Archives pour la catégorie Economie et Finance

Dans le noir

Dans le noir


Par James Howard Kunstler – Le 11 septembre 2017 – kunstler.com

Résultats de recherche d'images pour « aube »

Le marché boursier augmente ce matin au son des informations, seulement 5,7 millions de personnes en Floride devront se passer de l’air conditionné, des douches chaudes et des Korig Mochachinos alors que l’aube se lève en ce lundi 11 septembre 2017. Je suis conscient que le cycle des informations juste après un ouragan est un peu vide pendant un jour ou deux, alors que les citoyens étourdis et confus s’aventurent sur les lieux pour évaluer les dégâts. Pour l’instant, il existe très peu d’informations sur les ondes du Web. Est-ce que Key West existe toujours ? Dur à dire. Nous en saurons plus ce soir.

La double frappe de Harvey et Irma a permis aux gens, chargés des affaires de la nation, d’avoir une chance incroyable de se débarrasser de ce problème de plafond de la dette. C’est la loi qui fixait une limite sur le montant de la dette du gouvernement national que la Réserve fédérale pouvait « acheter ». Certains d’entre vous pensent peut-être : acheter une dette ? Pourquoi quelqu’un voudrait-il acheter la dette de quelqu’un ? Eh bien, vous voyez, c’est une dette titrisée, c’est-à-dire des obligations émises par le Trésor des États-Unis, qui paient des intérêts, et il y a donc une incitation à l’acheter. Quoi qu’il en soit, par le passé, le taux d’intérêt réel était positif après avoir déduit le pourcentage d’inflation courante. C’est là que la situation devient intéressante.

La loi sur le plafond de la dette était supposée fixer des limites quant à la dette sous forme de bons que le gouvernement pouvait émettre (combien il pouvait emprunter), de sorte qu’il ne pouvait pas brûler de l’argent qu’il n’avait pas. Ce qui est exactement ce qui s’est passé malgré la limite de cette dette parce que le « plafond » a été augmenté environ cent fois entre le XXe et le XXIe siècle, de sorte que la dette accumulée s’élève à environ 20 000 milliards de dollars.

Les personnes rationnelles reconnaissent ces 20 000 milliards de dollars pour ce qu’ils sont, un volume surnaturel d’obligations et comprennent qu’elles ne seront jamais remboursées, alors, pourquoi ces artifices ? Pourquoi ne pas simplement laisser tomber ce prétexte, et continuer à faire tourner ce racket du gouvernement empruntant autant d’argent qu’il le veut, avec la Réserve fédérale créant cet argent (ou ce « quasi-argent ») sur ses ordinateurs jusqu’à l’infini. Cela semble fonctionner jusqu’à présent.

Les gens rationnels soupçonneraient également qu’à un moment donné, quelque chose pourrait lâcher. Par exemple, la valeur des dollars dans lesquels la dette est émise. Si la valeur des dollars diminue, la valeur réelle des obligations émises en dollars diminue et, quand cela va se produire, les nombreux détenteurs d’obligations déjà émises − les particuliers , les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les fonds souverains des pays étrangers − auront une forte incitation à se débarrasser de ces bons le plus rapidement possible. Surtout si les magiciens de la Fed en coulisses et ses servantes, les banques, « les dealers de terrains », continuent à réduire les taux d’intérêt de ces obligations à tout prix.

La Réserve fédérale va-t-elle alors racheter tous les bons que d’autres déverseraient sur le marché ? Elle va essayer certainement. La Banque du Japon a fait exactement cela avec les bons de son propre gouvernement sans aucun effet néfaste apparent, même si vous vous demandez ce qui se passe quand un serpent mangeant sa propre queue atteint sa tête. Que reste-t-il, exactement, après l’avoir aussi mangé ? Ma propre estimation tient en trois mots : vous gagnez un aller-simple pour le moyen-âge. Je veux dire littéralement. Plus de moteurs, de lumières électriques, de chauffage central …

Dans ce pays, nous sommes confrontés à une situation dans laquelle, à la fois, la valeur de l’argent et le coût de l’emprunt seront en fin de course complètement détachés de la réalité, la réalité étant le coût et la valeur réelle de tous les biens et services échangés contre de l’argent. Voila : une crise monétaire royale nous plongeant vers l’enfer et la perturbation du commerce au niveau le plus macro imaginable. En outre, sûrement, il y aurait une perturbation massive des services gouvernementaux, y compris la sécurité sociale et l’assurance-maladie, mais s’étendant bien au-delà avant … le moyen-âge. Le mulet remplacera le Ford F-150. Mais The New York Times trouvera bien quelque chose à écrire de plus sur la Russie et les trans.

La valeur de l’argent et le coût de l’emprunt est d’une importance plus fondamentale qu’il n’y parait dans une économie dite avancée. Vous pouvez vous moquer de beaucoup de choses qui font tourner une société, mais quand cela dérape, vous flirtez sérieusement avec l’anarchie. En attendant, nous verrons comment la colle sociale maintient les choses ensemble dans les parties de la Floride qui vont avoir un aperçu des attractions médiévales dans les jours sans électricités à venir.

James Howard Kunstler

 

http://lesakerfrancophone.fr/dans-le-noir

 

Publicités

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

La patronne de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen, le 13 juillet 2017 à Whashington / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / CHIP SOMODEVILLA

La banque centrale américaine va annoncer mercredi qu’elle va commencer à doucement éponger l’océan de liquidités qui lui a permis de sauver l’économie américaine de l’effondrement en 2008.

Un exercice attendu pour la présidente, Janet Yellen, au cours de l’avant dernière conférence de presse de son mandat, qui a déjà préparé le terrain pour ne pas effrayer les marchés.

En revanche, la Fed devrait laisser les taux d’intérêt inchangés à l’issue de sa réunion monétaire de deux jours après les avoir relevés d’un quart de point en juin à entre 1% et 1,25%.

Raison de plus pour décortiquer les déclarations de Mme Yellen à la recherche d’un indice sur la date du prochain resserrement de la politique monétaire.

« Je crois que les membres du Comité monétaire penchent toujours pour une hausse des taux en décembre car ils sont suffisamment nombreux à penser que la faible inflation n’est que temporaire » a affirmé à l’AFP Tim Duy, un professeur d’économie à l’Université d’Oregon, spécialiste de la Fed.

