CryptoRouble : la Russie va lancer sa propre monnaie virtuelle

CryptoRouble : la Russie va lancer sa propre monnaie virtuelle

CryptoRouble : la Russie va lancer sa propre monnaie virtuelle© Dado Ruvic Source: Reuters
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Pour prendre les devants sur ses voisins, la Russie a annoncé le lancement de sa propre monnaie virtuelle, le CryptoRouble. Son fonctionnement se rapprochera cependant de celui d’une monnaie classique, émise et contrôlée par l’Etat.

«Je peux affirmer avec certitude que nous lancerons le CryptoRouble pour une raison simple : si on ne le fait pas, nos voisins de l’Eurasec [la communauté économique eurasiatique, disparue en 2015 mais dont l’union douanière est conservée] le feront d’ici deux mois», a déclaré le ministre russe des télécommunications, Nikolaï Nikiforov, à l’issue d’une réunion avec le président Vladimir Poutine le 16 octobre.

A la différence des autres cryptomonnaies, il ne sera cependant pas possible de «miner» le CryptoRouble. «Miner» est le fait de prêter la puissance de calcul de son ordinateur pour qu’il vérifie puis inscrive sur un registre public (appelé chaîne de bloc ou blockchain) les transactions effectuées sur le réseau. Cette action est récompensée par la création de nouvelles unités; ainsi il donc possible pour tout un chacun de participer à la création monétaire.

Le Cryptorouble sera lui émis et contrôlé par les autorités russes : ce fonctionnement centralisé le rapprochera donc plus d’une monnaie classique, adaptée à l’économie digitale.

Nikolaï Nikiforov précise que le CryptoRouble sera échangeable contre des roubles sans frais, sauf si leur propriétaire est incapable de justifier de sa provenance, auquel cas une taxe de 13% leur sera imposée.

La décision du gouvernement russe n’est donc pas un blanc-seing donné aux monnaies virtuelles, au contraire. Dès que le CryptoRouble sera lancé, le «minage» des autres cryptomonnaies telles que le Bitcoin, activité très populaire en Russie, sera interdit dans le pays, prévient Nikolaï Nikiforov.

Lire aussi : A Moscou, un restaurant accepte désormais les paiements en Bitcoin

 

https://francais.rt.com/economie/44682-cryptorouble-russie-va-lancer-propre-monnaie-virtuelle

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Rivalités dans la Caspienne : quelle souveraineté pour la région ?

Rivalités dans la Caspienne : quelle souveraineté pour la région ?

Depuis l’éclatement de l’URSS en 1991 et l’apparition de nouveaux Etats, la mer Caspienne est apparue comme l’une des régions les plus prometteuses en termes de ressources pétrolières avec environ 6% des réserves mondiales de pétrole et 10% des réserves de gaz, ce qui en fait donc une des zones les plus convoitées. Fortement enclavée entre le Caucase et l’Iran, ce dernier ainsi que l’URSS détenait auparavant la majeure partie de ses richesses. Toutefois, avec le tournant des années 1990, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan ainsi que le Turkménistan revendiquent leur accès aux ressources. Leur exploitation soulève un problème dual, à savoir, le partage des ressources entre les pays riverains et le contrôle des voies maritimes pour leur acheminement.

La Caspienne au coeur des rivalités entre les pays de l’ex-URSS.

Bien que l’exploitation de la région ait déjà bien été entamée, les cinq pays ne parviennent pas à s’entendre sur le statut juridique dont les fondements se retrouvent dans le traité irano-soviétique de 1921. De nos jours, la question est de savoir s’il s’agit d’une mer ou d’un lac. Car, en droit international, les ressources d’un lac ne peuvent être exploitées qu’avec l’accord unanime des Etats riverains, tandis que dans le cas d’une mer, chaque Etat se voit attribuer une zone dont il peut user comme il le souhaite, dans la limite des 12 miles selon la Convention de Montego Bay, ce qui réduit fortement la superficie des parcelles. Ainsi, le statut de la Caspienne diverge selon les ambitions nationales des Etats bordiers et évolue au fur et à mesure de la découverte de nouveaux gisements. Si à l’origine, la Russie privilégiait le statut de lac et se référait pour cela à l’accord d’Almaty de 1991, stipulant que « les pays membres de la CEI garantissent … le respect des engagements internationaux pris par l’ex-URSS », lui permettant ainsi de jouir pleinement des accords avec l’Iran de 1921 et excluant les trois autres Etats de l’exploitation des ressources. Ses positions changent en 1998 avec la découverte de gisements d’hydrocarbures au large de ses côtes, ce qui pousse le pays à sécuriser cette réserve par la signature de multiples accords de 1998 à 2003. Ce dernier partage le nord de la Caspienne en fonction de la longueur des côtes soit 18 % pour l’Azerbaïdjan, 19 % pour la Russie et 27 % pour le Kazakhstan, décision pour laquelle l’Iran et le Kazakhstan sont opposés. En outre, la Russie a dépassé l’Arabie saoudite pour devenir en 2016 le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine et compte beaucoup sur les réserves de la Caspienne pour conserver son leadership.

Le secteur de l’acheminement des ressources et celui du contrôle des voies d’approvisionnement restent encore sources de nombreux problèmes. Du fait de son enclavement, les oléoducs comme les gazoducs doivent traverser au minimum un autre État que celui de production, tel que l’Arménie. La géopolitique des transports est multi scalaire puisqu’elle mêle les ambitions des producteurs, des pays traversés et des clients. Une grande partie du pétrole de la Caspienne vendu sur les marchés internationaux transite par et est originaire de Russie. Cette dernière a mis en place un important réseau d’oléoducs jusqu’au port de Novorossisk situé sur la mer Noire. L’augmentation de la demande mondiale entraîne l’augmentation du trafic des supertankers au large des côtes turques. Ankara a donc peur de voir ses revenus touristiques diminuer. Jusqu’en 2005, la Russie exerçait un quasi-monopole avec le contrôle de 80% des oléoducs. Toutefois, la construction de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyan remet en cause la souveraineté russe sur la région. La création et le projet d’établir une union pétrolière de l’Union Economique Eurasiatique en 2015 dont la Russie, l’Arménie et le Kazakhstan sont membres pourrait changer la donne sur la région. Cela forcerait les pays à parvenir à une entente et notamment faire diminuer les ambitions de l’Azerbaïdjan, bloqué entre l’Arménie et la Russie

About Noémie MOREAU

Étudiante en master 2 à l’IEP d’Aix en Provence ainsi qu’à SKEMA. Titulaire d’une maîtrise en Relations Internationales auprès de l’université Lyon 3 Jean Moulin. Se passionne pour la Russie, l’histoire de l’URSS et les relations internationales contemporaines dans l’ex espace soviétique

Pourquoi le Kazakhstan veut-il utiliser l’alphabet latin ?

Pourquoi le Kazakhstan veut-il utiliser l’alphabet latin ?

N. Nazarbayev, Président Kazakh, avec Vladimir Poutine

C’est un changement mineur qui en dit long sur la situation actuelle du Kazakhstan : la langue kazakhe devrait prochainement s’écrire avec l’alphabet latin et non le cyrillique. Cette petite réforme fait partie d’une stratégie globale visant à augmenter la visibilité du pays sur la scène internationale.

Un problème de langue

Le Kazakhstan a, dès son indépendance, dû jouer avec les susceptibilités linguistiques. Étant donné que le Nord-Est du pays est peuplé majoritairement de Russes, la langue de Pouchkine est devenue langue officielle du pays au même titre que le kazakh, langue turcophone. Le président de l’époque, toujours en poste actuellement, Nursultan Nazarbayev, espérait ainsi empêcher toute sécession, qui aurait été soutenue par Moscou. Aujourd’hui, Nazarbayev entretient de bonnes relations avec la Russie – et ce depuis les indépendances respectives de 1991 – et favorise la coopération entre les deux États.

