Les silences pudiques du gouvernement sur le scandale STX

Les silences pudiques du gouvernement sur le scandale STX

Société de construction navale, STX France se trouve au centre d’une double polémique : d’une part parce que des emplois sont en cause, d’autre part parce qu’un différend a surgi, pour détenir la majorité des actions, entre la France et l’Italie. Un jeu de dupes victimes de leurs propres magouilles.

Lu pour vous dans l’Échelle des Valeurs.

En effet, si les chantiers de STX France sont bien localisés en France, à Saint-Nazaire et à Lorient, l’entreprise n’est plus qu’une ancienne filiale d’Alstom, portant jusqu’en 2006 le nom d’Alstom Marine. Elle est devenue coréenne en 2008.
Sous la pression des menées mondialistes aux allures de jeu de Monopoly, on assiste à de vastes échanges de paquets d’actions d’entreprises à travers le monde. On appelle cela des «fusions-acquisitions» dans le jargon des banquiers. Finalement des prises de contrôle des uns sur les autres et des échanges d’entreprises entre trusts. Le but apparaît de concentrer le capital entre le moins de mains possibles et de rendre les pays interdépendants, puisque obligés d’acheter ce qu’il ne produisent pas, ou plus.
Emmanuel Macron connaît bien ces activités. En tant qu’employé à la banque Rothschild, c’était son travail d’organiser les «fusions-acquitions». Et là, apparaissent les intérêts des banques spécialisées dans cette branche. D’une part, à cette occasion, elles engrangent des profits colossaux pour leurs services. D’autre part, étudiant du même coup la comptabilité de leurs proies, elles se donnent une connaissance et un pouvoir exorbitant sur les industries. Mais, de cela personne ne parle.
Revenons à STX. Alstom Marine a d’abord été cédée en 2006 au norvégien Aker Yards, avant de se voir revendu en 2008 à une société coréenne, STX Offshore & Ship-building qui prit le nom de STX Europe.
On goûte ici le jeu des fusions-acquisitions réalisées au gré des stratégies d’entreprises. On est bien dans une logique financière quand la défunte Alstom Marine ne reste que deux ans entre les mains des Norvégiens, incapables en si peu de temps de mettre sur pied une politique de production. Aker Yards pourrait avoir été un sas pour faciliter la vente d’Alstom Marine à une société coréenne sans risquer l’opposition des autorités françaises.
Mais voilà, dans ce monde des affaires, les gros mangeurs finissent souvent mangés. Le groupe STX s’est outrageusement endetté et, pour rééquilibrer sa situation financière, a décidé de vendre STX France. En janvier 2017, le groupe italien Fincantieri s’est porté acquéreur avec l’accord de la justice coréenne qui l’a retenue comme repreneur exclusif. En avril, sous François Hollande donc, le gouvernement français a avalisé la décision coréenne.
Mais voilà, une campagne électorale est passée par là !
Le 1er février, Macron s’était rendu à Saint-Nazaire aux chantiers navals de STX en tant que ministre de l’Économie. Il venait célébrer l’inauguration d’un paquebot de croisière. Détail, il disait aussi souhaiter la révision des conditions du rachat de STX France par Fincantieri. Avant même la décision de la justice coréenne, les autorités françaises étaient déjà parfaitement informées de l’avenir de l’entreprise et avait accepté sa revente aux Italiens. Le ministre Macron en tête.
Puis le candidat a remplacé le ministre. Macron a alors fait mine de s’inquiéter des pertes d’emplois en France causées par la mondialisation. Il y était contraint par l’offensive de Marine Le Pen sur ce terrain.
Le personnel de STX France l’a entendu ! Il a fait valoir que, faute de garanties, le passage de l’entreprise aux mains des Italiens risquait de faire perdre ses 2600 postes et 5 000 dans des entreprises de sous-traitance. Déjà en perte de popularité, le nouveau Président ne pouvait pas faire la sourde oreille.
Les Italiens refusant de rester minoritaires (1) dans un STX France à la sauce spaghettis, Macron a alors prétendu qu’il fallait sauver l’indépendance de la construction navale française. Il a annoncé la « nationalisation temporaire » des chantiers STX France de Saint-Nazaire.

Cette nationalisation coûte 80 millions d’euros à l’État. Somme toute une bonne affaire si nous sauvons 7 600 emplois (2). Nos dirigeants, de Sarkozy à Macron en passant par Hollande auraient pourtant pu se rendre compte depuis longtemps qu’il fallait préserver l’indépendance de notre industrie navale. Néanmoins, que Macron défasse, aujourd’hui, ce qu’il faisait hier pour Rothschild ne manque pas de sel !
(1) Selon un accord négocié avec le précédent gouvernement français, Fincantieri devait d’abord prendre 48% du capital des chantiers et rester minoritaire pendant 8 ans. Il aurait obtenu, à l’issue de ces 8 ans, 66% des actions.
(2) Un coût de 10 000 € par emploi. Beaucoup moins qu’un licenciement massif avec en prime une entreprise qui revient dans le patrimoine national.

L’Échelle des Valeurs n°177-178 d’août-septembre 2017

 

http://www.lectures-francaises.info/2017/09/15/silences-pudiques-gouvernement-scandale-stx/

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Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée

Vladimir Poutine et la nouvelle « politique du rayon de soleil » à la rescousse de la Corée


Par Phil Butler – Le 10 septembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Depuis le Forum économique asiatique à Vladivostok, le président russe Vladimir Poutine a affirmé que « la Corée du Nord mangera de l’herbe avant de renoncer aux armes nucléaires ». La simple vérité et la logique de la déclaration a fait clairement comprendre à la plupart des personnes sensées que les sanctions et les bruits de botte servent à exaspérer et à séparer les nations. Mais le pragmatisme de M. Poutine soulève la question : « Que veut la Corée du Nord ? »

