Cuba/ Etats-Unis : le gouvernement cubain est-il corrompu ?

Cuba/ Etats-Unis : le gouvernement cubain est-il corrompu ?

Les débuts du président des États-Unis à l’ONU ne pouvaient pas être pires, son discours débordait d’irrationalité, se projetant en homme agressif, belliciste et sans culture historique, et crachant ses mensonges devant le monde…


 

Dès le début de son discours, les mensonges ont commencé, en précisant que :

« Nos citoyens ont payé le prix le plus élevé pour défendre notre liberté … »

Quand les États-Unis ont-ils été attaqués ou envahis et quand leur liberté a-t-elle été menacée ?

Au contraire, ce sont les États-Unis qui envahissent, attaquent, bloquent et font des guerres sales, afin de restreindre la liberté des autres dans n’importe quelle partie du monde.

Dans ses attaques contre ceux qui ne s’agenouillent pas devant l’empire yankee, il a qualifié le gouvernement cubain de « régime corrompu et déstabilisateur », comme si la vérité pouvait être dissimulée sous son doigt.

Mais quel est le pays le plus corrompu dans le monde aujourd’hui ?

Sans aucun doute, les États-Unis, où la suprématie de l’usage de drogue est sans équivalent, mais où il n’y a jamais aucune nouvelle d’arrestation des responsables de ce trafic interne qui détruit annuellement des millions de jeunes. Où donc les magnats de la drogue se cachent-ils aux États-Unis pour ne jamais être arrêtés ?

Apparemment, Trump, depuis son luxueux appartement recouvert d’or, n’a pas le temps, ni l’envie de s’informer de ce qui se passe dans son pays.

Un examen de la véritable situation aux États-Unis, relative à la corruption, lui permettrait de mesurer son langage lorsqu’il essaie d’attaquer les autres.

 

***

 

– Donald Trump doit savoir qu’en 1970, Joseph Andonizio, maire de Newark, New Jersey, a été reconnu coupable d’avoir permis au crime organisé d’agir librement dans sa ville.

– L’ancien vice-président américain Spiro Agnew a été contraint de démissionner en 1973 pour évasion fiscale.

– En 1979, le gouverneur du Tenneesee, Ray Blanton, a été condamné à deux ans de prison pour avoir touché de l’argent en échange de licences frauduleuses pour vendre de l’alcool.

– Ne vous souvenez-vous pas M. Trump, du scandale national et international en 1987, causé par le suicide (d’un coup de feu dans la bouche) devant les caméras de la télévision, du trésorier de Pennsylvanie, Budd Dwyer, après avoir été reconnu coupable d’avoir accepté des pots-de-vin dans l’attribution de contrats ?

– Avez-vous oublié qu’en 2002, le sieur Edwin, gouverneur de la Louisiane, a été reconnu coupable de 17 chefs d’accusation d’association de malfaiteurs et autres délits pour avoir accordé des faveurs contre de l’argent ?

– La même année, le représentant fédéral de l’Ohio, James Traficant, a été condamné à 7 ans de prison pour le même crime d’association de malfaiteurs et autres délits.

– La même chose s’est produite avec le représentant fédéral du Kentucky, Carroll Hubbard, après avoir plaidé coupable pour violation de la loi sur le financement politique.

– La liste des corrompus est longue et ça vaut la peine de rappeler au président d’autres cas comme celui du maire de Miami Beach, Alex Daoud, sanctionné en 1991 pour crimes de corruption.

– Comme le gouverneur de l’Illinois, George Ryan, reconnu coupable de 22 chefs d’accusation d’association de malfaiteurs, de corruption, de blanchiment d’argent et d’autres crimes connexes, ainsi que le gouverneur de l’Illinois, Rod Blagojevich, qui a été condamné à 14 ans de prison pour 17 chefs d’accusation de corruption publique.

– Duke Cunningham, en 2005, lorsqu’il était représentant fédéral de la Californie, a plaidé coupable pour fraude et évasion fiscale, entre autres accusations, pour éviter une condamnation plus dure et a quand même été condamné à huit ans de prison.

– Kwame Kilpatrick, le maire de Détroit, a été condamné à 28 ans de prison en 2013 pour association de malfaiteurs et de nombreux autres crimes, alors que la ville de Detroit s’effondrait dans la misère.

– Au même moment, le représentant fédéral de l’Illinois, Jesse Jackson, était sanctionné pour de multiples accusations de corruption.

– Le sénateur du New Jersey, Robert (Bob) Menéndez, membre de la mafia anti-cubaine, est actuellement poursuivi pour corruption et participe à des orgies en République dominicaine, utilisant de l’argent et des moyens gouvernementaux pour favoriser les affaires d’un ami.

 

***

 

Dans « l’Indice de Perception de la Corruption », réalisé par Transparency International, les États-Unis se classent au 16e rang mondial, devant l’Irlande, le Japon et la France.

Les données obtenues par le ministère américain de la Justice estiment qu’au cours des deux dernières décennies, environ 20 000 personnes ont été reconnues coupables de corruption, y compris des fonctionnaires, et plus de 5 000 sont sous enquête criminelle, dont la majorité sont des fonctionnaires de gouvernements locaux et de l’Etat.

Aux États-Unis, il est courant que les fonctionnaires gouvernementaux acceptent des avantages privés sous forme d’espèces ou de cadeaux, en échange de faveurs à des individus ou des groupes, comme c’est le cas du sénateur Bob Menendez.

De même, recevoir des contributions pour des campagnes politiques ou un soutien en échange de certains avantages spécifiques, par des accords explicites ou implicites, est une autre des modalités criminelles aux États-Unis, bien que leur président milliardaire insiste sur le fait que le monde croit qu’ils sont un exemple de respect des droits de l’homme, de défenseurs de la paix, de respect de la souveraineté et de la dignité.

Le monde doit être conscient de la réalité de ce qui se passe aux États-Unis, quelque chose que la presse officielle dénonce peu, comme la liste dressée par les universitaires Dincer et Johnston pour l’Université de Harvard, et les données de l’Université George Mason qui prouvent que parmi les états les plus corrompus, il y a le Kentucky, l’Illinois et le New Jersey.

Ce qui n’est pas du goût de Bryan Weaver, un éminent militant du parti démocrate, qui a déclaré :
« Les politiciens de Washington ont développé une culture de la corruption sophistiquée, avec le système du « laisser passer les événements douteux de la politique américaine ». En d’autres termes, le « lapsus éthique » est à l’ordre du jour.

