L’avion de la RAF, emblème de la « terreur », revient en Allemagne

L’avion de la RAF, emblème de la « terreur », revient en Allemagne

Le vieux Boeing 737-200 Landshut à bord d’un avion cargo Antonov à son arrivée à l’aérport de Friedrichshafen, le 23 septembre 2017 en Allemagne / © dpa/AFP / Karl-Josef Hildenbrand

Le Landshut, un avion détourné en 1977 au nom de la Fraction Armée Rouge (RAF) et qui croupissait au Brésil depuis une décennie, a retrouvé samedi l’Allemagne pour devenir une pièce de musée symbolisant la résistance au « terrorisme ».

« L’automne allemand », période d’attentats sanglants d’extrême gauche en Allemagne, avait culminé avec le détournement du vol 181 de la Lufthansa le 13 octobre 1977 par un commando du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) qui réclamait la libération des membres de la RAF, la « bande » d’Andreas Baader.

Pour célébrer les 40 ans de l’évènement, Berlin a rapatrié le Landshut depuis le Brésil, où il rouillait sur le tarmac d’un aéroport du nord-est du pays.

En trop mauvais état pour voler, le Boeing 737-200 a été partiellement démonté et transporté à bord de deux mastodontes volants de conception soviétiques, un Antonov-124 et un Iliouchine-76, jusqu’à Friedrichshafen, dans le sud-ouest de l’Allemagne, où il sera exposé à partir de 2019 après avoir été restauré.

Des centaines de personnes ont assisté samedi au déchargement de l’appareil. Parmi eux des acteurs du drame, notamment un des policiers allemands qui libérèrent les otages.

« C’est super que le Landshut soit ici (…) ça aurait étrange de le laisser tomber dans l’oubli », a jugé Aribert Martin à l’antenne de la télévision régionale SWR.

– Symbole oublié –

« C’est le symbole vivant d’une société libre qui refuse de céder à la peur et à la terreur », expliquait cet été le ministre allemand des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, dont les services ont racheté la carlingue pour 20.000 euros.

C’est sur le tard que Berlin a redécouvert l’importance de cet appareil que la Lufthansa avait vendu. L’avion a ensuite connu plusieurs propriétaires avant de finir au Brésil aux mains d’une compagnie qui ne connaissait même pas son incroyable passé.

Le vol 181 et ses cinq membres d’équipages devaient conduire 86 passagers de Palma de Majorque (Espagne) à Francfort lorsque quatre militants du FPLP le détournèrent pour obtenir la libération de 11 membres de la RAF.

Rome, Larnaca, Bahreïn, Dubaï, Aden, Mogadiscio: l’Allemagne est tenue en haleine durant les cinq jours de ce voyage erratique, entre tentatives de négociations et nécessité de ravitaillement.

Le 16 octobre à Aden au Yémen, le sang coule une première fois. Le commandant de bord Jürgen Schumann est contraint de s’agenouiller devant les passagers et est abattu de sang-froid par le chef du groupe du FLPL qui s’est surnommé Capitaine Mahmoud.

– Sanglant 18 octobre –

Le chancelier allemand, le social-démocrate Helmut Schmidt, reste ferme et refuse de céder aux exigences du commando, qui pourtant menace aussi la vie de Hanns-Martin Schleyer, le patron des patrons allemands enlevé cinq semaines plus tôt par la RAF.

Le 18, à Mogadiscio en Somalie, une manœuvre de diversion permet d’attirer deux des pirates de l’air dans la cabine de pilotage, favorisant l’assaut par la toute nouvelle unité d’élite allemande GSG-9. Nom de code « Feuerzauber », la « magie du feu » en allemand.

Trois pirates de l’air sont tués, dont leur chef, le quatrième est blessé. Tous les otages restants sont sains et saufs. Helmut Schmidt est informé au téléphone d’un lapidaire: « Le travail est effectué ».

Racontant l’assaut samedi, Jürgen Vietor, le copilote du Landshut, a confié que le « plus beau moment a été (d’entendre le GSG9 crier) +baissez la tête, où sont ces porcs? +. Des mots en allemand ».

Quelques heures plus tard, les figures de la RAF détenues à Stuttgart – Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Jan-Carl Raspe – sont retrouvées mortes dans leur prison. Une quatrième, Irmgard Möller, survit aux coups de couteau qu’elle s’est infligée à la poitrine.

