brillantes idées ont eu sur la croissance économique respectivement en France et en Grande- Bretagne.

Plus ca change, plus c’est la même chose…

La seule chose immuable est la capacité des gouvernements français à faire la fortune de l’Angleterre.

Source : Institut des libertés, Charles Gave, 25-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

22 réponses à Brexit : Quand ceux qui ont tout à perdre négocient avec ceux qui n’ont rien à gagner… Par Charles Gave

 

 

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« L’initiative européenne d’intervention » d’Emmanuel Macron ? Explications

« L’initiative européenne d’intervention » d’Emmanuel Macron ? Explications

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(B2) Chacun a pu être surpris de « l’initiative européenne d’intervention » mentionnée par Emmanuel Macron dans son discours à la Sorbonne sur le futur de l’Europe. Un projet ambitieux…

« Je propose dès à présent d’essayer de construire cette culture en commun, en proposant une initiative européenne d’intervention visant à développer cette culture stratégique partagée. […] Au début de la prochaine décennie, l’Europe devra ainsi être dotée d’une force commune d’intervention, d’un budget de défense commun et d’une doctrine commune pour agir. »

Cette initiative parait sortie de nulle part et plutôt symbolique. Ne nous y trompons pas, chaque mot a son sens… Et cela mérite quelques détails et explications, puisées aux meilleures sources.

Premièrement, on parle bien ici d’Europe, et non d’Union européenne. Ce n’est pas une clause de style mais une définition politique. Cela signifie que ce projet se préparera avec tous les partenaires européens « qui le veulent et le peuvent » comme précise à B2 un diplomate. Cela inclut nécessairement les Britanniques qui pourraient être ainsi partie prenante de cette initiative et qui partagent avec les Français une doctrine d’intervention assez semblable (même si elle s’exerce sur des terrains parfois différents).

Deuxièmement, il ne s’agit pas de faire du réchauffé avec des dispositifs déjà existants ou non existants. Ce ne sont donc ni les fameux battlegroups, les groupements tactiques de l’Union européenne, qui n’ont jamais décollé, et dont la France semble faire son deuil ; ni la fameuse « armée européenne », sorte d’arlésienne très commode, permettant de ne pas parler de projets plus concrets. C’est … entre les deux.

Troisièmement, c’est un projet pour l’avenir, à l’horizon 2022-2024, et non pour aujourd’hui. Il n’est pas question de la coopération structurée permanente – qui devrait être lancée à la fin de l’année ou début 2018 – ou du fonds européen de défense (dont le premier élément doit voir le jour en 2018). C’est autre chose, d’autrement plus ambitieux en termes opérationnels.

Quatrièmement, la préparation devrait commencer rapidement. Selon nos informations, l’ouverture des armées françaises aux cadres d’autres armées européennes devrait commencer ainsi rapidement. Cette ouverture serait, sans commune mesure, avec ce qui est pratiqué actuellement. Il ne s’agit donc pas juste d’avoir des officiers de liaison placés au sein des armées ou d’accueillir quelques (sous) officiers dans les écoles ou dans les forces françaises. Cette initiative se situe sur « une autre échelle », avec une présence « plus intensive » de militaires à tous les échelons d’une intervention : de la planification (des opérations) et du soutien aux opérations en passant par l’anticipation et le renseignement. Cela signifie qu’on retrouverait des militaires européens à différents niveaux et dans tous les corps : à la DGSE (la direction générale de la sécurité extérieure) comme au CPCO (centre de planification et de conduite des opérations), dans les état-majors ou dans le service des essences des armées…

Cinquièmement, l’intention est bien de changer l’état d’esprit, de bâtir une nouvelle doctrine militaire d’intervention, plus européenne, où chacun tienne compte des autres modes d’intervention, de développer ce qu’appelle Emmanuel Macron « une culture stratégique partagée ». Cela pourrait conduire alors tout autant à changer les modes d’intervention des armées françaises que celles des autres. L’objectif est ainsi durant les six années à venir (2018-2024) d’aboutir à ce changement qui est autant « technique » que « psychologique ». Il s’agit de doter les Européens « d’une capacité d’action autonome de l’Europe, en complément de l’OTAN », qui pourra être mise au service de l’Union européenne ou… d’autres organisations.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : L’Europe de 2024 selon Macron : souveraine, stratégique, autonome

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 – Bruxelles2 est un média en ligne français qui porte son centre d’intérêt sur l’Europe politique (pouvoirs, défense, politique étrangère, sécurité intérieure). Il suit et analyse les évolutions de la politique européenne, sans fard et sans concessions. Agréé par la CPPAP. Membre du SPIIL. Merci de citer « B2 » ou « Bruxelles2 » en cas de reprise Son rédacteur en chef est Nicolas Gros-Verheyde, également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion et intervenant pour BX1 (Tv Bruxelles). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale).