Quelqu’un a-t-il rapporté l’autre version, du côté de Pyongyang, de la crise interminable sur la péninsule de Corée ? Si quelqu’un l’a fait, je ne connais aucun citoyen américain qui en ait été informé. Depuis que l’Union soviétique et les États-Unis ont séparé la Corée après la Seconde Guerre mondiale, des frictions permanentes ont existé entre le Nord et le Sud. Depuis que la Corée du Nord a envahi le Sud, provoquant la guerre de Corée (1950-1953), le Nord socialiste a été dans un état de préparation constant, où le militarisme est au premier rang dans la société. Sans entrer dans un cours d’histoire complet, la Corée du Nord a de bonnes raisons pour une préparation militaire maximum ces décennies, en particulier si on examine les stratégies adoptées pour la guerre de Corée par les généraux étasuniens. Cette guerre a été une guerre d’usure et le véritable point de départ d’une Guerre froide qui minerait pour finir les énergies de tous les pays sur la terre. Pour la Chine, la contribution nord-coréenne à la victoire communiste n’a jamais été oubliée depuis la création de la République populaire de Chine en 1949. Lorsque la Chine s’est sentie menacée et est entrée en guerre, la menace d’un conflit nucléaire mondial est devenue une possibilité réelle. Si on garde à l’esprit la géographie de la Corée, il est facile de comprendre que l’avertissement du président Poutine sur une situation présente se développant en une « catastrophe mondiale totale » n’est pas du sensationnalisme. Une intervention américaine sur la péninsule aujourd’hui conduirait presque certainement à une rupture amère des relations entre des nations clés.

Les populations de Corée du Nord et du Sud n’ont jamais été le souci des autres pays. C’est la froide réalité de la crise actuelle. La Corée a toujours été une question de confinement et de géostratégie. Le premier à le reconnaître (par inadvertance) a été le président Harry Truman lorsqu’il a admis dans son autobiographie que l’ « action de police » visait à affronter les régimes communistes soviétique et chinois. Ce fait a été également souligné dans le  National Security Council Report 68 (NSC-68) déclassifié (1975). Citation du livre du président Truman :

« Le communisme agissait en Corée, exactement comme Hitler, Mussolini et les Japonais l’avaient fait dix ans, quinze ans et vingt ans plus tôt. J’étais convaincu que si ont permettait à la Corée du Sud de tomber, les dirigeants communistes seraient encouragés à s’emparer de pays plus proches de nos côtes. Si on permettait aux communistes  d’entrer dans la République de Corée sans opposition du monde libre, aucun petit pays n’aurait le courage de résister à la menace et à l’agression de voisins communistes plus forts. »

Mais la position de la Corée du Nord, les vrais désirs du peuple de ce pays n’ont jamais été abordés. Tout ce que nous en savons, c’est le récit du confinement et de la crise. À partir de là, nous pouvons choisir d’explorer les sombres vérités d’antan, d’essayer de justifier les conflits d’intérêt perpétuels, ou nous pouvons choisir d’examiner les idées et les politiques qui créeront une paix perpétuelle. Qui a commencé la guerre froide, quels pays étaient en faute ou sur une position défensive alors a peu d’importance si on doit progresser. Pour répondre à la question « Que veut la Corée du Nord ? », il semble clair que les réponses sont l’indépendance et la prospérité. Mais depuis la chute de l’Union soviétique et le retrait du soutien de Moscou, l’idée audacieuse de l’autosuffisance de la politique du Juche s’est engagée dans une sorte de catastrophe paradoxale. La viabilité est impossible, en particulier avec des dépenses inutiles et le militarisme. Aujourd’hui, Kim Jong-un affronte une spirale descendante presque impossible à stopper dans sa politique intérieure et extérieure, à moins d’une alternative. La manière dont je vois la posture nucléaire de son régime est un appel à tenir compte des besoins de son pays dans lequel lui et ses partisans ne perdent pas la face. Mais le président américain Donald Trump et les alliés japonais ne construisent aucun pont que le dirigeant nord-coréen pourrait franchir. Les raisons en sont tout à fait évidentes : la dynamique étasunienne nécessite un conflit permanent pour se maintenir.

Les preuves de mon argument sont nombreuses, surtout si on prend en compte la « politique du rayon de soleil » de la Corée du Sud. En 2000, son dirigeant Kim Dae-jung a reçu le prix Nobel de la paix pour avoir appliqué cette politique avec succès, qui était exactement le « pont » que je demande. L’administration Bush a veillé à ce que ce rétablissement des liens entre le Nord et le Sud ne réussisse jamais. Barack Obama a joué son rôle de provocateur de crise et maintenant Trump a été rappelé à l’ordre en faisant la même chose. La rédactrice du magazine Providence, Anne R. Pierce, a appelé les stratégies de ce président « la politique nord-coréenne imprudente, cruelle de l’administration Obama » et c’est exactement ça. Pour ceux qui ne sont pas familiers de la question, la « politique du rayon de soleil » a eu pour résultat des contacts politiques plus importants entre Séoul et Pyongyang et beaucoup d’autres moments historiques dans les relations inter-coréennes, y compris plusieurs initiatives commerciales de haut niveau. Lorsque Kim Dae-jung et Kim Jong-il se sont rencontrés en 2000, les espoirs de réconciliation sont montés très haut. Quelques lecteurs se rappellent peut-être qu’après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, l’administration américaine a déclaré que la Corée du Nord faisait partie de l’Axe du Mal. C’était après que la Corée du Nord ait de nouveau rompu ses liens avec le Sud. Pour mon argumentation, les implications sont claires comme de l’eau de roche. Et à la question sur ce que veut la Corée du Nord, la « normalisation » des relations devrait être la conclusion indiscutable que nous évacuons. Des gestes d’égalité et d’amitié ont entraîné un résultat positif, mais les politiciens américains conseillent à Donald Trump de menacer, comme Bush l’avait fait. Comme Vladimir Poutine l’a suggéré l’autre jour, les diplomates américains semblent incapables de s’exprimer intelligemment. L’affirmation que la « politique du rayon de soleil » est la clé pour apaiser la situation en Corée est aussi soutenue par Patrick McEachern, l’auteur de Inside the Red Box : North Korea’s Post-Totalitarian Politics, qui compare les démonstrations nucléaires de la Corée du Nord sous la « politique du rayon de soleil » et après. Le fait est que le Nord brandit des sabres nucléaires plus souvent depuis que cette politique a échoué.