Cuba n’a pas à avoir honte, les campagnes tramées par les États-Unis ne sont destinées qu’à déformer une réalité qu’ils ne peuvent supporter, et c’est pour cela que leurs plans sont fomentés en permanence pour détruire son œuvre.

Jose Marti avait raison lorsqu’il a dit :

« Il n’y a rien qui renforce autant une œuvre que l’injustice palpable de ceux qui la salissent ».

 

Spécialiste des relations cubano-américaines, Arthur González est rédacteur en chef du blog El Heraldo Cubano.

 

Traduit de l’espagnol par Michel Taupin pour Cuba Si France

 

Source : El Heraldo Cubano

 

http://www.investigaction.net/fr/cuba-etats-unis-le-gouvernement-cubain-est-il-corrompu/

Publicités

L’Otan rejette le désarmement nucléaire

« L’art de la guerre »

L’Otan rejette le désarmement nucléaire

Aucune des puissances nucléaires n’a accepté de signer le nouveau Traité prohibant ce type d’armes. On peut évidemment comprendre l’inquiétude d’un désarmement unilatéral. Mais l’Otan, qui viole chaque jour le Traité précédent —celui sur la non-prolifération de ces armes— est allé beaucoup plus loin en affirmant que, sous sa responsabilité, les bombes atomiques sont un facteur de paix et qu’il n’est pas question qu’elle envisage de s’en priver.

| Rome (Italie)

+
JPEG - 49.8 ko

Le lendemain du jour où le président Trump exposait aux Nations Unies un scénario de guerre nucléaire, menaçant de « détruire totalement la Corée du Nord », s’est ouverte aux Nations Unies, le 20 septembre, la signature du Traité sur la prohibition des armes nucléaires. Voté par une majorité de 122 États, il engage à ne pas produire ni posséder des armes nucléaires, à ne pas les utiliser ni menacer de les utiliser, à ne pas les transférer ni à les recevoir directement ou indirectement, avec l’objectif de leur totale élimination.

Le premier jour, le Traité a été signé par 50 États, parmi lesquels le Venezuela, Cuba, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie, la Thaïlande, le Bangladesh, les Philippines, l’État de Palestine, l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Congo, l’Algérie, l’Autriche, l’Irlande et le Saint-Siège (qui l’a ratifié le jour-même). Le Traité entrera en vigueur s’il est ratifié par 50 États. Mais le jour-même, où il a été ouvert aux signatures, l’Otan l’a bruyamment rejeté. Le Conseil de l’Atlantique-Nord (formé par les représentants des 29 États membres), dans la déclaration du 20 septembre, soutient qu’« un traité qui n’engage aucun des États en possession d’armes nucléaires ne sera pas effectif, n’augmentera pas la sécurité ni la paix internationales, mais risque de faire l’opposé en créant des divisions et des divergences » [1]. Il clarifie ainsi sans demi-mots que « nous n’accepterons aucun argument contenu dans le traité ».

Le Conseil de l’Atlantique-Nord prive ainsi de leur autorité les parlements nationaux des pays membres, en les privant de la souveraineté de décider de façon autonome d’adhérer ou pas au Traité de l’Onu sur l’abolition des armes nucléaires. Il annonce en outre que « nous appellerons nos partenaires et tous les pays ayant l’intention d’appuyer le traité à réfléchir sérieusement sur ses implications » (lire : nous les ferons chanter pour qu’ils ne le signent ni le ratifient).

Le Conseil de l’Atlantique-Nord rappelle que le « but fondamental de la capacité nucléaire de l’Otan est de préserver la paix et de décourager l’agression » et que « tant qu’existeront des armes nucléaires, l’Otan restera une alliance nucléaire ». Il assure cependant le « fort enga-gement de l’Otan pour la pleine application du Traité de non-prolifération nucléaire ».

Celui-ci est au contraire violé, entre autres, par les bombes nucléaires états-uniennes B61 présentes dans cinq pays non-nucléaires —l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et la Turquie—. Les nouvelles bombes nucléaires B61-12, qui remplaceront à partir de 2020 les B61, sont en phase avancée de réalisation et, une fois déployées, pourront être « transportées par des bombardiers lourds et par des avions à double capacité » (nucléaire et non-nucléaire).

La dépense US pour les armes nucléaires augmente en 2018 de 15 % par rapport à 2017. Le Sénat a alloué, le 18 septembre, pour le budget 2018 du Pentagone environ 700 milliards de dollars, 57 milliards de plus que requis par l’administration Trump. Ceci grâce au vote bipartisan. Les démocrates, qui critiquent les accents belliqueux du président Trump, l’ont dépassé quand il s’est agi de décider de la dépense pour la guerre : au Sénat 90 % des représentants démocrates ont voté avec les républicains pour augmenter le budget du Pentagone plus que ce que Trump avait demandé. Des 700 milliards alloués, 640 servent à l’achat de nouvelles armes —surtout les stratégiques pour l’attaque nucléaire— et à augmenter les soldes des militaires ; 60 aux opérations guerrières en Afghanistan, Syrie, Irak et ailleurs.

L’escalade de la dépense militaire états-unienne entraîne celle des autres pays membres de l’Otan sous commandement US. Italie comprise, dont la dépense militaire, des actuels 70 millions d’euros par jour, devra monter vers les 100 ; démocratiquement décidée, comme aux USA, avec un vote bipartisan.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « Déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord à propos du traité sur l’interdiction des armes nucléaires », Réseau Voltaire, 20 septembre 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article198085.html

Disparition, à 77 ans, de Stanislav Petrov, l’officier soviétique qui a permis d’éviter un conflit nucléaire

Disparition, à 77 ans, de Stanislav Petrov, l’officier soviétique qui a permis d’éviter un conflit nucléaire


Par Harrison Smith – Le 18 septembre 2017 – Source Washington Post

Stanislav Petrov, ancien lieutenant colonel des Forces soviétiques de défense aérienne, à son domicile en 2015. On lui attribue le mérite d’avoir identifié une fausse alarme, alors qu’il supervisait un système de défense antimissile d’alerte avancée. Il aurait ainsi prévenu une contre-attaque soviétique et le déclenchement d’une guerre nucléaire.  (Pavel Golovkin/AP)

Lorsque les alarmes ont retenti et que le pupitre de contrôle s’est mis à clignoter devant Stanislav Petrov, un lieutenant colonel de 44 ans à son poste dans un bunker secret de la périphérie sud de Moscou, il restait moins de 30 minutes avant le déclenchement d’une guerre nucléaire.

