Quelle armée pour les Kurdes ? Influences et divisions politiques intra-kurdes

Quelle armée pour les Kurdes ? Influences et divisions politiques intra-kurdes

Par Benjamin TOUBOL, le 19 septembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Candidat à un doctorat dirigé par l’Institut Français de Géopolitique et supervisé par le centre d’études sur le Moyen-Orient Moshé Dayan Center de l’Université de Tel-Aviv. Benjamin Toubol est spécialisé sur le Kurdistan irakien, ses travaux portent sur la géopolitique du Kurdistan et sur les dynamiques et représentations des Peshmergas et des groupes armés kurdes.

Le referendum prévu le 25 septembre 2017 au Kurdistan irakien conduira-t-il à son indépendance ? Si oui, cette indépendance du Basûrê Kurdistanê (Sud-Kurdistan ou Kurdistan irakien) sera-t-elle mise en péril par les rivalités entre Kurdes du Rojava et Kurdes d’Irak ? Après une enquête de terrain, Benjamin Toubol, fait un tableau informé des forces et stratégies en présence. Ce qui permettra de comprendre les lendemains de ce rendez-vous électoral contesté par les Etats-Unis de D. Trump.

LE 20 août 2017, le président turc, Recep Tayyip Erdogan a fait savoir que les Turcs et les Iraniens étaient hostiles à toute idée d’indépendance kurde en Irak. Bien que le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif ait depuis nuancé ces déclarations en insistant sur le fait que la République Islamique d’Iran voyait d’abord dans un nouveau Kurdistan émancipé de Bagdad une nouvelle donne dans la stabilité de ses frontières, l’appréhension des Turcs se traduit surtout envers le YPG (les Unités de Protection du Peuple) et le PYD (bras politique du YPG), principaux acteurs politico-militaires du Kurdistan syrien, le Rojava. Ces derniers, liés au PKK (le Parti des Travailleurs du Kurdistan) opérant contre l’armée turque au Sud-Est de la Turquie, voient en effet dans l’avènement d’un Kurdistan irakien, un modèle d’émancipation du peuple kurde syrien malgré sa rivalité avec le PDK (Parti Démocratique du Kurdistan) de Massoud Barzani (leader kurde irakien). En effet, les divisions ethniques se sont renforcées au fil des rapprochements entre le clan Barzani et le président Erdogan et des combats de plus en plus violents se déroulent régulièrement entre armée turque et combattants révolutionnaires kurdes du Rojava et de l’Anatolie du Sud-Est.

Le Kurdistan d’Irak rencontre un paradoxe lié à l’histoire kurde de la région : devenir l’État des Kurdes et privilégier l’unité de tous les Kurdes et ainsi froisser ses partenaires turcs et iraniens, ou devenir un État kurde, dont les enjeux et les représentations différeraient de ceux des Kurdes de Syrie et de Turquie. Entre les positions partisanes des Peshmergas, leurs rivalités avec le PKK turc, le YPG syrien, les milices d’autodéfense yézidies et chrétiennes irakiennes, et enfin la menace de l’organisation État Islamique sur le déclin mais protéiforme, l’indépendance du Basûrê Kurdistanê (Sud-Kurdistan ou Kurdistan irakien) prévue au referendum le 25 septembre 2017 sera-t-elle mise en péril par les rivalités entre Kurdes du Rojava et Kurdes d’Irak ?

Le terrain d’étude réalisé en février 2017 à Erbil, en pleine offensive de Mossoul à 60 kilomètres de là, fut l’occasion d’analyser ce que représente le statut de Pesmerga au Kurdistan irakien, mais aussi les relations conflictuelles mais nécessaires avec les voisins kurdes syriens et le puissant YPG ainsi que le poids du PYD dans la province kurde du Rojava.

Quelle armée pour les Kurdes ? Influences et divisions politiques intra-kurdes
Carte de la répartition de la population kurde au Moyen-Orient
Carte extraite du n°16 de la revue Questions internationales (documentation française). Moyen-Orient, chiites, sunnites, kurdes.

I. Être Peshmerga au Kurdistan irakien : engagement et représentations

Depuis 2005, le Gouvernement Régional du Kurdistan irakien a subi les effets d’une crise économique qui a menacé de faire sombrer la région dans une récession économique. Depuis, l’émancipation d’Erbil, capitale du Kurdistan irakien, de Bagdad, l’apport d’investissements étrangers et le développement de l’exploitation de ressources pétrolières ont permis d’amortir les difficultés financières et de revoir la croissance à la hausse au sein des trois provinces de la région (Erbil, Duhok et Soulaymania). L’institution militaire n’a jamais souffert si ce n’est du manque de matériel, lacune largement compensée ces dernières années par les pays occidentaux, américains en tête, afin de renforcer les premières lignes kurdes contre les bastions de l’État Islamique depuis 2014.

Malgré les difficultés économiques rattachées notamment aux paiements tardifs des salaires, les volontaires seraient tout de même nombreux à s’engager dans les unités Peshmergas depuis le début de la guerre contre l’EI [1], si bien que les autorités ont dû limiter le recrutement [2]. Plusieurs raisons expliquent ce fort engagement des Kurdes dans les forces armées. La perspective d’un emploi et d’un salaire a longtemps été un facteur décisif, mais au vu de la situation financière à laquelle font face le gouvernement et le Ministère des Peshmergas, cette raison n’apparaît plus pertinente. Le système salarial est récent chez les Peshmergas et date du début des années 1990. Auparavant, les Peshmergas s’enrôlaient bénévolement et recevaient en contrepartie une indemnité. Ils étaient accueillis et nourris par la population. La raison de l’engagement réside aujourd’hui davantage dans le désir d’affirmer un fort attachement nationaliste à la nation kurde irakienne [3], attachement revitalisé par la menace que représente l’EI, poussant toutes les tranches d’âge à s’enrôler [4]. Cet engagement dans les forces armées se fait de manière volontaire, il n’y a pas de conscription [5]. Les conditions du recrutement se sont élargies durant l’été 2014 face à l’offensive de l’EI. L’enrôlement s’étend désormais aussi aux Peshmergas à la retraite [6], une situation qui renforce le problème du manque d’unité entre Peshmergas de l’UPK (Union Patriotique du Kurdistan, deuxième principal parti après le PDK) et ceux du PDK du fait que de nombreux Peshmergas retraités avaient participé à la guerre civile de 1994-1998.