Crise en Catalogne : l’Europe reste sans voix (V2)

Crise en Catalogne : l’Europe reste sans voix (V2)

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(B2) La crise gronde en Catalogne, et l’Europe fait aujourd’hui un petit service minimum. Il est vrai que la situation est tendue : entre un gouvernement, intransigeant, si « droit dans les bottes » qu’il en vient à vaciller, et un pouvoir catalan qui cherche l’affrontement, et l’a obtenu, il n’est pas aisé de trouver une troisième voie. Mais ce qu’on aperçoit confine aujourd’hui à l’absurdité.

Après les évènements de dimanche, les réactions ont, en effet, été plutôt limitées. Le porte-parole de la Commission s’est limité, à midi à appeler à la retenue. « Nous appelons tous les acteurs pertinents à passer rapidement de la confrontation au dialogue. […] La violence ne peut jamais être un instrument en politique. » Et Donald Tusk le président du Conseil européen a mis plusieurs heures avant de trouver une centaine de caractères pour apporter une variation sur cette thématique : « je viens juste de parler avec Mariano Rajoy. Partageant ses arguments constitutionnels, j’appelle pour trouver des voix afin d’éviter l’escalade et l’usage de la force ».

Et que dire de ce qui s’est passé depuis plusieurs semaines. L’Europe a joué au sourd et muet durant de longues semaines précédant la consultation organisée par Barcelone. Elle n’a pas cherché à prévenir la crise, à s’entremettre, à s’interposer dans une escalade qui paraissait évidente et pourrait déborder le terrain espagnol. Mettre en place une commission, composée de quelques « sages » Européens, à la retraite mais disposant d’une certaine expérience, n’aurait pas vraiment coûté très cher. Il était à portée de main d’imaginer une solution pour sortir de la crise.

Le respect de la Constitution espagnole a bon dos… On peut davantage parler d’un manque d’anticipation, voire d’une certaine lâcheté. De tous temps, la Commission européenne a reçu, parfois jusqu’au plus haut niveau – du président de la Commission – les leaders des régions. Comme pour leur donner un rôle. Pourquoi avoir reçu l’Ecossaise Nicola Surgeon, en grande pompe, en lendemain du Brexit, au grand dam de Londres ? Pourquoi la Commission s’interpose dans la législation polonaise en matière de justice ? Et, hors des frontières de l’UE, comment les Européens ont-ils pu arraché l’indépendance du Kosovo à la Serbie (même si cinq pays, dont justement l’Espagne, n’ont jamais reconnu cette indépendance) et la soutenir à bout de bras, en lui ouvrant les portes de l’adhésion à l’Union européenne… Et refuser pareille chose à la Catalogne. Il y a, là, certaines logiques vraiment surprenantes…

En recevant en juin 2016, la chef de l’Ecosse Nicola Sturgeon, la Commission européenne avait beaucoup moins de « sentimentalité » sur le sort du Royaume-Uni (crédit : CE)

Peut-on d’ailleurs vraiment dire que l’indépendance de la Catalogne, une des régions les plus riches d’Espagne, ne concerne que Madrid et Barcelone ? Cela parait délicat. Si la Catalogne obtient ou arrache son indépendance, cela risque d’avoir un effet boule de neige sur d’autres parties européennes tentées par l’autonomie. D’autant plus quand la crise se marque de positions de plus en plus tranchées. Toutes proportions gardées, on se trouve, ici, placé face au même phénomène qui a marqué l’ex-Yougoslavie au début des années 1990 quand la Slovénie puis la Croatie ont pris leur indépendance, provoquant une série de réactions en cascade et plusieurs guerres civiles. On sait que dans ce type de crises, ce qui importe c’est de désamorcer très vite toute tentative de nationalisme ou de violence… Après il est souvent trop tard…

Au surplus, ce type d’abstention silencieuse, cette politique de l’autruche, pose un problème de légitimité pour l’Union européenne, quand elle voudra s’exprimer dans le monde. Au moindre dérapage dans une manifestation, dans un bourrage d’urnes, au Cameroun ou au Kenya, l’Union européenne communique (à juste titre). Mais, voir des policiers intervenir dans des bureaux de vote, tenus pacifiquement, en terre européenne, ne lui arrache pas plus d’une dizaine de mots… et encore très polis.

(Nicolas Gros-Verheyde)

NB : dans ce papier je ne cherche à valider aucun des arguments entendus de part et d’autre. Parler « d’oppression de Madrid » est aussi ubuesque que de qualifier cette consultation de « farce démocratique » ? Il s’agit d’éviter qu’une crise dégénère et atteigne un point de non retour. C’est le rôle de l’Union européenne, son premier rôle d’ailleurs (avant tous les autres) : faire que l’Europe soit un continent de paix, de démocratie et de dialogue.

NB 2 : à B2, nous n’avions pas de case « Europe » dans notre rubrique « Zones de Crises », faudra-il en créer une demain ?

Nicolas Gros-Verheyde

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Revue de presse nationale et internationale.

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