Deux décennies plus tard, la langue russe prend une trop grande place. Certains s’inquiètent que les Kazakhs puissent oublier leur langue au profit du russe, alors que les jeunes parlent de moins en moins bien leur langue maternelle (toutes proportions gardées). Le professeur Uli Schamiloglu, spécialiste de la langue kazakhe, explique que les jeunes empruntent des sons au russe pour l’assimiler dans leur langue. Plus intéressant encore, lorsque les turcophones d’ex-URSS apprennent le turc de Turquie, ils le prononcent avec un accent russe. Dans sa tribune sur Eurasianet, l’auteur s’exprime ainsi en faveur d’un changement d’alphabet.

Vers une adoption de l’alphabet turco-latin ?

Ce même auteur rappelle que l’alphabet latin est déjà utilisé chez certains peuples turcs, notamment les Turcs de Turquie qui l’ont adopté en 1928 sous Mustafa Kemal. Suite à l’effondrement soviétique, les Azerbaïdjanais et les Turkmènes, puis les Ouzbeks ont également adopté l’alphabet latin, avec quelques variantes comme le ә azerbaïdjanais inexistant en turc, ou le y turkmène qui correspond au ı. Faut-il voir dans l’adoption de l’alphabet latin un rapprochement des peuples turcophones?

Peut-être, mais on peut en douter : les pays turcophones d’Asie centrale ne veulent pas de la Turquie comme un parrain, juste comme un partenaire. De plus, si le turc, l’azéri et le turkmène sont de la même famille, le kazakh n’appartient pas à la même famille que la langue turque. Il y a donc des différences notables. Plus qu’un rapprochement entre les peuples turcophones, il faut y voir un rapprochement avec « l’Occident ».

Une question d’image

L’image internationale du Kazakhstan est assez mauvaise, comme a pu le constater Mariya Dmitriyenko. Cette sportive kazakhe a gagné une médaille d’or au tir en 2012, lors d’un championnat organisé au Koweït. Au lieu de diffuser l’hymne kazakh, c’est la parodie insultante entendue dans le film Borat qui a été entendue. Le Kazakhstan c’est Borat. Il y a aussi le double problème d’être un pays un -stan : être inconnu (les pays d’Asie centrale formeraient un tout homogène aux yeux de nombreuses personnes) et être associé aux islamistes (Pakistan, Afghanistan, le Londonistan des salafistes).

Le Kazakhstan a mis en place une stratégie de visibilité, afin de se donner une meilleure image et d’obtenir des investissements européens et américains. Il a par exemple été question de changer le nom du pays en Kazakh Eli, volonté partagée avec le Kirghizstan qui est devenu la Kirghizie. Cet été, la capitale kazakhe, Astana, a accueilli l’exposition universelle. Astana est d’ailleurs un nom familier pour les fans de cyclisme : c’est le nom d’une des équipes, dans laquelle un conglomérat d’entreprises kazakhes a investi. Utiliser l’écriture des Européens et des Américains, c’est un moyen de se rapprocher des ces pays, tant pour l’image que pour les relations économiques.

 

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/europe/russie/31140-pourquoi-le-kazakhstan-veut-il-utiliser-lalphabet-latin

Moscou lâche-t-il Pyongyang ?

La nouvelle a été annoncée le 16 octobre en milieu d’après-midi :

« La Russie a suspendu sa coopération scientifique et technique avec la Corée du Nord en réaction à la poursuite par cette dernière de ses programmes balistique et nucléaire. Suspendre la coopération scientifique et technique avec les individus et les groupes d’individus représentant la République populaire démocratique de Corée. La décision a été prise en réponse à la conduite d’essais nucléaires et balistiques par la Corée du Nord, en conformité avec la résolution 2321 du Conseil de sécurité de l’Onu du 30 novembre 2016 ».

Cette décision a été entérinée par un décret signé du Président Vladimir Vladimirovitch Poutine et rend effective la suspension de la coopération scientifique et technique entre Moscou et Pyongyang. Auparavant, la présidente du Conseil de la Fédération (l’équivalent russe du Sénat) Valentina Ivanovna Matvienko a rappelé que Moscou condamnait résolument le développement du programme nucléaire nord-coréen.

La décision russe vise à apaiser les tensions naissantes dans la péninsule, entretenues par la série inédite de tests de missiles par le régime de Pyongyang, qui a de plus procédé à l’essai d’une bombe à hydrogène (bombe H), ce qui lui avait valu un gonflement de pectoraux du Président Donald John Trump qui avait « menacé » le 19 septembre de «détruire totalement» la Corée du Nord en cas d’attaque initiale de Pyongyang et qui avait a qualifié son dirigeant Kim Jong-un de « rocketman » (homme-fusée) embarqué dans «une mission-suicide».

La question est : quel a été le deal entre Eurasia et Oceania. Je parie des pesos contre des dollars qu’il ne doit pas être loin de ça : « Ok, je lâche la Corée du Nord mais en contrepartie, tu lâches l’opposition vénézuélienne ». Et dans mes pronostics, j’ai toujours eu raison sauf les fois où je me suis trompé. La réponse fera bientôt la une des journaux (enfin, sauf prolongement tardif de la chasse au porc)…

Hristo XIEP

 

http://www.medias-presse.info/?wysija-page=1&controller=email&action=view&email_id=1531&wysijap=subscriptions&user_id=1069

Les grands mensonges d’ISIS et de SDF du «Kurdistan» américain et de nouvelles guerres de gaz

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?

Après Alstom énergie et Technip, Airbus est-il menacé de passer sous contrôle américain ?© Pascal Rossignol Source: Reuters

De noirs nuages s’amoncellent au-dessus d’Airbus empêtré dans plusieurs enquêtes sur des soupçons de corruption. Un audit interne, confié à un cabinet d’avocats new-yorkais, pourrait-il menacer le groupe d’une prise de contrôle américaine ?

Avec la prise de contrôle sans bourse délier du programme CSeries, l’activité moyen-courriers du canadien Bombardier, annoncée le 16 octobre au soir et saluée par la bourse, tout semble sourire au géant européen de l’aéronautique Airbus. Mais de sérieuses menaces planeraient pourtant sur son avenir, selon son président, l’Allemand Tom Enders. Dans une lettre envoyée le 6 octobre aux 134 000 salariés du groupe il annonçait : «Préparez-vous à vivre une période turbulente et déroutante». Il prévenait aussi que le groupe pourrait être amené à payer des amendes importantes dans le cadre de plusieurs enquêtes ouvertes en Europe (Autriche, Allemagne, France et au Royaume-Uni), sur diverses irrégularités dans des contrats de ventes d’appareils civils ou militaires.

Au Royaume-Uni, le groupe lui-même s’est signalé, en juillet 2016, auprès de l’UK Export Finance (UKEF) pour de possibles «anomalies» dans l’élaboration de dossiers de demande de financement auprès de cet organisme de crédit à l’export, cousin britannique de la COFACE française. Le groupe aurait omis de mentionner des intermédiaires commerciaux, ce qui est contraire à une loi britannique adoptée en 2006. Mais l’UKEF s’étant déclaré non-compétent, le dossier a été repris par le Serious Fraud Office (SFO) un organisme plus spécifiquement chargé de la lutte contre la corruption, en collaboration avec le parquet national financier (PNF) français. Airbus a depuis été privé de crédits de financement pour ses exportations au Royaume-Uni, mais aussi en France et en Allemagne.

La stratégie visant à aller au-devant de la justice européenne, soi-disant pour éviter des poursuites américaines, est mise au compte de l’anglais John Harrison. Cet ancien du groupe Airbus l’avait quitté quelques années auparavant pour rejoindre Technip, un fleuron français de l’ingénierie pétrolière, avant de revenir chez Airbus en 2015. Mais le nom de John Harrison, est justement associé à la fusion de Technip, à la suite de déboires avec la justice américaine, à 50/50 avec l’américain FMC pourtant trois fois plus petit que lui. Un scénario qui rappelle celui du passage de l’activité énergie d’Alstom, sous le contrôle de l’américain General Electric en 2015.

La direction d’Airbus s’est-elle jetée dans la gueule du loup ?