L’exigence d’avoir au moins un parent kurde pour être recruté a également officieusement été levée face à l’afflux de volontaires internationaux. Ainsi, une unité de Peshmergas de l’UPK dirigée par Araz Abdulqadir, implantée dans les environs de Kirkouk, comprend dans ses rangs des combattants étrangers. Les volontaires étrangers peuvent même postuler à un programme de formation appelée le Kurdish Peshmerga Foreigner Registration, Assessment, Management and Extraction (FRAME) [7] . Pour autant, on ne saurait considérer les Peshmergas impliqués dans le conflit, principalement ceux confrontés à l’EI dans la province de Ninive, dans ce qu’il reste des poches de résistance djihadistes dans les faubourgs de Mossoul et au Sud de la province de Kirkouk, comme des soldats de la liberté, dépourvus d’agenda politique et donc non partisans. Essentialiser les forces kurdes comme forces du Bien, démocrates modernes faisant la guerre sans l’aimer, comme les présente Bernard Henri-Levy dans son documentaire « Peshmerga » [8], efface aussi bien les divisions entre Kurdes d’Irak que les oppositions avec les autres factions kurdes. Sans parler de l’ensemble de l’Irak, des interférences avec la Syrie et la Turquie, de la place des autres factions islamistes comme le Front Islamique du Kurdistan (groupe composé d’Arabes sunnites lié au Ahrar Al-Sham opposé aussi bien au groupe État Islamique qu’au kurdes indépendantistes syriens), des différends entre Peshmergas et combattants Yezidis et surtout de leur rivalité sur le mont Sinjar.

Les femmes sont également présentes parmi les Peshmergas. Le régiment féminin est lié à l’UPK et a été officiellement créé en 1996, même si la participation des femmes dans les combats des Peshmergas est plus ancienne. Le statut de Peshmerga renvoie à une condition de respectabilité au sein de la société kurde. C’est aussi un engagement qui leur assure une autonomie financière et les autorise à s’extraire de l’autorité patriarcale qui les destine à être mariées très tôt. L’UPK fut le premier parti politique à incorporer des unités de femmes combattantes ou des unités mixtes, sous la volonté de son leader Jalal Talabani et les pressions de la colonelle Nhaida Ahmad Rashid, porte-parole des unités mixtes de la caserne de Souleimanyia. Les photos de ces combattantes sont très connues à l’étranger et renvoient l’image d’une cause où l’égalité homme/femme existe et s’opère concrètement sur les terrains de combat. Pour autant, les femmes Peshmergas et leurs rôles restent extrêmement minoritaires dans une société qui ne saurait faire oublier les très fortes inégalités qui persistent entre hommes et femmes.

Enfin, c’est cette réputation de combattants allant au-devant de la mort (traduction littérale du mot Peshmerga ), les libérations progressives des villages chrétiens, dont Qaraqosh, dans la plaine de Ninive entre Mossoul et Erbil et les combats incessants contre l’EI dans les faubourgs Est de la ville de Mossoul, qui font des Peshmergas dans leur généralité, la force militairement la plus stable dans la région. Toutefois, sous les ordres de Nerwan Barzani, général Peshmerga et neveu de Massoud Barzani, les sentiments ambivalents sur la reconquête de Mossoul al-Arabi ( Mossoul l’Arabe, comme l’appelle les Peshmergas) se sont accrus au sein des forces kurdes qui ne voyaient pas de réel enthousiasme dans l’armée irakienne à voir une force kurde reprendre le poumon économique du Nord de l’Irak et qui historiquement n’a jamais été kurde. Le passage de relais vers les forces armées irakiennes au centre de la ville et dans les faubourgs Ouest a laissé un goût amer aux combattants Peshmergas, Yezidis de l’HPE (Milice d’autodéfense du peuple Yézidi) et chrétiens du NPU (Forces de Défense de la Plaine de Ninive), qui ont perdu toute confiance envers Bagdad depuis la fuite de son armée devant les colonnes de l’EI en 2012.

Le Kurdistan irakien possède donc des institutions, semble maîtriser son territoire (le dernier attentat sur le territoire remonte à 2013 à Erbil) sécurise ses frontières tout en y recherchant une profondeur stratégique dans la province de Ninive à l’Ouest, de Kirkouk au Sud et de Diyala à l’Est. De plus, les accords de gouvernement entre PDK, UPK et le mouvement Gorran (troisième principal parti partenaire de l’UPK) semblent maintenir un certain équilibre démocratique malgré la longévité au pouvoir de Massoud Barzani, longévité qui doit plus à sa légitimité clanique et surtout aux développements des événements sécuritaires faisant rage dans la région. Sur le plan international, le Kurdistan maintient, pour l’instant, les Turques et les Iraniens hors de ses institutions, à défaut d’être hors de ses frontières (les Turcs bombardent régulièrement les bases arrières du PKK au Nord principalement sur les Monts Qandil au Nord d’Erbil et dans la région du Sinjar). Malgré tout, tout au long de cette recherche, il a été vu que l’institution militaire, que requiert tout État, ne s’inscrit pas dans une continuité d’unité. L’autorité de Massoud Barzani se limite aux Peshmergas liés au PDK et aux Brigades unifiées. Elle connaît des difficultés à s´étendre davantage et à confirmer son autorité sur les autres forces, privées ou non, de l’UPK aux milices chrétiennes et yézidies. C’est pourquoi, si le Kurdistan irakien acquiert son indépendance, via son référendum populaire qui devrait se tenir le 25 septembre 2017, définir une force armée unifiée sera tout aussi important que de définir des frontières internationales. Sur ce point, Massoud Barzani a plusieurs fois exprimé son appréhension quant aux territoires disputés et au fait qu’un probable État kurde puisse vivre la même problématique territoriale qu’Israël avec les territoires palestiniens [9]. Dans un second temps l’agenda principal se base sur la constitution d’une force armée homogène, bannissant toute rivalité partisane. C’est pourquoi il est n’est aujourd’hui pas pertinent de parler des Peshmergas en faisant référence à une armée kurde. Il n’y a pas une armée kurde irakienne. Ce constat se fait sur le terrain, où à chaque checkpoint, à chaque patrouille, dans chaque ville, les patchs des uniformes diffèrent sous le drapeau commun kurde selon le rattachement ethnique ou politique du combattant. Il convient de rechercher une entité plus unifiée et centrée sur une autre représentation du Kurdistan irakien et qui remplit l’objectif de projection de forces extra-territorialisées tout en maintenant une présence et une influence dont le Gouvernement Régional du Kurdistan ne peut se passer et qui peut constituer une réserve de force solide : le YPG kurde syrien.

II. Un État kurde en Irak, une force kurde en Syrie : rivalité des Peshmergas et des YPG

Chez son voisin syrien, le PDK se méfie des velléités d’expansion du PYD, le parti politique kurde syrien dont le YPG est la branche armée, dans le Kurdistan irakien où il est intervenu ponctuellement en traversant la frontière irako-syrienne pour venir en aide aux peshmergas débordés face aux offensives de l’EI contre les Kurdes yézidis, surtout autour du Mont Sinjar. À l’inverse, le PYD syrien, qui exerce désormais un pouvoir exclusif dans le Rojava (Kurdistan syrien), s’oppose à l’influence du KRG sur la scène kurde en Syrie. Pour autant, le PYD a fait du YPG une force kurde indispensable à la souveraineté des Kurdes de Syrie. C’est entre autres sous l’impulsion des leaders du YPG, vétérans des Peshmergas irakiens ou du PKK turc, qu’ont été fondés les Forces Démocratiques Syriennes, regroupant une coalition de groupes armés arabo-kurdes, chrétiens, yézidis et musulmans, contre l’avancée de l’organisation État Islamique en Syrie.