« La sirène s’est mise à hurler, se souvenait-il plus tard, mais je suis resté assis là pour quelques secondes, les yeux rivés sur le mot ‘Launch’ (Feu !) qui s’est affiché sur le grand écran rouge rétroéclairé. » Selon son expression, il se sentait sur sa chaise comme sur « une poêle à frire brûlante ».

Le Col. Petrov, préposé au système d’alerte avancée antimissile, était chargé de déterminer si les États-Unis avaient ouvert le feu sur l’Union soviétique par-dessus l’océan. Juste après minuit ce 26 septembre 1983, tous les signaux semblaient pointer vers l’affirmative.

Le signal par satellite reçu par le Colonel Petrov dans son bunker indiquait qu’un seul missile Minuteman avait été lancé et qu’il se dirigeait vers l’Est. Quatre autres missiles semblaient suivre, selon des signaux envoyés par satellite. Le protocole à suivre dans ce cas était clair : notifier à temps le quartier général de la Défense aérienne soviétique pour permettre au personnel de l’État major de consulter le leader soviétique Youri Andropov. À coup sûr, il s’ensuivrait une contre-attaque, et un holocauste nucléaire.

Et pourtant, le Col. Petrov, tout en jonglant avec un téléphone dans une main et un interphone dans l’autre, a estimé qu’il s’agissait d’une fausse alerte. Les missiles soviétiques, armés et prêts au lancement, sont restés dans leurs silos. Et les missiles américains, que quelques minutes pouvaient séparer de leur cible, semblaient s’être volatilisés dans les airs.

« J’avais une drôle de sensation au ventre » a déclaré le Col. Petrov au Washington Post en 1999. « Je ne voulais pas commettre une erreur. J’ai pris une décision, et ainsi fut fait. » Il a fêté l’évènement en descendant un demi litre de vodka et s’est ensuite endormi pour 28 heures avant de retourner au travail.

Alors que sa décision binaire a peut-être permis d’éviter une catastrophe, elle a finalement entraîné la fin de la carrière du Col. Petrov, qui est décédé le 19 mai dans sa maison de Fryazino, un centre de recherche scientifique situé près de Moscou. Il avait 77 ans.

Sa disparition – comme aussi l’événement qui a marqué son existence – est passée largement inaperçue dans les médias. Elle a été annoncée par Karl Schumacher, un ami et un activiste qui dit avoir tenu la nouvelle de Dmitri, le fils du Col. Petrov. Le colonel était malade depuis six mois d’une « maladie interne ».

Cet épisode qui a fait sentir au colonel le souffle de l’histoire, a eu lieu six mois après que le Président Reagan avait baptisé l’Union soviétique d’« Empire du Mal ». Il survenait seulement trois semaines après que le vol 007 de Korean Air Lines eut pénétré dans l’espace aérien soviétique et été abattu, à la suite de quoi l’état des relations entre les États-Unis et l’Union soviétique s’est encore détérioré.

En ce mois de novembre, lorsque l’OTAN a tenu un exercice militaire sous le nom de Able Archer 83, les responsables soviétiques ont interprété les mouvements de troupe comme des préparatifs en vue d’une frappe préventive. Le pays mettait en place un arsenal nucléaire destiné à grandir, et l’Occident semblait prêt à monter en puissance lorsqu’un agent des services de renseignements au sein de l’Armée de l’Air US, Leonard H. Perroots – comme le Col. Petrov avant lui – a décidé de ne pas répondre à cette provocation apparente. (L’incident a inspiré une série télévisée récente intitulée « Deutschland 83 ».)

Pourtant, alors que Perroots a été félicité à l’époque et promu directement à l’Agence de renseignements de la Défense, le Col. Petrov est devenu un paria dans le monde militaire soviétique et un bouc émissaire pour ce qui s’est révélé être finalement une erreur d’identification du logiciel du système d’alerte avancée.

Au lieu d’identifier un groupe de missiles, le software avait repéré la réflexion du soleil sur le plafond de nuages.

Le Col. Petrov a déclaré que dès le départ il doutait qu’il y ait eu un lancement, car seul un petit nombre de missiles avait été lancé. « Quand on commence une guerre, on ne la commence pas avec seulement 5 missiles », a-t-il dit au Post et aussi parce que le système soviétique de radar au sol n’avait révélé aucun indice d’une attaque.

Mais une enquête militaire a incriminé le Col. Petrov, qui a été finalement réaffecté. Son tort a été en grande partie de ne pas avoir tenu un compte rendu détaillé de ses actions pendant les cinq minutes qu’il a mises pour décider que l’alarme était fausse. (Ses mains étaient occupées, s’est-il défendu.) Il a aussi remis en cause un protocole destiné à retirer au contrôle des humains une décision aussi lourde de conséquences. Un ordinateur, plutôt qu’un officier, devait décider si une attaque de missiles était imminente et par conséquent, si une action de représailles semblait nécessaire.

Par la suite, le Col. Petrov a répété qu’il avait été « au bon endroit au bon moment ». La plupart de ses camarades, selon lui, aurait confirmé l’approche de missiles, au lieu de mettre en doute les alertes de l’ordinateur.

En fait, selon Peter Anthony, un cinéaste danois qui a dirigé en 2014 un documentaire sur le Col. Petrov intitulé L’Homme qui a sauvé le Monde, le colonel n’était pas censé occuper cette place. Selon Anthony, « un autre officier était malade, et c’est Stanislav qui a pris sa place ».

Stanislav Yevgrafovich Petrov est né le 7 septembre 1939 à Chernigovka, une base aérienne située au nord de Vladivostok. Sa mère était infirmière et son père mécanicien sur avions, et avait volé sur des chasseurs pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il a été abattu par les Japonais et s’en est tiré avec une grave lésion à la tête. À son fils attiré par l’aviation, il a donné cette injonction : ne jamais voler !

Lorsque sa mère est tombée enceinte d’un deuxième enfant, ses parents ont décidé qu’ils n’avaient pas les moyens d’entretenir une famille de quatre personnes et ont inscrit leur fils dans une académie militaire.

