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L’avion de la RAF, emblème de la « terreur », revient en Allemagne

L’avion de la RAF, emblème de la « terreur », revient en Allemagne

Le vieux Boeing 737-200 Landshut à bord d’un avion cargo Antonov à son arrivée à l’aérport de Friedrichshafen, le 23 septembre 2017 en Allemagne / © dpa/AFP / Karl-Josef Hildenbrand

Le Landshut, un avion détourné en 1977 au nom de la Fraction Armée Rouge (RAF) et qui croupissait au Brésil depuis une décennie, a retrouvé samedi l’Allemagne pour devenir une pièce de musée symbolisant la résistance au « terrorisme ».

« L’automne allemand », période d’attentats sanglants d’extrême gauche en Allemagne, avait culminé avec le détournement du vol 181 de la Lufthansa le 13 octobre 1977 par un commando du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) qui réclamait la libération des membres de la RAF, la « bande » d’Andreas Baader.

Pour célébrer les 40 ans de l’évènement, Berlin a rapatrié le Landshut depuis le Brésil, où il rouillait sur le tarmac d’un aéroport du nord-est du pays.

En trop mauvais état pour voler, le Boeing 737-200 a été partiellement démonté et transporté à bord de deux mastodontes volants de conception soviétiques, un Antonov-124 et un Iliouchine-76, jusqu’à Friedrichshafen, dans le sud-ouest de l’Allemagne, où il sera exposé à partir de 2019 après avoir été restauré.

Des centaines de personnes ont assisté samedi au déchargement de l’appareil. Parmi eux des acteurs du drame, notamment un des policiers allemands qui libérèrent les otages.

« C’est super que le Landshut soit ici (…) ça aurait étrange de le laisser tomber dans l’oubli », a jugé Aribert Martin à l’antenne de la télévision régionale SWR.

– Symbole oublié –

« C’est le symbole vivant d’une société libre qui refuse de céder à la peur et à la terreur », expliquait cet été le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, dont les services ont racheté la carlingue pour 20.000 euros.

C’est sur le tard que Berlin a redécouvert l’importance de cet appareil que la Lufthansa avait vendu. L’avion a ensuite connu plusieurs propriétaires avant de finir au Brésil aux mains d’une compagnie qui ne connaissait même pas son incroyable passé.

Le vol 181 et ses cinq membres d’équipages devaient conduire 86 passagers de Palma de Majorque (Espagne) à Francfort lorsque quatre militants du FPLP le détournèrent pour obtenir la libération de 11 membres de la RAF.

Rome, Larnaca, Bahreïn, Dubaï, Aden, Mogadiscio: l’Allemagne est tenue en haleine durant les cinq jours de ce voyage erratique, entre tentatives de négociations et nécessité de ravitaillement.

Le 16 octobre à Aden au Yémen, le sang coule une première fois. Le commandant de bord Jürgen Schumann est contraint de s’agenouiller devant les passagers et est abattu de sang-froid par le chef du groupe du FLPL qui s’est surnommé Capitaine Mahmoud.

– Sanglant 18 octobre –

Le chancelier allemand, le social-démocrate Helmut Schmidt, reste ferme et refuse de céder aux exigences du commando, qui pourtant menace aussi la vie de Hanns-Martin Schleyer, le patron des patrons allemands enlevé cinq semaines plus tôt par la RAF.

Le 18, à Mogadiscio en Somalie, une manœuvre de diversion permet d’attirer deux des pirates de l’air dans la cabine de pilotage, favorisant l’assaut par la toute nouvelle unité d’élite allemande GSG-9. Nom de code « Feuerzauber », la « magie du feu » en allemand.

Trois pirates de l’air sont tués, dont leur chef, le quatrième est blessé. Tous les otages restants sont sains et saufs. Helmut Schmidt est informé au téléphone d’un lapidaire: « Le travail est effectué ».

Racontant l’assaut samedi, Jürgen Vietor, le copilote du Landshut, a confié que le « plus beau moment a été (d’entendre le GSG9 crier) +baissez la tête, où sont ces porcs? +. Des mots en allemand ».

Quelques heures plus tard, les figures de la RAF détenues à Stuttgart – Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe – sont retrouvées mortes dans leur prison. Une quatrième, Irmgard Möller, survit aux coups de couteau qu’elle s’est infligée à la poitrine.

L’enquête conclut à des suicides, mais de nombreuses théories continuent jusqu’à ce jour à circuler, incriminant les autorités ouest-allemandes qui, pressées de se débarrasser de prisonniers encombrants, auraient ordonné des assassinats.

Quant au patron des patrons allemands, lui aussi est mort le 18 octobre 1977, exécuté par ses ravisseurs faute d’avoir pu obtenir la liberté de Baader et des siens. Son corps sera retrouvé à Mulhouse, dans l’est de la France, le lendemain.

(©AFP / 23 septembre 2017 14h59)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-L-avion-de-la-RAF-embleme-de-la-terreur-revient-en-Allemagne/835760.rom

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D’Ukraine et d’Afghanistan

D’Ukraine et d’Afghanistan

22 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Etats-Unis, #Russie, #Asie centrale

Parmi les nombreux enseignements du sommet des BRICS à Xiamen début septembre, il est une perle que nous n’avions pas rapportée. De la bouche même de Vladimirovitch :

Interrogé sur l’éventuelle décision américaine de fournir des armes létales au régime de Kiev, Poutine a répondu en termes délicieusement ambigus que les républiques autoproclamées de Donestk et Lugansk pourraient à leur tour vendre des armes sur des théâtres d’opération où les Etats-Unis sont présents. Traduction : Si vous armez l’Ukraine, nous armons les Talibans. Mauvaise nouvelle pour Washington qui a justement décidé en août l’augmentation (légère, soyons justes) du contingent militaire dans le Royaume de l’insolence

On se demande d’ailleurs ce que ces 3 900 soldats changeront alors que la guerre afghane est plus ou moins perdue pour l’empire comme nous l’expliquions au printemps :

Peut-on imaginer une victoire talibane totale dès cette année ? Russes, Chinois et Pakistanais s’y sont plus ou moins préparés, on l’a vu. Les généraux américains sont pessimistes et, impuissants, expliquent leur défaite en accusant comme d’habitude Moscou, bouc-émissaire universel. Pour notre part, restons prudents : 2017 semble un peu juste pour voir le royaume de l’insolence tomber totalement aux mains des enturbannés. Les enclaves gouvernementales sont puissamment protégées et certaines provinces échappent encore presque entièrement aux Taliban.

Néanmoins, l’issue finale du conflit ne fait guère de doute et il sera très intéressant de voir ce que fera l’administration Trump, actuellement dans une impasse. La guerre n’est plus gagnable et coûte aux Etats-Unis 44 Mds de $ chaque année, ce qui est une hérésie pour un président obsédé, sincèrement pour le coup, par l’endettement et les gaspillages. D’un autre côté, le Donald vit par l’image et ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a « perdu la guerre d’Afghanistan » et ordonné le retrait pur et simple des troupes US. Dilemme qui empoisonne chaque jour un peu plus Washington.

Le tombeau des empires a encore frappé. Après Gengis Khan (dont les hordes invincibles y avaient connu leur seule défaite et avaient dû s’y reprendre à deux fois), les Britanniques victoriens et l’Armée rouge, les Américains l’apprennent maintenant à leurs dépens…

Devant l’inexorable avancée talibane, le gouvernement afghan et son parrain américain pourraient curieusement, et en désespoir de cause, faire leur une stratégieà la Bachar. A partir de 2012, face à la montée des groupes modérément modérés et au morcellement du territoire syrien, Damas avait renoncé à assurer la sécurité sur la totalité du pays pour se concentrer sur les axes/villes importants, laissant le reste aux djihadistes qui n’allaient d’ailleurs pas tarder à s’entre-dévorer.