Issa, un réserviste Peshmerga PDK issu des troupes HPE (Force de protection d’Êzîdxan, force yézidie autrefois rivale du PDK) qui a combattu aux côtés de l’YPG dans l’offensive du Sinjar [10] explique : « Le fait que Daesh se développe aujourd’hui principalement à l’Est de la Syrie est une menace à plus long terme comparé à Daesh en Irak. Nous nous sommes occupés d’eux à Kirkouk et nous allons les repousser dans la province de Shingal [Sinjar]. Aujourd’hui, les Peshmergas ne sont pas présents en Syrie. C’est le YPG et le FDS [Forces Démocratiques Syriennes] qui s’occupent de ça pour nous. Barzani ne souhaite pas éloigner ses troupes, déjà divisées, loin de nos frontières. Nous réfutons tout lien avec le PKK et le YPG, mais officieusement nous les soutenons et les armons. Même les Américains en viennent à les aider en parachutant de la logistique. Le YPG a réussi à unir musulmans, chrétiens et Yézidis. Ils sont le véritable bras armé du Kurdistan en Syrie. Pas le PDK ou l’UPK. »

L’action de sauvetage des populations yézidies, piégées sur les monts Sinjar et massacrées par les raids génocidaires de l’EI en 2015, qui fut considérée comme héroïque par les Kurdes d’Irak, est attribué au YPG qui en retire une confiance que les Peshmergas partisans du PDK et de l’UPK comme les Brigades unifiées Zerevani n’ont pas réussi à préserver depuis le début du conflit avec le mouvement djihadiste en 2012.

L’histoire des relations entre Kurdes syriens et irakiens est parsemée d’alliances et de sécessions. Bien que loin d’être aussi problématique pour le GRK que le PKK turc, le YPG syrien jouit d’une certaine réputation au sein de la population kurde irakienne, principalement dans la province de Dohuk. De nombreux Peshmergas PDK ou UPK, chrétiens, sunnites ou Yézidis sont d’abord passés dans ses rangs avant de combattre au Kurdistan irakien. De plus, même s’il est historiquement lié au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et a combattu et combat toujours à ses côtés dans l’Est de la Turquie, le YPG a aujourd’hui une réputation de parti révolutionnaire modéré face à ses frères révolutionnaires marxistes du PKK. Plutôt boudé par les puissances occidentales depuis le début de la guerre civile syrienne du fait de sa proximité avec le régime alaouite de Bashar el Assad, il reprend progressivement pied dans les opérations conjointes avec les forces spéciales américaines à la frontière irako-syrienne. La communication du groupe s’est rodée avec les années et les conflits, mettant en avant le YPJ, sa branche combattante féminine, en première ligne avec les combattants masculins suivant l’idéologie égalitaire proche de celle du PKK. De plus, l’intervention remarquée et salutaire des brigades du YPG sur le mont Sinjar contre l’EI lui a permis de s’attirer la sympathie des forces yézidies et assyro-chaldéennes de la province de Ninive ainsi qu’une partie de la population kurde irakienne. Début mai 2017, les États-Unis ont décidé d’initier une nouvelle stratégie vis-à-vis de l’organisation État Islamique et du régime alaouite en Syrie. Cette nouvelle stratégie marque un changement de méthodologie dans les relations entre Kurdes et Américains. Soucieux de ne pas fournir d’armes à des milices chiites au nord de l’Irak, satellites du régime iranien dans la région, par le biais d’aide aux Peshmergas kurdes UPK, le Département d’État a visiblement décidé de fournir une nouvelle aide matérielle et logistique en direction du YPG qui se présente comme une force unifiée, plus stable, certes marxiste et révolutionnaire, mais opposée au régime d’Erdogan et résolument anti-djihadiste. Les forces de l’YPG se sont notamment illustrées dans les combats contre l’EI lors de la bataille de Kobané (Ein-Arab, en arabe), lorsque la ville, à majorité kurde syrienne, avait été encerclée plusieurs semaines par les colonnes djihadistes. Les forces turques n’ont pas jugé bon d’intervenir malgré la proximité de la localité avec la frontière turque. C’est la coalition des forces kurdes syriennes, dont le YPG, qui a maintenu la ville en attendant les raids occidentaux qui ont eu raison des positions de l’organisation Etat Islamique. Les Peshmergas kurdes irakiens n’étaient pas déployés dans cette région, cette absence était en partie due au fait que Barzani souhaitait ne pas aggraver les relations déjà tendues avec son partenaire turc.

Les forces kurdo-syriennes, ou Forces du Rojava, sont l’expression de la revendication identitaire des Kurdes de Syrie. Ces forces affichent une unité qui aujourd’hui leur permet d’émerger comme un contre-pouvoir et un acteur rival des Brigades Peshmergas unifiées, faisant émerger une autre représentation géopolitique du Kurdistan. Malgré tout, il existe des divisions au sein des Forces du Rojava, mais le YPG, partie intégrante des forces séculaires des SDF (Forces Démocratiques Syriennes) est le seul acteur militaire kurde à avoir réussi à unifier des ethnies et des confessions différentes afin de conduire une opération de grande ampleur comme celle de la libération de Shingal (région du Sinjar) en novembre 2015, là où les Peshmergas Kurdes irakiens sont restés au second plan.

III. La stratégie territoriale du PYD et son poids dans les relations intra-kurdes

Outre l’Iran, les zones de peuplement kurde s’étendent principalement sur trois territoires, la Syrie, la Turquie et l’Irak. Chacune de ces trois zones de peuplement est constituée de forces autonomes kurdes, aux agendas différents. Si les Peshmergas PDK suivent la politique de sécurisation des frontières avec les territoires disputés de Ninive et Kirkouk en limitant la zone d’influence iranienne et de l’UPK, le YPG lui poursuit son ambition d’autonomie de la région kurde de Syrie, profitant du vide étatique laissé par la guerre civile tout en consolidant l’unification des forces arabo-kurdes et le PKK de son côté perpétue l’insurrection anti Erdogan .