Il a étudié les systèmes de radar à longue distance et a été stationné en Extrême-Orient, où il a rencontré sa femme, Raïsa, qui travaillait comme projectionniste sur une base militaire du Kamchatka.

Le Colonel Petrov a finalement donné sa démission de l’armée pour s’occuper de son épouse qui suivait un traitement contre un cancer du cerveau. Vivant presque uniquement de sa retraite d’État, il en a été réduit au point où il devait cultiver des pommes de terre au pied de son appartement pour nourrir sa famille. Pendant un temps, il préparait la soupe en faisant bouillir de l’eau et en y ajoutant sa ceinture de cuir pour lui donner du goût.

Sa femme est décédée en 1997. Outre son fils, le Col. Petrov a laissé une fille, Elena, et deux petits enfants.

Son histoire a fini par trouver un large écho vers la fin des années 1990, après que le Général à la retraite Iuri Votintsev, ancien chef de la défense anti-missile soviétique, a publié un mémoire où il décrit le rôle – jusque là tenu secret – du Col. Petrov dans la prévention d’une catastrophe nucléaire.

Jusqu’au jour où un journaliste de la Pravda a frappé à la porte de l’appartement familial, comme le rapporte Anthony, Raïsa Petrov pensait que son mari était pilote.

« Oh ! Votre mari a sauvé le monde d’une guerre nucléaire », a déclaré le reporter, ce qui a amené le Col. Petrov à claquer la porte, et dans un premier temps, à dire à son épouse que le reporter mentait.

Il avait peur, selon Anthony, « d’être mis à l’épreuve ».

Harrison Smith

 

: http://lesakerfrancophone.fr/disparition-a-77-ans-de-stanislav-petrov-lofficier-sovietique-qui-a-permis-deviter-un-conflit-nucleaire

La survie de la Syrie est une plaie pour les djihadistes, par Alastair Crooke

Source : Alastair Crooke, Consortium News, 08-09-2017

En dépit des efforts de dernière minute consentis par Israël et ses alliés pour sauver le projet de « changement de régime » en Syrie, la défaite qui se profile pour les djihadistes soutenus par l’Occident marque un tournant dans le Moyen-Orient contemporain, déclare l’ancien diplomate britannique Alastair Crooke.

La victoire de la Syrie est dans sa résilience, elle tient toujours — elle est toujours debout, en quelque sorte — alors que ses ennemis sont en déroute. Ce succès marque effectivement la défaite de la doctrine Bush au Moyen-Orient (du « Nouveau Moyen-Orient »). Elle indique le début de la fin — pas seulement de celle du projet politique de « changement de régime », mais aussi de celle du projet des djihadistes sunnites, utilisés comme moyen de coercition visant à l’avènement « d’un Nouveau Moyen-Orient ».

Au moment même où la région se trouve à un tournant géopolitique, l’islam sunnite est dans la même situation. L’islam inspiré par le wahhabisme a subi un revers important. Il est maintenant largement discrédité chez les sunnites et vilipendé par à peu près tous les autres musulmans.

Quelques éclaircissements pour montrer l’imbrication des deux projets :

Après la première Guerre du Golfe (1990-1991), le général Wesley Clarke, ancien commandant en chef des forces armées de l’OTAN en Europe, se rappelait : « En 1991, [Paul Wolfowitz] était le sous-secrétaire à la Politique de Défense… »

Et je suis allé le trouver (…) Et j’ai dit, « M. le Secrétaire, vous devez être sacrément heureux de la performance des troupes dans l’opération Desert Storm ».

« Et il a déclaré : ’’Oui, mais pas vraiment en fait, car en vérité nous aurions dû nous débarrasser de Saddam Hussein, et nous ne l’avons pas fait… Mais ce que nous avons appris est que nous pouvons utiliser nos forces militaires dans la région— au Moyen-Orient — et les Soviétiques ne nous arrêteront pas. Et il nous reste 5 à 10 ans pour nettoyer ces vieux régimes parrainés par les soviétiques — La Syrie, l’Iran, l’Irak — avant que la nouvelle hyper-puissance ne nous défie.’’ »

Le raisonnement de Wolfowitz fut davantage explicité par David Wurmser dans ses dossiers de 1996, Coping with Crumbling States [Faire face à des états qui se délitent, NdT] qui faisait suite à sa contribution au rapport de politique stratégique de sinistre mémoire Clean Break écrit par Richard Pearle pour Bibi Netanyahu plus tôt la même année. L’objectif de ces deux rapports essentiels était de contrer directement le concept prétendument « isolationniste » de Pat Buchanan, qui ressurgit d’ailleurs aujourd’hui dans certains mouvements de la Nouvelle Droite et de la droite radicale américaine.

L’écrivain libertarien Daniel Sanchez a relevé : « Wurmser a décrit le changement de régime en Irak et en Syrie, deux pays dirigés par des régimes baathistes ; comme ‘un accélérateur de la chute chaotique’ du nationalisme arabe laïque en général, et du Baathisme en particulier. Il [a affirmé que] ‘le phénomène du Baathisme’ était, depuis l’origine, ‘un phénomène venu de l’étranger, en clair, que c’était une politique soviétique’… [et il a conseillé en outre] à l’Occident d’achever son adversaire anachronique et d’accélérer la marche de la victoire américaine de la Guerre Froide vers son point culminant. Le Baathisme devrait être remplacé par ce qu’il appelait ‘l’option Hachémite’. Après leur chute, l’Irak et la Syrie redeviendraient des territoires hachémites. Les deux seraient assujettis à la Maison Royale de Jordanie, laquelle, en retour, obéirait aux États-Unis et à Israël ».

Influencer Washington

Le traité de Wurmser, Coping with Crumbling States, qui avec Clean Break devait avoir un impact majeur sur la réflexion de Washington pendant l’administration Bush (à laquelle David Wurmser a été aussi rattaché). Ce qui a suscité cette colère profondément ancrée chez les néo-conservateurs vis-à-vis des États nationalistes arabes laïques n’était pas uniquement qu’ils étaient, selon le point de vue néo-con, des reliques en lambeaux du « mal » soviétique, mais surtout que, depuis 1953, la Russie prenait le parti de ces états laïques/nationalistes arabes dans tous leurs conflits avec Israël. C’était quelque chose que les néo-cons ne pouvaient ni tolérer, ni oublier.