En août 2017, notre confrère Marianne consacrait une importante enquête titrée «Airbus risque de tomber aux mains des Américains». On y apprenait que Tom Enders avait confié au cabinet américain Hughes Hubbard & Reed un audit interne sur les pratiques commerciales du groupe aéronautique. Or, la loi américaine impose à tout cabinet d’avocats américain qui aurait connaissance d’irrégularités chez ses clients d’en informer la justice américaine. La direction d’Airbus ne s’est-elle pas jetée dans la gueule du loup ? Contacté par RT, le service communication d’Airbus a dit n’avoir pas connaissance d’une enquête américaine en cours sur ses activités commerciales sans toutefois en exclure la possibilité.

De lourdes pénalités financières en vue, comme Technip et Alstom

Pourtant, on imagine mal qu’ayant eu à soumettre tous ses documents internes liés à la conclusion de contrats de ventes sur lesquels la direction du groupe elle-même a montré qu’elle avait des soupçons, Airbus pourrait éviter de passer par la case «lourdes pénalités financières américaines». De nombreuses entreprises françaises comme Technip et Alstom l’ont connue avant lui. En effet, pour la justice américaine, il suffit qu’une entreprise étrangère utilise le dollar dans ses transactions pour qu’elle soit justiciable devant les tribunaux américains.

Les américains sont en train de prendre le contrôle d’Airbus

Difficile de savoir à quoi faisait allusion Tom Enders dans sa lettre aux salariés du 6 octobre quand il écrivait : «N’écoutez pas les discours simplistes ou nationalistes, n’alimentez pas les rumeurs.» Mais, pour certains, la prise de contrôle d’Airbus a, en réalité déjà commencé. Ainsi, en juillet 2016, dans le magazine Causeur, Roland Hureaux, haut-fonctionnaire français et essayiste s’alarmait déjà de ce qu’Airbus ait cessé, selon lui, d’être français. Il s’intéressait à la nomination de l’Américain Paul Eremenko à la direction technique du groupe, après une partie importante de sa carrière au DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency), l’agence de recherche du Pentagone. Tout aussi inquiétante avait paru à l’essayiste haut-fonctionnaire la vente en mars de la même année de la division d’électronique de défense du groupe au fonds américain KKR dirigé par l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus.

Invité de l’émission le Grand jury sur RTL, le 15 octobre, Jean-Luc Mélenchon, président du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale s’alarmait : «Les Américains sont en train de prendre le contrôle d’Airbus. On a viré tous les Français des postes de commandement, maintenant on commence à y mettre des Américains.» Même s’ils ne mentionnent pas le cas spécifique d’Airbus, évoquant en revanche ceux d’Alcatel, d’Alstom et de STX France, les députés Les Républicains (LR) s’alarment aussi de l’accumulation de passages sous-contrôle étranger de grand groupes industriels français. Selon l’AFP, les députés ont demandé, le 17 octobre la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la politique industrielle de l’Etat et sur les moyens de protéger ses «fleurons industriels».

Lire aussi : Alstom : à la date butoir, le gouvernement confirme sa sortie du capital de l’ex-fleuron français

https://francais.rt.com/economie/44675-apres-alstom–technip-airbus-sous-controle-americain

Le magique décodeur de mensonges

Le magique décodeur de mensonges


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 12 octobre 2017 – Source Club Orlov

À l’insu de leur plein gré, le cerveau de la plupart des gens est un champ de bataille. Ceux qui sont les plus bas dans la chaîne alimentaire intellectuelle sont programmés plus ou moins directement, par une méthode proche du conditionnement opérant, en affichant les signes de leur statut afin de démontrer leur conformité à leurs pairs, principalement en achetant certains produits de consommation. Ceux plus haut sur l’échelle sont manipulés principalement par des utilisations sournoises de la langue, en recourant à une variété de méthodes, comme l’acceptation d’un récit fictif, et ceux là prouvent leur conformité à leurs pairs par les signes de leur mérite.

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Les méthodes de manipulation publique des bas de plafond, basées sur la télévision et la publicité, ont déjà été discutées ad nauseam. Ce n’est pas le cas avec les nombreuses fausses déclarations et faux-semblants impliquant les abus de langage  : personne ne semble être impliqué dans le suivi de toutes les transgressions majeures et mineures contre notre capacité à penser clairement. La langue est ce qui nous permet de raisonner et de communiquer, et lorsque les mots mêmes que nous utilisons sont tordus et déformés, notre capacité à penser en souffre également. Laissez-moi passer leurs méthodes en revue.

Les manipulateurs utilisent les métaphores. Le langage humain se trouve être criblé de métaphores, et beaucoup de créativité a été mise en œuvre pour en élaborer des bien fonctionnelles qui renforcent notre capacité de penser plutôt que de lui nuire. Les métaphores sont plus que de simples figures de style, bien qu’il y en ait aussi beaucoup. Très souvent, les métaphores sont ce que nous utilisons pour décrire, nommer et classer des objets physiques. Dans l’industrie, la rotule perforée sur un écrou borgne auquel est attaché le pistolet à graisse est appelé le graisseur [grease nipple]; il est, techniquement parlant, du genre masculin. Il y a aussi des tétons poussoirs [push nipple], qui sont de courtes sections de tuyaux en métal malléable utilisés pour assembler des sections de chaudières et de radiateurs en fonte. Les rayons de jante [spoke nipple] tendent les rayons de roue de bicyclette contre la jante. Les bagues aux extrémités des câbles d’embrayage sont aussi appelées mamelons [nipples], tout comme le plastique isolant montés aux extrémités des câbles. Vous pouvez être sûr que toutes ces choses ont été nommées par des hommes. Les hommes aiment les mamelons; par conséquent, les hommes voient des mamelons partout. Il n’y a qu’un pas pour passer de «X ressemble à un mamelon [nipples]» à « X est un mamelon » (ce qui en fait une métaphore). Les hommes pensent aussi beaucoup à avoir des rapports sexuels, et par conséquent les divers accessoires et suffixes qu’ils donnent aux noms ont tendance à avoir un sexe masculin ou féminin (les hermaphrodites sont une rareté), bien qu’il existe des alternatives non sexuées, telles que « va-et-vient ».

Les métaphores sont très utiles – si utiles que nous ne pourrions pas raisonner ou décrire des choses sans elles. Mais elles peuvent aussi être manipulées à des fins sinistres et malveillantes, en faussant le processus même par lequel nous observons et raisonnons. Elles peuvent être utilisées pour prendre le contrôle de nos pensées à un niveau subconscient et pour les orienter dans des directions particulières sans que nous en soyons conscients. Elles peuvent contrôler de façon subliminale notre comportement, modifier notre perception de nous-même et affecter notre propre estime personnelle.

Laissez-moi vous passer en revue le premier paragraphe et vous montrer comment cela se fait. « Passer en revue » renvoie à un processus purement mental et analytique en termes de déplacement à pied. En outre, cela implique que vous me laissiez vous guider, et que vous me suiviez volontairement et sans discernement, comme un animal conduit par une chaîne reliée à un anneau par le nez. Ceci est supposé vous influencer inconsciemment pour vous rendre plus obéissant. Maintenant, reprenons au début : « [nos] cerveaux sont un champ de bataille ». Ce ne sont plus des masses de tissus graisseux qui flottent dans un liquide; au lieu de cela, on vous demande d’imaginer un champ de bataille parsemé d’explosions. La « chaîne alimentaire intellectuelle » précise ensuite ce qui se passe sur ce champ de bataille : de grands cerveaux prédateurs dévorent des cerveaux d’animaux sidérés et sans défense. Mais les petits cerveaux ne sont pas si intéressants, alors nous ne parlerons que des gros cerveaux. « Les malentendus et les faux-semblants impliquant le langage » indiquent l’utilisation du langage par les cerveaux plus gros et affamés, ce qui s’apparente à un acte magique. Mais ce n’est pas un simple divertissement, car il y a des « transgressions contre notre capacité à penser clairement » : des crimes sont commis! À la suite de ces transgressions, nos mots et notre pensée sont « tordus et déformés», le champ de bataille métaphorique (notre cerveau, pour ainsi dire) étant jonché des épaves carbonisées des métaphores qui y ont explosées.