L’YPG est l’objet de nombreux soupçons sur ses ambitions séparatistes de la part des Kurdes irakiens. Ce que le YPG a très vite compris pour asseoir son autorité dans les cantons du Rojava, c’était que la protection des minorités était une question primordiale à la stabilité de la région. Contrairement aux forces irakiennes Peshmergas PDK, le YPG n’a pas été accusé d’expulsions de familles d’autres ethnies, comme cela semble s’être déroulé dans les provinces de Kirkouk et de Diyala par les brigades PDK. [11]

Le YPG a mis l’accent sur la coopération militaire des différentes tribus, kurdes ou non, afin de favoriser l’intégration des différents clans. C’est dans la région de Cezire qu’Arabes et Assyriens se sont réunis sous la bannière d’un même bataillon, formé par le YPG et combattant aux côtés des forces kurdes, afin de consolider l’unification identitaire d’un Kurdistan syrien laïque et pluriethnique. Principale figure du développement des relations arabo-kurdes, le Cheikh Humeydi Denhan, chef de la tribu arabe Al-Shammar, est le coprésident du Parti de l’union démocratique (PYD) du canton de Cezire. Les forces qu’il a sous ses ordres ont permis de renverser la tendance dans l’offensive contre l’organisation État Islamique dans la région de Tel Abyad et Serekaniye où se trouve une centaine de villages arabes qui étaient initialement kurdes. C’est dans les années 1970 que le régime alaouite a mené une politique d’arabisation à la frontière turque en déplaçant les populations rurales kurdes.

L’offensive et la défense de Kobanê en 2015 a été le théâtre d’opérations effectuées par la plus grande alliance arabo-kurde de l’histoire de la République Arabe Syrienne.
Le Burkan al-Furat, (« Volcan de l’Euphrate ») est l’illustration d’un modèle de coopération qui a su se maintenir. Cette coalition d’opérations conjointes fondée en septembre 2014, regroupant l’YPG, le YPJ, le Jabhat al-Akrad, l’Armée Syrienne Libre, et plusieurs forces arabes – dont les Rebelles arabes de Raqqa, les bataillons Shams al-Shamal qui ont pris part à l’offensive contre les avancées de l’organisation État Islamique a notamment prouvée sa viabilité sur le terrain dans différents théâtres d’opérations comme à Kobanê. Jamais des forces kurdes n’ont été au-devant d’une telle coalition regroupant Arabes sunnites, chrétiens et même chiites, pas même les Peshmergas kurdes d’Irak, longtemps étouffés par la politique de répression du régime baasiste de Saddam Hussein.

C’est ainsi que le YPG syrien a acquis sa légitimité au sein des populations arabes syriennes devenant la clef de voûte d’une coopération arabo-kurde. S’ils y parviennent, l’alliance qui en découlerait pourrait devenir un jalon majeur pour une coopération arabo-kurde visant à défaire l’emprise territoriale de l’EI. Reste à savoir si celle Alliance résisterait à une émancipation territoriale kurde grisée par l’indépendance du Kurdistan irakien voisin.

Ces groupes aussi divisés soient-ils dans la méthodologie d’action et au niveau de leurs attaches idéologiques et territoriales, partagent un point commun : celui d’être liés au territoire du Kurdistan irakien et de profiter des formations des Peshmergas (PDK ou UPK). Depuis juillet 2012, les provinces kurdes de l’est de la Syrie sont autonomes. Les formations politiques kurdes (PYD), ayant signé un pacte de non-agression avec le régime d’Assad, sont appuyées par les Unités de Protection du Peuple (YPG) et ont pu grâce à cela s’imposer dans les régions de peuplement kurde de Syrie. Avec des effectifs généralement estimés entre 30 000 et 50 000 combattants [12], les YPG font la preuve de leur efficacité militaire sur le terrain depuis l’été 2013. D’abord au cours de combats contre divers groupes djihadistes puis, à partir de l’été 2014, face à l’organisation Etat Islamique. La bataille de Sinjar à proximité de la frontière syrienne marque un tournant dans la perception de l’efficacité des combattants YPG, notamment en comparaison des Peshmergas du Kurdistan irakien qui n’ont pas été capables de souder une cohésion avec les autres groupes combattants de la région, incapables également d’appliquer une quelconque force d’intervention afin de protéger les Yézidis [13] victimes de véritables tactiques génocidaires de la part de l’EI depuis 2014 [14]. Massoud Barzani, semble avoir dû se résoudre à faire appel au PYD, dont les unités sont parvenues à prendre position sur le mont Sinjar et repousser les brigades djihadistes le 14 août 2014.

Conclusion

Le 25 septembre 2017, les Kurdes d’Irak pourraient se prononcer, sans grande surprise, pour l’indépendance des provinces du Kurdistan irakien. Duhok, Erbil, Sulaymiyah ainsi que la province disputée de Kirkouk la « Petite Jérusalem » kurde, dont les autorités ont récemment émis le souhait d’être intégrés dans le futur État kurde. Les forces politiques et militaires kurdes devront traiter avec l’hostilité des Turcs, l’attente pragmatique des Iraniens et les appels à la trahison d’un gouvernement de Bagdad déjà dépecé. Mais ils devront aussi traiter avec les rivalités internes aux Kurdes afin d’éviter qu’une guerre civile fratricide comme celle de 1994 ne refasse surface. Le Gouvernement Régional du Kurdistan, une fois devenu Gouvernement National du Kurdistan aura sans doute à agir avec toutes les composantes claniques et ethniques et intégrer, comme il a su difficilement le faire, les différents groupes armés régionaux comme ceux liés aux Chrétiens (NPU) et aux Yazidis (HPE). Il semble aussi irrémédiable que les Peshmergas kurdes voient dans le YPG et le PYD des alliés stables de circonstances afin de stabiliser sa frontière avec la Syrie. Mais cela risque d’entraîner une proximité avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) que ne saurait accepter le président Erdogan et qui mettrait en péril la fragile coopération avec la Turquie et élargirait le front de l’Anatolie Orientale vers la frontière avec le nouvel État Kurde. Au vu des évolutions des influences des différents acteurs sur le territoire kurde, il est fort probable que le YPG, autrefois considéré comme infréquentable par les Occidentaux et le clan Barzani, devienne un acteur de poids nécessaire à la stabilité du nouvel Etat du Kurdistan. Au rythme de ces menaces existentielles, le nouveau Kurdistan devra à la fois résolument s’ouvrir vers la Russie, vers un Kurdistan Syrien de plus en plus puissant et autonome et sur la Méditerranée afin d’y trouver des alliés idéologiques.

Copyright Septembre 2017-Toubol/Diploweb.com

 

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La Chine conserve sa position de premier fournisseur commercial de l’Algérie en août 2017

La Chine conserve sa position de premier fournisseur commercial de l’Algérie en août 2017

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xinhua, le 20/09/2017 21:07

 

La Chine a conservé durant les huit premiers mois de 2017 sa place de premier fournisseur commercial de l’Algérie avec 5,97 milliards de dollars d’exportations vers le pays, ce qui représente 19,4% des 30,84 milliards de dollars d’importations totales de l’Algérie, a indiqué mercredi le Centre national de l’informatique et des statistiques des douanes (CNIS) dans son rapport.