L’enquête conclut à des suicides, mais de nombreuses théories continuent jusqu’à ce jour à circuler, incriminant les autorités ouest-allemandes qui, pressées de se débarrasser de prisonniers encombrants, auraient ordonné des assassinats.

Quant au patron des patrons allemands, lui aussi est mort le 18 octobre 1977, exécuté par ses ravisseurs faute d’avoir pu obtenir la liberté de Baader et des siens. Son corps sera retrouvé à Mulhouse, dans l’est de la France, le lendemain.

(©AFP / 23 septembre 2017 14h59)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-L-avion-de-la-RAF-embleme-de-la-terreur-revient-en-Allemagne/835760.rom

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D’Ukraine et d’Afghanistan

D’Ukraine et d’Afghanistan

22 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Ukraine, #Etats-Unis, #Russie, #Asie centrale

Parmi les nombreux enseignements du sommet des BRICS à Xiamen début septembre, il est une perle que nous n’avions pas rapportée. De la bouche même de Vladimirovitch :

Interrogé sur l’éventuelle décision américaine de fournir des armes létales au régime de Kiev, Poutine a répondu en termes délicieusement ambigus que les républiques autoproclamées de Donestk et Lugansk pourraient à leur tour vendre des armes sur des théâtres d’opération où les Etats-Unis sont présents. Traduction : Si vous armez l’Ukraine, nous armons les Talibans. Mauvaise nouvelle pour Washington qui a justement décidé en août l’augmentation (légère, soyons justes) du contingent militaire dans le Royaume de l’insolence

On se demande d’ailleurs ce que ces 3 900 soldats changeront alors que la guerre afghane est plus ou moins perdue pour l’empire comme nous l’expliquions au printemps :

Peut-on imaginer une victoire talibane totale dès cette année ? Russes, Chinois et Pakistanais s’y sont plus ou moins préparés, on l’a vu. Les généraux américains sont pessimistes et, impuissants, expliquent leur défaite en accusant comme d’habitude Moscou, bouc-émissaire universel. Pour notre part, restons prudents : 2017 semble un peu juste pour voir le royaume de l’insolence tomber totalement aux mains des enturbannés. Les enclaves gouvernementales sont puissamment protégées et certaines provinces échappent encore presque entièrement aux Taliban.

Néanmoins, l’issue finale du conflit ne fait guère de doute et il sera très intéressant de voir ce que fera l’administration Trump, actuellement dans une impasse. La guerre n’est plus gagnable et coûte aux Etats-Unis 44 Mds de $ chaque année, ce qui est une hérésie pour un président obsédé, sincèrement pour le coup, par l’endettement et les gaspillages. D’un autre côté, le Donald vit par l’image et ne veut pas rester dans l’histoire comme celui qui a « perdu la guerre d’Afghanistan » et ordonné le retrait pur et simple des troupes US. Dilemme qui empoisonne chaque jour un peu plus Washington.

Le tombeau des empires a encore frappé. Après Gengis Khan (dont les hordes invincibles y avaient connu leur seule défaite et avaient dû s’y reprendre à deux fois), les Britanniques victoriens et l’Armée rouge, les Américains l’apprennent maintenant à leurs dépens…

Devant l’inexorable avancée talibane, le gouvernement afghan et son parrain américain pourraient curieusement, et en désespoir de cause, faire leur une stratégieà la Bachar. A partir de 2012, face à la montée des groupes modérément modérés et au morcellement du territoire syrien, Damas avait renoncé à assurer la sécurité sur la totalité du pays pour se concentrer sur les axes/villes importants, laissant le reste aux djihadistes qui n’allaient d’ailleurs pas tarder à s’entre-dévorer.

