Kurdistan : ce que cache le référendum

Kurdistan : ce que cache le référendum

Dans un monde où les images comptent plus que les réalités, la presse évoque un référendum démocratique pour l’indépendance du Kurdistan iraquien. Cependant, outre que constitutionnellement ce référendum devrait se tenir dans tout l’Iraq et non pas uniquement dans la zone indépendantiste, plusieurs millions d’électeurs non-kurdes ont déjà été chassés de chez eux et ne pourront plus y retourner. Dans les bureaux de vote, seuls les indépendantistes surveilleront la régularité de ce scrutin. Thierry Meyssan révèle cette escroquerie et les intérêts impérialistes qu’elle cache.

| Damas (Syrie)

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Sur cette affiche électorale, la carte du « Kurdistan indépendant » déborde de la région autonome iraquienne sur les territoires iraquien et syrien.

Le référendum pour l’indépendance du Kurdistan est un jeu de dupes. Les États-Unis qui le soutiennent sous la table, s’y opposent en public. La France et le Royaume-Uni font de même, espérant que Washington réalisera leur vieux rêve. La Russie n’est pas en reste, laissant entendre que bien qu’opposée à tout changement unilatéral, elle pourrait soutenir l’indépendance… tout au moins si tout le monde admet l’indépendance de la Crimée et par voie de conséquence, son rattachement à Moscou.

Le degré d’hypocrisie des membres permanents du Conseil de sécurité est tel qu’ils ne sont pas parvenus à statuer sur cette question, malgré leur apparente unanimité. Ils n’ont pas adopté de résolution (c’est-à-dire de texte ayant force de loi internationale), ni de déclaration présidentielle (c’est-à-dire une position commune des membres du Conseil), tout juste un insipide communiqué de presse lors de leur réunion du 19 septembre [1].

Il existe actuellement huit États non reconnus : l’Abkhazie, Chypre-Nord, le Haut-Karabagh, le Kosovo, l’Ossétie, le Sahara occidental, le Somaliland et la Trasnistrie. Tandis que deux régions européennes espèrent leur indépendance : la Catalogne et l’Écosse. Toute modification du statut du Kurdistan iraquien aura des conséquences sur cette dizaine d’autres pays.

L’indépendance du Kurdistan iraquien serait un tour de force, dans la mesure où il s’agirait de déplacer le Kurdistan, tel qu’il a été reconnu par la Conférence de Sèvres en 1920, du territoire turc actuel au territoire iraquien. Certes, tout le monde s’est habitué à utiliser le mot Kurdistan pour désigner cette région dont Londres et Washington ont supervisé depuis 1991 le nettoyage ethnique lent et continu.

Lors de « Tempête du désert », cette région hébergeait une majorité d’Iraquiens kurdes. Londres et Washington en firent une zone de non-survol pour l’armée du président Hussein. Ils y placèrent autoritairement au pouvoir un de leurs collaborateurs de la Guerre froide, Massoud Barzani, qui débuta le déplacement des populations non-kurdes. Ce même Barzani, quoi qu’élu par deux fois depuis, se maintient au pouvoir depuis plus de deux ans sans mandat. L’Assemblée nationale qui exige son départ, ne s’est réunie qu’une fois depuis la fin de son mandat, pour voter le principe du référendum, mais en l’absence du Goran ; un parti qui ne cesse de dénoncer le système féodal des Barzani et des Talabani, le népotisme et la corruption qui en découlent. Dans les faits, Massoud Barzani occupe le pouvoir de manière interrompue depuis 26 ans.

De 1991 à 2003, les non-Kurdes ont progressivement quitté la zone de non-survol, de sorte que celle-ci a été proclamée Kurdistan iraquien lors de la défaite du président Hussein.

Le 1er juin 2014, les services secrets d’Arabie saoudite, des États-Unis, d’Israël, de Jordanie, de la région autonome du Kurdistan iraquien, du Qatar, du Royaume-Uni et de Turquie ont organisé à Amman (Jordanie) une réunion préparatoire de l’invasion de l’Iraq par Daesh. Nous connaissons l’existence de ce meeting par le document turc qu’Özgür Gündem a immédiatement publié [2]. Ce quotidien —auquel j’ai collaboré– a été fermé depuis par le « sultan » Recep Tayyip Erdoğan [3].

Selon ce document, il a été convenu de coordonner Daesh et la région du Kurdistan iraquien. Le premier a lancé une offensive éclair pour s’emparer de Mossoul, tandis que la seconde s’est emparée de Kirkouk. Le président Massoud Barzani s’était rendu quatre jours plus tôt en Jordanie rencontrer des participants à cette réunion. Il veilla à ne pas y participer, mais y fut représenté par son fils Masrour, le chef de son propre service de Renseignement.

Lorsque Daesh a envahi la partie d’Iraq que les États-Unis lui avaient préalablement attribuée, il fit prisonniers au passage les yazédis et les réduisit en esclavage. L’immense majorité des yazédis est kurde, mais conformément à l’accord d’Amman, les Barzani voisins ne sont pas intervenus, y compris lorsque certains ont fui dans les montagnes de Sinjar. Ces fuyards furent en définitive sauvés par des commandos du PKK turc. Les kurdes turcs les ont tous sauvés qu’ils soient kurdes ou non. Ils utilisèrent cette victoire pour demander leur reconnaissance par les Occidentaux (qui les considèrent depuis la Guerre froide comme des terroristes). La réécriture actuelle de cette affaire par les Barzani ne saurait effacer ce crime contre son propre peuple [4]. Au demeurant, depuis la libération de leurs terres, les yazédis restant sur place ont proclamé leur propre gouvernement autonome. Ils refusent d’être administrés par d’autres kurdes, de sorte que tous les yazédis boycottent le référendum [5].