La Chine parvient ainsi pour la cinquième année consécutive à dépasser la France, qui avait occupé pendant des années la première place sur le podium des principaux fournisseurs de l’Algérie.

Entre janvier et août 2017, la France a occupé la deuxième place des pays exportateurs vers l’Algérie (2,78 milliards de dollars), suivie par l’Italie (2,36 milliards), l’Allemagne (2,1 milliards) et l’Espagne (2,06 milliards).

https://chine.in/actualite/cn/conserve-position-premier-fournisseur_102388.html

Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

Lavrov explique pourquoi Washington ne frappera pas Pyongyang

© Sputnik. Tomas Thaitsuk

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Les États-Unis n’oseront pas frapper la Corée du Nord parce qu’ils savent que Pyongyang possède la bombe nucléaire, a déclaré le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov.

Alors que l’échange de menaces entre Donald Trump et Kim Jong-un prend une tournure de plus en plus violente, faisant craindre un éventuel conflit nucléaire, le ministre russe des Affaires étrangères affirme que Washington ne frappera pas Pyongyang.

«Les Américains ne frapperont pas la Corée du Nord, car ils ne doutent pas mais savent qu’elle possède la bombe nucléaire», a déclaré Sergueï Lavrov dans un entretien accordé à la chaîne russe NTV.

Pour sa part, il estime que la situation ne ressemble pas, même de loin, à celle de l’Irak.

«Les Américains ont frappé l’Irak uniquement parce qu’ils avaient une information à 100% fiable indiquant qu’il ne restait plus là-bas aucune arme de destruction massive», a-t-il poursuivi.

Néanmoins, si Washington ne prend pas en considération cette analyse, la situation pourrait, d’après le chef de la diplomatie russe, «prendre un tour imprévisible».

«Si ce scénario se produit, des dizaines, voire des centaines de gens innocents vont en souffrir en Corée du Sud et même en Corée du Nord, au Japon, en Russie et en Chine, qui se trouvent à proximité», a-t-il indiqué, avant de conclure que ce torrent de menaces réciproques entre Washington et Pyongyang ne pourra être stoppé que «par la douceur, la remontrance et la persuasion».

Lors de son premier discours devant l’Assemblée générale de l’Onu mardi, Donald Trump a menacé de «détruire totalement» la Corée du Nord, affublant son dirigeant Kim Jong-un du surnom de «Rocket Man» («l’homme-fusée»), «embarqué dans une mission-suicide pour lui et son régime».En réponse aux déclarations de M. Trump, Pyongyang a pour sa part évoqué la possibilité de procéder à l’essai d’une bombe H d’une puissance sans précédent dans l’océan Pacifique.

Par la suite, le chef de la Maison-Blanche a promis via son compte Twitter de mettre le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à l’épreuve «comme jamais», tout en le traitant de «forcené».

 

https://fr.sputniknews.com/international/201709241033187425-coree-pyongyang-nucleaire-lavrov/

Le Venezuela se rebelle contre le pétrodollar

« L’art de la guerre »

Le Venezuela se rebelle contre le pétrodollar

Les décisions prises par Washington pour bloquer l’économie du Venezuela (présentées comme des sanctions de crimes imaginaires) interdisent de fait à Caracas d’écouler son pétrole vers les alliés des États-Unis. Le Venezuela l’exportera donc désormais vers la Chine. Ce faisant ses contrats ne seront plus établis en dollars, mais en yuan, ce qui menacera rapidement la suprématie de la monnaie US et, en définitive, l’économie des États-Unis. « Tel est pris qui croyait prendre ».

| Rome (Italie)

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« À partir de cette semaine le prix moyen du pétrole est indiqué en yuan chinois », a annoncé le 15 septembre 2017 le ministre vénézuélien du pétrole. Pour la première fois le prix de vente du pétrole vénézuélien n’est plus indiqué en dollars.

C’est la réponse de Caracas aux sanctions lancées par l’administration Trump le 25 août, plus dures que celles de l’administration Obama en 2014 : elles empêchent le Venezuela d’encaisser les dollars provenant de la vente du pétrole aux États-Unis —plus d’un million de barils par jour— ; dollars jusqu’ici utilisés pour importer des biens de consommation comme les produits alimentaires et les médicaments. Les sanctions empêchent aussi le commerce de titres émis par la PDVSA, la compagnie pétrolière d’Etat vénézuélienne.

Washington vise un double objectif : augmenter la pénurie des biens de première nécessité au Venezuela et donc le mécontentement populaire, sur lequel s’appuie l’opposition interne (subventionnée et soutenue par les USA) pour abattre le gouvernement Maduro ; mettre l’État vénézuélien en défaut, c’est-à-dire en faillite, en l’empêchant de payer les échéances de la dette extérieure : en d’autres termes, mettre en faillite l’État qui a les plus grandes réserves pétrolières du monde, presque dix fois importantes que celles des Etats-Unis.

Caracas essaie de se soustraire à l’étreinte étouffante des sanctions, en cotant le prix de vente du pétrole non plus en dollars états-uniens mais en yuans chinois. Le yuan est entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats (contrats à terme) d’achat-vente du pétrole en yuan, convertibles en or. « Si le nouveau futur prenait consistance, en érodant ne serait-ce qu’une partie de l’écrasant pouvoir des pétrodollars, ce serait un coup retentissant pour l’économie américaine », commente Ie quotidien Il Sole 24 ore.

Ce qui est contesté par la Russie, la Chine et d’autres Etats n’est pas seulement l’énorme pouvoir du pétrodollar (monnaie de réserve tirée de la vente du pétrole), mais l’hégémonie même du dollar. Sa valeur est déterminée non pas par la réelle capacité économique états-unienne, mais par le fait qu’il constitue quasiment les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie avec laquelle on établit le prix du pétrole, de l’or et des marchandises en général. Ceci permet à l’US Federal Reserve, la Banque centrale (qui est une banque privée), d’imprimer des milliers de milliards de dollars avec lesquels est financée la colossale dette publique états-unienne —environ 23 000 milliards de dollars— à travers l’achat d’obligations et d’autres titres émis par le Trésor.

Dans ce contexte, la décision vénézuélienne de détacher du dollar le prix du pétrole provoque une secousse sismique qui, depuis l’épicentre sud-américain, fait trembler tout l’édifice impérial fondé sur le dollar. Si l’exemple du Venezuela se répandait, si le dollar cessait d’être la principale monnaie du commerce et des réserves monétaires internationales, une immense quantité de dollars se trouverait mise en circulation sur le marché faisant s’écrouler la valeur de la monnaie états-unienne.