Satyam Panday, économiste chevronné pour Standard and Poor’s Global, pense lui que la Fed va rester en mode « pause » jusqu’à la fin de l’année.

Le Comité monétaire (FOMC) publiera un communiqué mercredi à 18H00 GMT ainsi que de nouvelles prévisions économiques tandis que la présidente Janet Yellen, dont le mandat à la tête de la puissante banque centrale expire le 3 février, entamera une conférence de presse à 18H30.

– Détricotage en douceur –

L’événement pour les marchés sera surtout l’annonce attendue du lent détricotage de la politique d’assouplissement quantitatif (QE) que la Fed avait lancé après la crise financière de 2008 en injectant massivement des liquidités dans le système financier pour soutenir la reprise.

La Fed va lentement réduire ses actifs à son bilan: ceux-ci ont grimpé à la somme inouïe de 4.500 milliards de dollars par des achats de bons du Trésor et de titres appuyés sur des créances hypothécaires.

Le long processus qui consiste à cesser de réinvestir dans les titres qui arrivent à maturité devrait dans un premier temps se régler au rythme minime de 10 milliards de dollars par mois et commencer en octobre, estime Satyam Panday.

A l’inverse de ce qu’il s’était passé en 2013 lorsque l’ancien patron de la Fed Ben Bernanke avait fait vaciller les marchés en annonçant au débotté une réduction des achats d’actifs, les places financières « ont largement anticipé » la réduction du bilan de la banque centrale expliqué dans le détail par la Fed en juin, avance Tim Duy. Comme l’avait affirmé Mme Yellen, le processus se veut aussi inoffensif que « de regarder l’herbe pousser ».

– Ouragans: impact passager –

L’impact des ouragans qui ont frappé le Texas et la Floride ne devrait guère peser sur les prévisions économiques du FOMC, estiment les experts. « Ils attacheront peu d’importance à leur impact car ils savent que c’est passager », affirme Marc Zandi, économiste en chef pour Moody’s Analytics.

« Cela va probablement ôter quelques points de base au Produit intérieur brut dans un premier temps, mais l’ironie est que, bien que ce soient des catastrophes naturelles, les gens doivent reconstruire et… c’est bon pour la croissance », a noté Satyam Panday de SP.

Au cours de la conférence de presse, la patronne de la Fed, 71 ans, aura du mal à éviter les questions sur son avenir. « Je n’y ai pas encore réfléchi », a-t-elle répété jusqu’ici. Mais le président Trump, dont c’est la prérogative de désigner le chef de la banque centrale, examine de nombreux candidats pour une nouvelle prise de poste en février.

Certes, l’ex-magnat de l’immobilier, qui « apprécie les taux bas », ne cesse de dire qu’il « aime bien Yellen » mais laisse aussi flotter plusieurs noms d’économistes républicains. « Plein de gens très bien », dit son ministre des Finances, Steven Mnuchin.

Son économiste en chef Gary Cohn, un temps favori, semble hors piste après avoir critiqué l’attitude de la Maison blanche sur les violences racistes intervenues à Charlottesville (Virginie, sud) cet été.

(©AFP / 17 septembre 2017 14h36)

https://www.romandie.com/news/USA-la-Fed-va-annoncer-qu-elle-epongera-lentement-son-ocean-de-liquidites_RP/833746.rom

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille  |   |  3090  mots
(Crédits : REUTERS/Benoit Tessier)
Pierre Gattaz, le président du Medef, se réjouit de la réforme du droit du travail, notamment la possibilité dans les PME de conclure des accords directement avec les représentants des élus. En revanche, il est en désaccord sur la méthode employée par le gouvernement pour transformer le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisses de charges pérennes, qui va conduire, selon lui, à un renchérissement du coût du travail. Pierre Gattaz souhaite un plafonnement des cotisations sociales au-delà d’un certain niveau de salaire. Il propose aussi instituer une cinquantaine de zones franches fiscales pour inciter les investisseurs, notamment étrangers, à s’implanter dans les territoires français les plus en difficulté.

LA TRIBUNE – Droit du travail, fiscalité… Plusieurs vieilles revendications du Medef ont été prises en compte depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Vous avez le sentiment d’avoir enfin affaire à un gouvernement pro-business ?

PIERRE GATTAZ – On s’en fiche du Medef ; on s’en fiche de Pierre Gattaz. Ce qui compte c’est le pays, ce sont les jeunes. La priorité des priorités c’est de combattre le chômage, véritable drame humain, social et économique. Le chômage est la cause de tous les maux. Il faut revenir à un taux d’environ 6 %. Et il faut absolument lutter contre le chômage de masse partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon.

Gauche et droite doivent définitivement comprendre que c’est l’entreprise qui crée l’emploi. Et je dois reconnaître qu’il y a eu des avancées sous les précédentes majorités. Les baisses de charges sous Nicolas Sarkozy, le Pacte de responsabilité sous François Hollande.

Alors, oui, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, ça va dans le bon sens et ça me rend enthousiaste pour le pays. Les ordonnances sur la réforme du droit du travail, par exemple, vont enfin donner la possibilité aux entreprises de directement dialoguer avec leurs salariés. C’est une belle avancée qui va favoriser la confiance pour le redressement du pays.

Vous pensez que cette réforme va permettre de booster la croissance ?

Je vous le dis, cela va dans le bon sens même s’il faudra surveiller la rédaction des décrets d’application. Mais, comme je l’ai dit lors de notre dernière université d’été, je suis certain que l’on peut viser l’objectif de retrouver au moins 2 % de croissance annuelle en France. Néanmoins, pour cela, il faut rester cohérent et continuer de remettre à plat les règles sur le travail, la fiscalité, la formation professionnelle en remettant en selle l’apprentissage. Et surtout, il faut simplifier drastiquement l’administration. Je rêve d’une administration très facile à comprendre : complexe à l’intérieur mais facile pour l’utilisateur. Un peu comme nos téléphones portables qui sont d’une extrême complexité intérieure mais qu’un enfant de quatre ans sait utiliser.

Revenons sur les ordonnances : vous avez eu la simplification des règles du licenciement ; l’extension possible du contrat de projet, le plafonnement des indemnités prud’homales, davantage de négociations au niveau de l’entreprise… Vous devez être satisfait.

Je ne présenterais pas les choses comme ça, il y a un côté lutte des classes en disant « on a eu ». Ce n’est pas le Medef qui gagne mais le pays.