Un autre célèbre kurde participait à la réunion d’Amman : l’islamiste Mullah Kerkar. Celui-ci était emprisonné en Norvège où il purgeait une peine de cinq ans de prison pour avoir menacé de mort à la télévision la future Premier ministre, Erna Solberg. Il se rendit à ce sommet à bord d’un avion de l’Otan et réintégra sa cellule les jours suivants. Il révéla alors son allégeance à Daesh. Il ne fut pas jugé pour appartenance à une organisation terroriste, mais bénéficia d’une remise de peine de deux ans et fut libéré. Il dirigea alors Daesh en Europe, depuis Oslo, sous la protection de l’Otan. Manifestement, le réseau Stay-behind de l’Alliance atlantique fonctionne toujours [6]

Ayant annexé Kirkuk, le gouvernement régional du Kurdistan iraquien étendit à la zone le nettoyage ethnique que ses membres avaient perpétré dans la zone de non-survol de 1991 à 2003.

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On peut être rassuré : le président inamovible Barzani a assuré qu’il ne prendrait pas de mesures de rétorsion contre les électeurs qui voteraient “Non”.

Le président non-constitutionnel Barzani a annoncé que toutes les populations du Kurdistan iraquien et des territoires annexés pourront participer au référendum. Toutes ces régions hébergeaient plus d’une douzaine de millions de citoyens en 2013. Mais aujourd’hui trois millions de citoyens non-kurdes ont été contraints de les fuir. Ce sont donc des électeurs choisis qui ont été appelés aux urnes pour décider de l’avenir, non seulement à la place des habitants légitimes expulsés, mais aussi de tous les autres Iraquiens.

Pour participer à ce référendum, il faut :
- habiter au Kurdistan ou dans les régions annexées ;
- avoir plus de 18 ans ;
- s’être fait enregistrer avant le 7 septembre sur les registres électoraux ;
- et pour les personnes réfugiées à l’étranger, s’être fait enregistrer pour pouvoir voter électroniquement… ce qui suppose qu’elles présentent d’abord leurs papiers à l’autorité électorale du Kurdistan dont elles ont été chassées.

Au demeurant, les Barzani ont une conception particulière des populations appelées à voter. En 1992, ils n’ont compté que 971 953 votants, mais une décennie plus tard, en 2014, ils étaient soudain 2 129 846 et trois ans plus tard, le 25 septembre 2017, ils étaient 3 305 925.

L’indépendance donnera aux clans Barzani et Talabani des moyens supplémentaires pour poursuivre leurs affaires. Elle offrira également à l’Israël la possibilité de mettre en œuvre certains de ses objectifs militaires. Depuis la fin des années 90 et le développement des missiles, Tsahal a abandonné sa stratégie d’occupation des « marches », c’est-à-dire des territoires juste à l’extérieur de ses frontières (Sinaï, Golan, Sud du Liban). Au contraire, il entend neutraliser l’Égypte, la Syrie et le Liban en les prenant à revers. Tel-Aviv a donc soutenu la création du Soudan du Sud, en 2011, afin d’y placer des missiles pointés sur L’Égypte, et soutient aujourd’hui celle du Kurdistan afin d’y placer des missiles pointés sur la Syrie.

Selon Israel-Kurd, largement cité par la presse turque, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’est engagé auprès de Massoud Barzani à transférer 200 000 Israéliens dans le nouvel État pour « aider » à l’administrer [7].

Selon sa logique, pour Tsahal l’idéal serait d’étendre le territoire du Kurdistan iraquien, non seulement à Kirkouk, mais au Nord de la Syrie. C’est le travail du YPG et de son « Rojava ». Cet État autonome auto-proclamé est un long corridor joignant le Kurdistan iraquien à la Méditerranée, occupé par les troupes états-uniennes qui y ont illégalement installé plusieurs bases militaires.

Huit mois avant la réunion d’Amman, une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, confirmait l’accord de son pays à ce projet [8]. À l’époque, les Barzani assuraient encore défendre l’ensemble des kurdes, y compris ceux résidant en Turquie et en Iran. Madame Wright expliqua doctement que ce projet était impossible, mais publia la carte du « Sunnistan » attribué à Daesh et du « Kurdistan » attribué aux Barzani en Iraq et en Syrie.

Le Pentagone vient d’ailleurs d’attribuer un appel d’offres, en août dernier, pour acheter et transférer en Syrie 500 millions d’armes et de munitions principalement ex-soviétiques [9]. Les 200 premiers camions ont été livrés au YPG à Hasakeh, les 11 et 19 septembre, via le Kurdistan iraquien, sans être attaqués par les jihadistes [10]. Le ministère russe de la Défense vient de rendre publiques des photographies satellitaires d’un camp des Forces spéciales US en plein territoire de Daesh, vivant en bonne intelligence avec les kurdes et les jihadistes [11].

Mais puisqu’on nous dit que ce « Kurdistan indépendant » est un projet kurde, pourquoi en douterions-nous ?

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Déclaration du Conseil de sécurité sur le Kurdistan iraquien », Réseau Voltaire, 21 septembre 2017.

[2] « Yer : Amman, Tarih : 1, Konu : Musul », Akif Serhat, Özgür Gündem, 6 juillet 2014.

[3] Ceux de ses journalistes qui ont échappé à la purge et sont parvenus à fuir, ont créé le quotidien électronique Özgürlükçü Demokrasi hors de Turquie.

[4] « La réécriture du massacre du Sinjar », Réseau Voltaire, 11 septembre 2017.

[5] “Establishment of the Provisional Government of Ezidikhan”, Voltaire Network, 25 July 2017.

[6] « La guerre secrète en Norvège », par Daniele Ganser, Réseau Voltaire, 25 juillet 2013. Cet article est extrait de : Les Armées Secrètes de l’OTAN, de Daniele Ganser, Demi-Lune, 2007.

[7] « 200 000 Israéliens attendus au « Kurdistan » dès la proclamation de l’indépendance », Réseau Voltaire, 19 septembre 2017.

[8] “Imagining a Remapped Middle East”, Robin Wright, The New York Times Sunday Review, September 28, 2013.

[9] “Heikle Fracht aus Ramstein”, “Millionen Schuss Munition für Kalaschnikows”, Frederik Obermaier & Paul-Anton Krüger, Süddeutsche Zeitung, 12. & 20. September 2017.

[10] « 200 camions d’armes et munitions livrés par le Pentagone au YPG », Réseau Voltaire, 22 septembre 2017.