Cela fonctionnera-t-il en Afghanistan ? Rien n’est moins sûr… Contrairement aux « rebelles » syriens, les Talibans sont unis et mus par la certitude de leur légitimité nationale. S’ils ne reçoivent pas d’aide extérieure, Kaboul n’en reçoit pas plus (l’appui américain ne représente qu’une parcelle de l’énorme soutien irano-russe dont Assad a bénéficié). Si en plus le Kremlin – « les républiques de Donetsk et de Lugansk » pour reprendre le langage diplomatique de Poutine – menace maintenant d’armer les Talibans…

On comprend dans ces conditions que Washington se sente une soudaine envie de « coopérer » avec Moscou en Afghanistan, ce qui n’a pas manqué de provoquer les sarcasmes de la diplomatie russe :

« Les sanctions, ce sont les Américains qui les ont introduites. Vous devez les lever si vous voulez coopérer avec nous »

Quant aux livraisons à Kiev, auxquelles le Donald semble naturellement opposé, c’est le flou le plus total. Toujours pas d’armes létales avait affirmé Mattis fin août, contredit maintenant par Chocochenko mais qui parle seulement de radars de DCA et de surveillance en mer (l’abominable Poutine des neiges préparerait-t-il une invasion amphibie ?) La rencontre entre les présidents des deux pays en marge de l’Assemblée générale de l’ONU n’a pas apporté plus de réponses.

Comme si elle n’avait pas assez de problèmes, la junte post-Maïdan est d’ailleurs confrontée à une nouvelle difficulté, inattendue (ou presque) : l’inénarrable Saakachvili refait des siennes. L’ex-gouverneur d’Odessa, dépossédé de sa nationalité ukrainienne après l’avoir été de la géorgienne, poursuivi un peu partout par la justice, s’est lancé dans une croisade personnelle contre son ancien ami Poroclown. Comme au Moyen-Orient, comme partout, les pions de l’empire refluant se déchirent et l’imMondeen perd son latin :

Le danger n’est évidemment pas comparable, mais le parallèle est frappant : défié depuis trois ans sur sa frontière orientale, où les séparatistes du Donbass soutenus par la Russie sont en terrain conquis, l’Etat ukrainien a subi un nouveau coup à son autorité et à sa crédibilité, dimanche 10 septembre, à plus de 1 000 km de là, sur sa frontière avec la Pologne.

La traversée du poste-frontière Medyka-Cheguyni par Mikheïl Saakachvili, dimanche 10 septembre, relève en partie du Grand-Guignol, indissociable de la stratégie du coup d’éclat permanent de l’ancien président géorgien (2003-2013) devenu opposant au président ukrainien, Petro Porochenko. Emportant à sa suite des dizaines de journalistes, des centaines de partisans et des soutiens aussi divers que la très populiste ancienne première ministre Ioulia Timochenko ou le député libéral et réformateur Mustafa Nayyem, M. Saakachvili a joué toute la journée à cache-cache avec les gardes-frontières ukrainiens.

En train, en bus, à pied, M. Saakachvili a tout tenté pour mettre à exécution sa promesse de rentrer en Ukraine, un mois et demi après la décision des autorités de Kiev de le priver de sa nationalité et de son passeport ukrainiens. C’est finalement dans la confusion et dans un climat de violence – certes limitée – que l’opération s’est achevée, lorsque les partisans de l’ancien président ont pris d’assaut le cordon de gardes-frontières déployé face à la frontière polonaise au prétexte d’empêcher l’accès à une route prétendument minée.

L’image de ces policiers bousculés, qui a tourné en boucle sur les sites ukrainiens et étrangers, est aussi désastreuse pour Kiev que le fut la décision, fin juillet, de priver « Micha » de sa nationalité ukrainienne, accordée en grande pompe en 2015 au moment de sa nomination au poste de gouverneur de la région d’Odessa. Le prétexte invoqué, celui d’irrégularités dans son dossier, n’avait trompé personne : la décision visait à écarter un rival.

Depuis, il vilipende régulièrement le gouvernement et l’accuse, à raison connaissant le panier de crabes ukrainien, de tous les maux. A Moscou, certains sont morts de rire…

En tacticien hors pair, c’est le moment que choisit le Kremlin pour lancer une proposition sous forme de bombe, qui n’étonnera cependant pas le fidèle lecteur de nos Chroniques : le déploiement de casques bleus dans l’est de l’Ukraine, le long de la ligne de front. Poroclown ne s’y trompe pas, dénonçant « la volonté de la Russie de légaliser la situation et de geler le conflit à jamais ». Nous expliquions cette stratégie il y a déjà plus de deux ans, parfois dans l’incompréhension générale non seulement de la presstituée officielle mais aussi de nombre de sites d’info alternative :