Après avoir déblayé ces préliminaires, faisons une sortie éducative et regardons cette action métaphorique se produire dans la nature – sur les pages éditoriales du New York Times. Métaphoriquement, symbolisons les journalistes en tant que bêtes sauvages que nous condescendons à regarder en descendant brièvement de notre tour d’ivoire (vous voyez ce que j’ai fait là?), signalant ainsi à l’autre notre supériorité sur de telles bêtes sauvages. J’ai décidé de choisir le NY Times largement au hasard – le Washington Post ou le LA Times auraient fait aussi bien l’affaire. Les gens dont les écrits sont publiés ici s’appellent des « journalistes » – du latin diurnalis, un terme qui définissait l’ordre des prières quotidiennes dans un monastère médiéval, mais il est clair que ces pommes-là ont roulé assez loin du pommier. Alors qu’ils auraient pu faire penser à des chroniqueurs (un journal est aussi un carnet de bord à bord d’un navire), ils ne sont plus que des blogueurs. Ce sont des blogueurs qui ne travaillent pas pour vous mais pour ceux qui les paient pour suivre un agenda différent du vôtre, alors que moi, cher lecteur, je travaille directement pour vous. Notez comment la dernière phrase est parfaitement littérale, sans aucune métaphore.

Néanmoins, ces faux blogueurs insistent sur le fait qu’ils sont des journalistes, alors que d’autres ne le sont pas, et parfois même pompeusement se qualifient eux-mêmes de « quatrième pouvoir ». Le terme semble pompeux mais il ne l’est pas parce que les trois autres sont l’aristocratie, le clergé et les roturiers, faisant sonner ce quatrième pouvoir comme plus commun que la saleté habituelle. Mais il y a un écho du second pouvoir en eux : les diurnalis qu’ils suivent leur disent comment il est bon de supplier les riches et les puissants qui paient pour leur donjon (terminant proprement la métaphore monastique médiévale, en en faisant une gentille petit bombe mentale à fragmentation).

Puisque nous sommes sur le sujet de la religion dans le journalisme, considérons le titre éditorial d’aujourd’hui : « On Contraception, it’s Church Over State / Sur la contraception, l’Église passe devant l’État». Le sujet de cet éditorial est de « fournir le droit au contrôle des naissances à l’employeur ». L’auteur utilise un cliché, « Église et État », qui est un raccourci pour « le principe de la séparation de l’Église et de l’État », et il le tord, ce qui implique qu’ils ne sont plus séparés, mais que l’Église (quelle qu’elle soit) est plus puissante que l’État (quel qu’il soit). L’utilisation d’un cliché est déjà une mauvaise nouvelle (un « drapeau rouge », pour utiliser un autre cliché) parce qu’il remplace une description ou un terme précisément défini par un simple slogan. Mais tordre un cliché, c’est utiliser un autre cliché, définitivement un pont trop loin (une allusion à une projection de puissance un peu trop distante qui se termine par un échec) [Nom d’un film de guerre sur la Seconde Guerre mondiale qui symbolise cet échec, NdT]. Ouvrez la boite de ce cliché tordu de «l’Église devant l’État» et ce que vous y trouvez sont deux cas de métonymie.

La métonymie est une figure de style qui remplace un concept par un autre en espérant que personne ne s’en apercevra. Voici un exemple typique : « Les terres de la Couronne » au lieu de « les terres appartenant au monarque » – notez que les couronnes sont des couvre-chefs, et les couvre-chefs ne possèdent pas de biens immobiliers. La métonymie est omniprésente parmi les pseudo-blogueurs qui écrivent pour le NY Times, et vous devriez y faire attention : « La Maison Blanche a annoncé que… » est typique, alors que nous savons tous que les maisons sont incapables de parler. Ce genre de chose est particulièrement insidieux quand ils utilisent la métonymie pour substituer une marque à une personne : « La BBC a rapporté que… » au lieu de « dans un article concocté à la hâte par un récent diplômé qui travaille actuellement comme stagiaire non rémunéré à la BBC » ou « Facebook a annoncé que… » au lieu de « Kasper Wu, un récent employé de Facebook qui, si l’histoire se répète, ne sera resté à son travail que pendant quelques mois avant de se brûler les ailes et de partir, nous a dit que… »

En tout cas, nous avons ici « l’Église » comme métonymie pour des « personnes qui ont de fortes convictions religieuses et votent en accord avec elles ». Par ailleurs, l’illustration montre un groupe de religieuses catholiques souriantes; c’est un exemple de métonymie visuelle, qui vous détourne faussement vers l’Église catholique romaine et loin des électeurs religieux de toutes confessions et dénominations. Et « État » correspond, pour autant que je puisse le comprendre, à des « employeurs privés qui étaient auparavant obligés par un mandat fédéral non financé de fournir à leurs employées des contraceptifs gratuits ».

Je ne suis pas du tout d’accord sur cette question, mais je pense que beaucoup d’informations factuelles ont été balayées en tordant un seul cliché métonymique, tout cela dans un éditorial. Mais je conteste l’expression « le droit de fournir le contrôle des naissances à l’employeur » qui, bien que littéral, comporte une inexactitude majeure et une grosse omission. L’inexactitude est que le « droit » est en réalité un mandat non financé, mais vous faire faire quelque chose sans avoir à payer pour cela est une chose que seul un gouvernement peut faire, alors qu’il ne devrait pas le faire. Les droits sont des choses que vous êtes libre de faire; prendre des choses aux autres sans les payer n’en fait par partie. Et puis il y a une grosse omission : la raison pour laquelle les assureurs du plan de santé de l’employeur ont besoin (déjà une mauvaise idée) de financer le contrôle des naissance, est dû au prix excessif des contraceptifs facturés par les compagnies pharmaceutiques, que le gouvernement américain autorise par ailleurs; en résumé, il permet à ses copains de se gaver, puis de faire payer le quidam. Autour du monde, les gens paient leur propre contraception ou l’obtiennent directement auprès du gouvernement, mais aux États-Unis au lieu de résoudre le véritable problème – la corruption – la « solution » consiste à concocter un « droit » inexistant pour libérer le contrôle des naissances (et se plaindre amèrement quand il disparaît, en se moquant gratuitement de l’Arabie saoudite dans une comparaison stupéfiante et suffocante).

Il y a une chose que je peux vous assurer et que personne au NY Times ne mentionnera jamais, c’est que le concept de « droit au contrôle des naissances fourni à l’employeur » crée un aléa moral. Si un employeur est tenu de donner (la plupart des employeurs sont des hommes) à leurs employées femmes un moyen gratuit de contrôle des naissances, alors il voudra probablement aussi avoir des relations sexuelles avec elles. Normalement, il aurait peur de grossesses non désirées et des scandales, mais « le droit » de libérer le contrôle des naissances prend soin de cela. Mais maintenant, un nouveau problème surgit : si le patron n’a pas de relations sexuelles avec ses employées, il est, dans son esprit, celui qui paye pour leur permettre d’avoir des rapports sexuels avec d’autres hommes sans risquer les conséquences d’une grossesse non désirée. Et le patron-homme ne verra probablement pas quel est son avantage dans cette histoire. Cela crée un aléa moral.