Maintenant que Poutine et le président sud-coréen Moon Jae se sont rencontrés à Vladivostok, on dit que Moon adoptera bientôt une nouvelle « politique du rayon de soleil » avec l’aide de Moscou et Beijing. Quelques lecteurs se rappelleront que Moon était le chef d’état-major de Roh Moo-hyun, le dernier président libéral de la Corée, l’homme qui a continué la « politique du rayon de soleil » de son prédécesseur Kim Dae-jung. Cela m’amène à un dernier point qui concerne Moon, Poutine et même le Japonais Abe. Un prix Nobel de la paix attend toujours Poutine et celui qui assure un avenir pour la Corée du Nord et du Sud attrapera certainement le prix. Le rôle croissant de Poutine sur la scène mondiale, ses mouvements évidents vers l’Est, et en particulier sa modération devant une position agressive de l’Occident sont des éléments positifs dont les Coréens ont besoin.

La dure vérité de cette situation est que Pyongyang a désespérément besoin d’une bouée de sauvetage, mais ils ne veulent pas la mendier. De mon point de vue, je ne le leur reproche pas du tout. Montrer la faiblesse des oligarques de son pays est comme du sang dans un bassin plein de requins. Les Coréens du Nord meurent de faim mais ils sont trop fiers pour ramper, cela devrait être on ne peut plus clair. Je pense que si Donald Trump s’intéressait davantage à résoudre ces crises qu’à sembler en avoir « une bonne paire », le monde irait beaucoup mieux. « Choc et effroi » sur la péninsule de Corée avec des retombées sur la Chine, la Russie et le Japon ne se fera tout simplement pas. Je parie que Poutine va bientôt rétablir l’approvisionnement alimentaire pour la Corée du Nord.

Phil Butler est un enquêteur et un analyste politique, un politologue et un expert de l’Europe de l’Est, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Note du Saker Francophone

Il est peu probable que les Nord Coréens soient au bord de la famine. On peut penser que la Russie et la Chine ravitailleront la Corée du Nord en fonction des besoins, au moins pour compenser les effets du blocus et des manœuvres militaires au moment des récoltes pour forcer Pyongyang à mobiliser ses soldats paysans.

 

http://lesakerfrancophone.fr/vladimir-poutine-et-la-nouvelle-politique-du-rayon-de-soleil-a-la-rescousse-de-la-coree

Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron à l’ONU

Ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron à l’ONU

Les Echos Le 19/09 à 18:59
Le président Emmanuel Macron l’Assemblée générale l’ONU.
Le président Emmanuel Macron à l’Assemblée générale de l’ONU. – SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

+VIDEO. Le président français a prononcé mardi son premier grand discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies.

Après  Donald Trump et son discours offensif contre la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela,  Emmanuel Macron a pris sa suite, mardi, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies. Voici les principaux éléments de son discours.

Syrie

« La solution sera politique et non militaire », a dit le chef de l’Etat au sujet de la situation en Syrie. La France fera preuve d’une « intransigeance absolue sur l’emploi des armes chimiques » et sur « l’absolue nécessité d’aménager les accès au soin pour tous ». « Agir pour la paix en Syrie, c’est nous protéger tous contre le terrorisme », a-t-il assuré.

Il a plaidé pour la création d’un « groupe de contact » sur la Syrie afin d’enclencher une nouvelle dynamique pour aller vers une solution politique au conflit. Le processus de négociations mené à Astana au Kazakhstan, par Moscou, Téhéran et Ankara, et qui ne traite pas les aspects politiques, « ne suffit pas », a-t-il ajouté.

Le groupe de contact voulu par la France intégrerait les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et « les parties prenantes » au conflit, a précisé Emmanuel Macron.

Quelques heures après l’Assemblée générale, Emmanuel Macron est allé un peu plus loin lors d’une conférence de presse : « Bachar al-Assad, c’est un criminel, il devra être jugé et répondre de ses crimes devant la justice internationale. Mais je n’ai pas fait de sa destitution un préalable, par pragmatisme », a-t-il dit, reprenant, pour la deuxième partie de sa phrase, des déclarations qu’il avait déjà faites en juin.

Vidéo : A l’ONU, Emmanuel Macron exprime ses divergences avec Donald Trump

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/rfxfms

Corée du Nord

Alors que Donald Trump se dit prêt à  « détruire complètement la Corée du Nord » , Emmanuel Macron assure que «la France refuse toute escalade et ne fermera aucune porte au dialogue ». « Par l’absence de dialogue, avons-nous mieux endigué la situation en Corée du Nord ? Pas une seule seconde », a-t-il justifié.

Dans la conférence de presse qui a suivi l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a affirmé son désaccord avec Donald Trump qui s’est dit prêt à utiliser la force militaire. « Je pense que c’est intempestif de mettre en avant la menace d’une réplique par la guerre », a-t-il estimé.

Iran

Emmanuel Macron estime que dénoncer l’accord sur le nucléaire iranien, comme menacent de le faire les Etats-Unis, serait « une lourde erreur », tout en laissant la porte ouverte à des discussions pour prolonger la portée du texte après 2025.

« Notre engagement sur la non prolifération a permis d’obtenir un accord solide, robuste, qui permet de vérifier que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire. Le dénoncer aujourd’hui sans rien proposer d’autre serait une lourde erreur, ne pas le respecter serait irresponsable, parce que c’est un accord utile », déclare-t-il.

Climat

Concernant l’accord de Paris sur le climat, il « ne sera pas renégocié », a insisté Emmanuel Macron, tout en assurant que « la porte serait toujours ouverte aux Etats-Unis »,  qui se sont retirés de l’accord .

« Le détricoter serait détruire un pacte qui n’est pas seulement entre les Etats mais entre les générations », a ajouté le chef de l’Etat français. « II pourra être enrichi, de nouvelles contributions, de nouveaux apports mais nous ne reculerons pas ». « La nature nous rappelle à l’ordre », a-t-il plaidé. « Nous sommes tous frappés par l’emballement du climat ».

La France, qui accueillera le 12 décembre un sommet sur le climat consacré au volet financement, y « prendra sa part en allouant 5 milliards d’euros par an à l’action sur le climat d’ici à 2020 », a encore annoncé le président français.