Cela fonctionnera-t-il en Afghanistan ? Rien n’est moins sûr… Contrairement aux « rebelles » syriens, les Talibans sont unis et mus par la certitude de leur légitimité nationale. S’ils ne reçoivent pas d’aide extérieure, Kaboul n’en reçoit pas plus (l’appui américain ne représente qu’une parcelle de l’énorme soutien irano-russe dont Assad a bénéficié). Si en plus le Kremlin – « les républiques de Donetsk et de Lugansk » pour reprendre le langage diplomatique de Poutine – menace maintenant d’armer les Talibans…

On comprend dans ces conditions que Washington se sente une soudaine envie de « coopérer » avec Moscou en Afghanistan, ce qui n’a pas manqué de provoquer les sarcasmes de la diplomatie russe :

« Les sanctions, ce sont les Américains qui les ont introduites. Vous devez les lever si vous voulez coopérer avec nous »

Quant aux livraisons à Kiev, auxquelles le Donald semble naturellement opposé, c’est le flou le plus total. Toujours pas d’armes létales avait affirmé Mattis fin août, contredit maintenant par Chocochenko mais qui parle seulement de radars de DCA et de surveillance en mer (l’abominable Poutine des neiges préparerait-t-il une invasion amphibie ?) La rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas apporté plus de réponses.

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMondeen perd son latin :

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

En tacticien hors pair, c’est le moment que choisit le Kremlin pour lancer une proposition sous forme de bombe, qui n’étonnera cependant pas le fidèle lecteur de nos Chroniques : le déploiement de casques bleus dans l’est de l’Ukraine, le long de la ligne de front. Poroclown ne s’y trompe pas, dénonçant « la volonté de la Russie de légaliser la situation et de geler le conflit à jamais ». Nous expliquions cette stratégie il y a déjà plus de deux ans, parfois dans l’incompréhension générale non seulement de la presstituée officielle mais aussi de nombre de sites d’info alternative :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

– récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.

créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire : son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats.

Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Il y est arrivé… L’actuelle proposition de déploiement de casques bleus est la conséquence logique de cette brillante stratégie au long cours ; acceptée, elle ruinerait toute possibilité pour l’OTAN d’accueillir l’Ukraine en son sein et de s’étendre vers l’Est afin d’atteindre la frontière russe. La junte ukie et le Deep State impérial l’ont bien compris, qui enragent et feront tout pour torpiller le projet. Pas sûr cependant qu’ils soient en position de force face au simple principe de réalité.

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/d-ukraine-et-d-afghanistan.html

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler


Par Darius Shahtahmasebi – Le 14 septembre 2017 – Source Anti Media

Dans un entretien avec Russia Today en 2015, le président syrien Bachar al-Assad a prononcé peut-être une de ses déclarations les plus intéressantes depuis le début du conflit syrien en 2011. Assad a déclaré :

« La propagande occidentale a, dès le début, prétendu que la cause du problème était le président. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent faire croire que tous les problèmes de la Syrie sont dus à un individu ; et par conséquent la réaction naturelle pour beaucoup de gens est que, si le problème est cet individu, il ne devrait pas être plus important que la patrie. Donc laissez cette personne partir et les choses vont aller bien. C’est ainsi qu’ils simplifient les choses en Occident. »

Puis il a ajouté :

« Regardez ce qui s’est passé dans les médias occidentaux depuis le coup d’État en Ukraine. Qu’est-il arrivé ? Le président Poutine est passé du statut d’ami de l’Occident à celui d’ennemi et, encore une fois, il a été qualifié de tsar… Telle est la propagande occidentale. Ils disent que si le président s’en allait, les choses s’amélioreraient. »

En mettant de côté la vaste liste de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité d’Assad, Assad a mis le doigt sur l’un des principaux défauts de la pensée occidentale concernant les politiques hostiles des États-Unis à l’égard d’un certain nombre d’États indépendants.

Il suffit de regarder le cirque actuel entre la Corée du Nord et les États-Unis pour avoir une autre image précise de ce qui est mentionné ici. Le problème de la Corée du Nord est constamment présenté dans les médias comme causé par une personne (le dirigeant actuel Kim Jong-un), un récit qui ignore totalement le rôle que les États-Unis et leurs alliés ont joué dans cette crise actuelle. Comme Anti-Media l’a précédemment souligné :

… le problème [de la crise nord-coréenne] est constamment présenté comme étant causé par la Corée du Nord, pas par les États-Unis. ‘Comment faire face à la Corée du Nord’, explique The Atlantic. ‘Que peut faire Trump sur la Corée du Nord ?’, se demande le New York Times. ‘Ce qui peut éventuellement être fait à propos de la Corée du Nord’, propose le Huffington Post. Le Times donne la parole à six experts qui débattent de ‘Comment résoudre le problème’ (de la Corée du Nord). ‘Corée du Nord – que peut faire le monde extérieur ?’, interroge la BBC.

Ce que les médias affirment vraiment, en particulier quand on parle d’une option militaire en réponse à la lutte contre les actions déloyales de la Corée du Nord, c’est que si les États-Unis pouvaient destituer Kim Jong-un, le problème nord coréen disparaîtrait.

La mort d’un homme pourrait-elle effacer chez tous les Nord-Coréens l’hostilité et  la haine qu’ils ressentent pour les États-Unis alors qu’ils savent très bien qu’au début des années 1950, les États-Unis ont bombardé la Corée du Nord si implacablement qu’ils finirent par manquer de cibles à frapper ? Les militaires américains ont tué au moins 20% de la population civile.

Si Kim Jong-un est destitué, les Nord-Coréens oublieront-ils tout à coup qu’ils vivent dans des familles où au moins un parent a été tué par les États-Unis dans les années 1950 ?

Dans le récit simpliste des grands médias, oui, ils l’oublieront. Ils prétendent que le fait de tuer une personne et de l’éliminer de la présidence sauvera non seulement le pays qu’il brutalise, mais assurera également sécurité et stabilité au reste du monde.

Il ne leur est pas important qu’avant l’assaut l’OTAN/États-Unis sur la Libye, en 2011, ce pays avait le meilleur niveau de vie du continent africain. Même le Times admettait que son système de santé suscitait « l’envie de la région ». Maintenant le pays s’est complètement effondré, avec plus de deux millions d’enfants non scolarisés, d’innombrables migrants se noyant dans ses eaux, l’extrémisme étant sans contrôle et sans rival, et les commerçants vendant ouvertement des esclaves comme une marchandise.

Supposons que chaque accusation contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi soit vraie (ce qui n’était pas le cas). Comment peut-on dire que la destruction de l’infrastructure d’un pays et l’assassinat de son chef dans un mépris flagrant du droit international est une solution réaliste à tout problème ? Si vous vous opposez à Donald Trump, une intervention militaire dirigée par la Russie pourrait-elle résoudre vos problèmes avec le pays qu’il dirige ?

Oubliez ce que vous pensez connaître de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Kim Jong-un, Bachar al-Assad, Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. Le récit des gouvernements occidentaux et leurs portes-voix médiatiques asséné depuis cette dernière décennie est un non-sens complet. Il est complètement absurde. Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes de la Syrie ou du Venezuela en supprimant leurs dirigeants actuels, encore moins si vous tentez de le faire par la force. Quiconque prétend que c’est possible est en train de vous mentir ou est trop naïf et paresseux pour faire des recherches sur les situations actuelles en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Irak – pour ne nommer que quelques pays.

Le fait que les États-Unis ne veulent visiblement résoudre aucun problème – qu’ils ne cherchent qu’à renverser des dirigeants qui n’exaucent pas leurs désirs – est un sujet pour un autre article, mais il est certainement utile de mentionner ce fait ici.

On peut finalement dire la même chose pour Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, de nombreuses célébrités, experts médiatiques et membres de la communauté du renseignement ont tenté de le discréditer et de le destituer. Pourtant, Donald Trump n’est que l’horrible symptôme des problèmes des États-Unis ; penser que lui seul les a causés et qu’en le retirant de la présidence les États-Unis deviendraient soudainement un havre de liberté est complètement idiot.