Cherchez Harvey Weinstein, le producteur à Hollywood accusé de nombreuses irrégularités sexuelles avec des femmes qu’il employait, y compris des célébrités telles que Gwyneth Paltrow. Un autre éditorial, dans le NY Times d’aujourd’hui est intitulé « Weinstein et notre culture des facilitateurs ». Je n’ai jamais participé à cette culture et j’évite généralement Los Angeles, la ville et les films hollywoodiens qui y sont fabriqués (franchement, Bollywood c’est tellement mieux!) mais j’en connais peu à ce sujet. Par exemple, il y a un meuble classique appelé « le casting sur canapé » – un fauteuil en cuir noir, pour faciliter le nettoyage – sur lequel les producteurs et les directeurs de casting ont des rapports sexuels avec des actrices en herbe. Il est possible de comprendre pourquoi une telle « culture » (j’en dirais plus à ce sujet bientôt) a pu se développer. Le fond de commerce dans l’industrie cinématographique est l’intimité feinte avec des étrangers. Recoupez les actions à l’écran avec les personnes mentionnées dans les titres : ils ne sont presque jamais liés ou engagés dans une relation hors écran, et pourtant ils continuent de faire comme s’ils l’étaient. Il va de soi, alors, que les producteurs et les directeurs de casting veuillent « tester la marchandise » (remarquez comment cette métaphore établit un continuum entre agir et prostitution) avant d’engager des moyens, pour être sûrs que les femmes qu’ils embauchent peuvent simuler efficacement devant le grand écran. Ce genre de chose a duré des décennies et les personnes impliquées, à la fois les « prédateurs » et leurs « victimes », sont devenues fabuleusement riches en laissant les autres les regarder simuler devant la caméra. Mais maintenant qu’ils ont formé un peloton d’exécution circulaire, peut-être qu’ils devraient tous être déclarés inaptes à servir et leurs emplois délocalisés en Inde.

Tout cela est tapageur et ennuyeux, et tout ce qui m’intéresse ici est l’abus de la métaphore; en particulier, l’utilisation du terme « culture » pour signifier « manque de culture ». En général, lorsque les gens parlent de culture, ils parlent de grands monuments culturels. Par exemple, Saint-Pétersbourg, d’où j’écris ceci, est un espace culturel géant. La ville est pleine de monuments physiques – des statues et des bâtiments monumentaux, dont beaucoup incluent des statuaires. Sur ces monuments physiques se trouvent de nombreuses plaques commémorant d’autres monuments culturels qui ne sont pas architecturaux – les nombreux écrivains, artistes, poètes, compositeurs, scientifiques, aventuriers et guerriers dont les noms ont servi à nommer de nombreuses rues. Regardez les affiches : y sont annoncés des expositions d’art, des concerts, des festivals, des conférences et de nombreux autres événements culturels. Et cela, mes amis, c’est de la culture!

OK, assez de propagande russe! Ce que je veux souligner, c’est qu’il y a toutes sortes de choses appelées « culture » qui sont tout sauf de la « culture ». Il y a ce que l’on appelle métaphoriquement la « culture d’entreprise », dont Weinstein est actuellement considéré comme un spécimen de premier ordre – et qui peut peut-être être décodé non métaphoriquement comme un « lâche acquiescement à la turpitude morale ». Et il y a aussi une « culture du journalisme généraliste », qui essaie de vous mener comme un animal avec une chaîne attachée à un anneau passé dans le nez. Les deux tentent d’atteindre leurs objectifs néfastes par la corruption du langage en utilisant la métaphore et la métonymie, en tordant les clichés et en inversant les significations (« culture » pour « manque de culture », « droit » pour « mandat non financé », « guerre de classe » pour « égalitarisme » et ainsi de suite). Mais nous pouvons apprendre à voir à travers ces astuces linguistiques, et cela nous permettra au moins de filtrer leur absurdité et peut-être même de les battre à leur propre jeu.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

 

 

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Airbus prend les commandes du Cseries de Bombardier

Airbus prend les commandes du Cseries de Bombardier

Bruno Trevidic Le 17/10 à 03:51

 

 

Airbus va désormais piloter la fabrication et la vente du Cseries de Bombardier  – Bombardier

Airbus a annoncé lundi soir la prise de contrôle du programme-phare de l’avionneur québécois, en grandes difficultés.

Le secret avait été bien gardé et la surprise fut totale. Airbus va prendre le contrôle du Cseries de Bombardier, le programme-phare du groupe québécois. Le président d’Airbus, Tom Enders, et son homologue de Bombardier, Alain Bellemare, l’ont annoncé dans la nuit de lundi à mardi, lors d’une double conférence de presse à Amsterdam et Montréal.

Au terme de l’accord, Airbus détiendra 50,01% de la société créée en juin 2016 par Bombardier et le gouvernement du Québec pour sauver le programme Cseries de la faillite. Le groupe familial québécois verra sa part tomber à 31%, tandis que les autorités québécoises conserveront 19% du capital. Mais le groupe européen détiendra les commandes de l’entreprise, avec quatre des sept sièges d’administrateurs et le choix du président.

Une opération sans bourse délier

Et ce, sans bourse délier, car l’opération s’effectuera sans injection de cash, ni rachat en argent, ni reprise de dette. En échange de la majorité des parts, Airbus s’engage seulement à mettre tout son savoir-faire industriel et commercial au service du programme Cseries, en grandes difficultés.

«C’est une situation gagnant-gagnant pour tout le monde. (…) Je n’ai aucun doute que ce partenariat avec Bombardier va augmenter les ventes et la valeur du programme», a souligné Tom Enders, qui signe là sa plus belle opération de consolidation depuis son arrivée à la tête de l’ex-groupe EADS, en 2012, et fait au passage la démonstration de sa capacité à poursuivre une stratégie offensive, malgré  les affaires de corruption qui brouillent son image .

Conforter l’avance sur les monocouloirs

Pour Airbus, le Cseries, avec ses deux versions de 110 à 130 sièges, est complémentaire de la famille A320 et constitue un produit d’entrée de gamme à la fois moins onéreux (33 millions de dollars pour un CS100) et très performant, puisqu’il s’agit du plus moderne des monocouloirs occidentaux.

Il devrait permettre à l’avionneur européen de conforter son avance sur le marché des appareils moyen-courriers monocouloirs, qui constituent la majeure part des commandes d’avions pour les 20 prochaines années.

Stopper l’hémorragie de cash chez Bombardier

Pour Bombardier, l’adossement à Airbus va permettre de stopper l’hémorragie de cash qui menaçait d’entraîner l’ensemble du groupe dans la tombe. En 2015, le groupe familial n’avait déjà dû son salut qu’à l’injection, par le gouvernement du Québec et la Caisse des dépôts, de plus de 4 milliards de dollars. Mais cette bouffée d’oxygène n’avait pas réglé pour autant les problèmes du Cseries, confronté à des problèmes de mise au point, à des surcoûts de production importants et, surtout, à la défiance de la clientèle.

A cette époque, Bombardier avait d’ailleurs déjà approché Airbus pour lui proposer les clefs du programme. Mais des fuites dans la presse avait fait capoter l’opération… Du moins provisoirement. «L’arrivée d’Airbus va permettre d’assurer la viabilité et la croissance du programme du C Series, en plus de consolider tout le secteur aéronautique québécois», a expliqué Alaian Bellemare.

Le coup de trop des Etats-Unis

Depuis son lancement en 2013, le CSeries n’a accumulé que 350 commandes.  En 2016, le groupe n’avait ainsi pu livrer que 7 exemplaires de la première version CS100, tout en accusant une perte de 450 millions de dollars.

Et les perspectives pour les prochaines années n’étaient guère plus favorables, après la décision des autorités américaines d’imposer des droits de douane de 300% aux 75 Cseries vendus à la compagnie américaine Delta avec un rabais assimilé à du dumping par Washington. Un coup dur de trop pour Bombardier, qui a probablement accéléré la décision d’un rapprochement avec Airbus.

Une seconde chaîne d’assemblage à Mobile

Avec le soutien d’Airbus, le Cseries va non seulement pouvoir baisser ses coûts de production, en s’appuyant sur la chaîne de sous-traitants d’Airbus, mais également relancer ses ventes et à terme, augmenter sa production.

Si l’accord prévoit le maintien des emplois et de la production sur les sites actuels de Bombardier, au Québec, il est déjà prévu d’installer une seconde chaîne d’assemblage à Mobile, en Alabama, près de la chaine d’assemblage d’Airbus A320.

Boeing grand perdant

Au final, le grand perdant de la soirée semble être Boeing, qui avait tenté de fermer les portes de son marché domestique à Bombardier, par crainte de voir le québécois  servir de cheval de Troie au chinois Comac , et qui se retrouve finalement confronté à une alliance de ses deux principaux concurrents.