11 mai 2014 : Poutine ne reconnaît pas le référendum séparatiste du Donbass

C’est l’une des clés permettant de comprendre la stratégie de Poutine en Ukraine et pourtant, elle n’est jamais relevée. Et pour cause ! Ce serait revenir sur plus d’un an de désinformation systématique de nos faiseurs d’opinion qui se rengorgent sur le « danger russe » et « l’invasion russe de l’Ukraine » (alors qu’un môme de 5 ans pourrait comprendre que si la Russie voulait vraiment conquérir l’est ukrainien, ça aurait été torché en cinq jours, certainement pas un an et demi). Comment expliquer que Poutine n’a pas reconnu le désir d’auto-détermination des séparatistes pro-russes du Donbass si l’on affirme dans le même temps qu’il cherche à annexer le Donbass ? Aïe, voilà un os pour nos propagandistes en herbe… Alors on évacue purement et simplement l’une des deux contradictions. Ce faisant, on condamne le public à ne rien comprendre à ce qui se passe là-bas.

Petit retour en arrière.

Après le putsch, le nouveau régime au pouvoir à Kiev est pro-occidental et, suivant le désir de ses parrains américains, veut prendre le chemin de l’OTAN (plus que de l’UE d’ailleurs, ce qui montre l’imbécilité des dirigeants européens, bonnes poires dans toute cette affaire). A Moscou, on tremble. Perdre la base navale de Sébastopol, verrou stratégique de la Mer noire et ouverture sur la Méditerranée, pire, voir cette base devenir américaine ! Et voir l’OTAN s’installer aux portes de la Russie, alors que promesse avait été faite en 1991 à Gorbatchev que l’alliance militaire n’avancerait pas vers l’Est. Impossible… La réaction de Poutine sera fulgurante (notons qu’il est en réaction dans toute cette affaire, pas en expansion) et se fera sur deux axes :

– récupérer la Crimée et la rattacher à la Russie.

créer un conflit gelé en Ukraine même, paralysant Kiev et l’empêchant d’entrer dans l’OTAN.

Le premier volet est connu, inutile d’y revenir en détail. Un Khroutchev passablement bourré avait donné la Crimée à l’Ukraine d’un trait de plume, un soir de beuverie de 1954. Depuis la dislocation de l’URSS en 1991, la Russie louait (cher) la base de Sébastopol, accord qui était toujours susceptible d’être remis en question quand un gouvernement pro-US arrivait au pouvoir à Kiev. Suivant l’exemple occidental au Kosovo, Moscou a pris le prétexte (d’ailleurs réel) du droit à l’auto-détermination des peuples pour organiser le référendum de rattachement à la Russie. Apparemment, les Criméens ne s’en plaignent pas trop.

Mais c’est surtout le deuxième volet qui est intéressant. Poutine n’a aucune intention d’annexer l’est ukrainien, bien au contraire : son but était de créer un conflit gelé à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Selon la charte de l’OTAN, un pays ayant un conflit ouvert ou gelé sur son territoire ne peut faire acte de candidature. Et ça, on le sait parfaitement à Moscou. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que le cas de figure se présente. Trois pays de l’ex-URSS ont, sous la direction de gouvernements formés aux Etats-Unis, fait mine de vouloir entrer dans l’organisation atlantique : Géorgie, Moldavie et Ukraine. Moscou a alors activé/soutenu les minorités russes en lutte contre le gouvernement central, les conflits gelés dans ces trois pays (Ossétie et Abkhazie en Géorgie, Transnistrie en Moldavie et maintenant Donbass en Ukraine) les empêchant d’entrer dans l’OTAN. Ce que fait Poutine dans l’Est ukrainien n’est donc que la réplique de ce que la Russie a déjà fait ailleurs, il n’y a aucune surprise. Pour lui, il est donc hors de question d’accepter que le Donbass se rattache à la Russie, contrairement aux sornettes racontées ici et là : il le veut à l’intérieur des frontières ukrainiennes. Statut d’autonomie, armement, soutien diplomatique, aide humanitaire… tout ce que vous voulez, mais à l’intérieur des frontières ukrainiennes !

Cela explique pourquoi Poutine était bien embêté lorsque les séparatistes pro-russes ont organisé leur référendum. Il a d’abord tenté de les en dissuader, puis il a refusé d’en reconnaître les résultats.

Cela explique aussi que, contrairement à ce qu’on pourrait penser, Poutine est mal vu par les pro-russes du Donbass ainsi que par les courants nationalistes russes qui rêvent tous d’une Novorossia indépendante ou de son rattachement à la Russie.