[11] « Le ministère russe de la Défense diffuse des photos des Forces US stationnées chez Daesh », Réseau Voltaire, 24 septembre 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article198042.html

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La défaite militaire comme déclencheur d’un effondrement financier

La défaite militaire comme déclencheur d’un effondrement financier


Orlov
Orlov

Par Dmitry Orlov – Le 19 Septembre 2017 – Source Club Orlov

En 2007, j’ai publié Reinventing Collapse, dans lequel j’ai comparé l’effondrement de l’URSS à celui prochain des États-Unis. J’y écrivais ce qui suit :

« Imaginons que l’effondrement d’une superpuissance militaro-industrielle moderne, c’est comme faire de la soupe : couper les ingrédients, chauffer et remuer le tout. Les ingrédients que j’aime mettre dans ma soupe d’effondrement d’une superpuissance sont : un forte réduction chronique de la production de pétrole brut (cet élixir addictif magique des économies industrielles), un déficit commercial sévère en augmentation avec l’étranger, un budget militaire en augmentation dans une fuite en avant et une dette contractée à l’étranger gonflant inexorablement. La chaleur et l’agitation peuvent être fournies de manière très efficace par une défaite militaire humiliante et par l’augmentation chez la population de la peur d’une catastrophe imminente. » (Page 2)

Une décennie plus tard, ces ingrédients sont tous en place, à quelques arguties mineures près. La baisse de disponibilité du pétrole aux États-Unis est principalement due à un manque d’argent plus que de pétrole physique. Dans le contexte du déclin terminal du pétrole conventionnel aux États-Unis, la seule augmentation significative de l’offre provient des techniques de fracturation hydraulique, mais elle est financièrement ruineuse. Personne n’a gagné d’argent à vendre du pétrole issu de ce mode de production : c’est trop cher.

Pendant ce temps, le déficit commercial a atteint de nouveaux records, les dépenses de défense ont continué leur essor et les niveaux de dette sont à ce jour rien de moins que stratosphérique, et ils continuent à augmenter. La peur de la catastrophe est alimentée par les récents ouragans qui viennent de mettre des parties importantes du Texas et de la Floride sous l’eau, des feux de forêt sans précédent à l’Ouest, des grondements menaçants du super-volcan de Yellowstone et la compréhension que tout un désordre mousseux de bulles financières pourrait apparaître à tout moment. L’ingrédient qui nous manque est une humiliante défaite militaire.

Les défaites militaires viennent sous de nombreuses formes et tailles, et voir l’ennemi abattre toutes vos troupes n’est que l’une d’entre elles. Tout aussi palpable est la défaite consistant à être incapable de prévaloir contre un adversaire plus faible et plus petit. Infliger accidentellement des dégâts à ses propres forces peut aussi être très humiliant. Et le coup de grâce ultime pour un empire militaire est d’être incapable de rejoindre l’adversaire sur le champ de bataille.

Nous avons maintenant des exemples de tous ces éléments. Nous avons des navires américains rapides, équipés de tous les équipements de navigation et des radar les plus modernes, qui heurtent inexplicablement de gros et lent navires de commerce, entraînant la mort de leurs propres marins. Nous avons l’exemple de la Syrie, où plusieurs années d’efforts concertés pour démembrer ce pays et en déloger son président, ont entraîné une catastrophe après l’autre. Et maintenant, nous avons l’exemple de la Corée du Nord, qui teste des missiles balistiques et des armes nucléaires à la stupéfaction de tous, tandis que les États-Unis lancent des exercices militaires sans signification. Ils sont sans signification car il n’y a absolument aucune carte militaire à jouer qui n’entraînerait pas l’anéantissement complet de l’allié que les États-Unis ont juré de protéger.

L’impasse nord-coréenne risque de traîner pendant un certain temps, mais la défaite syrienne est déjà très proche d’être actée. Alors laissez-moi l’examiner en détail, car elle offre une vision très intéressante de ce qui fait que les États-Unis, à ce stade, sont tellement moins qu’une superpuissance militaire. (Les crédits de recherche pour cela vont à Evgeny Krutikov en particulier, et à d’autres trop nombreux à mentionner ici.) La défaite syrienne n’est pas le résultat d’une seule opération, mais d’une rafale d’entre elles, chacune résultant de ce qui ne peut être décrit que comme un échec épique. Toute la campagne syrienne des États-Unis peut être décrite comme une poursuite implacable de l’échec. Elle illustre plusieurs des caractéristiques qui rendent la machine militaro-américaine pire qu’inutile. Il était un temps où le but des dépenses militaires américaines était de justifier les dépenses militaires américaines; maintenant, ce n’est même plus possible. Les éléments clés de cet échec sont les suivants:

• L’incapacité totale de tenir pour responsables ceux qui sont responsables de cet échec, qu’il s’agisse de politiciens ou d’officiers militaires.
• L’incapacité totale d’apprendre des erreurs et d’ajuster les stratégies, en faisant des choses éprouvées pour ne pas refaire ces erreurs encore et encore.
• L’incapacité totale d’accepter la vérité de la situation, préférant plutôt habiter un domaine de fiction plein de terroristes modérés, de chefs tribaux amicaux, d’arcs-en-ciel et de licornes.
• L’incapacité totale de résister à la corruption de toutes sortes, y compris des programmes frauduleux qui incluent le vol direct des biens du gouvernement.

L’engagement militaire total des États-Unis a débuté à l’été 2014. À l’époque, il y avait une sorte de groupuscule armé près de Raqqa, grouillant de djihadistes barbus qui peuvent ou non avoir été associés à ISIS. Ils détenaient beaucoup d’otages, notamment des soldats syriens ainsi que des citoyens américains et britanniques qui avaient d’une manière ou d’une autre atterri en Syrie. Après une longue analyse, la CIA a décidé que ce groupuscule devait être attaqué, son camp occupé et les otages libérés.