L’avionneur américain va probablement devoir réagir s’il ne veut pas se faire définitivement distancer sur le marché des monocouloirs, peut-être en annonçant très prochainement le lancement d’un nouveau modèle de milieu de gamme.

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/vqsvuu

Bruno Trévidic

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/industrie-services/air-defense/030731340689-airbus-prend-les-commandes-du-cseries-de-bombardier-2122793.php#M4vdp2F6GaHdy5Fr.99

Faut-il prendre au sérieux la politique US contre l’Iran ?

Faut-il prendre au sérieux la politique US contre l’Iran ?

Le département d’État et le président Trump ont proféré des imprécations contre le Hezbollah et l’Iran qui font craindre une rupture de l’accord 5+1. Mais pour Thierry Meyssan, si le pire est possible, il est beaucoup plus probable qu’une fois encore Washington met en scène une fausse querelle pour mieux manipuler ses alliés israéliens et saoudiens.

| Damas (Syrie)

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© Mohamed Sabra

Le discours du président états-unien sur l’Iran a été précédé d’un point de presse au département d’État accusant le Hezbollah d’exporter le terrorisme dans le monde entier pour le compte de Téhéran [1]. Joignant l’acte à la parole, une récompense a été offerte pour l’arrestation de deux de ses commandants. Mais —surprise !— pas un mot ni sur ses victoires face aux jihadistes, ni sur les 800 millions de dollars que le Guide Ali Khamenei vient d’offrir à la Résistance libanaise [2].

Puis, prenant la parole, le président Trump n’a pas manqué d’insulter autant que faire se peut l’héritage de l’imam Rouhollah Khomeini, les Gardiens de la Révolution et le Guide [3].

Il a relayé toutes sortes d’accusations anciennes dont ils ont pourtant été blanchis il y a longtemps et a jeté les bases pour les accuser d’animer la résurgence d’Al-Qaïda.

Avant même la fin de son discours, le pétrole était déjà en hausse de 85 cents le baril, le marché misant sur un arrêt des investissements pétroliers iraniens. Dans les heures qui suivirent, la totalité des États occidentaux et la Russie déplorèrent l’agressivité de Donald Trump, tandis qu’Israël et l’Arabie saoudite l’applaudissaient.

Or, les seules décisions annoncées par le président Trump et le département d’État sont la récompense mentionnée plus haut et l’arrêt de la certification de l’accord 5+1 devant le Congrès [4] ; cette dernière décision ne relève pas des relations internationales, mais exclusivement de la politique intérieure états-unienne. L’accord du 14 juillet 2015 a été adopté par le Conseil de sécurité des Nations Unies et ne peut être défait que par lui. Bien sûr, tous les diplomates savent que derrière cet accord multilatéral, les États-Unis et l’Iran sont convenus d’un protocole bilatéral secret qui régit leurs rôles respectifs au Moyen-Orient élargi. Au moment où j’écris, personne n’est capable de dire si le président Trump a remis en cause ou non ce protocole. Par conséquent toutes les réactions aux annonces du département d’État et à son discours du 13 octobre sont du pur théâtre.

Les classes dirigeantes des États-Unis et de l’Iran ont toujours été passionnées à propos de leurs relations respectives. Déjà, lors de la Révolution de 1979, l’administration Carter était divisée si profondément que le secrétaire d’État, Cyrus Vance, et le conseiller de Sécurité, Zbigniew Brzeziński, s’affrontèrent et menacèrent l’un et l’autre de démissionner si le président ne les écoutait pas. C’est finalement le second qui l’emporta sur le premier, non sans avoir travesti l’arrestation des espions de l’ambassade de Téhéran en une séquestration d’« otages » et sans s’être ridiculisé en échouant à les libérer [5]. À partir de cet incident, les relations de Washington avec Téhéran sont une succession de mensonges médiatiques n’ayant aucun rapport avec la réalité.

Du point de vue iranien, le Royaume-Uni et les États-Unis sont des prédateurs et des menteurs qui ont colonisé et exploité leur pays. Ils continuent à écraser d’autres États qui ne se sont pas encore révoltés. C’est pourquoi, les Iraniens les désignent communément sous les sobriquets de « Petit Satan » et de « Grand Satan ». Selon l’ayatollah Ali Khamenei, chaque homme digne de ce nom se doit de lutter contre leurs agissements pervers. D’un autre côté, tout n’est pas mauvais chez les Anglo-Saxons et il n’y a pas de raison de ne pas faire d’affaires avec eux.

Durant l’administration Bush Jr., le vice-président Dick Cheney ne cessa de comploter avec Londres et Tel-Aviv pour attaquer Téhéran. Il créa le très secret Groupe pour la Politique et les Opérations en Iran et en Syrie («  Iran Syria Policy and Operations Group  ») autour de sa fille, Liz Cheney, et d’un vieux routier des opérations secrètes, Elliott Abrams. Il envisagea successivement de bombarder atomiquement ce pays, puis de soutenir une attaque israélienne depuis des aéroports loués à la Géorgie. Cependant, c’est exactement l’inverse qui advint : le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le chef d’état-major interarmes US, l’amiral Mike Mullen, se rencontrèrent secrètement le 2 mars 2008 à Bagdad. En renversant les Talibans afghans et le président iraquien Saddam Hussein, les États-Unis éliminèrent les ennemis de l’Iran à sa place et favorisèrent son influence régionale.

Durant l’administration Obama, la Maison-Blanche tenta de renverser le président Mahmoud Ahmadinejad en organisant la révolution colorée de 2009. Tirant les conclusions de son échec, elle prit contact avec ses opposants réunis autour de l’ancien président Hachemi Rafsandjani. Il se trouve que, dans la période 1983-86, le Conseil national de sécurité US organisa l’opération Iran-Contras. À l’époque le colonel Oliver North et l’éternel Elliott Abrams s’appuyèrent sur un député, cheikh Hassan Rohani, qui les introduisit auprès de l’hodjatoleslam Rafsandjani. C’est donc avec eux que l’administration Obama commença à discuter à Oman, en mars 2013. Et grâce à un tour de passe-passe, le candidat d’Ahmadinejad ne fut pas autorisé à se présenter à l’élection présidentielle que cheikh Rohani remporta cinq mois plus tard. Dès son arrivée au pouvoir ce dernier commença à négocier officiellement l’accord 5+1 qu’il avait imaginé lors des négociations d’Oman.

Donald Trump, quant à lui, n’a pas cessé de tenir un discours violemment anti-iranien durant sa campagne électorale. C’était aussi la position de son premier conseiller de Sécurité, le général Michaël Flynn. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, en janvier dernier, le président a pourtant éliminé un à un tous ceux de ses conseillers anti-Iraniens (à l’exception de Mike Pompeo, l’actuel directeur de la CIA). Au contraire ses trois principaux conseillers sont pro-Iraniens (son directeur de cabinet le général John Kelly, son secrétaire à la Défense le général James Mattis et son secrétaire d’État Rex Tillerson).

Il est d’ailleurs intéressant d’observer que lors de la nomination du secrétaire d’État, la presse pro-Obama annonçait comme une certitude que le poste échoirait à Elliott Abrams —encore lui—. Le président le reçut longuement, l’interrogea sur ses relations avec cheikh Rohani, puis le raccompagna à la porte et nomma Tillerson.

Il est tout à fait possible que le président Trump détruise l’accord irano-US sur un coup de tête et —beaucoup plus grave— s’en prenne aux Gardiens de la Révolution, mais il est bien plus probable qu’il joue une nouvelle fois la comédie pour apaiser ses alliés israéliens et saoudiens. Nous devons conserver à l’esprit que Donald Trump n’est pas un politicien professionnel, mais un promoteur immobilier, et qu’il agit comme tel. Il a réussi professionnellement en semant la panique par des propos excessifs et en observant les réactions qu’ils provoquaient chez ses concurrents et ses partenaires.