Aide au développement

Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé que la France consacrerait 0,55% de son revenu national d’ici 5 ans à l’aide publique au développement.

Tout l’enjeu, selon le chef de l’Etat, c’est que cette « aide publique au développement arrive bien sur le terrain ».

Rohingyas

Le président français a dénoncé le « nettoyage ethnique » contre la minorité musulmane des Rohingyas, dont plus de 400.000 ont fui la Birmanie ces dernières semaines pour se réfugier au Bangladesh. « Les opérations militaires doivent cesser, l’accès humanitaire doit être assuré, et le droit rétabli », a-t-il lancé.

VIDEO. « Si l’Amérique doit se défendre, elle et ses alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire complètement la Corée du Nord » (Trump lors de son discours à l’ONU)

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01870326/zone/1/showtitle/1/src/rf33l3

 

https://www.lesechos.fr/politique-societe/emmanuel-macron-president/030586517485-macron-a-lonu-laccord-de-paris-ne-sera-pas-renegocie-2115500.php#xtor=EPR-7-%5Bmatinale%5D-20170920-%5BProv_AL_CLO_BOURSE_PU%5D-

“Des manœuvres militaires russes débutent aux portes de l’UE”, par l’AFP

Des manœuvres militaires russes débutent aux portes de l’UE, par le Monde et l’AFP

Source : Le Monde, AFP, 14.09.2017

Certains membres de l’OTAN y voient une inquiétante démonstration de force. La Russie a lancé, jeudi 14 septembre, de vastes manœuvres militaires conjointes avec la Biélorussie aux portes de l’Union européenne. Face aux critiques de l’OTAN, Moscou s’est efforcé de rassurer, insistant sur le fait que ces manœuvres étaient « purement défensives ».

Ces exercices, répondant au nom de code Zapad-2017 (« Ouest-2017 »), doivent impliquer près de 12 700 soldats pendant une semaine en Biélorussie, dans l’enclave de Kaliningrad et dans plusieurs régions du nord-ouest de la Russie. Autrement dit, le long de la frontière avec la Lituanie et la Pologne. Or, depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et l’éclatement du conflit dans l’est de l’Ukraine, les pays baltes n’hésitent pas à désigner la Russie comme une potentielle menace contre leur souveraineté.

Le chef d’état-major russe, Valeri Guerassimov, avait assuré début septembre que ces manœuvres étaient « planifiées de longue date » et n’étaient « dirigées envers aucun pays en particulier », lors d’une rare rencontre à Bakou avec le chef du comité militaire de l’OTAN, le Tchèque Petr Pavel. En effet, l’armée russe organise de vastes exercices dans une région différente de Russie tous les ans à la même période.

Doute sur les chiffres

Mais certains pays, la Lituanie et l’Estonie en tête, doutent des chiffres avancés par Moscou et évoquent « plus de cent mille soldats » mobilisés du 14 au 20 septembre.

« La Russie est capable de manipuler les chiffres avec une grande aisance, c’est pourquoi elle ne veut pas d’observateurs étrangers. Mais 12 700 soldats annoncés pour des manœuvres stratégiques, c’est ridicule », a également affirmé l’expert militaire indépendant Alexandre Golts, interrogé par l’Agence France-Presse. Selon lui, le véritable chiffre se situe néanmoins bien en deçà des 100 000 militaires.

Le cabinet IHS Jane’s, spécialisé dans les questions de défense, abonde en ce sens. « Les chiffres réels sont probablement plus élevés » que les chiffres officiels, car les manœuvres impliquent non seulement des militaires, mais aussi des membres des services de renseignement, de la garde nationale, des services de secours et autres, susceptibles de faire monter le nombre de personnes impliquées autour de « 80 000 à 100 000 ».

Si la Russie revendique son droit à mener des exercices militaires sur son territoire, elle suscite aussi l’inquiétude de certains pays, notamment européens. Les exercices Zapad-2017 « sont désignés pour nous provoquer, pour tester nos défenses et c’est pour cela que nous devons être forts », a ainsi déclaré dimanche le ministre de la défense britannique, Michael Fallon, s’alarmant d’une Russie « de plus en plus agressive ». […]

 

Lire la suite sur Le Monde, AFP, 14.09.2017

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Leçon de Propagande :

  1. Étendre l’UE jusqu’à la frontière Russe
  2. Se plaindre que des soldats russes en Russie soient”aux portes de l’UE

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Rappel :

otan-russie-1

N.B. vous notez visuellement dans ce schéma que, par habitant, l’OTAN dépense donc en moyenne bien plus que la Russie… En fait, 980 $ contre 630 $/hbt, soit la bagatelle de 50 % de plus

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Et en même temps…

Avec l’OTAN, la Suède lance ses plus importants exercices militaires depuis 23 ans

Source : Russia Today, 12-09-2017

Stockholm a donné le coup d’envoi d’Aurora 17, juste avant celui de l’exercice militaire Zapad, de la Russie et de la Biélorussie. Impliquant moins de troupes, ce dernier suscite la crainte de Washington, malgré les tentatives d’apaisement de Moscou.

La Suède, bien que ne faisant pas partie de l’OTAN continue de se rapprocher de l’organisation militaire. L’armée suédoise a ainsi donné le coup d’envoi ce 11 septembre aux manœuvres les plus importantes depuis 23 ans conjointement avec plusieurs pays de l’Alliance atlantique, dont les Etats-Unis mais aussi la France. La Finlande, non-alignée, participera également.

Le scénario des manœuvres, qui dureront trois semaines, consiste en l’agression d’une puissance étrangère, qui attaquerait l’île stratégique suédoise de Gotland, située en mer Baltique.

«Si vous contrôlez le Gotland, vous avez le contrôle des voies maritimes et aériennes vers les Pays baltes», explique ainsi le ministre suédois de la Défense, Peter Hultqvist, cité par le Financial Times le 7 septembre.

