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Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Karl de Meyer / Rédacteur en chef Les Echos Week-End |
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Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes ©FRANK RUMPENHORS/dpa/abaca / DR / Ib/action press/Shutter/SIPA

SPECIAL ALLEMAGNE – C’est une liste qui en dit beaucoup sur l’économie allemande : les plus grands patrimoines s’y sont construits sur des décennies, dans des industries « traditionnelles » : l’automobile, la mécanique, la chimie, la grande distribution, la boulonnerie…Tour d’horizon des familles les plus puissantes d’Allemagne, alors que le pays se prépare cette semaine pour les élections législatives du 24 septembre.

Les Schwarz, philanthropes

Le groupe Schwarz, fondé par Josef, père de Dieter, en 1930, comprend les deux méga-réseaux de distribution Lidl et Kaufland et dégage un chiffre d’affaires annuel combiné de plus de 94 milliards d’euros qui le classe au quatrième rang mondial. Dieter Schwarz, qui l’a dirigé de 1977 à 1999, a eu la joie de réaliser son rêve : dépasser l’archi-rival Aldi ! A 77 ans, il est aujourd’hui à la tête du plus gros patrimoine jamais détenu par un Allemand. Ses dividendes sont largement consacrés à des projets caritatifs ou éducatifs. La fondation Dieter Schwarz soutient par exemple des projets de recherche scientifique et a inauguré en 2011 un campus universitaire à Heilbronn, non loin de l’Alsace, qui comprend entre autres une école de management et une formation en droit. Ces activités ont valu à Dieter Schwarz une pluie de médailles et de récompenses, qu’il se garde bien d’exhiber : il passe pour l’entrepreneur le plus secret d’Allemagne. On ne connaît que deux photos de lui et même à Heilbronn, il peut circuler en ville sans crainte d’être reconnu.

Fortune totale : 37 milliards d’euros

Participations : Lidl, Kaufland (grande distribution)

Base : Heilbronn (Bade-Wurtemberg)

Les Quandt, polyvalents

L’énorme bénéfice 2016 de BMW (6,9 milliards d’euros) a permis à Susanne Klatten et à son frère Stefan Quandt, qui contrôlent à eux deux 46,7 % du constructeur munichois hérités de leur père Herbert, de se partager un dividende de plus d’un milliard d’euros. Et de consolider leurs avoirs, après le coup de mou du dieselgate qui a frappé le secteur automobile allemand en 2015. Susanne Klatten, 55 ans, avec une fortune estimée à 18,5 milliards de dollars, est la femme la plus riche d’Allemagne et, selon Forbes, la 38ème personne la plus riche du monde, son frère devant se contenter de la 47ème place. Susanne Klatten n’est pas qu’une héritière, c’est une femme d’affaires très active : elle siège au conseil de surveillance de BMW, du groupe chimique Altana et du producteur de graphite et de carbone SGL. Victime d’une tentative d’enlèvement à l’âge de 16 ans, elle a vécu à certains moments de sa vie sous une fausse identité. Plus que discrète, elle a été néanmoins prise dans un tourbillon médiatique en 2007 quand son amant suisse la fit chanter avec des vidéos de leurs ébats – il a fini en prison. Stefan Quandt, via sa holding Aqton SE, a des participations dans l’authentification et la sécurisation électroniques (Gemalto), le photo-voltaïque et les réseaux intelligents. Il pourrait un jour présider le conseil de surveillance de BMW.

Fortune totale :36,5 milliards d’euros

Participations :BMW, Altana, SGL Carbon, Gemalto

Base :Francfort -Munich.

Les Reimann, accros à la caféine

Vous n’avez probablement jamais entendu leur nom mais très certainement déjà utilisé des produits issus de leur empire, qu’il s’agisse d’un parfum Calvin Klein, d’une pastille de Calgon, d’un soin capillaire Wella ou…d’un préservatif Durex. La holding JAB, basée au Luxembourg et contrôlée à plus de 95 % par quatre demi-frères et soeur -Wolfgang Reimann, Matthias Reimann-Andersen, Stefan Reimann-Andersen et Renate Reimann-Haas – a des participations dans le géant des produits d’entretien Reckitt Bensicker, le parfumeur Coty et surtout le géant du café Jacob Douwe Egberts. JAB a investi plus de 30 milliards de dollars en cinq ans pour mettre la main sur les chaînes américaines Peet’s Coffee&Tea et Caribou Coffee, le néerlandais DE Master Blenders (maison du Café, l’Or) et l’activité café de l’américain Mondelez (Jacobs). La famille descend du chimiste Ludwig Reimann, qui a crée au début du XIXème siècle une société avec Johann Adam Bensicker, dont il a épousé une des filles.

Fortune totale :Autour de 30 milliards d’euros

Participations :Reckitt Bensicker, Coty, Jacob Douwe Egberts

Base :Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat)

Les Schaeffler, apôtres du transatlantique

A l’origine de la fortune familiale : les « roulements à aiguilles guidés par cage » inventés par Georg Schaeffler en 1949… et très appréciés par l’industrie automobile. Le groupe, basé dans la même petite ville de Franconie que Puma et Adidas, va vite grandir jusqu’à devenir le deuxième producteur mondial de roulements au début des années 2000. Après la mort de Georg en 1996, c’est sa femme Maria-Elisabeth et son fils Georg qui reprennent le flambeau. Ensemble, ils prennent le contrôle de l’équipementier Continental, en difficulté, en 2009. Ils ont confié les rênes de l’entreprise à Klaus Rosenfeld en 2013 mais Maria-Elisabeth Scheffler reste très active dans les milieux d’affaires : elle a reçu de nombreux prix pour son engagement social et sa promotion des liens entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle s’est remariée en 2014 avec Jürgen Thumann, ancien patron du BDI, le patronat allemand.