Les projets Clean Break et le Project for a New American Century (PNAC) [le Projet pour un Nouveau siècle Américain, NdT] étaient exclusivement fondés sur une politique américaine de grande envergure destinée à sécuriser Israël. Le point important ici est que Wurmser, insistant sur le fait qu’anéantir le Baathisme devait être la priorité fondamentale dans la région, ajoutait : « Il ne faut pas faire de quartier avec le nationalisme laïque arabe » — même pas, ajoutait-il, « pour endiguer le raz-de-marée du fondamentalisme islamique » (guillemets ajoutés par l’auteur).

Dans les faits, l’Amérique n’avait pas intérêt à endiguer le raz-de-marée du fondamentalisme islamique. Les États-Unis l’utilisaient généreusement: ils avaient déjà envoyé des insurgés islamistes armés et congédiés en Afghanistan en 1979 afin précisément « de provoquer » une invasion soviétique qui a fini par arriver comme il se devait.

À la question sur le terrorisme qui s’en est suivi, qui demandait s’il regrettait d’avoir ainsi alimenté l’extrêmisme islamique, Zbig Brzezinski, conseiller à la Sécurité Nationale du président Jimmy Carter a répondu :

« Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’entraîner les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au Président Carter, précisément : ‘Nous avons à présent l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam.’ »

Les fondamentalistes Sunnites expulsés sont maintenant utilisés par les États occidentaux pour contrer le nassérisme, le Baathisme, l’URSS, l’influence iranienne, et dernièrement pour tenter de renverser le président syrien Bachar al-Assad. Un ancien responsable de la CIA en 1999 avait pourtant explicité le raisonnement à l’époque :

« En Occident, l’expression fondamentalisme islamique fait surgir des clichés d’hommes barbus portant des turbans et de femmes vêtues de voiles noirs. Certains mouvements islamistes comprennent certes des éléments réactionnaires et violents. Mais nous ne devrions pas laisser des stéréotypes nous cacher le fait qu’il existe aussi de puissantes forces acquises à la modernisation, qui travaillent de concert avec ces mouvements. L’Islam politique est en train de changer. Ainsi, des mouvements islamistes modernes peuvent être le principal vecteur pour apporter le changement dans le monde musulman et casser les liens avec les vieux régimes ‘dinosaures’ » (guillemets ajoutés par l’auteur).

Protéger les émirs

Précisément : c’était le but des printemps arabes. Le rôle dévolu aux mouvements islamistes était de casser le monde nationaliste laïque arabe (les propos de Wurmser « Pas de quartier pour le nationalisme laïque arabe »), mais également de protéger les rois et émirs du Golfe, avec lesquels l’Amérique était obligée de s’allier — comme Wurmser le reconnaît explicitement — en tant que contre-partie directe dans le projet de dissoudre le monde laïque nationaliste arabe. Les rois et les émirs, naturellement, craignaient le socialisme associé avec le nationalisme arabe, tout comme les néo-cons.

Dan Sanchez écrit avec une grande perspicacité (bien avant l’intervention russe au Moyen-Orient) que Robert Kagan et son collègue néo-con, Bill Kristol, dans leur article publié en 1996 dans Foreign Affairs, Toward a Neo-Reaganite Foreign Policy, ont cherché à à immuniser à la fois le mouvement conservateur et la politique étrangère américaine contre l’isolationnisme de Pat Buchanan.

« La menace soviétique venait de disparaître, et avec elle la guerre froide. Les néo-cons étaient terrifiés à l’idée que les citoyens américains puissent saisir l’occasion de renoncer à leur devoir impérialiste. Kristol et Kagan pressaient leurs lecteurs de résister à cette tentation, et au lieu de profiter de la nouvelle pré-éminence hors pair de l’Amérique… pour devenir une puissance dominante où et quand c’était possible. De cette façon, tout compétiteur potentiel futur serait écrasé, et le nouveau ‘moment unipolaire’ durerait éternellement… Ce qui semblait rendre ce rêve néo-con atteignable, était l’indifférence de la Russie post-soviétique. »

Et, l’année suivant la chute du mur de Berlin, la guerre contre l’Irak a marqué le début du remodelage du Moyen-Orient : pour l’Amérique, défendre globalement un pouvoir unipolaire (par les bases militaires) ; détruire l’Irak et l’Iran; « démanteler la Syrie » (comme Clean Break l’avait préconisé) — et sécuriser Israël.

La Russie est de retour

Et bien, la Russie est de retour au Moyen-Orient — et la Russie n’est plus « indifférente » aux actions américaines — et maintenant « la guerre civile » a émergé en Amérique entre ceux qui veulent punir Poutine pour avoir gâché le moment unipolaire de l’Amérique dans la région si durement, et finalement — avec la Syrie — et ceux qui veulent une autre direction politique, menée par Steve Bannon, qui préconise précisément une politique étrangère américaine buchananesque, politique que les néo-cons avaient tant espérée piller (plus ça change, plus c’est la même chose [en français dans le texte, NdT].

Il est très clair cependant qu’une chose a changé: l’instrumentalisation à long terme des djihadistes sunnites pour le remodelage du Moyen-Orient est terminée. Les preuves sont évidentes partout :

Les dirigeants des cinq puissances émergentes des BRICS ont, pour la première fois, désigné des groupes de militants basés au Pakistan comme une menace pour la sécurité de la région et appelé à la prise en compte de la responsabilité de leurs parrains.

« Dans cette perspective, nous exprimons notre préoccupation sur la situation sécuritaire régionale et sur la violence causée par les Talibans, (l’État islamique)…, Al-Qaïda et ses affiliés incluant le Mouvement Islamique du Turkestan Oriental, le Mouvement Islamique d’Ouzbekistan, le réseau Hakkani, Lashkar-e-Taiba, Jaish’e-Mohammad, TTP et Hizb ut-Tahrir » ont déclaré les dirigeants (le Pakistan et l’Arabie saoudite devront en prendre note).