Voilà le réel motif pour lequel, dans l’Ordre exécutif du 9 mars 2015, le président Obama proclamait « l’urgence nationale face à l’inhabituelle et extraordinaire menace posée à la sécurité nationale et à la politique étrangère des Etats-Unis par la situation au Venezuela » [1]. Ce même motif pour lequel le président Trump annonce une possible « option militaire » contre le Venezuela. Elle est en préparation au U.S. Southern Command, dont l’emblème est l’Aigle impérial qui domine l’Amérique du Centre et du Sud, prêt à plonger avec ses serres sur celui qui se rebelle contre l’empire du dollar.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 

http://www.voltairenet.org/article197972.html

Pourquoi la liberté d’expression est un conte de fées

Pourquoi la liberté d’expression est un conte de fées


Par Bruno Guigue − Septembre 2017

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La liberté d’expression fait partie des nobles principes dont se prévalent les régimes qui se disent “civilisés” et se prétendent “démocratiques”. Pour l’idéologie libérale, les choses sont simples. Comme nous sommes libres et égaux, nous jouissons tous de la possibilité de nous exprimer comme nous l’entendons. Attachée à notre nature, cette liberté inaliénable serait à la portée de tous. Dans ce monde idéal où les libertés n’attendent que l’initiative individuelle pour s’accomplir, où chaque individu est un Robinson en attente d’une île déserte pour y bâtir un monde à son image, chacun serait libre de s’exprimer en toutes circonstances.
En réalité, il suffit de formuler clairement – comme nous venons de le faire – ce que devrait être la liberté d’expression pour s’apercevoir qu’elle est non seulement irréelle, mais absolument impossible sous le régime social qui est le nôtre. Elle est irréelle, en effet, pour la simple raison que tous les citoyens ne peuvent pas exercer cette liberté dans les mêmes conditions. Lorsqu’on vante la liberté d’expression qui régnerait dans les démocraties occidentales, on se contente en réalité d’une liberté abstraite, “formelle” comme disait Marx, et on raisonne comme s’il suffisait d’ouvrir la bouche pour jouir de cette merveilleuse liberté accordée à tous.
Or cette liberté tant vantée est un véritable conte de fées, car son exercice effectif – et non la simple possibilité abstraite de cet exercice – suppose la possession de moyens dont nous ne sommes pas également dotés. Dans le monde féerique du libéralisme, cette inégalité ne pose aucun problème, mais il se trouve que nous vivons dans le monde réel. Si je n’ai pas les mêmes idées que mon voisin, il n’est pas indifférent de savoir qu’il possède un journal alors que je n’en possède aucun. Sa liberté d’expression ne sera pas équivalente à la mienne. Dans une société où une minorité détient la majeure partie du capital, il est clair que certains sont “plus libres” que d’autres. Parce qu’ils monopolisent l’exercice de la liberté d’expression, les riches, en réalité, en privent les pauvres.
Envisagée de manière concrète, la question de la liberté d’expression, par conséquent, recoupe celle de la propriété des moyens d’expression. En France, une dizaine de milliardaires possède la quasi-totalité des titres de la presse écrite et audiovisuelle, nationale et régionale. Mais ce n’est pas par amour pour la “liberté d’expression” que ces détenteurs de capitaux ont pris le contrôle des médias. Si c’était le cas, la ligne éditoriale de ces organes de presse ne serait pas monolithique jusqu’à la caricature. Elle ne refléterait pas aussi crûment les choix idéologiques d’une caste qui entend imposer sa vision du monde. “La liberté de la presse, disait Marx, est la liberté que les capitalistes ont d’acheter des journaux et des journalistes dans l’intérêt de créer une opinion publique favorable à la bourgeoisie.” Le matraquage médiatique ayant conduit le godelureau de la finance à l’Élysée en est un bon exemple.
On objectera que malgré cette mainmise sur les médias on peut s’exprimer comme on veut sur la Toile. C’est vrai et faux à la fois. Heureusement, de nombreux sites animés par des bénévoles diffusent une information alternative qui bat en brèche le discours dominant. Mais ce n’est pas un combat à armes égales. Les médias officiels disposent de moyens colossaux qui proviennent non seulement de leurs actionnaires privés mais aussi de subventions publiques. Organe central du parti euro-atlantiste, le quotidien Le Monde, par exemple, perçoit 4 538 000 euros de la part de l’État (2015). Bien sûr, de tels subsides n’empêchent pas ce journal de publier des énormités. On peut même se demander s’il n’y a pas une relation de cause à effet. Chacun se souvient des nombreux articles dans lesquels le “quotidien de référence” annonçait la chute imminente de Bachar Al-Assad, conformément à la doctrine du Quai d’Orsay.
Si les sites d’information alternative percevaient le dixième de ce que touchent neuf milliardaires pour maintenir en vie leurs feuilles de chou, on imagine à peine ce qui se passerait. Mais cette répartition équitable de la manne publique ne risque pas de voir le jour. Le système médiatique des démocraties libérales, en effet, repose à la fois sur la concentration capitaliste et la faveur du pouvoir. Un bon journal est un journal qui dit ce qu’il faut dire – du point de vue de l’oligarchie – et à qui l’État donne les moyens d’éliminer la concurrence. Le summum a été atteint lorsque la ministre sortante de l’Éducation nationale a ordonné aux établissements d’offrir aux lycéens un accès gratuit à une dizaine de journaux tout en leur demandant de dissuader les élèves d’aller s’informer sur Internet. En les prenant au berceau, nul doute qu’on obtiendrait encore de meilleurs résultats.
La sphère médiatique une fois verrouillée par l’oligarchie, la liberté d’expression est un droit formel dont l’exercice effectif est réservé à ceux qui la servent. La liberté d’expression se résume dans cet univers orwellien à la dictature de la doxa, le procès en “complotisme”, version moderne du procès en sorcellerie, permettant de neutraliser les récalcitrants. Mais cela ne suffit pas. Non seulement l’espace médiatique est saturé par l’idéologie dominante pour cause d’actionnariat privé, mais on veille aussi à ce que l’espace public reste sous contrôle. On refuse alors à un intellectuel américain de l’envergure de Noam Chomsky l’entrée des locaux de l’Assemblée nationale où il devait faire une communication à caractère scientifique. Transformé en SDF, cet éminent linguiste coupable d’un obscur délit d’opinion (il eut le tort de critiquer Israël et les USA) trouva refuge au centre culturel belge.
Pour sauver ce qui reste de cette liberté d’expression moribonde, on pouvait alors espérer que le service public de l’information, hors de portée des affairistes et des lobbies, puisse faire contrepoids. C’était sans compter sur l’intervention du pouvoir. On a récemment pu voir une remarquable émission de la série “Un œil sur la planète” consacrée à la Syrie. Avec un rare professionnalisme, l’équipe de France 2 dévoilait les aspects contradictoires du drame syrien, rompant avec la narration dominante de cette guerre par procuration. Mais le lobby qui défend les intérêts de l’OTAN et d’Israël a procédé au nettoyage. Après quinze ans de bons et loyaux services, l’émission Un œil sur la planète vient d’être effacée des programmes de la chaîne. Aucun motif n’a été avancé. CQFD.
Pour défendre la liberté d’expression, il faut d’abord cesser de lui prêter une réalité qu’elle n’a pas. On fait comme si chacun était libre d’en jouir, alors qu’il s’agit d’une possibilité dont la réalisation dépend de moyens dont le simple citoyen est dépourvu. Tant que ces moyens sont monopolisés par la bourgeoisie d’affaires, cette réalisation est chimérique. Dans les prétendues démocraties, la liberté de la presse est le manteau dont se drape la classe dominante pour formater l’opinion. “La propagande est à la démocratie ce que la matraque est à la dictature”, disait Chomsky. Toute parole qui échappe à la censure de la classe dominante est une victoire, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. La seule façon de promouvoir le pluralisme, c’est l’expropriation sans condition des magnats de la presse.
Bruno Guigne