Fortune totale :25,5 milliards d’euros

Participations :Schaeffler, Continental

Base :Herzogenaurach (Bavière)

Les Albrecht, rois du discount

Karl Albrecht junior et sa soeur Beate Heiser, qui pèsent ensemble plus de 23 milliards d’euros, sont les enfants de Karl Hans Albrecht. Ce dernier, avec son frère Theo, de deux ans son cadet, a repris en 1945 l’épicerie fine montée par leur mère. A eux deux, ils transforment vite l’affaire en un géant de la distribution qu’ils se partagent en 1961. A Karl, sous la structure Aldi Süd, les établissements du sud de l’Allemagne, d’Amérique et du Royaume-Uni. A Theo les magasins du nord de l’Allemagne et de l’Europe continentale. Leur coup de génie consiste à s’orienter vers le superdiscount. A sa mort en 2014, à 94 ans, Karl Hans Albrecht était l’homme le plus riche d’Allemagne. Les héritiers de Theo sont un peu moins bien dotés (autour de 18,5 milliards d’euros) et se sont déchirés l’an dernier sur le contrôle d’Aldi Nord. Leur dispute était si violente qu’elle s’est retrouvée, phénomène rarissime, à la une de la presse économique.

Fortune totale :23 milliards d’euros

Participations :Aldi SüdBase :Région de Essen (Ruhr)

Les Würth, collectionneurs passionnés

Reinhold Würth est entré dans l’entreprise de fabrication de vis de son père en 1949, à l’âge de 14 ans, en tant qu’employé numéro deux. Il doit reprendre l’affaire dès 1954, à 19 ans, quand son père décède brusquement. En livrant directement ses produits sur les sites de construction et les ateliers spécialisés, il conquiert d’importantes parts de marché. Aujourdhui, le groupe Würth, spécialiste des matériels de montage et des fixations, réalise des ventes supérieures à 11 milliards d’euros. Reinhold, à 82 ans, a passé la main mais sa fille Bettina préside le conseil de surveillance. Le patriarche est connu pour avoir amassé une impressionnante collection d’art, entamée en 1964 avec un Emil Nolde – elle compte aujourd’hui plus de 17.000 pièces. En 2011, il a déboursé 68 millions d’euros pour « la Madone au manteau de grâce » de Hans Holbein le jeune. En 2015, Markus Würth, 50 ans, fils handicapé mental de Reinhold, a été enlevé pendant quelques heures, avant que ses ravisseurs ne perdent leur sang froid et ne révèlent à la police l’endroit où le trouver.

Fortune totale :15,1 milliards d’euros

Participations :Groupe

WürthBase :Künzelsau (Bade-Wurtemberg)

Les Otto, champions de la VPC

L’histoire du groupe de vente par correspondance recoupe celle du Wirtschaftswunder. Créée en 1949, année de la fondation de la RFA, par Werner Otto, l’entreprise propose dans son premier catalogue une sélection de 28 modèles de chaussures. Elle grandit vite, accepte les commandes par téléphone dès 1963. A partir de 1980, Michael, le fils de Werner, prend les manettes et va assurer l’internationalisation du groupe. En 1993, il fonde la fondation qui porte son nom et défend des actions en faveur de la protection de l’environnement. En 1995, le groupe se lance dans le commerce en ligne. Les ventes en ligne totalisent aujourd’hui 7 milliards d’euros par an, plus de la moitité du chiffre d’affaires total de 12,5 milliards d’euros. Mais la société semble mal positionnée pour contrer les appétits du géant américain Amazon ou des petits génies berlinois de Zalando. Le fils de Michael, Benjamin, 42 ans, n’a pas souhaité relever le défi, et a préféré siéger au conseil de surveillance avec son père. Même si l’empire périclite, la famille est à l’abri du besoin, étant assise sur un patrimoine immobilier gigantesque en Amérique du nord : des millions de mètres carrés de bureaux, notamment à San Francisco et New York, et des milliers d’appartements, notamment à Toronto.

Fortune totale : 9,2 milliards d’euros

Participations :Otto-Gruppe, immobilier

Base :Hambourg

Les Kühne, sans descendant

Enfant unique sans héritiers, Klaus-Michael Kühne, 80 ans, survivra à travers sa fondation, la Kühne Stiftung, qui transmettra les valeurs héritées du fondateur de la dynastie, August Kühne. Lequel a créé avec Friedrich Nagel, en 1890 à Brême, une société de transport qui deviendra au fil des décennies un géant mondial de la logistique, fournissant des services de fret maritime, aérien et ferroviaire. Klaus-Michael a rejoint l’entreprise familiale dès 1958, en a pris les commandes en 1966 et l’a fait prospérer jusqu’en 1999. En 2003, il a lancé en partenariat avec la « ville libre et hanséatique de Hambourg » une univeristé dédiée à la logistique. Il soutient aussi financièrement la célèbre école polytechnique ETHZ de Zurich. Klaus-Michael Kühne est résident suisse, ce qui lui vaut des critiques en Allemagne. Il se partage entre le port hanséatique, les montagnes suisses et l’île de Majorque où il a transformé un château vieux de six siècles en hôtel. A Hambourg aussi, il a investi beaucoup d’argent (175 millions d’euros) pour construire un hôtel de luxe, The Fontenay. Il se passionne pour le foot : il est entré au capital du HSV de Hambourg, dont les résultats en Bundesliga laissent cependant à désirer.

Fortune totale :9,2 milliards d’euros

Participations :Kühne&Nagel, Hapag-Lloyd

Base :Hambourg, Schindellegi (Suisse)

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