Soyons réaliste : 95 % des entreprises n’ont pas de syndicats, ce qui les empêche de nouer tout accord par le dialogue social. Pourquoi rester dans un tel statu quo ? C’est une différence que j’ai avec certains syndicats qui ne conçoivent le dialogue social qu’avec des délégués syndicaux alors que des représentants élus sont tout aussi légitimes et capables de mon point de vue dès lors qu’ils sont bien formés. Patronat et syndicats pourraient d’ailleurs bâtir une formation paritaire pour ces élus. Cela va responsabiliser à la fois les chefs d’entreprise et les salariés. Jusqu’à un effectif de 50, les entreprises vont enfin avoir la possibilité de conclure des accords avec eux. Une entreprise, c’est une communauté de travail, il me paraît tout à fait légitime que l’on puisse discuter directement avec les salariés, de l’organisation du travail par exemple. Les syndicats vont avoir avec ces réformes un espace de progression.

À l’inverse, quels sont à vos yeux les points faibles ou les manquements de ces ordonnances ?

D’abord, je regrette que cette faculté de passer des accords directement avec les élus ne concerne pas les entreprises jusqu’à 300 salariés. En limitant cette possibilité à 50 salariés, on renforce encore ce seuil qu’il faudrait à l’inverse lisser. Ensuite, je regrette l’augmentation de 25 % des indemnités légales de licenciement qui vont passer d’un cinquième à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté. Enfin, je constate que l’on ne simplifie pas réellement le Code du travail car, si une entreprise ne parvient pas à conclure un accord, alors c’est le droit actuel qui continuera de s’appliquer. J’ajouterai que nous craignons les mauvaises surprises dans la rédaction des décrets d’application. En droit du travail, le diable se cache toujours dans les détails.

Estimez-vous qu’il y a une véritable inversion de la hiérarchie des normes ?

Les branches sont préservées, comme le souhaitait notamment Force ouvrière. Des dispositions décidées au niveau de la branche demeurent incontournables et les entreprises ne pourront pas y déroger. En revanche, il est exact qu’il y a davantage d’espace de libertés pour les entreprises : organisation, primes, salaires, etc.

Sur la fiscalité aussi vous devez être satisfait, avec le calendrier de baisse de l’impôt sur les sociétés, la transformation de l’ISF, l’instauration du prélèvement forfaitaire unique de 30 % environ sur les dividendes…

Il y a trois blocs de fiscalité qui nous préoccupent : le coût du travail, la fiscalité nationale et la fiscalité territoriale. Or, je vous rappelle que malgré le CICE [Crédit d’impôt compétitivité emploi, ndlr], le Pacte de compétitivité, etc. nous gardons encore un différentiel de prélèvements par rapport à l’Allemagne d’environ 80 milliards d’euros (au lieu de 120 milliards auparavant), à savoir 30 milliards d’euros pour le coût du travail et 50 milliards d’euros sur les impôts qui pèsent sur les facteurs de production. CVAE, C3S, taxes locales, etc. Toutes ces taxes n’ont pas cessé d’augmenter, entre 10 % et 20 % chacune entre 2012 et 2017, alors que le PIB n’a progressé que de 6 %. Reste donc la fiscalité nationale. Là, nous disons très bien, le gouvernement a maintenant « cranté » la baisse de l’IS [impôt sur les sociétés] déjà annoncée par François Hollande, ce qui est important pour l’attractivité de la France et pour faire cesser le french bashing encore en cours.

Quant à la flat tax, très importante, avec un taux de 30 %, c’est bien, c’est visible, et l’on se situe à peu près dans la moyenne européenne. Concernant l’ISF, cet impôt ne va être supprimé qu’en partie, sur la partie mobilière. Ce que nous regrettons car il va y avoir des problèmes de frontières entre mobilier et immobilier, ce qui va entraîner des complexités et des contrôles.

Mais, après n’avoir pas cessé de contester le mécanisme du CICE, vous semblez regretter maintenant qu’il soit transformé en baisse pérenne de cotisations sociales.

Ce n’est pas tout à fait cela. Nous avons un désaccord avec le gouvernement car la transformation du CICE telle qu’elle est prévue actuellement, en baisse de charges, risque d’induire une augmentation du coût du travail. Ce qui est absurde alors que la baisse des charges marche : le CICE et le Pacte ont provoqué la création de 300 000 emplois l’année dernière. Ne cassons pas cette dynamique. Donc on préférerait le statu quo. Ou alors, il faut davantage baisser les charges sociales pour compenser la hausse d’IS que va entraîner la transformation du CICE. D’autant plus que le gouvernement va retenir un taux de CICE à 6 % et non de 7 %.

En outre, il n’y a rien de prévu sur les charges sociales des salaires supérieurs à 2,5 Smic.

Résultat, pour les managers, les ingénieurs, les directeurs financiers, etc. les coûts s’envolent. C’est donc non seulement un regret mais c’est aussi une revendication que nous allons beaucoup porter dans les mois à venir. Nous souhaitons un plafonnement des cotisations sociales, salariales et patronales à compter d’un certain niveau de salaire. Nous avons lancé une expertise interne au Medef pour déterminer ce niveau. J’ajoute qu’un tel plafonnement existe chez nos voisins :

Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne. Or, quand vous êtes en pleine discussion sur les conséquences du Brexit et qu’il y a compétition entre Francfort et Paris, cela compte.

Si vous regrettez que l’État récupère 7 milliards d’euros à l’occasion de la transformation du CICE puisque cela va entraîner le versement de davantage d’IS, pourquoi continuer à verser autant de dividendes, en hausse de 6,1 % en un an ?

D’abord, l’explosion des dividendes, comme vous dites, ne concerne que les entreprises du CAC 40 qui ont des actionnaires dans le monde entier… dont l’État français qui est un très gros demandeur de dividendes. Dans les sociétés patrimoniales que je connais, nous sommes beaucoup plus mesurés, on ne redistribue en moyenne que 20 à 25 % des bénéfices. Je ne maîtrise pas l’actionnariat du CAC 40 et cela fait de toute façon partie du capitalisme mondial : des actionnaires investissent et en retour ils veulent des dividendes. J’insiste, il ne faut pas confondre les dividendes du CAC 40 avec les dividendes de milliers d’entreprises en France, PME et ETI [Entreprises de taille intermédiaire].