 

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-la-liberte-dexpression-est-un-conte-de-fees

Tir de missile en Iran. La France « extrêmement préoccupée »

Tir de missile en Iran. La France « extrêmement préoccupée »

  • La télévision d'État iranienne a diffusé des images d'un tir de missile balistique.
    La télévision d’État iranienne a diffusé des images d’un tir de missile balistique. | Image : EPA.

« La France est extrêmement préoccupée par le tir de missile balistique annoncé par l’Iran », selon un communiqué du Quai d’Orsay publié samedi soir.

L’Iran a annoncé samedi avoir testé « avec succès » un nouveau missile balistique d’une portée de 2 000 kilomètres. La télévision d’État a ainsi diffusé des images du lancement de ce missile Khoramshahr, sans préciser de date.

Après les vives réactions des États-Unis et d’Israël, la France a condamné ce tir « qui est non-conforme à la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies », selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

« Activité destabilisante »

« La France demande à l’Iran de cesser toute activité déstabilisante dans la région et de respecter toutes les dispositions de la résolution 2231, y compris l’appel à ne pas procéder à ce type d’activités balistiques », précise le Quai d’Orsay.

La France « demande au Secrétaire général des Nations unies de faire rapport sur ce tir. Elle envisagera avec ses partenaires, notamment européens, les moyens d’obtenir de l’Iran la cessation de ses activités balistiques déstabilisantes ».

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes

Karl de Meyer / Rédacteur en chef Les Echos Week-End |
image: https://www.lesechos.fr/medias/2017/09/20/2115713_allemagne-ces-dynasties-industrielles-richissimes-web-tete-030590071796_1000x300.jpg

Allemagne, ces dynasties industrielles richissimes ©FRANK RUMPENHORS/dpa/abaca / DR / Ib/action press/Shutter/SIPA

SPECIAL ALLEMAGNE – C’est une liste qui en dit beaucoup sur l’économie allemande : les plus grands patrimoines s’y sont construits sur des décennies, dans des industries « traditionnelles » : l’automobile, la mécanique, la chimie, la grande distribution, la boulonnerie…Tour d’horizon des familles les plus puissantes d’Allemagne, alors que le pays se prépare cette semaine pour les élections législatives du 24 septembre.

Les Schwarz, philanthropes

Le groupe Schwarz, fondé par Josef, père de Dieter, en 1930, comprend les deux méga-réseaux de distribution Lidl et Kaufland et dégage un chiffre d’affaires annuel combiné de plus de 94 milliards d’euros qui le classe au quatrième rang mondial. Dieter Schwarz, qui l’a dirigé de 1977 à 1999, a eu la joie de réaliser son rêve : dépasser l’archi-rival Aldi ! A 77 ans, il est aujourd’hui à la tête du plus gros patrimoine jamais détenu par un Allemand. Ses dividendes sont largement consacrés à des projets caritatifs ou éducatifs. La fondation Dieter Schwarz soutient par exemple des projets de recherche scientifique et a inauguré en 2011 un campus universitaire à Heilbronn, non loin de l’Alsace, qui comprend entre autres une école de management et une formation en droit. Ces activités ont valu à Dieter Schwarz une pluie de médailles et de récompenses, qu’il se garde bien d’exhiber : il passe pour l’entrepreneur le plus secret d’Allemagne. On ne connaît que deux photos de lui et même à Heilbronn, il peut circuler en ville sans crainte d’être reconnu.

Fortune totale : 37 milliards d’euros

Participations : Lidl, Kaufland (grande distribution)

Base : Heilbronn (Bade-Wurtemberg)

Les Quandt, polyvalents

L’énorme bénéfice 2016 de BMW (6,9 milliards d’euros) a permis à Susanne Klatten et à son frère Stefan Quandt, qui contrôlent à eux deux 46,7 % du constructeur munichois hérités de leur père Herbert, de se partager un dividende de plus d’un milliard d’euros. Et de consolider leurs avoirs, après le coup de mou du dieselgate qui a frappé le secteur automobile allemand en 2015. Susanne Klatten, 55 ans, avec une fortune estimée à 18,5 milliards de dollars, est la femme la plus riche d’Allemagne et, selon Forbes, la 38ème personne la plus riche du monde, son frère devant se contenter de la 47ème place. Susanne Klatten n’est pas qu’une héritière, c’est une femme d’affaires très active : elle siège au conseil de surveillance de BMW, du groupe chimique Altana et du producteur de graphite et de carbone SGL. Victime d’une tentative d’enlèvement à l’âge de 16 ans, elle a vécu à certains moments de sa vie sous une fausse identité. Plus que discrète, elle a été néanmoins prise dans un tourbillon médiatique en 2007 quand son amant suisse la fit chanter avec des vidéos de leurs ébats – il a fini en prison. Stefan Quandt, via sa holding Aqton SE, a des participations dans l’authentification et la sécurisation électroniques (Gemalto), le photo-voltaïque et les réseaux intelligents. Il pourrait un jour présider le conseil de surveillance de BMW.

Fortune totale :36,5 milliards d’euros

Participations :BMW, Altana, SGL Carbon, Gemalto

Base :Francfort -Munich.

Les Reimann, accros à la caféine

Vous n’avez probablement jamais entendu leur nom mais très certainement déjà utilisé des produits issus de leur empire, qu’il s’agisse d’un parfum Calvin Klein, d’une pastille de Calgon, d’un soin capillaire Wella ou…d’un préservatif Durex. La holding JAB, basée au Luxembourg et contrôlée à plus de 95 % par quatre demi-frères et soeur -Wolfgang Reimann, Matthias Reimann-Andersen, Stefan Reimann-Andersen et Renate Reimann-Haas – a des participations dans le géant des produits d’entretien Reckitt Bensicker, le parfumeur Coty et surtout le géant du café Jacob Douwe Egberts. JAB a investi plus de 30 milliards de dollars en cinq ans pour mettre la main sur les chaînes américaines Peet’s Coffee&Tea et Caribou Coffee, le néerlandais DE Master Blenders (maison du Café, l’Or) et l’activité café de l’américain Mondelez (Jacobs). La famille descend du chimiste Ludwig Reimann, qui a crée au début du XIXème siècle une société avec Johann Adam Bensicker, dont il a épousé une des filles.