Vladimir Vladimirovitch fait un numéro d’équilibriste, soutenant suffisamment les séparatistes pour qu’ils ne se fassent pas annihiler tout en douchant assez cyniquement d’ailleurs leurs espoirs d’un rattachement à la Russie, éliminant les leaders séparatistes indépendantistes (Strelkov, Mozgovoi, Bezner) pour les remplacer par des chefs plus enclins à se contenter d’une large autonomie (Zakarchenko, Givi, Motorola), le tout alors que Kiev (et les Etats-Unis derrière) font tout pour faire déraper la situation et que certains bataillons néo-nazis (Azov, Aidar, Tornado etc.) bombardent sciemment les civils russophones. Pour l’instant, Poutine s’en sort avec une maestria peu commune, mais seul l’avenir nous dira si l’équilibriste est finalement arrivé de l’autre côté.

Il y est arrivé… L’actuelle proposition de déploiement de casques bleus est la conséquence logique de cette brillante stratégie au long cours ; acceptée, elle ruinerait toute possibilité pour l’OTAN d’accueillir l’Ukraine en son sein et de s’étendre vers l’Est afin d’atteindre la frontière russe. La junte ukie et le Deep State impérial l’ont bien compris, qui enragent et feront tout pour torpiller le projet. Pas sûr cependant qu’ils soient en position de force face au simple principe de réalité.

 

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/d-ukraine-et-d-afghanistan.html

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler

Le président syrien dénonce un problème dans la politique étrangère étasunienne dont personne ne veut parler


Par Darius Shahtahmasebi – Le 14 septembre 2017 – Source Anti Media

Dans un entretien avec Russia Today en 2015, le président syrien Bachar al-Assad a prononcé peut-être une de ses déclarations les plus intéressantes depuis le début du conflit syrien en 2011. Assad a déclaré :

« La propagande occidentale a, dès le début, prétendu que la cause du problème était le président. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent faire croire que tous les problèmes de la Syrie sont dus à un individu ; et par conséquent la réaction naturelle pour beaucoup de gens est que, si le problème est cet individu, il ne devrait pas être plus important que la patrie. Donc laissez cette personne partir et les choses vont aller bien. C’est ainsi qu’ils simplifient les choses en Occident. »

Puis il a ajouté :

« Regardez ce qui s’est passé dans les médias occidentaux depuis le coup d’État en Ukraine. Qu’est-il arrivé ? Le président Poutine est passé du statut d’ami de l’Occident à celui d’ennemi et, encore une fois, il a été qualifié de tsar… Telle est la propagande occidentale. Ils disent que si le président s’en allait, les choses s’amélioreraient. »

En mettant de côté la vaste liste de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité d’Assad, Assad a mis le doigt sur l’un des principaux défauts de la pensée occidentale concernant les politiques hostiles des États-Unis à l’égard d’un certain nombre d’États indépendants.

Il suffit de regarder le cirque actuel entre la Corée du Nord et les États-Unis pour avoir une autre image précise de ce qui est mentionné ici. Le problème de la Corée du Nord est constamment présenté dans les médias comme causé par une personne (le dirigeant actuel Kim Jong-un), un récit qui ignore totalement le rôle que les États-Unis et leurs alliés ont joué dans cette crise actuelle. Comme Anti-Media l’a précédemment souligné :

… le problème [de la crise nord-coréenne] est constamment présenté comme étant causé par la Corée du Nord, pas par les États-Unis. ‘Comment faire face à la Corée du Nord’, explique The Atlantic. ‘Que peut faire Trump sur la Corée du Nord ?’, se demande le New York Times. ‘Ce qui peut éventuellement être fait à propos de la Corée du Nord’, propose le Huffington Post. Le Times donne la parole à six experts qui débattent de ‘Comment résoudre le problème’ (de la Corée du Nord). ‘Corée du Nord – que peut faire le monde extérieur ?’, interroge la BBC.

Ce que les médias affirment vraiment, en particulier quand on parle d’une option militaire en réponse à la lutte contre les actions déloyales de la Corée du Nord, c’est que si les États-Unis pouvaient destituer Kim Jong-un, le problème nord coréen disparaîtrait.