Washington invoque une prétendue «menace russe»

Quelque 20 000 soldats, dont 90% sont suédois, prendront part aux manœuvres, baptisées Aurora 17, soit la moitié des effectifs dont dispose la Suède. «Il s’agit de se saisir des réalités de la situation sécuritaire dans cette partie de l’Europe», a ajouté le ministre suédois, précisant que les exercices étaient «un signal important à destination de la population suédoise mais aussi pour d’autres pays».

Washington a à nouveau justifié sa présence, dans ces manœuvres, en invoquant une prétendue menace russe, pourtant maintes fois démentie par Moscou.

«La Russie a changé la situation sécuritaire [dans la région]», a ainsi estimé le commandant des armées américaines Ben Hodges, cité par le média suédois Dagens Nyheter. Ce même commandant s’inquiétait des exercices Zapad, conjointement menés par la Russie et la Biélorussie qui débuteront le 14 septembre pour une semaine. «Les gens craignent que cela se révèle être un cheval de Troie», déclarait ainsi Ben Hodges début août 2017, cité par The Economist.

Moscou joue l’apaisement

En signe d’apaisement, la Biélorussie et la Russie avaient convié des observateurs de l’OTAN et de pays étrangers, et notamment des pays baltes, aux exercices Zapad, qui impliqueront 12 700 militaires biélorusses et russes selon Minsk.

Les vice-ministres russes et biélorusses ont par ailleurs souligné que les troupes présentes dans le cadre de l’exercice militaire, seraient retirées dès la fin de ce dernier.

Le lieutenant-général russe Alexandre Fomine avait par ailleurs souligné la nature purement défensive de l’exercice et sa composante anti-terroriste, qualifiant la menace militaire russe avancée par Washington de «mythe».

L’OTAN, toujours plus proche des frontières russes

Mais si les craintes restent tenaces dans le camp de l’OTAN, Moscou redoute pour sa part l’arrivée d’un éventuel nouvel allié militaire de Washington, et ce alors que l’Europe de l’Est connaît le plus important déploiement de forces de l’Alliance atlantique depuis la fin de la guerre froide.

«Si la Suède rejoint l’OTAN, cela affectera nos relations de manière négative», avait ainsi affirmé Vladimir Poutine. Il avait ajouté que la Russie devrait réagir comme s’il s’agissait d’une «nouvelle menace» pour sa sécurité, après les multiples élargissements de l’OTAN, dont la présence s’est rapprochée des frontières russes au cours des années.

L’organisation militaire atlantique multiplie d’ailleurs les manœuvres dans la région. Après la Géorgie ou la mer Noire, en juin, 5 300 militaires de dix pays de l’OTAN avaient rejoint les exercices de l’«Iron Wolf» en Lituanie, dans une zone proche de l’enclave russe de Kaliningrad. D’autres manœuvres avaient eu lieu en Pologne le même mois, ou encore en Estonie en mai.

Source : Russia Today, 12-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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A l’ONU, Trump attaque la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela

A l’ONU, Trump attaque la Corée du Nord, l’Iran et le Venezuela

Nicolas Rauline Le 19/09 à 17:16
Devant l’Assemblée générale l’ONU, Donald Trump menacé « détruire complètement » Corée Nord régime Kim Jong-un continuait mettre danger voisins alliés. AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY
Devant l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump a menacé de « détruire complètement » la Corée du Nord si le régime de Kim Jong-un continuait de mettre en danger ses voisins et leurs alliés. AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY – AFP PHOTO / TIMOTHY A. CLARY

Dans son premier discours à l’ONU, le président américain a menacé de « détruire complètement la Corée du Nord ». Il a aussi appelé la communauté internationale à plus de fermeté envers l’Iran et le Venezuela.

Pour son premier discours à l’ONU, Donald Trump a  de nouveau haussé le ton face à la Corée du Nord , l’Iran et le Venezuela. Le président américain, accueilli à son arrivée au siège des Nations unies à New York par quelques manifestants alors que le quartier était pourtant bouclé, a mis en garde les régimes de ces pays, à des degrés différents.

Il a ainsi menacé de « détruire complètement » la Corée du Nord si le régime de Kim Jong-un continuait ses provocations. Celui-ci serait constitué d’une « bande de criminels », qui « affame son peuple, emprisonne et tue les opposants. » Et Kim Jong-un, de  nouveau surnommé « Rocket man » (l’homme fusée, un terme ajouté par Trump lui-même à la dernière minute…), serait engagé « dans une mission suicide ». Le président américain a appelé la communauté internationale à s’engager fermement contre Pyongyang, mais se dit prêt à agir seul. « Si l’Amérique doit se défendre, elle et ses alliés, nous n’aurons d’autre choix que de détruire complètement la Corée du Nord », a-t-il répété. D’ailleurs, tout en remerciant la Russie et la Chine d’avoir voté les dernières sanctions à l’ONU, il les a accusées, sans les nommer, de continuer à échanger commercialement avec Pyongyang.

Discussions sur l’accord iranien

Autre cible de Donald Trump : l’Iran. Il a réitéré ses critiques envers l’accord passé sur le nucléaire, « l’un des pires » jamais signés par les Etats-Unis.

Dans un long développement, il a décrit le régime de Téhéran comme un « Etat-voyou », une dictature qui prive son peuple de liberté et exporte le terrorisme dans le monde entier, en particulier dans les pays musulmans. Un moyen de faire monter la pression, alors que les signataires de l’accord sur le nucléaire (le Royaume Uni, la Chine, la Russie, la France, l’Allemagne et les Etats-Unis) doivent  se rencontrer ce mercredi à New York.

Enfin, le président américain a sévèrement critiqué le régime vénézuélien, un « gouvernement corrompu qui a détruit une nation prospère, défié son propre peuple et mis à terre ses propres institutions. »

Son attitude est, selon lui, « inacceptable » et il s’est donné comme objectif « d’aider les Vénézuéliens à retrouver leur fierté et à restaurer la démocratie. » Trump se dit « prêt à prendre les mesures nécessaires » pour cela et a appelé la communauté internationale à « se préparer pour faire davantage et faire que cette crise cesse. »

« America first »

Le reste du discours a été mis à profit par le président américain pour exposer ce qu’il présente comme sa doctrine. Son « America first » peut, selon lui, s’adapter à la diplomatie internationale. « Je recherche d’abord les intérêts de mon pays et vous devez, vous aussi, toujours rechercher l’intérêt de votre pays, dans le respect des institutions internationales », a-t-il lancé.