Au début du mois de juin, quelques douzaine de troupes des forces spéciales ont été larguées au voisinage du campement. Après une bataille de trois heures (cela signale déjà un échec, les opérations de libération d’otages doivent durer quelques minutes, pas des heures), les troupes américaines ont tué cinq des terroristes et ont pris le contrôle d’un bâtiment parfaitement vide isolé au milieu du désert. Il n’y avait pas d’otages, aucun ennemi de haut rang, rien d’utile là-bas. Plus tard, il a été révélé que les otages avaient été transportés un jour avant le début de l’opération, ce qui a donné lieu à toutes sortes de questions au sein de la CIA concernant les éventuelles fuites.

Quelques jours plus tard, « Jihadi John » et son groupe de trois Arabes britanniques se nommant eux-même «les Beatles» et agissant sous les pseudonymes de John, Paul et Ringo ont décapité un groupe de personnes devant la caméra. Parmi eux se trouvaient le photographe James Foley, le journaliste Steven Sotloff, le travailleur humanitaire David Heins, le chauffeur de taxi britannique Alan Henning (qui travaillait pour la même mission humanitaire que Heins) et, en dernier lieu, Peter Kassig, ancien membre de l’armée américaine, mais qui à l’époque travaillait également pour une mission humanitaire basée à Beyrouth et en Turquie, mais se trouvait régulièrement en Syrie, illégalement et à des fins inconnues.

Plus précisément, c’est la mort de Kassig qui a suscité une réaction curieusement plus forte de Barack Obama, qui a déclaré que Kassig «nous a été pris par un groupe terroriste que le monde associe à juste titre à l’inhumanité». Cette saillie a été largement analysée comme signifiant que Kassig travaillait pour la CIA ou le renseignement militaire américain. Notamment, il était le seul qui, en captivité, s’est converti à l’islam et a pris un nom islamique.

Plus tard, d’autres faits étranges ont commencé à apparaître. En particulier, il est apparu que «Jihadi John» avait négocié avec le gouvernement des États-Unis et avec la famille de James Foley, exigeant 100 millions ou, pour quelque raison étrange, plus précisément 132 millions de dollars de rançon. La dernière communication de lui a eu lieu une semaine avant l’opération infructueuse des forces spéciales américaines, mais les Américains ont refusé de payer. Le représentant officiel du Pentagone, le contremaitre James Kirby, a tout mis sur le dos de la CIA. Assez curieusement, les responsables de cette étonnante foirade ne se sont pas suicidés d’une balle dans la tête comme ils auraient dû le faire pour une question d’honneur, mais ils ont prospéré avec une magnifique carrière à la clé.

Certes, il devait bientôt y avoir d’autres échecs encore plus épiques. Les États-Unis ont mis en place des vols de surveillance sur le territoire syrien, cartographiant soigneusement le désert en utilisant d’abord des drones, puis l’aviation régulière, n’ayant toujours pas la plus petite idée de ce qu’ils cherchaient. Mais apparemment, ils ont vu des images qui semblaient indiquer de bonnes cibles, car à l’automne de la même année, Obama a annoncé son intention de commencer à bombarder ISIS en Syrie.

Il a également annoncé le lancement d’un programme visant à « former et équiper » l’Armée syrienne libre dans le but de renverser Bachar al-Assad. La CIA a choisi des groupes prometteurs, leur a donné des armes, puis les a vus se joindre à ISIS ou Jabhat al-Nusra en masse. Au fur et à mesure que cela se passait, les fonctionnaires américains ont continué à se référer à ces nouveaux terroristes, radicalisés à la vitesse de la lumière, comme à une « opposition modérée ». Finalement, le mythe cultivé aux États-Unis appelé l’Armée syrienne libre s’est complètement effondré, embarrassant tout le monde. Mais encore une fois, l’embarras était insuffisant pour faire en sorte que les responsables fassent amende honorable et se collent une balle dans la tête.

On en a terminé avec le fiasco numéro deux avant d’attaquer le fiasco numéro trois. Une fois que l’Armée syrienne libre fictive se fut évaporée comme la brume du matin, la CIA a décidé de mettre le paquet sur les Kurdes et l’opération Timber Sycamore est née. Elle a été déclarée top secret et autorisée directement par Obama, avec la plupart des documents portant la signature de Hillary Clinton. À bien des égards, c’est une répliqué des leçons non apprises d’un ancien fiasco américain connu sous le nom d’Iran-Contras ou de l’affaire Oliver North.

L’argent saoudien a été utilisé pour acheter des armes obsolètes de l’époque soviétique, principalement dans les Balkans, puis de les expédier en Turquie et en Jordanie, tout en utilisant des documents falsifiés pour éviter l’apparence de l’illégalité. De là, elles devaient filtrer en Syrie et se retrouver entre les mains des Kurdes, qui défendaient à l’époque la ville de Kobané face à ISIS. De manière tout à fait surprenante, rien de cela n’a fonctionné selon le plan. Le marché noir des armes au Moyen-Orient a commencé à déborder, y compris d’armes lourdes. Les officiers du renseignement américains ont commencé à acheter des Ferrari, refusant d’accepter des pots-de-vin en papier-monnaie mais uniquement en barres d’or. Les concessionnaires d’armes de petite taille sont soudainement devenus très riches et se sont battus pour leur part de marché. Une simple fusillade sur une base de l’armée jordanienne a coûté la vie à deux officiers jordaniens, deux entrepreneurs américains et un Sud-Africain. (Est-ce qu’une affaire de vente d’armes illégales peut se faire sans qu’un Sud-Africain ne soit impliqué?) Lorsque l’échelle du fiasco est devenue évidente, les Jordaniens impliqués dans ce coup ont été licenciés, mais rien n’a été confisqué. Hillary Clinton était particulièrement folle de rage; elle a été mise dans un très mauvais pas quand une personne des services de renseignement a publié sur un site Web du gouvernement américain un contrat pour la livraison de tonnes d’armes de la Bulgarie aux ports de Tasucu (Turquie) et Aqaba (Jordanie). WikiLeaks a commencé à déterrer plus de détails .

Il s’avère que l’administration Obama dans son ensemble a gaspillé un demi-milliard de dollars uniquement pour armer l’Armée syrienne libre avec cette opération Timber Sycamore. Au lieu de se blâmer eux-mêmes, les personnes impliquées (la plupart d’entre elles encore en poste, alors qu’une balle dans la tête aurait été largement méritée) se sont mise à accuser la Russie pour ne pas les avoir laissées « terminer le travail ». Voici un très bon graphique, grâce à WikiLeaks, qui détaille le montant étonnant des fonds gaspillés par les États-Unis pour ses méfaits en Syrie.