Si vous êtes d’accord avec ce dernier point de vue, vous devez également admettre que les problèmes rencontrés par la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela et d’autres ne pourront jamais être résolus par les États-Unis en supprimant leurs dirigeants de force.

Si Assad était éliminé de Syrie, l’extrémisme disparaîtrait-il ou pourrait-il plutôt prospérer dans le vide politique, comme en Irak ? Les problèmes internes de la Syrie – qui sont bien plus vastes que les médias nous le font croire – seraient-ils résolus par quelque chose d’aussi simpliste que de supprimer son dirigeant actuel ? Quelqu’un peut-il nommer un pays où cela a été essayé et montré comme un véritable modèle pour résoudre les crises internes d’une nation souveraine ? Quiconque pense vraiment que les problèmes d’un pays peuvent être résolus d’une manière aussi simple, devrait lire un peu plus.

Si vous reconnaissez ce dilemme, vous pouvez convenir qu’il est grand temps que les médias arrêtent complètement cette couverture simpliste des problèmes et, à la place, commencent à publier de vrais reportage sur les authentiques options diplomatiques qui pourraient être choisies.

Darius Shahtahmasebi

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-president-syrien-denonce-un-probleme-dans-la-politique-etrangere-etasunienne-dont-personne-ne-veut-parler

En France, le droit au blasphème est sacré

En France, le droit au blasphème est sacré

 

André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé: « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

Nous sommes, aujourd’hui, confrontés à des comportements culturels et religieux musulmans dont plusieurs sont en contradiction avec nos valeurs. « Intérioriser la sensibilité » musulmane majoritaire, comme le propose Tariq Ramadan, impliquerait pour les sociétés d’accueil occidentales d’accepter l’instauration de « droits du croyant » qui contrebalanceraient les droits humains, et de réserver, en opposition à nos principes de société laïcisée, une large place à une religiosité importée et à des dogmes, avec l’obligation de respecter certaines pratiques assimilées à des « bonnes mœurs », mais aussi à la justice. Or, il est impossible, dans un État de droit, d’accepter des lois coraniques discriminatoires qui signeraient l’infériorité de la femme et nous amèneraient à une inégalité de traitements juridiques entre les citoyens.

Sensibilités variables

Intégrer cette sensibilité et ces « droits du croyant » provoquerait un bouleversement législatif qui nous amènerait à devoir observer des prescriptions religieuses considérées comme sacrées, et dont la transgression serait pénalisée au même titre que le racisme ou l’appel à la haine. Peut-on intégrer dans notre droit des conceptions qui le nieraient ? Sommes-nous prêts à assumer l’inégalité de droits entre hommes et femmes, la pratique de l’excision, le châtiment de l’apostasie, voire de la conception musulmane du crime d’honneur ?

Réfléchissons sur ce dernier exemple. En Occident, notre « sensibilité » nous amène – à tort ou à raison – à condamner le crime passionnel beaucoup moins sévèrement que le crime crapuleux ou le meurtre d’enfant. Dans plusieurs États musulmans qui appliquent la charia, la « sensibilité » fait que le crime d’honneur est souvent jugé avec mansuétude. Sommes-nous prêts à « intérioriser cette sensibilité » jusqu’à montrer de l’indulgence pour un homme qui aurait assassiné sa femme ou sa sœur coupable d’adultère ?

Il n’est pas rare d’entendre que, contrairement aux Européens sécularisés, les musulmans ont conservé le sens du sacré et ne peuvent donc souffrir que l’on blasphème impunément leur prophète et dénigre leur foi. D’où la nécessité supposée d’obtenir, en leur faveur, une exception au droit à la liberté d’expression.

Le sacré ne se discute pas

Rappelons que le sacré religieux ne nous est pas étranger. Longtemps, l’Occident fut immergé dans le sacré chrétien, et c’est précisément parce que celui-ci fut dogmatique, lourd et oppressif, qu’il apparut nécessaire aux philosophes des Lumières de combattre l’Église. Et il aura fallu toute leur détermination, tout leur courage – et une révolution – pour libérer la société de ce carcan. Deuxièmement, il n’y a pas de société dépourvue de sacré. Pour sécularisées qu’elles soient, les sociétés occidentales actuelles n’en ont pas moins leurs « sacrés laïcs ». Régis Debray en donne pour exemple le portail d’Auschwitz. Il y en eut d’autres, notamment le tombeau du Soldat inconnu. Ensuite, la notion de sacré et le choix des objets considérés comme tels changent avec l’évolution de la société. Autrefois, en terre chrétienne, il suffisait, nous l’avons vu avec le sort du chevalier de La Barre, d’être soupçonné d’avoir tailladé un crucifix, et de ne pas s’être découvert devant une procession, pour être condamné aux pires supplices. Aujourd’hui, même le plus fanatique des catholiques n’oserait proposer la réhabilitation d’une telle peine pour un tel délit. Du côté des laïcs (exemple que je tiens du même Régis Debray), au lendemain de la guerre de 14-18, un individu qui se serait fait cuire un œuf sur la flamme du tombeau du soldat inconnu aurait été sévèrement jugé et puni. Au XXIe siècle, un tel acte provoquerait de la réprobation, mais son auteur n’encourrait vraisemblablement pas une lourde peine – je gage même que des esprits loufoques ne manqueraient pas d’y voir une « performance artistique géniaaale » et « subversive », cela va de soi.

A lire aussi: Il faut encourager le développement d’un « islam des Lumières »

Autre exemple : il fut un temps, pendant la guerre froide, où la sensibilité des communistes à l’égard de la personne de Staline était à fleur de peau. Lorsqu’en 1953 le petit père des peuples mourut, Aragon publia en première page des Lettres françaises un portrait du pleuré, qu’il avait commandé à Picasso (lui-même communiste). La violence de la protestation des militants fut énorme : Picasso avait insulté Staline ! Le crayon de l’artiste n’était pourtant pas cubiste, mais figuratif. Hélas, l’artiste n’avait pas suivi les canons du réalisme socialiste. Or, pour les dévots, il ne suffisait pas de représenter Staline, encore fallait-il ennoblir ses traits. C’était là un impératif de l’art communiste que d’enjoliver les visages de leurs dirigeants ou héros.

Des exemples de ce genre abondent. Le problème, c’est que le sacré ne se discute ni ne se négocie. Renoncer au droit au blasphème au nom du sacré serait aussi calamiteux que de supprimer, pour des « raisons humanitaires », les droits de la défense pour des auteurs de crimes abominables. En démocratie, aussi ignoble que soit un criminel, le droit à la défense que la société lui reconnaît est, pour le coup, « sacré » et témoigne précisément de ce que nous sommes dans un État de droit.

Retrouvez André Versaille sur son blog, Les musulmans ne sont pas des bébés phoques

 

https://www.causeur.fr/droit-blaspheme-sacre-societe-islam-146796?utm_source=Envoi+Newsletter&utm_campaign=ddc695bb8b-Newsletter&utm_medium=email&utm_term=0_6ea50029f3-ddc695bb8b-57279225

Une solution en or pour la crise de la dette étasunienne

Une solution en or pour la crise de la dette étasunienne


Par Jim Rickards – Le 15 septembre 2017 – Source Daily Reckoning

À l’heure actuelle, les États-Unis détiennent une dette officielle de 20 000 milliards de dollars. Plus de la moitié de cette somme s’est accumulée au cours de la dernière décennie seulement.

Il semble que le déficit annuel sera autour de 1 000 milliards de dollars assez rapidement si les dépenses projetées sont effectivement faites.

Fondamentalement, les États-Unis sont en faillite.

Je ne dis pas cela pour dramatiser. Je ne cherche pas à effrayer les gens ou à attirer l’attention sur moi-même. C’est seulement une évaluation honnête, basée sur les chiffres.

Cela dit, une dette de 20 000 milliards de dollars serait acceptable si nous avions une économie de 50 000 milliards de dollars.