Il en a profité également pour  renouveler ses critiques envers le système des Nations unies, appelant à redéfinir les contributions de chacun. « Nous payons plus que quiconque. Si l’ONU atteignait tous les objectifs fixés, en particulier celui de l’instauration de la paix, ce serait un investissement rentable, mais ce n’est pas le cas », a-t-il résumé. Un premier discours qui aura laissé des impressions contrastées: applaudi par une partie de l’assemblée, il a aussi provoqué de longs silences, et même quelques rires quand il a déclaré: «Le problème au Venezuela n’est pas que le socialisme ait été mal mis en oeuvre, mais que le socialisme a été mis en oeuvre de manière dogmatique.  »

Nicolas Rauline
Bureau de New York
@nrauline

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?

Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?

Le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien peut-il perturber la guerre contre Daesh ?© Chris Wattie Source: Reuters
Un soldat kurde, à quelques kilomètres d’Erbil. Images d’archives.

Fort de son implication contre Daesh et du soutien américain, Erbil est en position de force face à Bagdad. Quel effet aura ce scrutin dans un Moyen-Orient focalisé sur la lutte anti-terroriste? Entretien avec Emmanuel Dupuy, président de l’IPSE.

RT France : Avec le recul de Daesh, la question de la reconstruction de l’Irak est le nouveau défi qui attend Bagdad. Quelles répercussions pourraient avoir sur ce sujet le référendum d’auto-détermination ?

Emmanuel Dupuy (E. D.) : La reconquête de Tal Afar fut plus rapide que prévue. L’offensive lancée fin août a permis de libérer la ville au bout d’une semaine. Après celle de Mossoul, au bout de neuf mois de combats meurtriers, la libération de la ville n’est que le début de l’offensive lancée par l’armée irakienne. Les membres du CTS (anti-terrorisme irakien) et les unités de mobilisation populaire chiites du Hachd al-Chaabi, dans la région d’Akachat, riche en gaz naturel, œuvrent à chasser Daesh de ses derniers bastions le long de l’Euphrate, en direction de la frontière irako-syrienne. Seules quatre localités restent aux mains des djihadistes : Hawija, Al Qaïm, Rawa et Anna. Dans ce contexte, le soutien des forces spéciales occidentales aura été déterminant.

Le vote annoncé d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien semble obliger les acteurs régionaux et internationaux à se positionner sur la question kurde, bien plus tôt qu’ils ne l’auraient souhaité

Tout est désormais en place pour que la question de la reconstruction politique soit abordée en ce qui concerne les zones libérées de l’emprise de Daesh, qui, de juillet 2014 à ce jour, a contrôlé jusqu’à 25% du territoire irakien. Le vote annoncé au niveau du parlement kurde irakien, le 25 septembre prochain, d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien semble obliger les acteurs régionaux et internationaux à se positionner sur la question kurde, bien plus tôt qu’ils ne l’auraient souhaité. En effet, tous, Washington en tête, estiment que cette initiative vient perturber les opérations non encore terminées contre Daesh.

Massoud Barzani, fort de sa stature internationale et du soutien des chancelleries occidentales, a parfaitement compris l’avantage à tirer d’une pression politique accrue sur Bagdad

La première conséquence de cet agenda kurde ne s’est pas fait attendre et semble donner raison à la stratégie du président du Gouvernement du Kurdistan irakien (GRK), Massoud Barzani. Ce dernier, fort de sa stature internationale et du soutien des chancelleries occidentales, a parfaitement compris l’avantage à tirer d’une pression politique accrue sur Bagdad. Certains estiment qu’il ne souhaite pas réellement l’indépendance, mais cherche plutôt à pousser ses pions, en vue des futurs arbitrages quant à un approfondissement des délégations de pouvoir octroyées par Bagdad au Kurdistan irakien.
Les autorités kurdes irakiennes, qui jouissent déjà depuis 1991 d’une large autonomie, ont eu beau expliquer qu’une victoire (probable) du «Oui» n’engagerait pas forcement vers un processus d’indépendance, cela n’aura pas suffit à calmer le courroux de Bagdad, qui juge l’initiative inconstitutionnelle, comme l’a répété, le 12 septembre dernier, le Parlement de Bagdad.
Bien que 80 députés aient saisi le président du Parlement, Salim al-Joubouri, pour dénoncer ce qui est présenté comme une «provocation», le résultat est que, désormais, le Premier ministre est contraint d’engager une discussion et «un dialogue sérieux» avec les autorités de la région kurde autonome. L’unité territoriale est, du reste, une des conditions posées par la communauté internationale pour la reconstruction du pays, sur le plan financier. La balle est ainsi désormais dans le camp irakien, obligé de se rendre à la table des négociations en position de faiblesse, il est vrai à cause de l’insistance des Américains. Les Kurdes peuvent ainsi se réjouir d’avoir inversé le processus en leur faveur…

Washington et ses partenaires allemands, britanniques, français, italiens ont demandé par le biais d’un communiqué que le gouvernement d’Erbil se concentre sur la dernière phase des opérations, visant à éviter que les derniers djihadistes ne s’échappent le long de la frontière avec la Syrie

RT France :Ce référendum pourrait-il avoir un impact sur les combats en cours ? 

E. D. : Comme l’a indiqué récemment le secrétaire d’Etat américain à la Défense, John Mattis, il ne faudrait pas que les velléités d’indépendance ou d’approfondissement de l’auto-détermination kurde ne viennent retarder la fin de l’offensive au sud de l’Euphrate vers les derniers territoires encore aux mains de Daesh, notamment le long de la frontière, dans la région d’Akachat.
Washington et ses partenaires allemands, britanniques, français, italiens estiment que la priorité est la stabilisation des zones libérées. Ils l’ont fait savoir par le biais d’un communiqué, diffusé le 12 septembre, en demandant que le gouvernement d’Erbil se concentre sur la dernière phase des opérations, pour éviter que les derniers djihadistes (estimés à guère plus de 1 500) ne s’échappent le long de la frontière avec la Syrie et ne rejoignent les membres de Daesh repoussés eux aussi à travers les 6 000 kilomètres carrés de la zone désertique de la Badia, vers la frontière avec l’Irak.