On en a terminé avec le fiasco numéro trois avant d’attaquer le fiasco numéro quatre. Au lieu de simplement jeter sur le champ de bataille syrien des tonnes d’armes obsolètes de l’ère soviétique achetées en Europe de l’Est en utilisant de l’argent blanchi et de la paperasse falsifiée, les États-Unis ont décidé de jouer réellement un rôle actif « au sol ». En octobre 2015, les premiers 15 instructeurs américains ont été héliportés dans le Kurdistan syrien. À partir de ce moment, les Américains se sont engagés à cultiver les Forces démocratiques syriennes (les deux plus grands groupes armés kurdes) plus, pour la diversité ethnique, deux tribus arabes locales.

En mai 2015, le général Joseph L. Votel, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, a été transporté en Syrie dans un secret (relatif) et a rencontré des commandants kurdes. Il a tenté d’imposer l’idée d’avoir des conseillers américains au Kurdistan et de leurs faire préparer les locaux pour l’action. Les commandants kurdes et les chefs tribaux n’étaient pas réceptifs et ont exigé que les Américains leur fournissent des armes lourdes. Heureusement, Votel n’avait pas le pouvoir de le faire, et alors, lorsque les Kurdes ont commencé à assiéger le bastion d’ISIS à Raqqa, ce sont les Américains qui ont tiré avec les mortiers et l’artillerie, les « Marines » américains leur assurant la sécurité. L’efficacité de ces actions reste douteuse.

Les Kurdes se sont montrés des alliés obstinés et peu coopératifs. Leur objectif principal est de mordre autant de territoire qu’ils le peuvent, à utiliser plus tard lors des négociations avec le gouvernement à Damas afin d’établir la plus grande autonomie possible pour un Kurdistan syrien. Ils ne sont généralement pas disposés à s’aventurer en dehors de leur programme bien établi. Ils n’étaient pas particulièrement disposés à se battre même pour Manjib, ethniquement principalement kurde, et leur intérêt à capturer Raqqa était en grande partie inexistant.

Et pourtant, les Américains pensent qu’il est raisonnable de penser qu’une fois qu’ISIS sera complètement liquidé (environ quelques mois au rythme actuel), ces mêmes Kurdes les aideront à établir et à maintenir le contrôle sur toute la rive orientale de l’Euphrate jusqu’à la frontière irakienne. Non seulement les Kurdes ne sont pas très motivés pour le faire, mais les Syriens sont actuellement occupés à fortifier une tête de pont et à ériger un pont flottant à Ayash, au nord de Deir-ez-Zor, ville récemment reprise. Au cours des derniers jours, ils ont déplacé des armes lourdes sur la rive orientale de l’Euphrate et ont renversé les restes d’ISIS qui tenaient encore des villages environnants, et ils se préparent à avancer vers la frontière irakienne. Ils n’ont pas caché leur plan pour rétablir le contrôle sur l’ensemble du territoire syrien.

On dirait que le fiasco numéro quatre est déjà bien cuit dans le gâteau. Mais comme d’habitude, cela n’empêche pas les Américains de pomper plus de conseillers et d’armes, pour conseiller des gens qui refusent de faire attention à leurs conseils et d’armer des gens qui se retourneront facilement contre eux. Ils pompent également d’autres ressources pour construire des bases militaires sur le territoire syrien, qu’ils ne contrôleront pas bien longtemps. Il y a l’aérodrome de Rmeilan, une base plus grande à Kobané et encore un autre aérodrome à Tal Beidir. Le Kurdistan syrien accueille maintenant quelques centaines d’Américains, équipés d’armes légères, de Hummers et de Strykers, et qui ne cessent de se plaindre des conditions de vie inférieures aux normes et du manque de bonnes informations sur ce qui se passe autour d’eux.

Non contents d’attendre que le fiasco numéro quatre soit bien avancé, les Américains se sont lancés de manière préventive dans le fiasco numéro cinq : la construction d’une base militaire dans le sud de la Syrie. Étonnamment, même après tout ce qui s’est passé, ils se sont jugé capables d’essayer d’insuffler une nouvelle vie à l’Armée syrienne libre et trouver une utilité pour leurs bases en Jordanie qui avaient été complètement discréditées par leur performance dans l’affaire Timber Sycamore. À cette fin, ils ont cherché des appuis du côté de certains obscurs groupes armés qui ont traversé la Syrie depuis la Jordanie et, avec leur aide, ont établi une base à Al Tanf, suffisamment bien armée pour tenir ce territoire pendant longtemps, et peut-être servir de position avancée pour une invasion depuis le sud.

Ce qui est arrivé au lieu de cela, c’est que les Syriens et les Iraniens ont rapidement contourné Al Tanf, et pris le contrôle de la frontière irakienne (avec la pleine coopération irakienne) rendant la base Al Tanf complètement inutile. Reconnaissant ce fait, les Américains ont commencé à la démanteler et à l’évacuer alors que ces obscurs groupes armés qu’ils avaient tentés d’appuyer, soit se sont rendus aux Syriens soit ont fui et ont rejoint ISIS. Le fiasco numéro cinq est maintenant terminé.

Le fiasco numéro quatre est toujours en cours, mais le résultat final est déjà clair. Très bientôt, il n’y aura plus d’ISIS en Syrie pour que les Américains prétendent s’y battre. Leur position, tant au Moyen-Orient que partout dans le monde, est de plus en plus faible. À l’exception de la Syrie, le pays qui a le plus à gagner de cette situation est la Russie. Considérez ce qui suit :

  • L’Arabie saoudite a été le principal financier du conflit syrien, mais même les Saoudiens se sont fatigués de l’incompétence américaine et tentent de traiter avec les Russes.
  • Lorsque les Israéliens ont reconnu que la Syrie était « perdue » pour eux de manière définitive, Netanyahou a immédiatement sauté dans un avion pour… Moscou, bien sûr, pour quémander quelques miettes à la table du maître.
  • La Turquie a décidé que la coopération avec l’OTAN n’est plus sa stratégie et a mis une pièce sur les systèmes russes de défense aérienne S-400 qui, contrairement aux armes fournies par l’OTAN et par les États-Unis, ne sont pas entravés par un inflexible système d’identification ami-ou-ennemi et seront parfaitement heureux d’abattre des objectifs de l’OTAN.
  • Même l’Allemagne, le chien de compagnie le plus obéissant depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, vient de lancer une enquête sur les expéditions d’armes vers des groupes terroristes internationalement reconnus en Syrie qui ont transité par la base militaire de Rammstein et sont illégales en droit allemand.