La mort d’un homme pourrait-elle effacer chez tous les Nord-Coréens l’hostilité et  la haine qu’ils ressentent pour les États-Unis alors qu’ils savent très bien qu’au début des années 1950, les États-Unis ont bombardé la Corée du Nord si implacablement qu’ils finirent par manquer de cibles à frapper ? Les militaires américains ont tué au moins 20% de la population civile.

Si Kim Jong-un est destitué, les Nord-Coréens oublieront-ils tout à coup qu’ils vivent dans des familles où au moins un parent a été tué par les États-Unis dans les années 1950 ?

Dans le récit simpliste des grands médias, oui, ils l’oublieront. Ils prétendent que le fait de tuer une personne et de l’éliminer de la présidence sauvera non seulement le pays qu’il brutalise, mais assurera également sécurité et stabilité au reste du monde.

Il ne leur est pas important qu’avant l’assaut l’OTAN/États-Unis sur la Libye, en 2011, ce pays avait le meilleur niveau de vie du continent africain. Même le Times admettait que son système de santé suscitait « l’envie de la région ». Maintenant le pays s’est complètement effondré, avec plus de deux millions d’enfants non scolarisés, d’innombrables migrants se noyant dans ses eaux, l’extrémisme étant sans contrôle et sans rival, et les commerçants vendant ouvertement des esclaves comme une marchandise.

Supposons que chaque accusation contre le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi soit vraie (ce qui n’était pas le cas). Comment peut-on dire que la destruction de l’infrastructure d’un pays et l’assassinat de son chef dans un mépris flagrant du droit international est une solution réaliste à tout problème ? Si vous vous opposez à Donald Trump, une intervention militaire dirigée par la Russie pourrait-elle résoudre vos problèmes avec le pays qu’il dirige ?

Oubliez ce que vous pensez connaître de Saddam Hussein, Mouammar Kadhafi, Kim Jong-un, Bachar al-Assad, Vladimir Poutine et Nicolas Maduro. Le récit des gouvernements occidentaux et leurs portes-voix médiatiques asséné depuis cette dernière décennie est un non-sens complet. Il est complètement absurde. Vous ne pouvez pas résoudre les problèmes de la Syrie ou du Venezuela en supprimant leurs dirigeants actuels, encore moins si vous tentez de le faire par la force. Quiconque prétend que c’est possible est en train de vous mentir ou est trop naïf et paresseux pour faire des recherches sur les situations actuelles en Afghanistan, au Yémen, en Libye, en Irak – pour ne nommer que quelques pays.

Le fait que les États-Unis ne veulent visiblement résoudre aucun problème – qu’ils ne cherchent qu’à renverser des dirigeants qui n’exaucent pas leurs désirs – est un sujet pour un autre article, mais il est certainement utile de mentionner ce fait ici.

On peut finalement dire la même chose pour Donald Trump. Depuis sa victoire électorale, de nombreuses célébrités, experts médiatiques et membres de la communauté du renseignement ont tenté de le discréditer et de le destituer. Pourtant, Donald Trump n’est que l’horrible symptôme des problèmes des États-Unis ; penser que lui seul les a causés et qu’en le retirant de la présidence les États-Unis deviendraient soudainement un havre de liberté est complètement idiot.

Si vous êtes d’accord avec ce dernier point de vue, vous devez également admettre que les problèmes rencontrés par la Corée du Nord, la Syrie, le Venezuela et d’autres ne pourront jamais être résolus par les États-Unis en supprimant leurs dirigeants de force.

Si Assad était éliminé de Syrie, l’extrémisme disparaîtrait-il ou pourrait-il plutôt prospérer dans le vide politique, comme en Irak ? Les problèmes internes de la Syrie – qui sont bien plus vastes que les médias nous le font croire – seraient-ils résolus par quelque chose d’aussi simpliste que de supprimer son dirigeant actuel ? Quelqu’un peut-il nommer un pays où cela a été essayé et montré comme un véritable modèle pour résoudre les crises internes d’une nation souveraine ? Quiconque pense vraiment que les problèmes d’un pays peuvent être résolus d’une manière aussi simple, devrait lire un peu plus.

Si vous reconnaissez ce dilemme, vous pouvez convenir qu’il est grand temps que les médias arrêtent complètement cette couverture simpliste des problèmes et, à la place, commencent à publier de vrais reportage sur les authentiques options diplomatiques qui pourraient être choisies.

Darius Shahtahmasebi

 

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