Autre nouveau combat du Medef, et de son président, la revitalisation des territoires. Comment agir pour que l’emploi se développe partout, y compris dans les bassins d’emploi qui ont le plus souffert de la désindustrialisation ?

Je vous l’ai dit, notre bataille, à nous chefs d’entreprise, c’est le chômage. On ne peut pas vivre dans un pays où, même si l’emploi va mieux dans les zones qui vont bien, les grandes métropoles notamment, on laisse des territoires en déshérence. Nous avons bien regardé cela avec les Medef territoriaux : il y a en France entre 50 et 100 bassins d’emploi en grande difficulté, avec parfois plus de 20 % de chômage. C’est inacceptable ! Dans ces territoires oubliés, les gens sont désespérés parce qu’il n’y a plus d’emplois, les commerces de centre-ville disparaissent, et s’installe un cercle vicieux dont on a le sentiment de ne plus pouvoir sortir, avec toutes les conséquences politiques que l’on voit.

Le Medef travaille donc depuis le mois de janvier sur ces questions. C’est du temps long. Je cite souvent l’exemple de la Bretagne qui, dans les années 1960, était un peu dans cette situation : peu d’emplois, peu de transports, peu de développement économique. De Gaulle puis Pompidou y ont répondu en relançant les infrastructures, des axes routiers, un projet industriel dans les télécoms et cela a permis de changer le cours des choses. Aujourd’hui, on a une France inversée, puisque l’Ouest va mieux alors que c’est l’Est des anciens bassins sidérurgiques qui va moins bien. C’est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité : il est possible d’agir. Tout le monde doit s’y mettre : sans revenir aux grands plans pompidoliens, la priorité, c’est de répertorier tout ce qu’on peut faire. Chaque bassin d’emploi est spécifique : il faut donc une action sur-mesure, c’est très important de le comprendre. La Vendée est un exemple à regarder : c’est une région très entrepreneuriale, qui a un très bas taux de chômage. Mais il y a d’autres exemples : la vallée de l’Arve dans le décolletage, Oyonnax dans la plasturgie… la France fourmille d’exemple de succès locaux. Le tourisme aussi est un levier formidable, à l’exemple du Puy-du-Fou en Vendée. Il n’y a pas une recette unique mais il faut s’y mettre pour trouver un avenir à ces bassins d’emploi en grande difficulté.

Il faut les identifier, et répertorier une vingtaine ou une trentaine de solutions. Certaines sont génériques : doper les infrastructures télécom et numérique pour que la connectivité soit assurée, et soutenir l’entrepreneuriat local. Il faut que les jeunes entrepreneurs soient incités à rester, plutôt que de partir parce que la connexion Internet ne fonctionne pas. Il faut aussi mettre l’accent sur le maintien ou le retour des commerces de centre-ville. Il y a trop de villes moyennes qui sont devenues des déserts et où tout se passe à l’extérieur dans des grandes surfaces qui tuent l’activité locale. Enfin, je propose que l’on prenne une mesure fiscale très simple, de type franchise pour inciter à investir localement dans ces bassins d’emploi pour que les investisseurs, notamment étrangers, aillent à Charleville-Mézières ou à La Souterraine dans la Creuse.

Vous voulez créer des zones franches dans toute la France ?

Oui, une franchise sur les impôts locaux ou sur l’IS, très lisible pour les étrangers. Il faut que cela soit simple à comprendre, simple à traduire en anglais, afin que les élus puissent en faire la promotion. Dans tous les pays du monde, quand vous investissez, vous regardez le taux d’IS et les impôts locaux. J’en parle sans filet, sans que nous ayons encore étudié le sujet en détail avec les pouvoirs publics, parce que je crois à cette idée et que cela peut être rapidement efficace.

Oui mais tel que vous le présentez, cela va plutôt coûter de l’argent public au départ. N’est-ce pas contradictoire avec votre demande de diminuer la dépense publique ?

Notre position n’a pas varié : il y a encore 100 milliards d’euros d’économies à faire sur les dépenses publiques, soit 20 milliards par an, pour rétablir notre situation par rapport à la moyenne européenne. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’investir dans l’avenir. Ce que nous observons, c’est qu’en réalité, il y a beaucoup d’aides ou de subventions qui se sont accumulées avec le temps au niveau national ou local, mais dans une logique de saupoudrage, illisible pour un investisseur qui regarde de nombreux dossiers dans différents pays. Plus personne n’y comprend rien, dans le millefeuille territorial : ce n’est pas transparent, et même pas « marketé », car rares sont les personnes qui ont accès à l’information. Regroupons toutes ces aides en un dispositif unique et fort, et communiquons dessus puissamment.

C’est un investissement public, je le conçois, mais il faut parfois sortir de la logique budgétaire comptable statique pour adopter une vision économique dynamique. Nous, entreprises, nous sommes dans une dynamique de croissance. Ce qu’il faut faire, c’est allumer tous les moteurs de la création d’emplois sur tout le territoire. Cela va de pair avec une vision à long terme : que faire pour relancer ces territoires à dix ou quinze ans ? C’est pour cela que je parle d’un investissement, comme Pompidou et de Gaulle ont eu une vision à trente ans du pays. C’est cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Avec les mutations rapides que nous connaissons, technologiques notamment, il faut avoir une vision de la France en 2030, en regardant en particulier les territoires qui se sentent les plus abandonnés. Car sans vision, toutes ces mutations deviennent des menaces : l’Afrique, le numérique, les robots, ce ne sont pas des risques dont il faut se protéger en se barricadant, mais de formidables opportunités pour créer de l’activité et de l’emploi en France. C’est cela la bonne politique. Arrêtons d’être défensifs. La période que nous vivons est une formidable occasion de rebondir.

Ces mutations sont une bonne chose pour la France, mais aussi à l’échelon local parce qu’avec le numérique, tout le monde peut avoir accès au monde entier, où que l’on soit. Prenez Charleville-Mézières : juste à côté, vous avez la Flandre ou le Luxembourg qui ont à peine 3 % de chômage. Est-ce donc impossible ? Non. Ce qu’il faut, c’est définir une stratégie à quinze ou vingt ans, afin de redonner de l’espoir dans ces territoires et prendre cela en main bassin d’emploi par bassin d’emploi, avec les élus. Quand j’ai lancé cette réflexion en janvier avec les Medef territoriaux, j’ai reçu un accueil enthousiaste. Ils sont très motivés.