Dans ce cas, le ratio dette / PIB serait de 40%. Mais nous n’avons pas une économie de 50 000 milliards de dollars. Nous avons une économie d’environ 19 000 milliards de dollars, ce qui signifie que notre dette est plus importante que nos revenus.

Quand le ratio dette / PIB est-il trop élevé ? Quand un pays arrive-t-il au point où il faut changer les choses avant de se retrouver comme la Grèce ?

Les économistes Ken Rogoff et Carmen Reinhart ont réalisé une longue recherche historique étalée sur 800 ans, en étudiant des pays un à un, des empires dans certains cas, qui ont fait faillite ou se sont retrouvés en défaut de paiement.

Ils ont établi que la zone dangereuse se trouvait à un ratio dette / PIB de 90%. Une fois les 90% atteints, ils ont trouvé qu’un virage se faisait …

À ce moment-là, un dollar de dette récolte moins d’un dollar de rendement. La dette devient un véritable frein à la croissance.

Quel est le ratio dette / PIB américain actuel ?

105%.

Nous sommes donc profondément dans la zone rouge, c’est un fait. Et nous ne faisons que nous y enfoncer.

Les États-Unis ont un ratio dette / PIB de 105%, des milliers de milliards de dollars à rembourser, et encore plus de dépenses à prévoir.

Nous devenons de plus en plus comme la Grèce. Nous nous dirigeons vers une crise de la dette souveraine. Ce n’est pas une opinion ; c’est basé sur les chiffres.

Alors, comment s’en sortir ?

Pour les élites, il n’y a en réalité qu’une seule issue, l’inflation.

Et ils ont raison sur un seul point. Les réductions d’impôt n’y feront rien, les changements structurels dans l’économie non plus. Les deux en même temps pourraient aider si c’était fait correctement, mais le problème est tout simplement trop important.

Il ne reste qu’une seule solution, l’inflation.

Maintenant, la Fed a imprimé environ 4 000 milliards de dollars au cours des dernières années et nous n’avons toujours aucune inflation.

Mais la plus grande partie de ce nouvel argent a été donné par la Fed aux banques, qui ont tourné autour et l’ont mis en dépôt à la Fed pour en gagner les intérêts. L’argent n’a jamais pénétré l’économie, où il aurait créé de l’inflation.

En fin de compte, même la création d’argent n’a pas permis d’influer sur l’inflation.

Reste-t-il quelque chose dans le sac à malice ?

Oui, il en reste un. La Fed pourrait effectivement créer de l’inflation en environ 15 minutes si elle voulait le faire.

Comment ?

La Fed peut réunir le conseil d’administration, voter une nouvelle politique, se percher sur le balcon et annoncer au monde que, dès maintenant, le prix de l’or est de 5 000 dollars l’once.

Ils pourraient faire adopter ce nouveau prix en utilisant l’or du Trésor, stocké à Fort Knox et chez les principaux courtiers en or étasuniens pour mener des « opérations financières ouvertes » sur l’or.

Il y aura des acheteurs si le prix atteint 4 950 dollars l’once ou moins et des vendeurs si le prix atteint 5 050 dollars l’once ou plus. Ils imprimeront de l’argent pour l’acheter et réduiront la masse monétaire lorsqu’il sera revendu, via les banques.

La Fed ciblerait le prix de l’or plutôt que les taux d’intérêt.

Le but est de provoquer une augmentation généralisée du niveau de prix. Une hausse du prix de l’or de 1 350 dollars l’once à 5 000 dollars l’once revient à une dévaluation massive du dollar lorsque celui-ci est mesuré dans la quantité d’or qu’un dollar peut acheter.

Et voilà, une inflation massive en 15 minutes : le temps nécessaire pour voter la nouvelle politique.

Vous pensez que cela n’est pas possible ? C’est déjà arrivé aux États-Unis, deux fois au cours des 80 dernières années.

La première fois en 1933, lorsque le président Franklin Roosevelt a ordonné une augmentation du prix de l’or de 20,67 dollars l’once à 35,00 dollars l’once, soit une hausse de près de 75% du prix de l’or en dollars.

Il a fait cela pour briser la déflation due à la Grande Dépression, et cela a fonctionné. L’économie a fortement progressé de 1934 à 1936.

La deuxième fois dans les années 1970, lorsque Nixon a mis fin à la conversion du dollar en or pour les partenaires commerciaux des États-Unis. Nixon ne voulait pas d’inflation, mais il en a eu.

L’or est passé de 35 à 800 dollars l’once en moins de neuf ans, soit une augmentation de 2 200 %. L’inflation en dollars américains a été supérieure à 50% de 1977 à 1981. La valeur du dollar a été réduite de moitié pendant ces cinq années.

L’histoire montre qu’augmenter le prix de l’or en dollar est le moyen le plus rapide pour provoquer une inflation générale. Si les marchés ne le font pas, le gouvernement le peut. Cela fonctionne à chaque fois.

Mais ce que les gens ne réalisent pas, c’est qu’il existe une façon d’utiliser l’or pour contourner une crise du plafond de la dette si un accord n’est pas atteint dans les mois à venir.

Je l’appelle le truc étrange sur l’or, et on en parle rarement en dehors de certains cercles académiques très techniques.

Cela peut sembler étrange, mais ça marche vraiment. Voici comment…

Lorsque le Trésor a pris le contrôle de l’or de tout le pays pendant la Dépression en vertu de la Loi sur la réserve d’or de 1934, il a également pris le contrôle de l’or de la Réserve fédérale.

Mais nous avons le cinquième amendement dans ce pays qui dit que le gouvernement ne peut saisir une propriété privée sans une compensation équitable. Et malgré son nom, la Réserve fédérale n’est techniquement pas une institution gouvernementale.

Le Trésor a donc donné à la Réserve fédérale un certificat basé sur l’or en compensation, au titre du cinquième amendement (à ce jour, ce certificat est toujours au bilan de la Fed).

Maintenant, avançons jusqu’en 1953.

L’administration Eisenhower avait le même problème de plafond de la dette que nous avons aujourd’hui. Et le Congrès n’a pas augmenté le plafond de la dette à temps. Eisenhower et son secrétaire du Trésor se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient pas payer les factures.

Qu’est-il arrivé ?

Ils ont utilisé le truc étrange sur l’or pour obtenir de l’argent. Il s’est avéré que le certificat basé sur l’or que le Trésor avait donné à la Fed en 1934 ne représentait pas tout l’or que le Trésor possédait. Il n’était pas basé sur tout l’or en possession du Trésor.

Le Trésor a donc calculé la différence, a envoyé à la Fed un nouveau certificat pour cette différence et a déclaré: « Fed, donnez-moi l’argent. » Elle l’a fait. Ainsi, le gouvernement a obtenu l’argent dont il avait besoin jusqu’à ce que le Congrès augmente le plafond de la dette.

Cette capacité existe aujourd’hui. En fait, elle existe sous une forme beaucoup plus grande, et voici pourquoi…

À l’heure actuelle, le certificat d’or de la Fed évalue l’or à 42,22 dollars l’once. Ce qui est très éloigné du prix de l’or sur le marché qui est d’environ 1 330 dollars l’once.

Le Trésor pourrait donc émettre à la Fed un nouveau certificat sur l’or en évaluant les 8 000 tonnes d’or du Trésor à 1 330 dollars l’once. Ils pourraient prendre le prix de marché actuel de 1 330 dollars, soustraire le prix officiel de 42,22 dollars et multiplier la différence par 8 000 tonnes.

J’ai fait le calcul, et ce chiffre est proche de 400 milliards de dollars.

En d’autres termes, demain matin, le Trésor pourrait délivrer à la Fed un certificat sur l’or pour les 8 000 tonnes de Fort Knox à 1 330 dollars l’once et dire à la Fed : « Donnez-nous la différence avec les 42 dollars l’once. »

Le Trésor obtiendrait près de 400 milliards de dollars sans dette supplémentaire. Cela n’ajoute pas à la dette parce que le Trésor a déjà l’or. C’est juste utiliser un capital et le valoriser sur le marché.