Les Irakiens estiment, quant à eux, que l’effort militaire doit désormais être porté sur la localité d’Al-Qaïm, où l’on estime que Daesh a maintenu toutes ses capacités de stockage d’armes et de commandement intactes et ce, afin d’éviter que les djihadistes ne fuient… Bagdad ne cesse donc d’enjoindre à ses partenaires occidentaux de calmer les ardeurs kurdes. Bagdad est aussi sensible à l’épée de Damoclès que constitue la menace, brandie par Ankara, de faire entrer en territoire irakien 2 000 hommes, au cas où les forces kurdes syriennes (notamment celles du parti de l’Union démocratique – PYD) et kurdes irakiennes étendraient leur emprise sur le mont Sinjar, au nord-ouest de la zone frontalière. La menace est réelle, et n’est pas sans rappeler celle qui avait justifié, d’août 2016 à mars 2017, l’offensive turque en Syrie baptisée «Bouclier de l’Euphrate» dans la région de Jarablus et Al-Bab.
Rappelons nous aussi que l’Irak avait sommé la Turquie, en décembre dernier, de renvoyer chez eux les 150 militaires et quelques vingtaines de chars qu’Ankara avait mis à disposition des Peshmargas kurdes dans le cadre d’un accord de coopération avec Erbil. Ces troupes turques avaient ainsi participé, au grand dam de Bagdad, à l’offensive au nord de Mossoul.
Bagdad souhaite désormais donner l’impression que c’est, avant tout, son armée, ses unités de mobilisation populaires, ses forces anti-terroristes qui ont libéré le territoire irakien, d’où une volonté de «minorer» l’action de ses partenaires iraniens (notamment les Pasdarans sous le commandement du général iranien Qasem Souleimani) et des forces kurdes…

La Communauté internationale ne souhaite pas soutenir une éventuelle demande d’indépendance […] Tous estiment que la mobilisation doit être totale en vue de maintenir les unités territoriales tant de la Syrie que de l’Irak

RT France : Ce référendum pourrait-il aboutir à la revendication d’un grand Kurdistan indépendant ?

E. D. : Cette crainte d’une contagion est, en effet, particulièrement forte, à Ankara comme à Téhéran. Elle a, par exemple, motivé la décision prise par Moscou, Ankara et Téhéran, à l’occasion de la reprise des négociations d’Astana, au Kazakhstan (14-15 septembre) d’envoyer des troupes dans les quatre «zones de désescalades» situées dans le Nord de la Syrie.

Néanmoins, la Communauté internationale ne souhaite pas soutenir une éventuelle demande d’indépendance. L’Assemblée générale des Nations unies a proposé une solution alternative au président Barzani, lui proposant d’aboutir d’ici trois ans à un accord entre le Kurdistan irakien et le gouvernement fédéral irakien sur le statut de la région autonome. En effet, l’ONU et nombres d’Etats estiment que ce référendum est non seulement inconstitutionnel au regard de la loi irakienne mais surtout périlleux. Tous estiment que la mobilisation doit être totale en vue de maintenir les unités territoriales tant de la Syrie que de l’Irak. Toutes les parties sont ainsi invitées par l’ONU à se mobiliser davantage en faveur de la participation financière à la reconstruction «structurelle», dont le coût est estimé par l’ONU à près de 300 milliards de dollars.
Cette question aura été à l’ordre du jour du nouveau round de négociations qui s’est ouvert du 14 au 15 septembre à Astana, au Kazakhstan, sous l’égide de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. Au-delà de la dimension économique, c’est, en effet, le processus politique unitaire et inclusif qui est en jeu. Moscou, Washington, Ankara et Téhéran semblent ainsi enclins à se focaliser désormais sur la tenue de conférences de réconciliation nationale, à la fois inclusives (en terme de participants) et garantes de l’unité territoriale.

Le risque est grand, en effet, que la libération de certaines zones peuplées de kurdes comme de non kurdes ne provoquent une tension supplémentaire avec Bagdad

Du reste, la geste indépendantiste kurde, qui a fait du chef du parti démocratique du Kurdistan (PDK), Massoud Barzani, le chantre de l’indépendance kurde vis-à-vis de Bagdad, cache aussi une volonté de contraindre les minorités encore présentes dans le nord de l’Irak (Yézidis et communautés chrétiennes orientales) à s’adosser à ses doléances, sur fond de protection et de soutien tant contre le danger résiduel de Daesh que vis-à-vis de Bagdad et Ankara, peu enclines au soutien à ces minorités. Parmi ces minorités, les Yézidis et les Alévis semblent les plus inquiètes quant à le tenue de ce référendum, de peur d’être les premières victimes de leur soutien à Erbil. La crainte de représailles physiques ou de tracasseries administratives venant du gouvernement central irakien est ainsi grande.
Enfin, cette stratégie «électorale» de Barzani semble aussi préparer la prochaine élection présidentielle au Kurdistan, qui lui interdit «constitutionnellement» de briguer un nouveau mandat. Prévues initialement en septembre 2013, repoussées depuis en 2015, nul ne sait si ces élections pourront se tenir cette année. Le président sortant cherche ainsi à jouer la carte de l’unité nationale pour asseoir sa légitimité.
Le risque est grand, en effet, que la libération de certaines zones peuplées de kurdes comme de non-kurdes ne provoquent une tension supplémentaire avec Bagdad. C’est, notamment le cas de la ville de Kirkouk, au cœur de la zone de production pétrolière, dont les Peshmergas ont pris le contrôle, alors qu’elle est autant peuplée de Kurdes que de Turkmènes et d’Arabes. La question de la souveraineté énergétique est également une autre grille de lecture, alors que le gouvernement central de Bagdad ne cesse d’accuser le GRK d’extraire et exporter illégalement le pétrole de la région.

La position israélienne est conforme, à la politique de containment iranien

RT France : Soutien d’Israël, menaces de la Turquie… doit-on s’attendre à une exacerbation des tensions régionales ?