De même, un article publié dans un journal égyptien et écrit par l’envoyé britannique pour le Moyen-Orient, Alistair Burt, laisse entendre que Londres soutient maintenant sans réserve le régime de Sissi dans sa guerre contre les Frères Musulmans. Burt a dénoncé les Frères Musulmans pour leurs liens avec l’extrémisme, et en même temps a insisté sur le fait que la Grande-Bretagne a imposé une interdiction totale de tout contact avec cette organisation depuis 2013 — en ajoutant que « il est temps pour tous ceux qui défendent les frères musulmans à Londres ou au Caire de mettre un terme à la confusion et à l’ambiguïté ». On ne s’étonnera pas que les remarques de Burt aient été accueillies avec une satisfaction immense au Caire

Même s’il est tout à fait exact qu’il y avait des hommes et des femmes bien intentionnés et fidèles à des principes parmi les islamistes sunnites qui, à l’origine, souhaitaient retrouver l’islam regretté fondé dans les années 1920 (avec l’abolition du califat), le fait est (malheureusement) que cette même période coïncidait avec la conception du premier monarque saoudien, Abdul Aziz (soutenu de façon enthousiaste par la Grande-Bretagne) d’utiliser le wahhabisme décrié comme moyen de régner sur toute l’Arabie. Ce qui s’est passé ensuite et s’est terminé avec les violentes attaques dans les villes européennes n’est pas surprenant : la plupart des mouvements islamistes étaient abreuvés au robinet des pétrodollars saoudiens, et à la conception wahhabite de son exceptionnalisme violent ( il n’y a que le wahabbisme qui revendique être « le seul véritable islam »).

L’instrumentalisation politique

Et au fur et à mesure que l’islam était de plus en plus utilisé politiquement, son courant interne le plus violent, inévitablement, est devenu prédominant. Inévitablement, la palette des mouvements islamistes sunnites — y compris ceux considérés comme « modérés » — est devenue progressivement plus proche du fondamentalisme wahhabite intolérant, dogmatique, et ils ont embrassé la violence extrémiste. Dans la pratique, même des mouvements nominalement non-violents, y compris les Frères Musulmans, se sont alliés aux forces d’al Qaïda et ont combattu avec elles en Syrie, au Yémen et sur d’autres théâtres.

Donc, quelle est la situation : l’échec politique des mouvements wahhabites est total. Il y a peu de temps, les jeunes musulmans, y compris ceux qui avaient vécu en Occident , étaient réellement motivés par un radicalisme dur et la promesse de l’apocalypse musulmane. La prophétie de Dabiq (de la rédemption prochaine) semblait alors près de se réaliser pour ces jeunes adhérents. Maintenant ce n’est que mirage. Sa sauvagerie sans discrimination a totalement discrédité le wahhabisme. Et les revendications saoudiennes de savoir-faire politique et l’autorité islamique ont subi un revers sévère.

Ce qui est moins évident pour le monde extérieur, c’ est que c’est l’armée syrienne à majorité sunnite qui a infligé ce revers. En effet, dans tous les stéréotypes et la propagande qui sévit dans le monde occidental à propos du conflit syrien, les Chiites contre les Sunnites, c’étaient les Sunnites syriens qui avaient combattu — qui étaient morts — pour leurs tradition islamique levantine, contre l’orientation insufflée, exceptionnelle, intolérante récemment introduite (après la deuxième guerre mondiale) au Levant depuis le désert saoudien du Nejd (le wahabbisme à l’origine a surgi du désert du Nejd en Arabie saoudite).

Depuis la guerre en Syrie et après la brutalité meurtrière de l’EI à Mossoul, de nombreux Sunnites en ont plus qu’assez de l’orientation wahhabite de l’Islam. Il est vraisemblable qu’il y aura une renaissance de la notion de laïcité et de nationalisme non-sectaire par voie de conséquence. Mais en même temps on assistera à la renaissance du modèle traditionnel levantin d’un Islam tolérant, plus introverti, quasiment laïque.

Alors que le Sunnisme décrié utilisé politiquement peut être « défait », l’islam radical réformiste sunnite, en tant que sous-culture, n’est certainement pas « éradiqué ». En fait, alors qu’il y a globalement un retour de balancier contre les mouvements sunnites, l’hostilité déjà générée va vraisemblablement nourrir le sentiment que l’Islam est assiégé et attaqué, et dépouillé de ses territoires et de son autorité, et qu’il a été privé de l’État dont les Sunnites, selon leur tradition, pensent être les « propriétaires ». Le courant puritain, intolérant en Islam est présent depuis les temps les plus anciens (Hanbali, Ibn Taymiyya, et, au dix-huitième siècle, Abd-el Wahhab), et ce courant semble toujours renaître en temps de crise au sein du monde islamique. L’EI est, peut-être défait, mais ce courant ne sera jamais entièrement vaincu, ni ne disparaîtra complètement.

Le « vainqueur » de cette partie est al Qaïda. Ce groupe avait prédit l’échec de l’EI,arguant qu’un califat ayant une existence géographique était prématuré. Le leader d’Al Qaïda Ayman Zawahiri a prouvé qu’il avait eu raison. Al Qaïda va balayer les restes à la fois de l’EI et des membres déçus des Frères Musulmans. D’une certaine façon, nous devrions assister à une plus grande convergence des mouvements islamistes, surtout quand les bailleurs de fonds du Golfe se retireront.

Il est probable que nous serons témoins d’un retournement en faveur du djihad global, virtuel de Zawahiri pour provoquer l’Occident, plutôt que de le combattre militairement, agissant – à l’inverse de la tentative de s’emparer d’un émirat physique et de le contrôler.

Attendons-nous à ce que les tombeaux chiites de Kerbala et Nadjaf commencent à éclipser les tombeaux sunnites de la Mecque et de Médine.

Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique, membre éminent des services secrets britanniques et de la diplomatie de l’Union européenne. Il est le fondateur et directeur de Conflicts Forum.

Source : Alastair Crooke, Consortium News, 08-09-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

12 réponses à La survie de la Syrie est une plaie pour les djihadistes, par Alastair Crooke

 

Interview de Charles Gave : L’or, l’euro, les risques pour les épargnants et investisseurs

Interview de Charles Gave : L’or, l’euro, les risques pour les épargnants et investisseurs

Publié par Fabrice Drouin Ristori | 28 sept. 2017 | Articles

Economiste et financier, Charles Gave s’est fait connaitre du grand public en publiant un essai pamphlétaire en 2001 “Des Lions menés par des ânes” où il dénonçait l’Euro et ses fonctionnements monétaires. Son dernier ouvrage “Sire, surtout ne faîtes rien” (2016) rassemble les meilleurs chroniques de l’IDL écrites ces dernières années. Il est fondateur et président de Gavekal. Il est aussi le président du think tank libéral Institut des Libertés, qu’il a fondé en 2012.

 

Fabrice Drouin Ristori : Bonjour M. Gave, merci d’avoir accepté de répondre à cette interview.