Si le plafond de la dette n’est pas levé, ce truc étrange sur l’or pourrait financer le gouvernement pendant presque une année entière, car nous avons un déficit d’environ 400 milliards de dollars.

Ce n’est pas un délire. Cela a déjà été fait deux fois. En 1934 et de nouveau en 1953 par l’administration Eisenhower. Cela pourrait être fait à nouveau et ne nécessite aucune législation.

Est-ce que le gouvernement travaille sur ce truc sur l’or que je viens de décrire ? Je ne sais pas.

Mais il est suspect que le secrétaire du Trésor, Mnuchin, ait récemment inspecté l’or de Fort Knox. C’est le troisième secrétaire du Trésor de l’histoire à visiter Fort Knox, et le premier depuis 1948. Cette visite est très, très inhabituelle.

Je vais garder un œil sur cette histoire, mais le message réel est que les solutions aux niveaux actuels de la dette sont inflationnistes.

Elles impliquent une réinitialisation du dollar. Cela signifie réévaluer le dollar soit grâce à un prix de l’or plus élevé, soit en valorisant l’or au prix du marché et en donnant l’argent au gouvernement.

Les choses bougent beaucoup ici, mais elles indiquent toutes une direction, une inflation plus forte. C’est le seul moyen d’empêcher une panne pour les États-Unis. Malheureusement, votre argent vaudra moins cher.

Jim Rickards

Note du Saker Francophone

Si Mnuchin est allé voir l'or à Fort Knox, c'est peut être qu'il a un doute 

... Espérons pour lui qu'il n'a pas vu un entrepôt vide ou rempli de fausses barres peintes en jaune ..

 

http://lesakerfrancophone.fr/une-solution-en-or-pour-la-crise-de-la-dette-etasunienne

Togo : un mort et des dizaines de blessés au premier jour des manifestations du pouvoir et de l’opposition

Togo : un mort et des dizaines de blessés au premier jour des manifestations du pouvoir et de l’opposition

Des milliers de personnes ont défilé mercredi dans les rues de plusieurs villes du Togo à l’appel de l’opposition et du parti au pouvoir. Si dans la capitale les différents cortèges ont pu évoluer sans incidents, le bilan a été lourd à Mango, dans le nord du pays.

De fait, le bilan officiel fait état de un mort et de plusieurs blessés à Mango, ville située à près de 550 km au nord de Lomé. « Alors que les manifestations de ce 20 septembre à l’intérieur du pays se sont globalement déroulées dans le respect des modalités fixées, la ville de Mango, où les manifestations n’avaient pas été prévues, a été le théâtre de violences provoquées par les partisans du Parti national panafricain » [PNP, opposition, dont les militants sont habillés en rouge, NDLR], a indiqué Yark Damehane, le ministre en charge de la Sécurité et de la Protection civile.

Selon ce dernier, les militants du parti de Tikpi Atchadam ont mis le feu à des voitures et des maisons appartenant aux militants du parti Unir (au pouvoir). « Plus grave encore, des tirs d’armes à feu ont été effectués à partir des rangs des manifestants du PNP et le bilan est lourd : un enfant de dix ans a été tué, dix personnes blessées dont quatre par fusils de chasse et six par armes de guerre », poursuit le ministre de la Sécurité. Les tireurs ont été identifiés et seraient activement recherchés par les autorités. Dans plusieurs villes du nord du pays, notamment Bafilo et Dapaong, le face à face entre les forces de l’ordre et les manifestants a donné lieu à des incidents qui n’auraient fait que des blessés. À Lomé, les manifestants des deux camps ont pu parcourir leurs itinéraires respectifs sans aucun débordement.

Pour ou contre le référendum

« Le peuple a demandé la limitation du mandat présidentiel, les députés Unir l’ont voté. Le peuple a demandé le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, les députés Unir l’ont voté. Ainsi, le projet de loi a été adopté… concrétisant la volonté du parti d’aller au bout des réformes tant souhaitées par le peuple togolais », ont indiqué les soutiens de Faure Gnassingbé au point de chute de leur marche.

L’issue de cette stratégie reste incertaine pour l’un et l’autre des protagonistes de la crise togolaise

Les leaders de l’opposition qui se sont succédé à leurs tribunes ont réaffirmé l’exigence du retour à la Constitution de 1992 dans sa forme originelle et leur hostilité à l’idée d’un référendum. « Nous sommes opposés au référendum. Le Togo a fait un référendum et il a voté une Constitution à 97% [en 1992, NDLR]. Donc, nous voulons le retour de cette Constitution. La question est simple », a martelé Jean Kissi, député et secrétaire national du Comité d’action pour le renouveau (CAR).

Mercredi, la connexion internet était indisponible via la 3G dans le pays. « L’application de messagerie WhatsApp est bloquée depuis mardi soir et internet mobile a été coupé depuis ce matin. Cela constitue une violation du droit à la liberté d’expression et entrave le travail des journalistes et activistes des droits humains sur le terrain», a indiqué dans un communiqué la section française de l’ONG Amnesty internationale. Les deux camps seront de retour ce jeudi dans les rues. Une stratégie dont l’issue reste incertaine pour l’un et l’autre des protagonistes de la crise togolaise.

http://www.jeuneafrique.com/475902/politique/togo-un-mort-et-des-dizaines-de-blesses-au-premier-jour-des-manifestations-du-pouvoir-et-de-lopposition/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_21_09_17

ALERTE – La Corée du Sud ne veut pas l’effondrement de la Corée du Nord (Moon à l’ONU)

ALERTE – La Corée du Sud ne veut pas l’effondrement de la Corée du Nord (Moon à l’ONU)

(©AFP / 21 septembre 2017 16h03)

https://www.romandie.com/news/ALERTE-La-Coree-du-Sud-ne-veut-pas-l-effondrement-de-la-Coree-du-Nord-Moon-a-l-ONU/835100.rom

La NSA espionne les armes nucléaires indiennes depuis 1958

La NSA espionne les armes nucléaires indiennes depuis 1958

Des documents Top Secret récemment publiés, provenant des Archives d’Edward Snowden, révèlent comment l’Agence de sécurité nationale des États-Unis (NSA) a espionné les systèmes de missiles balistiques et les armes nucléaires de l’Inde en utilisant son programme d’interception Rainfall via ses bases en Australie et en Thaïlande. Ces documents renforcent les questions sur la mort prétendument accidentelle du père du nucléaire indien, Homi J. Bhabha, et sur celles de 11 scientifiques durant le premier mandat Obama.

| Bangalore (Inde)

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Homi J. Bhabha, le père du nucléaire indien, est mort « accidentellement » en 1966 lors d’un accident d’avion au Mont Blanc. En 2000, le défunt directeur adjoint des opérations de la CIA, Robert Crowley, faisait publier ses conversations posthumes avec le journaliste Gregory Douglas. Il y révélait que le scientifique avait été assassiné par ses services, ainsi que, treize jours plus tôt, le Premier ministre Lal Bahadur Shastri, qui venait de signer une déclaration de paix avec le Pakistan.

Bien avant que l’Inde ait testé son dispositif nucléaire en mai 1974, la communauté du Renseignement états-unienne surveillait et analysait ses activités industrielles nucléaires, aussi bien civiles que militaires, ainsi que nous l’avons signalé précédemment [1]. Des documents Top Secret déclassifiés montrent que, dès 1958, la CIA étudiait la possibilité que New Dehli développe des armes nucléaires. Les rapports se concentrent sur un large éventail de questions liées au nucléaire — la stratégie nucléaire (y compris celle concernant le développement d’armes), la mise en place des réacteurs, l’assistance étrangère, les tests eux-mêmes et leur impact au plan national et international —.

Les documents de 1974-1975 et de 1998 analysent les raisons pour lesquelles la communauté du Renseignement états-unienne n’a pas su anticiper les tests de 1974 et de 1998 — des études qui sont remarquablement similaires. Ces documents incluent également des recommandations pour remédier aux carences que ces études ont constaté.