Bruno Le Maire a annoncé un plan pour doper les ETI en France, sujet cher au Medef et à Yvon Gattaz [père de Pierre et ancien président du CNPF, l’ancêtre du Medef, Ndlr]. Que lui recommandez-vous de faire pour réussir à faire grandir nos entreprises ?

Les entreprises de taille intermédiaire, c’est notre faiblesse, on le sait. Il n’y en a que 4 500 en France contre 9 000 à 10 000 en Grande-Bretagne ou en Italie et 12500 en Allemagne dont cela fait la force. C’est complètement lié au sujet précédent : ce sont des entreprises stables, qui innovent, qui font attention à leurs salariés et sont ancrées dans le bassin d’emploi. Il faut multiplier par deux le nombre des ETI en France d’ici dix ans. Cela veut dire que toutes les PME en dessous de 250 salariés doivent passer au-dessus. Il suffit de faire grandir nos PME en boostant la chaîne qui va de la startup à la grande entreprise. Et c’est possible. À ce propos, je regrette que l’on n’ait pas remis en cause les seuils sociaux de 9 et surtout celui de 49 salariés car cela bride la croissance des entreprises.

Pour grossir, il faut aussi un mouvement de concentration et que les grands groupes aient une attitude plus constructive avec leurs fournisseurs et sous-traitants. La France n’est pas toujours exemplaire sur ce point ?

Je suis d’accord. Au Medef, nous encourageons autant que possible la chasse en meute, sur le plan géographique, mais aussi sur le plan technologique, afin que des grands groupes accompagnent des PME sur les marchés étrangers et dans leurs projets innovants. Cela passe aussi par une amélioration de nos filières industrielles en suivant le bon exemple de l’industrie aéronautique et le GIFAS. Il y a un travail à faire pour remobiliser nos fédérations. C’est le bon moment.

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille

______

Sa succession : « Restons concentrés »

En juillet 2018, vous passez la main à la tête du Medef. Comment va s’organiser votre succession ? Nous tiendrons un Conseil exécutif en décembre pour préciser les modalités de l’élection. La campagne commencera le 1er janvier 2018. Six mois ça va être déjà long. Aussi je ne voudrais pas que l’on s’éparpille d’ici là. Restons concentrés sur les dossiers de fond, il faut bosser jusqu’au bout. J’ai instauré le mandat unique à la présidence du Medef et je ne le regrette pas. D’ailleurs, cela devrait être la règle partout. Un mandat unique n’a que des avantages : vous ne pensez pas à vous faire réélire, vous ne faites pas de petits calculs et de clientélisme. Ainsi, vous restez libre et concentré jusqu’au bout sur la mission pour laquelle vous avez été élu.

 

http://www.latribune.fr/economie/france/gattaz-depuis-l-arrivee-de-macron-ca-va-dans-le-bon-sens-750152.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20170915

 

Bruno Le Maire : «Nous voulons récompenser ceux qui prennent des risques»

Bruno Le Maire : «Nous voulons récompenser ceux qui prennent des risques»

Etienne LefebvreIsabelle Ficek Le 11/09 à 19:11

 

Imprimer

image:

Bruno Le Maire, ministre l’Economie Finances.

Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances. – Stefan Boness/Ipon/SIPAhttps://www.lesechos.fr/economie-france/budget-fiscalite/030547518400-bruno-le-maire-bruno-le-maire-nous-voulons-recompenser-ceux-qui-prennent-des-risques-2113366.php#xtor=EPR-7-%5Bmatinale%5D-20170912-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

INTERVIEW – Le ministre de l’Economie et des Finances dévoile aux « Echos » les derniers arbitrages du budget 2018 sur la fiscalité du capital.

La première mobilisation contre la réforme du Code du travail se tient ce mardi. La France est-elle réformable ?

Les Français attendent une transformation profonde de leur modèle économique et social. Ils ont choisi Emmanuel Macron pour engager les transformations devant lesquelles la France a reculé depuis trente ans. Certains syndicats manifestent et c’est bien leur droit ; mais il est nécessaire que le président de la République et le gouvernement fassent preuve de détermination pour mener à bien cette transformation.

Les manifestants sont-ils des « fainéants » ou des «extrémistes»?

Arrêtons avec les mauvaises polémiques. Le président a pointé du doigt ceux qui, par dogme ou conservatisme, ont laissé le pays dériver, certainement pas les Français ni les manifestants ! L’important est que nous valorisions davantage le travail. Toute la transformation que nous engageons vise justement à mieux rémunérer ceux qui ont un emploi. La société française souffre du manque de reconnaissance du travail.

Verra-t-on bien cette récompense du travail dans le budget qui sera présenté le 27 septembre ? La hausse de la CSG interviendra en janvier mais la baisse des cotisations des salariés sera étalée…

Dès janvier 2018, tous les travailleurs verront leur situation financière nette s’améliorer. La majeure partie de la suppression de toutes les cotisations salariales chômage et maladie aura en effet lieu dès le 1er janvier, et le reliquat prendra effet à l’automne 2018. Grâce à cette mesure, un salarié au SMIC gagnera 250 euros de plus par an et un salarié qui touche 2.000 euros par mois, près de 500 euros de plus par an. S’y ajouteront l’augmentation de la prime d’activité, la suppression progressive de la taxe d’habitation pour 80% des Français et des mesures pour soutenir les plus fragiles. La philosophie de ce budget, c’est bien de récompenser le travail sans oublier ceux qui sont le plus en difficulté.

Quelle sera l’ampleur globale des baisses d’impôts ?

Les prélèvements pesant sur les ménages et les entreprises auront baissé d’environ 10 milliards d’euros fin 2018. Le président de la République et le Premier ministre ont fait deux choix stratégiques. Le premier est d’engager la baisse des impôts dès le 1er janvier 2018, pour qu’elle puisse soutenir immédiatement la croissance et favoriser la création d’emplois.

Le deuxième est de valoriser la création de richesses, la prise de risques, l’innovation. C’est une véritable transformation culturelle : plutôt que de redistribuer des richesses que nous n’avons pas, il faut donner à chacun les moyens de les créer.

La diminution de la fiscalité du capital, et en particulier la réforme de l’ISF, fait cependant l’objet de vives critiques à gauche, où l’on met en balance le coup de rabot sur les aides au logement…

Sortons de cette idéologie si nuisible à la France depuis trente ans, qui consiste à surtaxer le capital. En le surtaxant, nous privons les entreprises des financements dont elles ont besoin pour investir, innover et créer des emplois.