Alors qu’ISIS est détruit par les Syriens, avec le soutien aérien russe, les Américains, conformément à la tradition, accusent la Russie sinon de leur avoir fait perdre la face, du moins de leur défaite stratégique. Si ce jeu stupide de trouver quelqu’un à blâmer n’est pas un signe certain d’une faiblesse extrême, je ne sais pas ce que c’est. Le jeu final peut ne pas être tout à fait clair, mais ce qui l’est déjà, c’est ceci: pour qu’une superpuissance cesse d’être une superpuissance, une défaite militaire relativement mineure est suffisante, pour autant qu’elle soit suffisamment significative. La performance américaine en Syrie est telle que les États-Unis ne participeront plus aux négociations internationales sur l’avenir de la Syrie, car leur position est maintenant si faible qu’elle peut être ignorée. Et quand il s’agit de défaites militaires significatives, une défaite auto-infligée est de loin la méthode la plus efficace.

La Syrie n’est pas le seul endroit où le pouvoir militaire américain se révèle n’être plus aussi puissant. Il y a aussi l’Afghanistan, où les talibans sont occupés à reconquérir le nord du pays – la partie qui a été la plus facilement « libérée » lorsque les Américains ont envahi ce pays en 2001. Et il y a aussi la Corée du Nord, dont le leadership a réussi à mettre échec et mat les États-Unis, en ne leur laissant que des options militaires non viables – une situation que les Américains sont constitutionnellement incapables d’accepter. Cela explique les insultes envers les Nord-Coréens, qui ne se privent pas de les leur retourner en faisant rire nerveusement le reste du monde.

En conclusion, permettez-moi de prendre un risque et de me risquer à une supposition quant à la direction générale de notre petite affaire. Je pense que maintenant que toutes les preuves sont là que le statut de superpuissance de l’Amérique n’est plus qu’une légère nostalgie de la guerre froide, ce qui vient ensuite, c’est… la punition. Que font maman et papa avec un enfant gâté qui a dépassé la limite de ses cartes de crédit en gaspillant de l’argent dans les bars, avec les derniers jouets à la mode et avec des prostituées de luxe? Eh bien, retirer les cartes de crédit, bien sûr!

Dans le cas des États-Unis, cette action passe par la « dédollarisation ». Ceux qui l’ont déjà tenté comme Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi, ont été rapidement tués et leurs pays détruit. Mais maintenant, des pays tels que la Chine et la Russie mènent ce mouvement de « dédollarisation » auquel les États-Unis ne peuvent pas s’opposer, surtout lorsqu’ils agissent de concert, et la réponse américaine jusqu’à présent n’a consisté qu’à lancer des menaces vides, des sanctions sans mordant et une grande expression de colère finissant dans des marmonnements incohérents.

Pour décrire la situation dans les termes les plus simples possibles : la fonction de l’armée américaine est d’intimider d’autres pays pour que les États-Unis achètent ce qu’ils veulent en imprimant des dollars américains au besoin, ce qui revient essentiellement à piller le reste du monde sous la menace d’une arme. Une fois que leur capacité à intimider le monde jusqu’à la soumission aura disparu, il en sera fait de leur capacité à tondre sans fin la planète. Et une fois que cette capacité aura disparu, tout ce qui restera du « pays le plus riche du monde » ne sera qu’un tas de monnaie papier sans valeur. Quand, précisément, ce moment arrivera-t-il? Je vous laisse le deviner. Mais vous ne devriez pas avoir besoin de le deviner exactement et de l’attendre pour pouvoir planifier une réponse. Je vous recommande de le faire dès maintenant, si vous ne l’avez pas encore fait.

Dmitry Orlov

Liens

Quelques informations sur l’opération de la Russie en Syrie.

Les cinq stades de l'effondrementLe livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie », c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

 

http://lesakerfrancophone.fr/defaite-militaire-comme-declencheur-dun-effondrement-financier

 

Les S-400 de la Russie protégeront la Turquie d’une force aérienne kurde

Les S-400 de la Russie protégeront la Turquie d’une force aérienne kurde


Par Andrew Korybko – Le 18 septembre 2017 – Source Oriental Review

Putin Erdogan
Beaucoup de gens pensaient que ce jour ne viendrait jamais, mais c’est officiel : le président russe, Poutine, vendra ses missiles S-400 à son voisin turc, membre de l’OTAN, et il n’y a rien que les États-Unis ou l’OTAN puissent faire à ce sujet. Il s’agit d’un pivot géo-militaire profond pour la Turquie, car il consolide le rôle de la Russie en tant que partenaire stratégique de haut niveau du pays pour les décennies à venir, compte tenu du fait que les experts russes seront invités à fournir de la maintenance, des réparations, des pièces détachées et des améliorations à ces systèmes anti-aériens. Ce pivot n’est pas sorti de nulle part, car il suit une série de mouvements rapides que le président Erdogan a fait depuis l’échec du coup d’État pro-américain contre lui l’été dernier pour éloigner son pays de la dépendance unipolaire occidentale avec de nouveaux partenaires multipolaires à l’Est comme la Russie, la Chine et l’Iran.