De nouveaux documents des archives de Snowden

Les journaux SIDtoday récemment publiés par The Intercept, donnent un aperçu du programme d’interception de la NSA. SIDtoday est le bulletin interne de la division la plus importante de la NSA, la Direction du Renseignement électromagnétique (SID — Signals Intelligence Directorate). Après examen, The Intercept a rendu publiques les publications les plus intéressantes de ces bulletins, durant neuf ans à partir de 2003 [2]. Les espions de l’agence donnent un grand nombre de détails sur ce qu’ils faisaient, comment ils le faisaient et pourquoi.

Une série de tests d’armes nucléaires effectués par l’Inde au printemps 1998 a surpris la communauté du Renseignement, provoquant une enquête interne aux États-Unis pour comprendre pourquoi ils n’avaient pas été anticipés ; un rapport du Congressional Research Service a critiqué sévèrement la NSA [3]. Une telle erreur ne s’est pas reproduite en 2005.

En octobre 2004, un programme de Renseignement, RainFall, « géolocalise avec succès des signaux d’une installation indienne suspectée d’être un entrepôt d’armes nucléaires ». En réponse, plusieurs divisions de la NSA collaborent pour confirmer que les signaux sont bien liés à des armes nucléaires indiennes. De nouvelles collectes de données révèlent une quantité « spectaculaire » d’information sur la capacité des armes nucléaires de l’Inde.

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La base Indra de la NSA en Thailande

Un site australien du programme RainFall, isole un signal qu’il soupçonne d’être associé à une installation nucléaire indienne, selon SIDtoday. La collaboration entre Rainfall et deux autres sites de la NSA en Thaïlande (Indra et LemonWood) confirme la source des signaux et permet d’intercepter des informations sur de nouveaux programmes de missiles indiens. Bien que ces systèmes de missiles ne soient pas venus à l’attention du public depuis plusieurs années (le missile balistique lancé par le sous-marin Sagarika a été testé pour la première fois en 2008 [4]), l’accès de ces signaux par la NSA leur permet de savoir ce que faisaient leurs partenaires en matière de Renseignement électromagnétique (SIGINT) [5].

Un récent succès en matière de Renseignement électromagnétique contre le Programme de développement des armes nucléaires de l’Inde illustre la nouvelle collaboration croisée des programmes de l’Agence pour répondre à ses attentes. C’est un excellent exemple des programmes SIGINT qui travaillent ensemble pour atteindre un objectif commun. En octobre 2004, RainFall a réussi à géolocaliser les signaux d’une installation suspectée d’être un entrepôt d’armes nucléaires indien. Cela pousse le « Satellite étranger » (FornSat), LemonWood et la Branche d’analyse des signaux non-identifiés de la NSA à collaborer pour isoler ces signaux, les analyser, et confirmer que leur contenu est en rapport avec les armes nucléaires indiennes. Cette avancée souligne la nécessité de déployer des équipements de démodulation supplémentaires à LemonWood afin d’étendre la collecte de données entreprise depuis que le signal a été découvert en octobre.

Immédiatement après avoir déployé ces équipements, la récupération des données de ce nouveau réseau commence à fournir une activité « spectaculaire ». L’exploitation de ces données révèle la présence du sous-marin Sagarika, le tout premier sous-marin lance-missiles indien (SLBM) ; de Dhanush, un lanceur de missile balistique à courte portée (SRBM) ; et d’un système d’avion sans pilote.

La collecte de données à partir de ces nouveaux moyens fournit également des informations importantes sur deux différents types de bombes aériennes indiennes. On pense que l’une est la très puissante Fuel Air Explosive (FAE) d’un type non identifié. L’autre, pas encore reconnue par les services d’analyse, est peut-être une nouvelle génération d’armes nucléaires aériennes.

LemonWood établit un accès continu aux communications par satellite (informations censurées). La Division FornSat travaille avec cette base et le Trans-Asia Product Line (S2A4) pour étendre la récupération de données par rapport à ce réseau prioritaire.

Bien que la collecte de données résultant de la collaboration interagences ait été spectaculaire, ce qui est le plus impressionnant est la tendance croissante de la collaboration observée entre l’ensemble des divisions de l’Agence. Les défis technologiques d’autrefois sont maintenant des opportunités pour une collaboration qui offre la promesse d’une NSA harmonieuse, interopérable et réceptive.

Il convient également de rappeler que la NSA états-unienne a installé un puissant logiciel espion appelé « Apparition » à New Delhi, comme nous l’avons signalé plus tôt [6]. Ce programme détermine les lieux précis d’où des personnes accèdent à Internet. Ces informations peuvent être utilisées pour envoyer des drones Lethal Reaper et éliminer des cibles. Les rapports Top Secret évoquent une unité de surveillance du Special Collection Services (SCS, une unité commune de la NSA et de la CIA) installée dans le campus de l’ambassade des États-Unis à New Delhi qui fonctionnait sous le nom de code « Daisy ». Cependant, le gouvernement indien n’a pas répondu ou doit encore faire une déclaration concernant l’espionnage pratiqué par l’ambassade.

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Comme le montrent ces documents classifiés, la communauté du Renseignement états-unienne était très préoccupée par son incapacité à prévoir les tests nucléaires de l’Inde. La NSA, après avoir identifié et évalué les insuffisances qui ont mené à cet échec, a présenté des recommandations pour déterminer les mesures à prendre afin de réduire la possibilité de reproduire un échec similaire.

Quelles mesures ont été prises par la communauté du Renseignement états-unienne pour suivre le programme nucléaire de l’Inde ? Le cas ci-dessus n’est qu’un exemple de ce genre. Est-ce que le massacre actuel de scientifiques indien dans le pays depuis des décennies est le résultat d’une certaine stratégie [7] ? Est-ce que le crash du vol 101 d’Air India près du Mont-Blanc dans lequel se trouvait Homi J. Bhabha est directement lié à ces mesures ? Les services de Renseignement indiens sont-ils conscients de ces opérations ? Dans l’affirmative, ont-ils préparé une stratégie et pris les mesures appropriées pour contrer ces activités d’espionnage et les opérations secrètes ciblant le programme nucléaire de l’Inde ? Sinon, un bon moyen pour commencer serait d’ouvrir une nouvelle enquête sur l’assassinat du père de notre programme nucléaire – Homi J. Bhabha.

Traduction
Bruno

Source
Great Game India (Inde)

[1] “US Intelligence Spying On The Indian Bomb”, Great Game India News, July 20, 2017.

[2] “Snowden Archive — The SidToday”, The Intercept, September 13, 2017.

[3] “U.S. Intelligence and India’s Nuclear Tests : Lessons Learned”, Richard A. Best, Jr., Congressional Research Service, 1998.

[4] “Sagarika missile test-fired successfully”, T. S. Subramanian, The Hindu, February 27, 2008.

[5] “How Secret Partners Expand NSA’s Surveillance Dragnet”, Ryan Gallagher, The Intercept, June 19, 2014.

[6] “Embassy Espionage : Top Secret NSA Spy Hub In New Delhi”, Great Game India, May 8, 2017.

[7] La vague d’assassinat de scientifiques nucléaires indiens correspond à celle qui a éliminé leurs homologues libyens, syriens, irakiens et iraniens.