Quelles solutions reste-t-il alors ? Faire financer des emplois aidés par les contribuables ? Cette politique est un échec depuis des années. Nous devons changer de logique. Il ne s’agit pas de faire des cadeaux à tel ou tel mais de mieux financer les entreprises et, au bout du compte, de créer les emplois dont nous avons si cruellement besoin. Dans un contexte de transition technologique profonde, le besoin en capital est encore plus important qu’hier. Alléger sa fiscalité est indispensable. Voilà pourquoi nous supprimons l’ISF, remplacé par un impôt sur les fortunes immobilières et créons un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital.

Quel sera le périmètre précis du nouvel impôt sur la fortune immobilière (IFI) ?

Il concernera les patrimoines immobiliers nets supérieurs à 1,3 million d’euros. Rien ne change sur le seuil d’entrée, les taux et les abattements, comme celui de 30 % sur la résidence principale. De même, l’immobilier affecté à l’exploitation de l’entreprise du contribuable ne sera pas concerné. Enfin, la somme de l’IFI et de l’impôt sur le revenu ne pourra pas excéder 75 % des revenus.

Quel sera le coût budgétaire de la réforme ?

Environ 3 milliards d’euros.

Les associations et fondations s’inquiètent d’une perte de financements, car beaucoup de contribuables réduisaient leur ISF en faisant des dons…

La réduction d’impôt de 75 % pour les dons sera maintenue avec l’IFI. Il est important de continuer à assurer le financement de certaines activités, notamment caritatives. En revanche, la réduction d’ISF en cas d’investissement au capital des PME sera supprimée : ces entreprises vont largement bénéficier de la libération et de la réorientation de l’épargne vers l’économie productive générée par notre réforme fiscale.

Les dispositifs permettant de réduire l’impôt sur le revenu au titre des dons ou des investissements dans les PME (« Madelin ») seront-ils « musclés » ?

Ils ne seront pas modifiés dans le projet de loi de finances.

Le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% comprendra-t-il des incitations à la détention longue de titres ?

Le PFU a vocation à être simple et lisible. On ne va pas recréer des usines à gaz et freiner la réalisation d’opérations économiques pour de mauvaises raisons fiscales ! Le PFU s’appliquera aux intérêts, aux dividendes et aux plus-values de cession de valeurs mobilières. En revanche, nous maintenons les avantages des produits d’épargne populaire (livret A, LDD, épargne salariale) et des produits fortement investis en actions comme les PEA. Enfin, les contribuables pourront toujours choisir l’imposition au barème, si c’est plus avantageux pour eux.

Quid des plans d’épargne logement ?

Pour les plans ouverts avant le 1er janvier 2018, les intérêts produits jusqu’à la veille du 12e anniversaire du PEL resteront exonérés d’impôt sur le revenu. En revanche, les intérêts produits après 12 ans seront imposés au PFU. Pour les nouveaux plans ouverts à compter du 1er janvier 2018, les intérêts produits seront imposés au PFU dès la première année.

Les avertissements se multiplient sur un risque de déstabilisation de l’assurance-vie…

On nous fait un mauvais procès ! Les détenteurs de contrats d’assurance-vie n’ont aucune raison de s’inquiéter. Rien ne change pour les revenus produits par les versements antérieurs à la réforme, quel que soit leur montant. Après cette date, la fiscalité de l’assurance-vie sera préservée jusqu’à 150.000 euros d’encours nets, tous contrats confondus, pour une personne seule et 300.000 euros pour un couple. Cela représente 94% des contrats d’assurance-vie ! Le PFU ne s’appliquera qu’aux revenus produits par la fraction des encours supérieure à ces seuils.

Enfin, les autres avantages fiscaux sont maintenus, à l’instar du régime favorable sur les successions et des abattements de 4 600 et 9 200 euros après 8 ans de détention.

Les revenus fonciers seront davantage taxés que les autres revenus du capital. Comment le justifiez-vous ?

Nous voulons récompenser ceux qui prennent des risques en plaçant leur argent dans le financement de l’économie. C’est un choix clair. Nous l’assumons. Les revenus immobiliers bénéficient par ailleurs de certains avantages qui leur sont propres et qui ne sont pas remis en cause (exonérations des plus-values sur la résidence principale, abattement pour durée de détention sur les autres biens, imputation des charges, amortissement…). Leur intégration dans le champ du PFU n’aurait pas été avantageuse dans tous les cas. Loin s’en faut.

L’OFCE avance un coût budgétaire de 4 milliards d’euros pour la réforme du PFU…

C’est un chiffrage exagéré et fantaisiste. Notre évaluation se situe à environ 1,5 milliard au titre de l’impôt sur le revenu.

Le patronat estime que les entreprises vont être pénalisées par la transformation du crédit d’impôt compétitivité en baisse directe de charges…

Ceux qui se plaignent aujourd’hui sont ceux qui, hier, nous réclamaient à cor et à cris la transformation du CICE en allègement direct de charges ! C’est tout le charme de la vie politique française. Cette réforme est un gage de simplicité et de stabilité pour les entreprises, en particulier les plus petites. C’est aussi agir pour l’emploi, puisque nous allons renforcer fortement les allègements de charge au niveau du SMIC, là où le risque de chômage est le plus élevé. Très concrètement, l’allègement de charges sera de 6 points pour les salaires inférieurs à 2,5 SMIC. Il sera renforcé en-deçà de 1,6 SMIC pour atteindre 10 points de charges en moins pour un salarié au SMIC.

Avez-vous chiffré les gains attendus en termes de croissance de toutes ces réformes fiscales ?

Je me garderai de toute prévision chiffrée. Mais nous ne devons pas perdre une seconde pour engager la transformation du pays. Depuis trop longtemps, nous avons repoussé les décisions nécessaires en prétextant que les choses allaient mieux. C’est une lourde erreur. Nous devons au contraire profiter de la conjoncture économique favorable pour nous consolider.

La fiscalité environnementale sera alourdie l’année prochaine. La taxe carbone sera relevée et la fiscalité du diesel convergera vers celle de l’essence. Cela ne risque-t-il pas de faire beaucoup?