Pour trancher entre ces deux hypothèses, nous devons attendre les sanctions contre les Gardiens de la Révolution. Nous verrons alors si elles sont sérieuses ou relèvent uniquement à la fois de la manière de faire de Donald Trump et de la mascarade traditionnelle des États-Unis face à l’Iran.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Point de presse sur les mesures prises par les États-Unis pour lutter contre le Hezbollah », par Nathan Sales, Réseau Voltaire, 10 octobre 2017. Voir aussi la tribune libre de Tom Bossert dans Le Monde : « Les États-Unis continueront à isoler l’Iran et son allié le Hezbollah ».

[2] « Le Guide suprême de la Révolution a distribué en 2016 plus d’1 milliard de dollars dans le monde », Réseau Voltaire, 16 septembre 2017.

[3] “Remarks by Donald Trump on Iran Strategy”, Voltaire Network, 13 October 2017.

[4] « Nouvelle stratégie du président Donald Trump concernant l’Iran », Note de synthèse de la Maison-Blanche, Réseau Voltaire, 13 octobre 2017.

[5] Il n’y a jamais eu d’otages de l’ambassade US à Téhéran, mais des espions arrêtés en flagrant délit dans l’ambassade. D’ailleurs, malgré ses cris d’orfraie, Washington n’a jamais demandé de réparation pour cet incident.

 

http://www.voltairenet.org/article198381.html

Points de vue russes sur les référendums séparatistes en Espagne et en Irak

Points de vue russes sur les référendums séparatistes en Espagne et en Irak



Saker US
Saker US

Par le Saker – Le 5 octobre 2017 – Source The Saker

Les récents référendums en Catalogne et au Kurdistan, tout en n’étant pas des développements essentiels pour la Russie, ont provoqué un débat animé dans les médias et le public russes. Le Kremlin lui-même s’est retenu de faire des déclarations fortes, ce qui peut indiquer qu’il pourrait y avoir différentes opinions sur ces questions dans des ministères importants. Examinons ces deux situations d’un point de vue russe.

Kurdistan

C’est le plus simple, en comparaison : il est impossible que la Russie prenne le risque de s’aliéner l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie. En outre, le « Kurdistan indépendant » est si évidemment un projet américano-israélien qu’il n’y a aucun électorat en Russie pour le soutenir. Ou existe-t-il ?

N’oublions pas que malgré tous les sourires et les déclarations d’amitié réciproque officiels, Erdogan n’a pas, et n’aura jamais, jamais, la confiance du Kremlin. En plus, n’oublions pas que la Russie et la Turquie se sont affrontées dans douze guerres (1568-1570, 1672-1681, 1686-1700, 1710-1713, 1735-1739, 1768-1774, 1787-1791, 1806-1812, 1828-1829, 1853-1856, 1877-1878, 1914-1918). Nous ne devrions pas non plus oublier le rôle joué par la Turquie dans son soutien au terrorisme takfiri en Tchétchénie. Ou le fait que Erdogan lui-même porte une immense responsabilité dans le bain de sang en Syrie. Oh, et il y a le problème du bombardier russe abattu (avec l’aide des États-Unis) dans l’espace aérien de la Syrie. Donc, dans l’ensemble, il s’est passé beaucoup de choses dans le passé et les Russes ne les ignoreront pas. Alors qu’il n’est certainement pas dans l’intérêt national de la Russie de soutenir totalement un Kurdistan indépendant quelque part (ce qui signifie pas en Turquie, pas en Irak, pas en Iran et pas en Syrie), un approche inspirée par la Realpolitik suggèrerait que les Russes ont un intérêt objectif à laisser la question kurde s’envenimer, uniquement pour avoir un levier potentiel contre la Turquie. Est-ce du cynisme ? Oui, absolument. Je ne dis pas que c’est moralement et éthiquement juste, seulement qu’il y en aura en Russie qui défendront cette position.

Je pense que le vrai problème pour la Russie est le suivant : la paix entre la Russie et la Turquie est-elle encore possible ? Personnellement, je le crois et, non seulement cela, je crois même que la paix entre la Russie et la Turquie est absolument nécessaire. Et cela, à son tour, signifie qu’elle pourrait être inévitable. Je vous explique.

Premièrement, les dynamiques des XXe, XIXe, XVIIIe, XVIIe et XVIe siècles ne sont pas transposables au XXIe siècle. Si les facteurs géographiques n’ont pas changés au cours de ces derniers siècles, les réalités militaires l’ont fait. Oui, la Russie et la Turquie peuvent encore être en concurrence pour l’influence ou le contrôle de la mer Noire, mais pour la première fois dans l’Histoire, le résultat d’une guerre russo-turque est devenu absolument prédictible : la Russie gagne, la Turquie perd ou même disparaît totalement. Les Russes le savent, et les Turcs aussi. Il est extrêmement peu probable que cela change dans un futur prévisible.

Deuxièmement, je dirais que la Russie et la Turquie ont des problèmes communs et des ennemis communs. Assurément, la Turquie est encore membre de l’OTAN, je ne pense pas que cela changera bientôt, mais sa participation dans le processus perd beaucoup de sa substance. La tentative de coup d’État contre Erdogan, totalement soutenu et aidé par les États-Unis, est une puissante illustration qu’avec des amis comme les USA, la Turquie n’a pas besoin d’ennemis. Donc examinez la question du point de vue turc : que veulent la Russie et les États-Unis pour la Turquie ? Les États-Unis veulent que la Turquie soit une colonie étasunienne et l’utiliser contre la Russie, l’Iran et les pays arabes dans la région ainsi que pour soutenir Israël. Que veut la Russie de la Turquie ? Qu’elle soit un partenaire prévisible, fiable et vraiment indépendant avec lequel elle peut travailler. Maintenant, si vous étiez turc, quelle option vous intéresserait le plus ?

Troisièmement, les anciens ennemis peuvent devenir des partenaires – pensez seulement à la France et à l’Allemagne, par exemple. Cela peut se produire lorsque des facteurs objectifs se combinent à une volonté politique et « poussent » ensemble à une transition fondamentale d’ennemis à partenaires. J’incline de plus en plus à penser que cela pourrait advenir entre la Russie et la Turquie.

Je ne pense pas jouer ici au « jeu du contentement » de Pollyanna. Et oui, il y a encore une masse de problèmes en Turquie qui peuvent s’embraser, y compris la mégalomanie d’Erdogan, les fantasmes impériaux néo-ottomans, une méchante sorte d’islamisme ottoman, la politique toxique de la Turquie à l’égard de Chypre, de la Grèce et de la Serbie, etc. Mais la Russie ne peut pas se plaindre de la stupidité aveugle des Européens de l’Est qui échouent à saisir les différences fondamentales entre l’ancienne URSS et la nouvelle Russie et en même temps agir comme si la Turquie moderne était l’ancien Empire ottoman. Il y a des moments dans l’histoire où ce qui est exigé de dirigeants sages, est d’avoir le courage intellectuel de comprendre que quelque chose de fondamental a changé et que les anciennes dynamiques ne s’appliquent tout simplement plus. À tout le moins, la Russie devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour encourager la Turquie à abandonner ses anciennes manières et à suivre la Russie dans la compréhension que son futur n’est pas avec l’Ouest, mais avec le Sud, l’Est et le Nord.

Quatrièmement, la question kurde présente aussi un risque indirect sérieux pour la Russie : même si celle-ci n’est pas directement impliquée, des tensions ou, Dieu nous en garde, une guerre dans n’importe quelle combinaison de la Turquie, de l’Iran, de la Syrie et de l’Irak serait un désastre pour la Russie parce que tous ces pays sont, à des degrés divers, des alliés des Russes. N’importe quel conflit entre ces pays les affaiblirait et, par conséquent, affaiblirait aussi la Russie.

Pour toutes ces raisons, je suis personnellement convaincu qu’avoir un problème kurde persistant n’est pas dans l’intérêt national russe. Cependant, il n’est pas dans l’intérêt national des Russes d’essayer de s’impliquer profondément sur cette question. Au mieux, les Russes peuvent proposer d’agir comme intermédiaires afin d’aider les parties à trouver une solution négociée, mais c’est tout. La Russie n’est ni un empire ni un gendarme mondial et elle n’a pas à essayer d’influencer ou, encore moins, de contrôler les résultats dans cette affaire épineuse.