Ankara a, depuis. aligné en grande partie ses politiques au Moyen-Orient avec ces trois grandes puissances, en particulier en ce qui concerne la Syrie; et même si la Turquie n’a pas officiellement renoncé à son slogan « Assad doit partir », il est presque certain que le président Erdogan reconnaît tacitement la réalité, c’est-à-dire que le président Assad ne sera pas renversé par les soi-disant « rebelles modérés ». En outre, il semble beaucoup plus préoccupé par la menace kurde croissante le long de la périphérie sud de son pays alors que son ancien « allié » américain avance dans son projet de sculpter un « deuxième Israël » géopolitique, un Kurdistan créé depuis des territoires pris à la Syrie et l’Irak. C’est ce développement, plus que tout autre chose, qui oblige la Turquie à coopérer encore plus étroitement avec la Russie, et il est très possible que le rythme accéléré de la vente des S-400 soit dû au danger imminent représenté par ce qui pourrait bientôt devenir une « force aérienne kurde » américaine et israélienne qui opérerait au nord de la Syrie et en Irak.

Il faut se rappeler que les États-Unis perdent progressivement leur vieille position hégémonique au Moyen-Orient, en particulier dans certaines parties du Golfe et surtout en Turquie, et il faut donc s’adapter à la nouvelle situation géostratégique depuis le début de l’opération anti-terroriste de la Russie en Syrie, il y a presque exactement deux ans. Il y a eu des conversations depuis le coup d’État raté de l’an dernier contre le président Erdogan. Les États-Unis pourraient perdre leur accès à la base d’Incirlik dans le sud de la Turquie et certains Kurdes syriens PYD-YPG seraient plus que disposés à inviter les USA dans la soi-disant « Rojava ». En outre, un « Kurdistan » indépendant de facto dans le nord de la Syrie et de l’Irak encouragerait naturellement la violence séparatiste du PKK dans les régions du sud-est de la Turquie, et si les Kurdes devaient recevoir ou acheter des avions vendus par les États-Unis et « Israël » pour une prétendue lutte « anti-terroriste », il est prévisible que ces actifs puissent être alors utilisés contre l’armée turque.

Après tout, il est très peu probable que la Turquie risque ses relations avec les États-Unis pour acheter des missiles russes anti-aériens uniquement pour se prémunir contre les menaces inexistantes des États voisins que sont la Géorgie,  l’Arménie, l’Iran, l’Irak, la Syrie,  Chypre, la Grèce et la Bulgarie. Il est plus probable, alors, qu’il a choisi d’aller de l’avant parce qu’il a déjà accepté que ses liens avec les États-Unis sont irrémédiablement ruinés depuis l’échec de la tentative de coup d’État pro-américain de l’an dernier et que son ancien « allié » américain travaille activement pour effacer le pays de la carte en soutenant la montée en puissance régionale d’un soi-disant « Kurdistan », complété, comme il se pourrait même, de sa propre « force aérienne » en Syrie et en Irak pour aider ses compatriotes avec des frappes anti-turques.

Andrew Korybko

 

L’ancien envoyé américain Robert Ford : nous avons donné de faux espoirs aux Syriens

Source : TSO, Ibrahim Hamidi, 20-06- 2017

Dans un entretien avec Asharq al-Awsat, le diplomate américain affirme que son pays a donné de faux espoirs aux Syriens qui croyaient que les États-Unis interviendraient militairement contre Assad.

Dans un entretien au journal londonien Asharq al-Awsat, Ford a dit qu’il s’est rendu à la ville syrienne de Hama en juin 2011, afin de déterminer lequel du régime Assad ou de l’opposition fomentait les violences.

« Nous avons reçu l’information que Hama était assiégée et que l’armée syrienne encerclait la ville. Nous étions préoccupés par le fait que la violence pouvait éclater lors des manifestations organisées le lendemain. J’y suis allé un jeudi pour constater quel parti incitait à la violence », a-t-il déclaré.

Sa visite consistait également à montrer au régime syrien que Washington considérait les événements de Hama avec la plus grande attention.

Cependant, Ford affirmait qu’au moment de sa visite, son pays a donné de « faux espoirs » à l’opposition syrienne, laquelle était convaincue que Washington lui apporterait son soutien et interviendrait militairement, à un moment où les E.-U. étaient en fait à la recherche d’une solution négociée.

« A la fin de 2013, je pensais que la guerre serait rude pour le régime, qui serait dans l’obligation de négocier un accord » pour former une coalition gouvernementale avec les forces de l’opposition et des personnalités indépendantes , déclara l’ambassadeur américain.

Il ajouta : « Ma plus grande erreur était que je ne m’attendais pas à ce que l’Iran et le Hezbollah envoient des milliers de combattants pour soutenir [le chef du régime syrien Bachar] Assad. »

Ford, qui avait quitté Damas en 2012, affirmait aussi que le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov avait trompé son homologue américain John Kerry au cours de l’accord sur les armes chimiques de fin 2013, et qu’il le traitait comme un enfant.

A la suite d’une attaque chimique mortelle en 2013, la Syrie avait accepté de détruire son arsenal chimique selon un accord négocié par la Russie et les E.-U., quand elle adhéra à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes chimiques. Mais subsistait la question de savoir si Damas avait alors tout déclaré dans son programme d’armes chimiques.

Ford affirmait également que les Kurdes paieraient cher leur confiance aux Américains, ajoutant que l’armée américaine se servait des Kurdes uniquement pour combattre l’État Islamique (EI). Ford affirma : « Washington n’ordonnerait pas à l’armée américaine de défendre le Kurdistan occidental en tant qu’entité politique indépendante dans la future Syrie ».

Ci-dessous des extraits d’une longue session questions-réponses.

Commençons par un point important : votre visite à Hama en juin 2011. Pourquoi êtes-vous allé là-bas ? Pensez-vous que c’était une bonne décision ?

Les deux questions sont légitimes. Pourquoi êtes-vous allé là-bas ? La réponse est simple. Nous avions des informations comme quoi Hama était assiégée et que l’armée encerclait la ville, nous étions donc préoccupés par des actes de violence lors de la manifestation du lendemain. Je m’y suis rendu le jeudi parce que je voulais être témoin des violences si elles se produisaient, et savoir qui les aurait déclenchées, car la question que se poserait Washington serait : qui a commencé les violences ? les manifestants ou le gouvernement ? Si Washington me le demande, et si je réponds que je ne sais pas parce que je suis à Damas, Washington n’acceptera pas ma réponse. Je pensais également que si j’envoyais des diplomates de l’ambassade, ce ne serait pas aussi efficace que si j’y avais été moi-même.