Nous voulons faire évoluer les comportements, car la transition écologique est indispensable. Personne ne peut plus comprendre aujourd’hui que la fiscalité du diesel et de l’essence ne soit pas la même. La convergence représentera une hausse du tarif de la TICPE de 2,6 centimes par litre chaque année, pendant quatre ans, en plus de la hausse de la composante carbone de la taxe. Les transporteurs routiers, les agriculteurs, les pêcheurs et les chauffeurs de taxis ne subiront aucune hausse de leur charge fiscale.

Vous avez pris avec l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne une initiative visant à taxer les géants du net. L’Europe a jusqu’ici toujours échoué en la matière…

C’est une initiative à laquelle nous travaillons depuis deux mois, à la demande du président de la République. Personne ne peut admettre qu’une PME française paie ses impôts rubis sur l’ongle mais que des géants du numérique comme les GAFA ne paient presque rien en France, alors que quasiment tous les Français consomment leurs produits ! C’est une question de justice fiscale mais aussi d’affirmation de notre puissance nationale et européenne.

Des initiatives sont en cours, au niveau de l’OCDE et de l’Union européenne, pour mettre en place de nouvelles règles d’assiette d’impôt sur les sociétés. Mais les chances qu’elles aboutissent rapidement sont faibles. Notre projet est plus immédiatement opérationnel : il consiste à imposer ces sociétés sur la base de leur chiffre d’affaires dans chaque pays. L’accord politique trouvé avec nos partenaires montre que quand l’Europe veut, elle peut. Et la France joue pleinement son rôle de leader.

Quel est votre calendrier ?

Notre projet sera étudié au Conseil des ministres informel des Finances à Tallinn, cette semaine. Je souhaite qu’il serve de base à une prochaine proposition de directive de la Commission européenne et qu’il soit examiné au niveau des chefs d’Etat, au Conseil européen de décembre. Nous pouvons aboutir dans des délais qui se comptent en mois, pas en années. Les Français, comme tous les Européens, n’en peuvent plus des palabres. Ils veulent des décisions, des changements. La France doit être en tête pour les mener.

L’action de l’Etat a été critiquée après les ravages de l’ouragan Irma…

Comme tous les Français, j’ai été bouleversé par les ravages humains et matériels d’Irma dans les Antilles françaises. Dès que les premières évaluations des dégâts auront été faites, je réunirai à Bercy les assureurs pour leur demander d’engager les indemnisations nécessaires dans les plus brefs délais. Il ne serait pas acceptable que des lenteurs s’ajoutent au drame humain que vivent nos compatriotes de Saint Barthélémy et Saint-Martin.

Quand le papillon bat des ailes

Quand le papillon bat des ailes


Par James Howard Kunstler – Le 28 août 2017 – Source kunstler.com

Résultats de recherche d'images pour « butterfly flaps »

Il reste à voir quel sera l’impact si Mère Nature mettait la quatrième ville de la nation hors service. Et pour combien de temps ? Il est possible que Houston ne se remette jamais entièrement de l’ouragan Harvey. L’événement pourrait dépasser les dégâts physiques causés par l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans. Il se peut qu’il fasse faire faillite à de grandes compagnies d’assurance et augmente considérablement le risque de faire des affaires partout dans le Golfe et les côtes atlantiques des États-Unis – ou au moins efface la perception qu’il y a la garantie que les pertes sont récupérables. Il peut même s’agir du cygne noir qui révèle l’hyper-fragilité d’un système financier axé sur les États-Unis.

Houston est également le centre de l’industrie pétrolière américaine. Les bureaux peuvent être déplacés ailleurs, bien sûr, mais pas aussi facilement que les neuf plus grandes raffineries de pétrole qui s’étalent entre Buffalo Bayou et Beaumont, Port Arthur, puis Lake Charles, en Louisiane. Harvey retourne vers le Golfe où il se chargera de plus d’énergie au dessus des eaux chaudes de l’océan avant de retourner à l’intérieur des terres dans la direction de ces raffineries.

Les dommages économiques pourraient être épiques. Une grande partie de l’approvisionnement du système du « Colonial Pipeline » émane de la région autour de Houston, traversant Atlanta puis se ramifiant vers Philadelphie et New York. Il pourrait y avoir des queues dans les stations-service le long de la côte Est début septembre.

L’événement est en train de converger avec celui concernant le gouvernement des États-Unis qui va manquer d’argent cet automne sans pouvoir en emprunter davantage, la capacité d’augmenter le plafond de la dette américaine dépendant d’un vote du Congrès. Peut-être que l’urgence de l’ouragan Harvey et ses conséquences coûteuses vont forcer la main au congrès pour augmenter rapidement le plafond de la dette. Si cela ne se produit pas, et que le plafond de la dette n’est pas levé, le gouvernement fédéral pourra prétendre qu’il ne peut financer une aide d’urgence au Texas et à la Louisiane. Ce prétexte peut encore durer avant que les entreprises travaillant pour le gouvernement ne protestent ou même ne laissent tomber.

En règle générale, le fait de ne pas augmenter le plafond de la dette entraînerait un arrêt du gouvernement, y compris concernant les opérations de remise en état après un ouragan, à moins que le président n’invoque une sorte de pouvoir d’urgence. Ce serait une action décisive, mais cela pourrait aussi être le début de quelque chose qui ressemble à une dictature en bon et due forme. Les pouvoirs réquisitionnés souvent ne sont pas rétrocédés lorsque l’urgence initiale est terminée. Et quel argent le président pourra-t-il utiliser si un nombre assez important de congressistes et de sénateurs sont suffisamment motivés par leur dégoût pour M. Trump pour faire traîner le processus de remise à flot financier du gouvernement ? (Et n’accepte en aucun cas de passer un budget.)

Pendant ce temps, deux autres sources majeures d’aggravation attendent dans l’ombre : l’une est la Corée du Nord. Pourquoi Kim Jong-un n’userait-t-il pas de l’occasion d’un désarroi politique aux États-Unis pour créer plus de maux de tête à un gouvernement américain distrait ? Ne gâchez jamais une crise. Une autre source est le retour des étudiants dans les campus universitaires américains. Imaginez comment les forces Antifa sur les campus vont réagir si M. Trump obtient des pouvoirs d’urgence. Il est facile de prévoir une accélération de la violence entre l’extrême-gauche et l’extrême-droite au cours de ce qui s’annonce comme être une crise majeure de gouvernance. Si les campus gauchistes avaient un cerveau tactique, ils cesseraient de marcher en uniformes noirs et organiseraient plutôt des actions de renoncement massif à leur dette de prêts étudiants.