Mes questions concernent principalement les risques que vous identifiez, à l’heure actuelle, comme pouvant impacter les épargnants et investisseurs, ainsi que vos recommandations pour s’en protéger.

Commençons par les risques ; quels sont ceux que vous identifiez comme majeurs pour les épargnants et investisseurs européens ?

Charles Gave : Ne nous voilons pas la face : nous sommes dans une période sans précédent historique. Si le taux d’intérêt est là pour nous protéger de « l’incertitude du futur », alors avoir des taux d’intérêt négatifs veut dire que le futur est plus « certain » que le présent, ce qui est philosophiquement idiot. Nous sommes dans une période où l’illogisme domine, et donc demander de prévoir ce qu’il va se passer et qui est en danger est logiquement impossible.

 

Fabrice Drouin Ristori : Que pensez-vous de la situation bancaire en Europe ? Doit-on se préoccuper de la solidité des banques et des différentes mesures prises par l’Europe pour éventuellement saisir les fonds des épargnants ? Pensez-vous que nos dirigeants iront au bout de cette logique en cas de crise ?

Charles Gave : Les banques européennes sont dans une situation désespérée et les gouvernements feront tout ce qui est en leur pouvoir pour les maintenir à flot. Il faut garder le minimum de cash dans les banques, car le cash sera saisi. Les titres et les OPVCM seront beaucoup plus difficiles à saisir. Et il vaut mieux avoir son cash en euro dans une banque à Londres ou à Genève qu’en France ou en Italie.

 

Fabrice Drouin Ristori : Les assurances-vie vous semblent-elles un placement sûr dans ce contexte ?

Charles Gave : Tout dépend du sous-jacent. Si le sous-jacent est constitué d’obligations françaises, italiennes ou espagnoles, on peut craindre le pire. Si le sous-jacent est constitué de belles actions internationales, rien à craindre.

 

Fabrice Drouin Ristori : Pensez-vous que l’euro puisse survivre encore longtemps sous sa forme actuelle, et quelles seraient les conséquences de son éclatement éventuel pour les épargnants ?

Charles Gave : Les économies européennes, et en particulier celles de la France et de l’Allemagne, ne cessent de diverger. Tout système qui diverge finit toujours par exploser. Le jour où l’euro disparaît, l’Allemagne fait faillite et ce, d’autant plus, que son industrie est totalement orientée vers les voitures, dont la demande va s’effondrer dans les 10 ans qui viennent. Par contre, l’Europe du sud connaîtra un boom sans précédent.

 

Fabrice Drouin Ristori : Dans un article publié par votre société de conseil Gavekal, disponible sur Zerohedge, vous recommandez désormais l’investissement dans l’or (entre autres). Pouvez-vous nous en expliquer la logique, notamment géopolitique au regard de ce que la Chine est en train de mettre en place ?

Charles Gave : Les autorités chinoises se rendent compte que la situation actuelle est sans doute intenable et qu’une crise financière nous guette peut-être. Du coup, elles font monter en puissance aussi vite qu’elles le peuvent le yuan comme monnaie internationale de paiement. Si un pays comme l’Arabie Saoudite, par exemple, avait des excédents de yuan : comme le yuan n’est pas convertible directement, la Chine offrirait d’en échanger contre la valeur en or, dont la Chine est le plus gros producteur mondial.

En cas de crise, la zone asiatique sera la zone de stabilité, alors que le reste du monde connaîtra d’extraordinaires soubresauts.

C’est une façon fort habile de réintroduire l’or dans le système des paiements internationaux.

C’est potentiellement une bonne nouvelle pour l’or, mais surtout pour les mines d’or, qui bénéficieraient énormément d’une stabilité durable du prix du métal jaune.

 

Fabrice Drouin Ristori : Anticipez-vous un changement majeur de système monétaire dans les 5-10 années à venir ?

Charles Gave : Le vrai danger est sans doute qu’un certain nombre de pays, surtout en Europe, risquent d’avoir à réintroduire le contrôle des changes, voire des spoliations pures et simples.

Dans cet esprit, il faut privilégier les placements dans les pays où l’état de droit règne, c’est-à-dire dans des pays où la Reine d’Angleterre figure sur le billet de banque (GB, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande). Seuls ces pays sont juridiquement sûrs.

 

Fabrice Drouin Ristori : Quelles mesures doit prendre la France pour récupérer son indépendance monétaire, et économique et se préparer au mieux au changement de paradigme vers un monde multipolaire ?

Charles Gave : Une monnaie s’appuie sur une nation. L’Europe n’est pas une nation et, donc, l’euro n’est pas une monnaie.

La France, ayant perdu sa souveraineté monétaire, n’a plus ni souveraineté budgétaire ni souveraineté sur sa constitution, ni sur qui peut ou ne peut pas vivre en France.

Aucun progrès à espérer tant que l’euro sera présent. Perdre sa souveraineté monétaire, c’est perdre sa souveraineté partout.

 

https://www.goldbroker.fr/actualites/interview-charles-gave-or-euro-risques-epargnants-investisseurs-1198

Hué sur les réseaux sociaux, Lidl va modifier ses emballages

Hué sur les réseaux sociaux, Lidl va modifier ses emballages

Les Echos Le 10/09 à 16:28

 

Le logo groupe distribution allemand Lidl 

Le logo du groupe de distribution allemand Lidl  – AFP/ MYCHELE DANIAU

+ VIDEO Le distributeur allemand va modifier l’emballage de certains de ses produits sur lequel il avait effacé la croix d’une église grecque orthodoxe.

Lidl a choisi de faire son mea culpa. L’enseigne alimentaire allemande annonce qu’elle va changer l’emballage de ses produits où elle avait fait disparaître la croix surmontant une église grecque orthodoxe. « Nous sommes sincèrement désolés pour tout désagrément causé par le packaging de notre gamme de produits Eridanous et nous confirmons que nous allons réviser le design de l’emballage dès que possible », indiquait samedi la chaîne de distribution allemande sur sa page Facebook dans une réponse à un internaute.

image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/09/20/2113018_hue-sur-les-reseaux-sociaux-lidl-va-modifier-ses-emballages-web-tete-030543387971.jpgDR
DR

« Il est clair qu’une erreur a été commise lors de la dernière refonte (de l’emballage) et nous prenons sincèrement ce cas en considération de manière prioritaire. Il n’a jamais été et ne sera jamais de notre intention d’exprimer des points de vue idéologiques ou politiques dans la conception de nos produits », assure encore Lidl.