Ma visite envoyait également le message au gouvernement syrien que nous prenions ce problème au sérieux, et qu’ils ne devraient pas envoyer l’armée dans la ville. Hama a une histoire tragique comme vous le savez. Je n’ai pas demandé la permission au Département d’Etat américain. J’ai dit simplemnt que je m’y rendais. J’ai envoyé un message à Jeffrey Feltman (Secrétaire adjoint) le mercredi, et j’ai dit que j’allais à Hamas le jeudi, un jour avant les manifestations du vendredi.

Était-ce une bonne décision ?

Il y a deux aspects. Positif et négatif. Premièrement, ma visite a montré aux Syriens que nous étions attentifs aux problèmes des droits de l’homme. Jusqu’à présent, quand je rencontre des Syriens, ils me disent : j’ai été à Hama, merci. De plus, j’ai appris beaucoup de choses à propos de l’opposition suite à cette visite. Auparavant, nous ne savions pas à quel point ils étaient organisés. Ils avaient leurs propre sécurité, un commandement unifié et une cellule de soutien économique pour les familles. Ce n’était pas la raison pour laquelle nous y sommes allés, mais je l’ai découvert.

Mais il y avait deux inconvénients à cela. Premièrement, le gouvernement syrien s’est servi de ma visite à des fins de propagande comme quoi la révolution syrienne était un complot de l’étranger. Deuxièmement — l’un de mes étudiants à Yale a écrit une thèse sur le sujet — ma visite et d’autres actions en Syrie en 2011 ont favorisé la croissance du mouvement protestataire, mais les Américains n’étaient pas prêts à envoyer des forces armées pour aider les Syriens. Cela signifie que nous avons donné de faux espoirs aux Syriens.

De faux espoirs ?

Connaissez-vous l’histoire de la Hongrie en 1956 ? Durant la guerre froide. (Le Président Dwight) Eisenhower et le Président soviétique (Nikita) Krouchtchev. A cette époque, les Hongrois manifestaient à Budapest. Avant cela, la propagande américaine disait que l’Amérique aiderait le peuple et encourageait les manifestations contre le communisme en Europe de l’Est, y compris en Hongrie. L’Occident compatissait à leur situation. Les Hongrois se soulevèrent en novembre 1956 pendant la crise du canal de Suez. Bien sûr, les Américains ne firent rien. Les Hongrois furent écrasés par l’armée soviétique et il y eut des victimes, des arrestations et des disparitions. Pour les Hongrois, ce fut une expérience dramatique.

Des gens ont dit que ma visite et celle de l’ambassadeur de France Eric Chevalier rappellent ce qui s’est passé en Hongrie : nous avons donné des espoirs au peuple, et ensuite nous l’avons délaissé. Ce n’a jamais été notre intention. Comme vous savez, j’ai toujours dit à Damas que les forces armées américaines n’interviendraient pas. J’ai souvent discuté avec les opposants. Je l’ai dit à tout le monde : après la guerre en Irak, l’ armée américaine ne viendra pas à votre secours. Je l’ai dit aux habitants d’Hama : restez pacifiques. S’il y a des violences, les forces armées américaines ne viendront pas à votre secours.

Certains ont entendu mon message, mais pas tous. Ce qui signifie qu’il y a eu encouragement, même si ce n’était pas intentionnel.

La session Questions & Réponses a été traduite et diffusée par The Syrian Observer. Le contenu de l’information ainsi que les points de vues exprimés dans cet article n’engagent que leur auteur.

Source : TSO, Ibrahim Hamidi, 20-06- 2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Le Pentagone (2/10) – Le crash

Plan de l’étude sur le Pentagone :

    1. L’incroyable bêtise
    2. Le crash – L’incendie

 

  1. Les dégâts
  2. Les témoignages et les preuves visuelles
  3. Les preuves physiques 1
  4. Les preuves physiques 2
  5. Les débris 1
  6. Les débris 2
  7. Le pilotage
  8. Les victimes

3. Le crash

L’impact a été très important : le Boeing 757 s’est écrasé à 860 km/h sur la façade en béton armé du Pentagone, entre le rez-de-chaussée et le premier étage.

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Schéma de la position et de la situation de l’avion au moment du crash

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Trajet de l’avion dans le bâtiment

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Schéma mettant en évidence le parcours de l’avion au moment du crash

Une fois l’avion entré dans le bâtiment, l’avion s’est jeté sur la forêt de poteaux présente au rez-de chaussée et à l’étage :

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Ces poteaux l’ont disloqué, et les débris ont finit leur course contre le mur de l’anneau C, au niveau de “AE Drive”.

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Schéma de l’impact de l’avion à l’intérieur du Pentagone

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Simulation par la Purdue University :

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Zone des dégâts dus à l’impact

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Recherches de survivants à l’intérieur du Pentagone

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Les dégâts occasionnés par le crash. Au fond, le trou laissé dans le mur entre les anneaux A-B et C-E dans AE Drive

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Les colonnes restantes à l’intérieur du Pentagone

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La colonne 3L largement ployée

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4. L’incendie

Le crash de l’avion, qui contenait 20 000 litres de kérosène, a engendré une autre catastrophe : un violent incendie. C’est la seconde cause majeure de l’effondrement de la zone où a eu lieu le crash.

Notez l’extrême largeur de l’incendie en quelques minutes, en lien avec le kérosène répandu :

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Observez la largeur de l’incendie…

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Voici d’ailleurs les gros dégâts dans le Pentagone dus au crash, à l’incendie puis à l’eau :

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Suite de la série ici.

N.B. : les séries sur le 11 Septembre sont évidemment lourdes à modérer. Comme vous le voyez dans le plan au début du billet, ce billet s’insère dans une longue série. Merci donc de ne pas commenter sur de sujets qui seront clairement traités par la suite, cela fait perdre du temps à tout le monde. Vous pouvez commenter la série dans ce billet dédié.

Les commentaires sont fermés.

 

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