E. D. : Il convient de contextualiser quelque peu ces soutiens, au gré de la géopolitique régionale. Les relations entre Erbil et Tel-Aviv sont ainsi, avant tout, mues par des coopérations dans le domaine des équipements et de la formation militaires. La position israélienne est, du reste, conforme, à la politique de containment iranien. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou s’est montré peu coopératif avec celui du Premier ministre irakien, Haïdar al-Abadi, comme celui de son prédécesseur Nouri al-Maliki, tous deux issus du parti chiite Dawa. Le soutien opportuniste à l’initiative de Barzani est ainsi un geste supplémentaire de défiance à l’égard d’un partenaire important de Téhéran, qui y a déployé depuis 2014, ses Pasdarans, sa brigade Al-Qods et à qui l’on doit, du reste, pour une large part, la libération des villes occupées par Daesh (Tikrit, Ramadi et Mossoul).

En réalité, Ankara et Téhéran cherchent avant tout à éviter que Washington, Berlin, Paris et la communauté internationale ne soutienne l’idée d’une reconnaissance kurde en Syrie

Quant à Ankara qui brandit la menace militaire, son intérêt n’est pas, en fait, d’exacerber la situation au Kurdistan irakien, tant que Massoud Barzani ne vise pas à unifier les revendications kurdes syriennes, turques et iraniennes. Du reste, en réalité, Ankara et Téhéran cherchent avant tout à éviter que Washington, Berlin, Paris et la communauté internationale ne soutiennent l’idée d’une reconnaissance kurde en Syrie, dans la région de la Rojava. Les Iraniens et les Turcs cherchent ainsi à éviter que la continuité territoriale kurde de part et d’autre de la frontière irakienne-syrienne, ne soit élargie à la zone séparant l’Euphrate du Tigre. La participation de nombreux combattants kurdes au sein des Forces démocratiques syriennes (FDS) appuyées par les forces spéciales américaines qui ont libéré Raqqa et Der ez-Zor du joug de Daesh, pourrait accréditer la thèse selon laquelle Washington cherche à asseoir, en position de force, les Kurdes à la table des négociations à Astana, comme dans le cadre de la reprise des négociations onusiennes à Genève.
C’est davantage cet état de fait qui risque de cristalliser les tensions entre Ankara, Téhéran, Moscou et Washington que la tenue de ce référendum, dont, encore une fois, l’instrumentalisation tactique et politique vis-à-vis du gouvernement central de Bagdad semble plus proche de l’agenda du gouvernement autonome kurde.

Ni Paris, ni Berlin, bien que partenaires d’Erbil dans la lutte anti-terroriste, ne souhaitent réellement la tenue de ce référendum

RT France : Ce référendum est-il une épine dans le pied des puissances régionales et occidentales ?

E. D. : L’Iran, la Turquie, comme le régime de Bachar al-Assad se préoccupent de l’impact sur leur territoire de la perspective d’une indépendance du Kurdistan irakien. Néanmoins, la situation n’est plus la même côté occidental et européen. Certes, la défense de la cause kurde rassemble, dans différents pays européens, à l’instar de l’Italie ou de la France, de nombreux soutiens. Cependant, contrairement, aux années 1990 où existait un puissant soutien occidental – caractérisé, notamment en France, à travers la défense du «droit naturel» à l’indépendance kurde par la voix de l’ancienne épouse du président François Mitterrand, Danièle Mitterrand, via sa fondation France Liberté – ni Paris, ni Berlin, bien que partenaires d’Erbil dans la lutte anti-terroriste, ne souhaitent réellement la tenue de ce référendum.

Le soutien le plus caractérisé, quoique non exempt d’arrières-pensées, à la cause kurde viendrait sans doute de Washington

Le soutien le plus caractérisé, quoique non exempt d’arrières-pensées à la cause kurde, viendrait sans doute de Washington, soucieux de démontrer qu’il a contribué, autant que Moscou à l’éradication de Daesh en Syrie et en Irak. Pour ce faire, l’armement des milices kurdes, à l’instar des PYD en Syrie et des Peshmergas en Irak a été justifié par les stratèges de la CIA et du Pentagone depuis plusieurs mois, pour tenter de contrecarrer le lien militaire existant entre le Hezbollah, l’armée syrienne et les troupes russes en Syrie, réunis sous l’égide de la coalition des alliés pour la Syrie. Il en va de même en ce qui concerne la coordination opérationnelle entre unités de mobilisation populaires, armée irakienne et Pasdarans iraniens, dont le point de cristallisation et de médiatisation auront été les neuf mois de l’offensive sur Mossoul.

Recep Tayyip Erdogan utiliserait, très certainement à son profit un éventuel soutien aux demandes d’indépendance kurdes. Berlin pourrait ainsi en faire les frais, alors que se profile, le scrutin du 24 septembre

Bref, peu de pays devraient soutenir in fine l’initiative de Massoud Barzani, surtout dans le contexte d’une tension de plus en plus manifeste envers Ankara, et, en particulier à l’encontre du président Recep Tayyip Erdogan. Ce dernier utiliserait, très certainement, du reste, à son profit un éventuel soutien aux demandes d’indépendance kurdes. Berlin pourrait ainsi en faire les frais, alors que se profile, le scrutin du 24 septembre, au cours duquel la chancelière allemande Angela Merkel remet son mandat en jeu. En effet, sur les trois millions de Turcs qui résident en Allemagne, les 1,4 million ayant la double nationalité pourraient suivre les récentes déclarations des dirigeants turcs visant à sanctionner la politique de la chancelière. Berlin ne devrait ainsi pas prendre le risque de s’exprimer publiquement en faveur de Barzani. La présence du président du gouvernement kurde irakien, en février dernier à la Conférence sur la sécurité de Munich n’avait, logiquement, pas été très appréciée par Ankara.
Ainsi comme, depuis le Traité de Sèvres en août 1920, qui aboutit au démantèlement de l’Empire ottoman et qui vit la population kurde répartie sur quatre pays (Turquie, Irak, Iran, Syrie), les Kurdes risquent fort d’être seuls… une fois de plus.

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