Israël et les États-Unis feront tout leur possible pour empêcher la Turquie d’intégrer des partenariats régionaux avec la Russie ou l’Iran, mais ce pourrait n’être pas assez pour empêcher les Turcs de comprendre qu’ils n’ont pas d’avenir avec l’UE ou l’OTAN. Dans l’Empire anglosioniste, certains sont plus égaux que d’autres, et la Turquie ne se verra jamais garantir un quelconque partenariat véritable dans ces organisations. Le résultat est le suivant : la Russie a beaucoup à offrir à la Turquie et je crois que les Turcs commencent à le comprendre. La Russie peut, en outre, faire beaucoup mieux que soutenir simplement le séparatisme kurde comme moyen de maintenir la pression sur Ankara. « L’ennemi de mon ennemi est mon ami » est trop primaire pour être à la base de la politique de la Russie à l’égard d’Ankara.

Pour toutes ces raisons, je ne vois pas la Russie soutenir le séparatisme kurde. Elle n’a rien à gagner à soutenir ce qui est clairement un projet américano-israélien destiné à déstabiliser toute la région. Je crois que les Kurdes eux-mêmes ont commis une immense erreur historique en s’alignant sur les États-Unis et Israël et que par conséquent ils vont récolter les fruits amers de cette erreur de calcul stratégique : personne dans la région ne soutient un « second Israël » (à part Israël, bien sûr) et la Russie pas plus que les autres.

Catalogne

La Catalogne est loin de la Russie et le résultat de la crise là-bas n’aura aucune influence réelle sur les intérêts nationaux russes. Mais sur un plan politique, la Catalogne est très importante pour les débats politiques russes. Voyez vous-mêmes.

Le cas de la Catalogne est comparable à celui de la Crimée : un référendum local, organisé contre la volonté du gouvernement central. En revanche, lorsque le Kosovo a été détaché de la Serbie dans l’illégalité la plus totale et sans aucune sorte de référendum, tout l’Occident a fait une standing ovation à cette abomination. Les Russes émettent alors de sérieux avertissements sur le précédent que cela constitue et ensuite s’est produit en Ossétie du Sud, en Abkhazie et en Crimée. La sécession de la Catalogne n’est-elle pas l’étape suivante logique ? N’y a-t-il pas une beauté karmique dans le fait que l’Espagne et le reste de l’UE sont maintenant frappés par le même démon qu’ils ont lâché sur le Kosovo ? Il y a une certaine Schadenfreude pour de nombreux Russes à voir ces ânes pompeux de politiciens européens assis sur le nid de fourmis rouges du séparatisme – voyons combien vous êtes vraiment intelligents et « démocratiques », les gars ! C’est assez drôle, de manière douce-amère, de voir comment des policiers « démocrates » frappent des manifestants pacifiques dont le seul « crime » était de vouloir mettre un bulletin dans une urne. Beaucoup de Russes disent maintenant que la Russie est aujourd’hui le seul pays véritablement démocratique et libre qui reste. Inutile de dire que la manière dont le gouvernement de Madrid a géré cette situation porte encore plus atteinte à la crédibilité de l’Occident, de l’Union européenne et de toute la notion d’une « Europe civilisée » qui serait « démocratique ».

Mon sentiment est que la manière dont le gouvernement central a traité cet événement a aliéné la plupart des Russes qui sont tout simplement déroutés par la stupidité crasse et la brutalité inutile de la répression policière pendant le vote : qu’est-ce que les flics essayaient de faire ? Ont-ils vraiment pensé qu’ils pourraient empêcher le vote ? Et quel est le sens de nier qu’un référendum a eu lieu ? Et que dire de l’éloge de la police et de son comportement ? Je dois dire, malgré tous mes préjugés pro-espagnols, que la manière dont Madrid a géré tout ça me semble extraordinairement stupide et suicidaire.

Historiquement, l’URSS a été du côté républicain pendant la guerre civile espagnole et il existe toujours de nombreux liens entre la Russie et la Catalogne aujourd’hui. Il y a cependant aussi de la sympathie entre la Russie et l’Espagne et les Russes comprennent que l’Espagne soutient toutes les politiques américaines à l’égard de la Russie parce qu’elle est une colonie étasunienne totalement soumise. Pourtant de nombreux commentateurs russes ont parlé du « fascisme » de Madrid dans sa gestion des événements en Catalogne, et les images d’anti-séparatistes criant des slogans franquistes n’a pas aidé.

Certains Russes, cependant, libéraux pour la plupart, mettent en garde contre le soutien aux mouvements séparatistes en Europe à cause de la Russie, elle-même nation multi-nationale, et du risque que la mode séparatiste y revienne. Je ne crois pas que ce soit un véritable risque. Pas après la Tchétchénie. Je ne vois pas de région qui soit vraiment intéressée à tenter de se séparer de la Fédération de Russie. Le cas échéant, je vois plus de possibilités pour diverses régions de l’autre côté de la frontière russe de rejoindre la Russie (la Novorussie pour commencer).

La question qui divise beaucoup de Russes est la suivante : la Russie s’en tire-t-elle mieux avec une UE forte, parce qu’une UE forte pourrait être plus apte à tenir tête aux États-Unis ou la Russie est-elle mieux avec une UE faible, parce qu’une UE faible affaiblit le « front » occidental contre la Russie ? Mon opinion personnelle est que l’UE est condamnée de toute façon et que son effondrement serait une bonne chose pour les peuples d’Europe parce que cela nous rapprocherait de l’inévitable décolonisation du continent européen. Cela me suggère l’idée que tandis que le résultat final de la crise actuelle est probablement sans importance pour la Russie, le fait qu’une crise ait lieu est à son avantage.

Je pense que la plupart des Russes ont des sentiments positifs à l’égard de l’Espagne comme de la Catalogne. Les seuls sentiments clairement négatifs que j’ai vus ces derniers jours sont provoqués par la manière brutale et idiote dont Madrid a traité la crise : la plupart des Russes sont sincèrement consternés par la violence et l’hypocrisie des politiciens européens. Mais sinon, la position du Kremlin, « c’est un problème interne à l’Espagne », est probablement soutenue par une majorité d’experts. La Russie n’a rien à gagner à s’immiscer dans la crise et elle ne le fera donc pas.

Conclusion

Les récents référendums au Kurdistan et en Catalogne ont le potentiel de se transformer en l’étincelle proverbiale qui provoquera une immense explosion. Les Russes sont conscients de ce risque et feront ce qu’ils peuvent pour éviter un tel résultat. Contrairement aux États-Unis qui se nourrissent de crises, d’où leur soutien public aux Kurdes et leur soutien caché aux Catalans, le « modèle politique » (au sens de « modèle de gestion ») de la Russie n’a pas du tout besoin de crises ; en fait les Russes les détestent absolument (encore une autre raison pour laquelle l’idée d’une invasion russe de n’importe quel pays, y compris en Europe, est tout simplement ignorante de ce fait et totalement stupide). Il y a un paradoxe ici : les États-Unis, dont l’armée n’a pas remporté de victoire importante depuis la guerre dans le Pacifique, pousse au conflit, au chaos et à la violence, alors que la Russie, qui a probablement l’armée la plus impressionnante sur la planète, semble considérer les conflits comme un fléau qui doit être évité à tout prix. En réalité, il n’y a là aucun paradoxe, mais tout simplement deux modèles civilisationnels fondés sur des visions fondamentalement différentes du genre de monde dans lequel ils veulent vivre. Quoiqu’il se passe à l’avenir, les Russes observeront ces deux conflits avec quelque inquiétude et ils en débattront chaudement. Mais je ne les vois pas essayer de s’impliquer activement dans ce qui n’est, fondamentalement, pas leur problème.

The Saker

Cet article a été rédigé pour Unz Review

 

http://lesakerfrancophone.fr/points-de-vue-russes-sur-les-referendums-separatistes-en-espagne-et-en-irak

 

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