Tollé en août

L’affaire remonte au mois d’août quand un journaliste écrit à RTL Belgique se disant scandalisé que les magasins Lidl retirent les croix qui figuraient sur les emballages de certains de ses produits sur lesquels figurait une photo des célèbres églises orthodoxes de l’île de Santorin.

Relayé sur les réseaux sociaux et dans les médias, l’information provoque un véritable tollé en Europe, où l’enseigne est très présente. Les consommateurs se déchaînent arguant que Lidl ne respecte pas l’identité culturelle et religieuse de la Grèce. Certains vont même jusqu’à menacer de boycotter l’enseigne. Ainsi l’évêque évangélique (Eglise protestante) de Munich, Susanne Breit-Keßler, déclare sur Twitter : « Lidl a fait des retouches pour faire disparaître des croix sur des produits grecs (…) Par respect je n’irai plus ».

Vidéo: Bad buzz de Lidl: les leçons à tirer d’un cas d’école

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/rf3rfr

Menace de boycott

L’archevêque de Prague, le cardinal Dominik Duka, écrit pour sa part une lettre ouverte de sympathie à Efthymios Efthymiades, ambassadeur de Grèce en République tchèque, parlant d’un « acte sans précédent et immoral ». 

Devant cette bronca, Lidl réagit aussitôt. Le distributeur explique avoir voulu éviter « l’utilisation de symboles religieux » pour « maintenir la neutralité dans toutes les religions ». « Si cela a été perçu différemment, nous présentons nos excuses aux personnes qui ont pu être choquées », déclare Lidl sans pour autant évoquer un retour en arrière.

Ces excuses ne suffisent pas aux consommateurs et, dix jours plus tard, Lidl promet de changer cette fois ses packagings.

Europe: Macron veut avancer sans braquer

Europe: Macron veut avancer sans braquer

Derek Perrotte Le 28/09 à 20:08

image:

Le Premier ministre l’Estonie, Juri Ratas, reçoit homologues européens vendredi Tallinn sommet consacré numérique.

Le Premier ministre de l’Estonie, Juri Ratas, reçoit ses homologues européens ce vendredi à Tallinn pour un sommet consacré au numérique. – Raigo Pajula/ AFP

Après un dîner informel sur l’avenir de l’Europe jeudi soir, La France devrait défendre son projet de taxation des géants du numérique lors du sommet de Tallinn, ce vendredi.

Le menu s’annonçait copieux : entrée, plat, dessert et avenir de l’Europe. Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se retrouvaient jeudi soir à Tallinn (Estonie) pour un dîner informel, prélude au sommet de vendredi, entièrement dédié – une première – aux enjeux du numérique.

Deux jours après son discours de la Sorbonne, où  il a appelé à «l’audace» et défendu une refondation ambitieuse de l’Europe, Emmanuel Macron devait prendre le pouls de ses partenaires. Sans Mariano Rajoy, qui a annulé sa venue suite aux tensions en Espagne autour du référendum d’autodétermination dimanche en Catalogne. Mais avec Theresa May, présente pour la première fois à un de ces diners informels lancés après le choc du Brexit. Un nouveau signe d’ouverture mutuelle après son plaidoyer récent à Florence pour un « soft Brexit » et alors que le quatrième round de négociations sur le départ du Royaume-Uni de l’Union s’est clos jeudi par de premières concessions britanniques.

Merkel salue le discours de la Sorbonne

L’exercice est délicat. Emmanuel Macron doit proposer et impulser sans ruer dans les brancards ou braquer. « Il ne s’agit pas de dire, c’est à prendre ou à laisser. Il s’agit d’être efficaces, pas arrogants », confie un diplomate français. « Afin d’assurer un échange ouvert, franc et informel (…) aucun texte ne sera présenté et nos discussions ne donneront pas lieu à des conclusions écrites », avait prévenu Donald Tusk, le président du Conseil européen. Si le souffle impulsé par Emmanuel Macron a été globalement salué, l’hypothèse d’une Europe à plusieurs vitesses fait en particulier grincer des dents de nombreux pays de l’Est. La création d’un gouvernement économique de la zone euro ou encore d’une force d’intervention européenne pour 2020 divisent également.

Dans ce contexte, les yeux étaient aussi braqués sur Angela Merkel, et sa ligne prudente alors que sa victoire étriquée aux législatives allemandes l’oblige à conclure un accord de gouvernement avec les libéraux du FDP, opposés au projet de Paris sur la zone euro. La chancelière allemande et le président français se sont retrouvés avant le diner pour  une rencontre bilatérale qui n’était pas initialement programmée« Il y a un large consensus entre l’Allemagne et la France. Je suis fermement convaincue que l’Europe ne peut pas en rester là », a indiqué en amont Angela Merkel, réagissant pour la première fois au discours de la Sorbonne. A l’issue de l’entretien, l’Elysée évoquait « une ambiance très positive » et une « volonté commune d’avancer vite » sur les sujets de convergence, comme « la défense, l’immigration, le digital »« La France doit montrer ses propositions avant la formation du gouvernement de coalition en Allemagne. On ne peut pas attendre passivement », insiste l’entourage d’Emmanuel Macron.

Priorité au numérique

Cette riche actualité risque d’éclipser les questions numériques au menu du vendredi. Elles n’en sont pas moins clé pour l’avenir économique de l’Europe, avec des discussions prévues la cybersécurité, la libre circulation des données et le déploiement des futurs réseaux 5G, autant de questions érigées en priorité de cette rentrée par la Commission européenne et dont le succès passera par une plus forte coopération entre Etats membres.

La France tentera d’en profiter pour battre le fer sur la question de la fiscalité des géants du net et rallier de nouveaux pays à  sa proposition de créer une taxe sur leurs chiffres d’affaires, déjà soutenue par dix Etats.

Derek Perrotte
Envoyé spécial à Tallinn

En savoir plus sur https://www.lesechos.fr/monde/europe/030632538039-europe-macron-veut-avancer-sans-braquer-2118055.php#TDEaHOhfjFBQ65gY.99

 

https://www.lesechos.fr/monde/europe/030632538039-europe-macron-veut-avancer-sans-braquer-2118055.php#xtor=EPR-8-%5B18_heures%5D-20170929-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

Revue de presse nationale et internationale.

%d blogueurs aiment cette page :