Oubliez notre amitié peu judicieuse avec l’Arabie saoudite : l’Iran est notre allié naturel, par John R. Bradley

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

La ville saoudienne d’Awamiya — comme dans de nombreuses villes d’Irak, de Syrie et du Yémen où se libère la haine ancienne du sunnisme vis-à-vis du chiisme — n’existe plus que par son nom. Le mois dernier, quelques jours avant une attaque contre sa population chiite perpétrée par le régime saoudien, les Nations Unies l’ont élue comme un endroit d’importance culturelle et religieuse exceptionnelle. Mais sous le prétexte de combattre des cellules terroristes soutenues par l’Iran, les Saoudiens ont soumis de manière non discriminée l’ensemble de la population civile d’Awamiya à des bombardements aériens, des tirs de lance-grenades, des snipers, de l’artillerie lourde, des attaques de véhicules blindés et des exécutions de sang-froid.
Plus d’une douzaine de chiites, dont un garçon de trois ans, ont été tués. Des centaines de jeunes gens ont été rassemblés. Au moins 500 maisons ont été détruites, et 8000 habitants ont été expulsés de force de celles qui restaient. Les soldats saoudiens se sont filmés en train de danser et de chanter au milieu des décombres de ce qui faisait la beauté de la vieille ville. Ils ont piétiné le portrait d’un dignitaire religieux chiite originaire de la province de l’est, Nimr al-Nimr, qui fut décapité l’année dernière pour sédition. Et ils ont traité les chiites locaux « purifiés » de la ville de « renégats » et de « chiens » — termes identiques à ceux utilisés par leurs frères wahhabites fanatiques d’Irak et de Syrie, qui se sont délectés des massacres de chiites au nom de l’EI. La décapitation de masse de 14 activistes chiites locaux, dont un adolescent handicapé, serait imminente.

Dans le sillage de ce carnage inter-religieux, il apparaît grotesque que Donald Trump se soit tenu debout à côté du roi Salman à Riyad en mai dernier à l’occasion du lancement d’un nouveau centre pour le combat contre l’extrémisme islamique. Dans un discours préliminaire, Trump avait tout aussi bizarrement distingué l’Iran et ses représentants chiites comme les instigateurs du terrorisme et du bain de sang inter-religieux dans la région. Par le passé, le double discours saoudien était tourné en dérision au nom des contrats de vente d’armes par milliards de dollars à des princes infantiles (et des rétrocommissions qui en découlent) et au nom de l’intensification de leur obsession à la limite de la folie de la prétendue menace existentielle posée par l’Iran à Israël et à ses alliés despotiques sunnites.

Cette plaisanterie n’est plus du tout risible. Le mois dernier, l’ex-responsable du MI5, Jonathan Evans, a averti que la Grande-Bretagne devra faire face à la la menace de la terreur islamiste pendant au moins 30 ans. Seul un observateur portant des œillères aurait des difficultés à comprendre son inquiétude. Car face à la défaite imminente de l’EI, des milliers de djihadistes imprégnés de l’idéologie wahhabite du califat sont sur le chemin du retour vers la Grande-Bretagne et l’Europe, déterminés à perpétuer le rêve du massacre d’infidèles. C’est notre propre civilisation qui fait face à cette réelle menace existentielle. La vague d’attaques terroristes en Espagne, Finlande, Grande-Bretagne et en Belgique s’est produite l’année pendant laquelle l’Europe a subi au moins un événement djihadiste significatif par semaine.

Un rapport récent, censuré par le gouvernement du Royaume-Uni, a révélé que la majorité des financements des mosquées du Royaume qui promeuvent l’extrémisme islamique, et qui jouent un rôle crucial dans la radicalisation des djihadistes locaux, proviennent d’Arabie saoudite et d’autres pays arabes du Golfe qui embrassent aussi l’odieuse idéologie wahhabite. Ces révélations concordent avec d’autres investigations détaillées sur l’expansion de l’extrémisme islamique, au Royaume-Uni comme en Europe, qui ont désigné l’expansion du wahabbisme sponsorisé par les Saoudiens comme la menace la plus grave contre notre sécurité et nos valeurs. Tous ces rapports ont été ignorés de la même manière par ceux qui gouvernent en notre nom.

Notre perfide élite politicienne a ainsi permis à l’Arabie saoudite de faire en sorte que, le rêve du califat au Moyen-Orient s’évanouissant, le djihad meurtrier en vienne à accroître l’intensité de sa rage à notre porte. L’argument comme quoi le renseignement en provenance d’Arabie saoudite aide à prévenir des attaques résonne de plus en plus comme un argument creux, compte tenu du nombre d’attaques terroristes perpétrées malgré tout. La rhétorique défaitiste qui consiste à dire que nous devons nous habituer à vivre avec les atrocités djihadistes, à l’instar des glissements de terrain et des ouragans, n’est pas moins rageante. Les attaques terroristes ne sont pas des phénomènes naturels ; elles sont le résultat de circonstances fomentées par les décisions des politiques. Si nous avons le moindre espoir de combattre la menace islamiste, alors les politiques doivent tout d’abord réaliser que l’immigration de masse, essentiellement composée de jeunes hommes musulmans dans une Europe où l’islam wahabbite financé par les Saoudiens est majoritaire dans les mosquées et les madrasa, est un suicide culturel. La compréhension politique du conflit sunno-chiite au Moyen-Orient, et sa relation avec la menace terroriste islamiste, doivent être également réévaluées. Les atrocités d’Awamiya n’auront prouvé rien d’autre que l’absurdité du fait que les Wahabbites soient nos amis dans la lutte contre l’extrémisme. Comme l’Arabie saoudite, l’Iran dominé par les Chiites est une théocratie rétrograde dirigée par des vieillards odieux qui endossent les habits de la religion afin de limiter la liberté de leurs citoyens et de confisquer à leur profit la prospérité de leur pays. Les deux pays sont de grossiers agresseurs des droits de l’homme. Là s’arrête cependant la comparaison. En Arabie saoudite, les non-musulmans ont l’interdiction de pratiquer leur religion en public, alors qu’en Iran la constitution protège les droits des chrétiens et des juifs (l’un de mes souvenirs forts de la région est de fréquenter les communautés juives de Téhéran et d’Ispahan).

Comme les juifs, et à la grande différence des wahabbites, les chiites ne tiennent pas à convertir tous les autres à leur religion, et les Iraniens ont même la décence — si c’est le mot approprié — de faire la différence entre Israël et les juifs dans la rhétorique anti-sioniste gouvernementale. L’Arabie saoudite promeut un antisémitisme dont les nazis auraient été fiers, en condamnant en même temps les chiites en tant qu’incarnation collective du Mal. L’Iran a une démocratie et une presse vivante, quoique difficilement comparable avec ce que nous tenons pour acquis en Occident, et sans commune mesure avec tout se qui se fait en Arabie saoudite. L’Iran n’a jamais envahi un autre pays ; l’Arabie saoudite est en train de détruire le Yémen.

De plus, quand le pragmatisme géopolitique s’est imposé, l’Iran a proposé de collaborer étroitement avec l’Occident, alors qu’à chaque occasion, par le biais des financements de ses relais djihadistes, les Saoudiens et leurs alliés dans la communauté du renseignement occidental ont travaillé contre nous. Après les attaques du 11 septembre, perpétrées en majorité par des ressortissants saoudiens, l’Iran — qui naturellement n’a aucune sympathie pour al-Qaïda — a recensé des centaines de terroristes arabes et a fourni des renseignements à Washington dans la lutte contre le terrorisme. En 2009, Téhéran a publiquement proposé son aide à Washington pour rebâtir et stabiliser l’Afghanistan ; deux années plus tôt, les deux pays ont tenu des pourparlers (sans succès à terme) sur l’Irak.

Rien de tout cela ne mentionne l’évidence : sans les sacrifices héroïques des forces armées de l’Iran et de son allié chiite, le Hezbollah, sur les lignes de front du califat en ruine, l’EI, aujourd’hui,ne serait pas en phase d’agonie finale là-bas, et les djihadistes d’al-Qaïda (que nous avons financés, entraînés et armés) ne seraient pas en train de lutter pour leurs vies. Les États-Unis ont également travaillé aux côtés des généraux iraniens en Irak dans la lutte commune contre l’EI. Même aujourd’hui, les Forces spéciales américaines travaillent avec l’armée libanaise qui lance une offensive simultanément avec le Hezbollah contre les terroristes islamistes créés par les Saoudiens et d’autres pays sunnites qui continuent à causer du chaos de l’autre côté de la frontière syrienne.