Fortune totale :Autour de 30 milliards d’euros

Participations :Reckitt Bensicker, Coty, Jacob Douwe Egberts

Base :Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat)

Les Schaeffler, apôtres du transatlantique

A l’origine de la fortune familiale : les « roulements à aiguilles guidés par cage » inventés par Georg Schaeffler en 1949… et très appréciés par l’industrie automobile. Le groupe, basé dans la même petite ville de Franconie que Puma et Adidas, va vite grandir jusqu’à devenir le deuxième producteur mondial de roulements au début des années 2000. Après la mort de Georg en 1996, c’est sa femme Maria-Elisabeth et son fils Georg qui reprennent le flambeau. Ensemble, ils prennent le contrôle de l’équipementier Continental, en difficulté, en 2009. Ils ont confié les rênes de l’entreprise à Klaus Rosenfeld en 2013 mais Maria-Elisabeth Scheffler reste très active dans les milieux d’affaires : elle a reçu de nombreux prix pour son engagement social et sa promotion des liens entre l’Allemagne et les Etats-Unis. Elle s’est remariée en 2014 avec Jürgen Thumann, ancien patron du BDI, le patronat allemand.

Fortune totale :25,5 milliards d’euros

Participations :Schaeffler, Continental

Base :Herzogenaurach (Bavière)

Les Albrecht, rois du discount

Karl Albrecht junior et sa soeur Beate Heiser, qui pèsent ensemble plus de 23 milliards d’euros, sont les enfants de Karl Hans Albrecht. Ce dernier, avec son frère Theo, de deux ans son cadet, a repris en 1945 l’épicerie fine montée par leur mère. A eux deux, ils transforment vite l’affaire en un géant de la distribution qu’ils se partagent en 1961. A Karl, sous la structure Aldi Süd, les établissements du sud de l’Allemagne, d’Amérique et du Royaume-Uni. A Theo les magasins du nord de l’Allemagne et de l’Europe continentale. Leur coup de génie consiste à s’orienter vers le superdiscount. A sa mort en 2014, à 94 ans, Karl Hans Albrecht était l’homme le plus riche d’Allemagne. Les héritiers de Theo sont un peu moins bien dotés (autour de 18,5 milliards d’euros) et se sont déchirés l’an dernier sur le contrôle d’Aldi Nord. Leur dispute était si violente qu’elle s’est retrouvée, phénomène rarissime, à la une de la presse économique.

Fortune totale :23 milliards d’euros

Participations :Aldi SüdBase :Région de Essen (Ruhr)

Les Würth, collectionneurs passionnés

Reinhold Würth est entré dans l’entreprise de fabrication de vis de son père en 1949, à l’âge de 14 ans, en tant qu’employé numéro deux. Il doit reprendre l’affaire dès 1954, à 19 ans, quand son père décède brusquement. En livrant directement ses produits sur les sites de construction et les ateliers spécialisés, il conquiert d’importantes parts de marché. Aujourdhui, le groupe Würth, spécialiste des matériels de montage et des fixations, réalise des ventes supérieures à 11 milliards d’euros. Reinhold, à 82 ans, a passé la main mais sa fille Bettina préside le conseil de surveillance. Le patriarche est connu pour avoir amassé une impressionnante collection d’art, entamée en 1964 avec un Emil Nolde – elle compte aujourd’hui plus de 17.000 pièces. En 2011, il a déboursé 68 millions d’euros pour « la Madone au manteau de grâce » de Hans Holbein le jeune. En 2015, Markus Würth, 50 ans, fils handicapé mental de Reinhold, a été enlevé pendant quelques heures, avant que ses ravisseurs ne perdent leur sang froid et ne révèlent à la police l’endroit où le trouver.

Fortune totale :15,1 milliards d’euros

Participations :Groupe

WürthBase :Künzelsau (Bade-Wurtemberg)

Les Otto, champions de la VPC

L’histoire du groupe de vente par correspondance recoupe celle du Wirtschaftswunder. Créée en 1949, année de la fondation de la RFA, par Werner Otto, l’entreprise propose dans son premier catalogue une sélection de 28 modèles de chaussures. Elle grandit vite, accepte les commandes par téléphone dès 1963. A partir de 1980, Michael, le fils de Werner, prend les manettes et va assurer l’internationalisation du groupe. En 1993, il fonde la fondation qui porte son nom et défend des actions en faveur de la protection de l’environnement. En 1995, le groupe se lance dans le commerce en ligne. Les ventes en ligne totalisent aujourd’hui 7 milliards d’euros par an, plus de la moitité du chiffre d’affaires total de 12,5 milliards d’euros. Mais la société semble mal positionnée pour contrer les appétits du géant américain Amazon ou des petits génies berlinois de Zalando. Le fils de Michael, Benjamin, 42 ans, n’a pas souhaité relever le défi, et a préféré siéger au conseil de surveillance avec son père. Même si l’empire périclite, la famille est à l’abri du besoin, étant assise sur un patrimoine immobilier gigantesque en Amérique du nord : des millions de mètres carrés de bureaux, notamment à San Francisco et New York, et des milliers d’appartements, notamment à Toronto.

Fortune totale : 9,2 milliards d’euros

Participations :Otto-Gruppe, immobilier

Base :Hambourg

Les Kühne, sans descendant

Enfant unique sans héritiers, Klaus-Michael Kühne, 80 ans, survivra à travers sa fondation, la Kühne Stiftung, qui transmettra les valeurs héritées du fondateur de la dynastie, August Kühne. Lequel a créé avec Friedrich Nagel, en 1890 à Brême, une société de transport qui deviendra au fil des décennies un géant mondial de la logistique, fournissant des services de fret maritime, aérien et ferroviaire. Klaus-Michael a rejoint l’entreprise familiale dès 1958, en a pris les commandes en 1966 et l’a fait prospérer jusqu’en 1999. En 2003, il a lancé en partenariat avec la « ville libre et hanséatique de Hambourg » une univeristé dédiée à la logistique. Il soutient aussi financièrement la célèbre école polytechnique ETHZ de Zurich. Klaus-Michael Kühne est résident suisse, ce qui lui vaut des critiques en Allemagne. Il se partage entre le port hanséatique, les montagnes suisses et l’île de Majorque où il a transformé un château vieux de six siècles en hôtel. A Hambourg aussi, il a investi beaucoup d’argent (175 millions d’euros) pour construire un hôtel de luxe, The Fontenay. Il se passionne pour le foot : il est entré au capital du HSV de Hambourg, dont les résultats en Bundesliga laissent cependant à désirer.

Fortune totale :9,2 milliards d’euros

Participations :Kühne&Nagel, Hapag-Lloyd

Base :Hambourg, Schindellegi (Suisse)

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