Avec tous ces conflits politiques, les marchés financiers seront ébranlés. Le message de l’impasse du plafond de la dette sur le marché obligataire serait que les États-Unis ne seraient plus considérés comme fiables et capables de payer leurs dettes. Les taux d’intérêt sur les bonds du Trésor américains devraient augmenter car le concept de risque, perdu de vue depuis longtemps, reviendrait sur la scène du marché des obligations. Les personnes et les institutions ne voudraient plus en détenir à moins que le rendement ne soit réajusté sur le risque réel. Bien sûr, dans le monde mystérieux des obligations (c’est-à-dire de la dette titrisée), le prix des obligations diminue à mesure que les taux d’intérêt augmentent. Cela signifie que beaucoup de détenteurs actuels d’obligations seront plumés s’ils essayent de vendre. La hausse des taux entraînerait également de gros problèmes pour les entreprises et les gouvernements qui doivent verser régulièrement des intérêts aux détenteurs d’obligations. Une hausse des taux de seulement 3% sur les obligations du Trésor américain pourrait mettre le pays en faillite complète.

Comment les marchés boursiers et les marchés des changes peuvent-ils réagir au scénario ci-dessus ? Pour moi, cela ressemblerait à une baisse d’au moins 1 000 points sur le S & P. Le dollar américain pourrait effectivement augmenter initialement car beaucoup de dettes seraient non remboursées – ce qui fait que l’argent disparaitrait réellement – mais vous avez la Réserve fédérale en attente sur l’autre flanc pour déployer sa propre réponse en urgence: un Quantitative Easing No. 4, inondant le système avec de nouveaux tombereaux d’« argent » qui ont toute l’apparence de l’argent mais aucun des attributs de la vraie valeur, ce qui ferait couler le dollar dans la foulée. Comme un sage parmi mes lecteurs me l’a écrit il y a peu : « La financiarisation n’est rien d’autre que de l’argent dont la valeur a été supprimée. » (Graham Reinders.)

Beaucoup de choses peuvent arriver lorsqu’un papillon lointain bat des ailes et met un léger courant d’air en mouvement.

James Howard Kunstler

Liens

Jacques Sapir : L’ouragan Harvey et ses conséquences

http://lesakerfrancophone.fr/quand-le-papillon-bat-des-ailes

L’euro grimpe, le dollar descend et le dirham plonge !

Économie et Finance

le 28 août 2017

La réforme de la cotation des changes, même si elle a été reportée, sera de mieux en mieux comprise dans son concept et sa nécessité pour notre pays au fil des problèmes qui toucheront au solde extérieur de notre balance des paiements.

Ce solde, qui arithmétiquement dépend du poids des exportations et importations, est également très sensible à la cotation du dirham fixé par le panier de référence, lui-même composé à 60% en euros et 40% en dollars US.

En conséquence, notre monnaie est prise dans un étau entre les devises plus importantes et qui régissent le monde.

Or, il faut savoir que le Maroc importe plus en euros et exporte essentiellement en dollars et que déjà, aux cours de Bank Al-Maghrib, il importe plus qu’il n’exporte.

Cette première cause du déséquilibre de notre balance des paiements est assortie d’une seconde, celle du coût de chacune de ces devises, rapporté aux flux d’importations et exportations du moment.

La suprématie de l’une sur l’autre impacte le dirham et peut aggraver de fait notre solde extérieur.

C’est le cas pour cet été et ce mois d’août en particulier où l’euro s’est raffermi face au dollar, renchérissant ainsi nos importations en euros au détriment du dollar, dévalorisant nos exportations tout particulièrement celles des phosphates qui en constituent une proportion importante.

La réforme de la cotation du dirham se justifiant, selon M. Jouahri, Gouverneur de BAM, notamment par la possibilité de préserver le dirham contre les crises internationales, l’on est en droit de se demander si la tendance d’un euro fort n’en serait pas une justement.

Et pour cause ! Alors que l’économie américaine ne cesse de réaliser des exploits en matière de création d’emplois, avec un taux de chômage à 4,3%, soit son plus bas depuis 16 ans (et qu’en juillet les nouvelles embauches se sont élevées à 209 000 contre 181 000 le mois auparavant, signe d’une santé économique en continuelle amélioration même si le taux de croissance reste en deçà des attentes puisqu’inférieur à 3%), le dollar ne résiste pas à la remontée de l’euro.

Pourtant la santé économique en Europe, si elle s’améliore notamment en France qui connaît quand même un taux de chômage élevé, cumule les mauvaises nouvelles. Ainsi, la production industrielle allemande a baissé en juin de 1,1% par rapport au mois de mai.

On peut donc légitimement se demander si la santé économique européenne justifie un euro fort surtout si l’on s’intéresse à la situation de l’Italie, de la Grèce et de certains pays de l’Est…

Mais surtout, on est obligé de constater que la force d’une monnaie n’est plus malheureusement totalement corrélée à celle d’une économie !

Bien sûr, l’on sait que le risque politique domine ce postulat et que les USA de Trump inquiètent les investisseurs, mais le dirham et les fondamentaux du Maroc en sont victimes ! C’est exactement ce que la réforme de la cotation du dirham voulait éviter.

En effet, si elle avait été mise en oeuvre, et que Bank Al-Maghrib avait déclenché l’opérabilité de la fourchette de flottement du dirham, celle-ci évoluant à plus ou moins 2,5%, cela aurait constitué des barrières de protection du dirham !

Il est fort dommage et bien regrettable ainsi, en raison de l’ouverture de notre économie, que les spécialistes, les professionnels et les experts de la politique des changes se soient effacés devant les politiques en différant une réforme qui aurait initié la stabilisation de notre monnaie.

Face à tous genres de chocs exogènes qui peuvent se transformer en crise pour le dirham, toute variation des grandes devises peut attaquer notre solde extérieur et fragiliser nos fondamentaux macroéconomiques.

Qu’on se le dise !

Afifa DASSOULI

https://lnt.ma/leuro-grimpe-dollar-descend-dirham-plonge/

L’euro grimpe, le dollar descend et le dirham plonge !

Revue de presse nationale et internationale.

%d blogueurs aiment cette page :