Pourquoi n’entendons-nous jamais cette autre version du récit ? L’une des raisons est que la plupart des « experts » de la région, qui contribuent sans limite aux éditoriaux des journaux américains, informent les officiels des services de renseignement et apparaissent comme des experts à la télévision, travaillent en fait pour des think-tanks financés par les monarchies arabes ou par Israël. Les ex-diplomates anglais et américains qui étaient en poste à Riyad et Jedda sont connus pour prendre leur retraite en bénéficiant des largesses saoudiennes. Et notre ministère des Affaires étrangères, suivant comme d’habitude les ordres venant de Washington, continue de se ranger aveuglément aux côtés d’Israël qui craint que les mollahs de Téhéran ne développent un arsenal nucléaire afin de concrétiser leurs souhaits répétés de rayer l’État d’Israël de la carte.

Mais sur ce point encore, une réévaluation pragmatique s’impose. Israël, après tout, est une puissance nucléaire, et possède l’armée la mieux entraînée et équipée de la région. S’il ne peut se défendre par ses propres moyens maintenant, il ne sera jamais capable de le faire. Et pour dire la vérité, la seule chose qui importe aux mollahs est de conserver leur mainmise rouillée sur le pouvoir. Même la Maison-Blanche, qui hait l’Iran et adore Israël, admet à contre-cœur que Téhéran respecte le traité nucléaire négocié à l’internationale. En fin de compte, l’Iran ne constitue aucunement une menace pour nous.

En fait, les seules personnes que la piétaille de l’EI est plus que jamais déterminée à massacrer, ce sont les chiites. En sachant cela, nous devrions faire nôtre cette maxime : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Faisons savoir aux Saoudiens que nous sommes las de leur financement terroriste en lançant une répression féroce contre toutes les formes de wahabbisme. Simultanément, levons les sanctions imposées à l’Iran. De cette manière, nous pourrons compter sur un partage exhaustif du renseignement iranien et sur une coopération militaire étroite avec les États-Unis — c’est la manière la plus efficace de convaincre le pays d’abandonner toute ambition nucléaire persistante. Laissons pour finir la Grande-Bretagne rompre avec les désastreuses interventions militaires américaines au Moyen-Orient et avec les alliances douteuses avec l’Arabie saoudite et ses relais wahhabites. C’est seulement an agissant ainsi que nous pourrons braver les causes réelles de la terreur islamiste. Nous pourrons également nous retrouver en première position pour bénéficier du potentiel de 600 milliards de dollars d’investissements étrangers en Iran, consécutifs à la levée des sanctions.

John Bradley collabore également avec le Daily Mail et Jewish Chronicle, il est l’auteur de quatre ouvrages sur le Moyen-Orient.

Source : The Spectator, John R. Bradley, 02-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

27 réponses à Oubliez notre amitié peu judicieuse avec l’Arabie saoudite : l’Iran est notre allié naturel, par John R. Bradley

 

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Dans le noir

Dans le noir


Par James Howard Kunstler – Le 11 septembre 2017 – kunstler.com

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Le marché boursier augmente ce matin au son des informations, seulement 5,7 millions de personnes en Floride devront se passer de l’air conditionné, des douches chaudes et des Korig Mochachinos alors que l’aube se lève en ce lundi 11 septembre 2017. Je suis conscient que le cycle des informations juste après un ouragan est un peu vide pendant un jour ou deux, alors que les citoyens étourdis et confus s’aventurent sur les lieux pour évaluer les dégâts. Pour l’instant, il existe très peu d’informations sur les ondes du Web. Est-ce que Key West existe toujours ? Dur à dire. Nous en saurons plus ce soir.

La double frappe de Harvey et Irma a permis aux gens, chargés des affaires de la nation, d’avoir une chance incroyable de se débarrasser de ce problème de plafond de la dette. C’est la loi qui fixait une limite sur le montant de la dette du gouvernement national que la Réserve fédérale pouvait « acheter ». Certains d’entre vous pensent peut-être : acheter une dette ? Pourquoi quelqu’un voudrait-il acheter la dette de quelqu’un ? Eh bien, vous voyez, c’est une dette titrisée, c’est-à-dire des obligations émises par le Trésor des États-Unis, qui paient des intérêts, et il y a donc une incitation à l’acheter. Quoi qu’il en soit, par le passé, le taux d’intérêt réel était positif après avoir déduit le pourcentage d’inflation courante. C’est là que la situation devient intéressante.

La loi sur le plafond de la dette était supposée fixer des limites quant à la dette sous forme de bons que le gouvernement pouvait émettre (combien il pouvait emprunter), de sorte qu’il ne pouvait pas brûler de l’argent qu’il n’avait pas. Ce qui est exactement ce qui s’est passé malgré la limite de cette dette parce que le « plafond » a été augmenté environ cent fois entre le XXe et le XXIe siècle, de sorte que la dette accumulée s’élève à environ 20 000 milliards de dollars.

Les personnes rationnelles reconnaissent ces 20 000 milliards de dollars pour ce qu’ils sont, un volume surnaturel d’obligations et comprennent qu’elles ne seront jamais remboursées, alors, pourquoi ces artifices ? Pourquoi ne pas simplement laisser tomber ce prétexte, et continuer à faire tourner ce racket du gouvernement empruntant autant d’argent qu’il le veut, avec la Réserve fédérale créant cet argent (ou ce « quasi-argent ») sur ses ordinateurs jusqu’à l’infini. Cela semble fonctionner jusqu’à présent.

Les gens rationnels soupçonneraient également qu’à un moment donné, quelque chose pourrait lâcher. Par exemple, la valeur des dollars dans lesquels la dette est émise. Si la valeur des dollars diminue, la valeur réelle des obligations émises en dollars diminue et, quand cela va se produire, les nombreux détenteurs d’obligations déjà émises − les particuliers , les fonds de pension, les compagnies d’assurance, les fonds souverains des pays étrangers − auront une forte incitation à se débarrasser de ces bons le plus rapidement possible. Surtout si les magiciens de la Fed en coulisses et ses servantes, les banques, « les dealers de terrains », continuent à réduire les taux d’intérêt de ces obligations à tout prix.

La Réserve fédérale va-t-elle alors racheter tous les bons que d’autres déverseraient sur le marché ? Elle va essayer certainement. La Banque du Japon a fait exactement cela avec les bons de son propre gouvernement sans aucun effet néfaste apparent, même si vous vous demandez ce qui se passe quand un serpent mangeant sa propre queue atteint sa tête. Que reste-t-il, exactement, après l’avoir aussi mangé ? Ma propre estimation tient en trois mots : vous gagnez un aller-simple pour le moyen-âge. Je veux dire littéralement. Plus de moteurs, de lumières électriques, de chauffage central …

Dans ce pays, nous sommes confrontés à une situation dans laquelle, à la fois, la valeur de l’argent et le coût de l’emprunt seront en fin de course complètement détachés de la réalité, la réalité étant le coût et la valeur réelle de tous les biens et services échangés contre de l’argent. Voila : une crise monétaire royale nous plongeant vers l’enfer et la perturbation du commerce au niveau le plus macro imaginable. En outre, sûrement, il y aurait une perturbation massive des services gouvernementaux, y compris la sécurité sociale et l’assurance-maladie, mais s’étendant bien au-delà avant … le moyen-âge. Le mulet remplacera le Ford F-150. Mais The New York Times trouvera bien quelque chose à écrire de plus sur la Russie et les trans.

La valeur de l’argent et le coût de l’emprunt est d’une importance plus fondamentale qu’il n’y parait dans une économie dite avancée. Vous pouvez vous moquer de beaucoup de choses qui font tourner une société, mais quand cela dérape, vous flirtez sérieusement avec l’anarchie. En attendant, nous verrons comment la colle sociale maintient les choses ensemble dans les parties de la Floride qui vont avoir un aperçu des attractions médiévales dans les jours sans électricités à venir.

James Howard Kunstler

 

http://lesakerfrancophone.fr/dans-le-noir

 

Revue de presse nationale et internationale.

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