La survie de la Syrie porte un coup aux djihadistes

La survie de la Syrie porte un coup aux djihadistes


Malgré les efforts déployés par Israël et ses alliés pour sauver le projet de « changement de régime » en Syrie, la défaite imminente des djihadistes soutenus par l’Occident est un tournant pour le Moyen-Orient moderne, analyse l’ex-diplomate britannique Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 8 septembre 2017 – Source Consortium News

Le fait d’exister encore est une victoire pour la Syrie – toujours debout, en quelque sorte – malgré les ruines dues à ce qu’elle a subi. Cette victoire marque effectivement l’échec de la Doctrine Bush pour le Moyen-Orient (le « Nouveau Moyen Orient »). Cela signale le début de la fin, non seulement pour le projet politique de « changement de régime », mais aussi pour le projet jihadiste sunnite, qui a été utilisé comme outil coercitif pour créer ce « Nouveau Moyen-Orient ».

Il n’y a pas que la région qui ait atteint un point d’inflexion géopolitique, mais aussi l’islam sunnite. L’islam d’inspiration wahhabite a connu un revers majeur. Il est maintenant largement discrédité parmi les sunnites et haït par tout le monde.

Pour être clair, voici comment étaient liés les deux projets :

À la suite de la première guerre du Golfe (1990-1991), le général Wesley Clark, ancien commandant suprême allié de l’OTAN pour l’Europe, s’est souvenu :

En 1991, Paul Wolfowitz était sous-secrétaire à la stratégie de défense… Et j’étais passé le voir (…)

Et j’ai dit : « Monsieur le Secrétaire, vous devez être très content de la performance des troupes qui ont participé à Desert Storm. »

Et il a répondu : « Ouais, mais pas vraiment, parce qu’en vérité nous aurions du nous débarrasser de Saddam Hussein, et nous ne l’avons pas fait (…) Mais nous avons appris une chose, c’est que nous pouvons utiliser notre armée dans la région, au Moyen-Orient, et les Soviétiques ne nous arrêteront pas. Et nous avons environ 5 à 10 ans pour nettoyer ces anciens régimes clients soviétiques – Syrie, Iran, Irak – avant que la prochaine grande superpuissance n’émerge et nous défie. »

La pensée de Wolfowitz a ensuite été examinée plus profondément par David Wurmser dans son document de 1996 intitulé Coping with Crumbling States [Gérer les États faillis] (à la suite de sa contribution à l’infâme document stratégique intitulé Clean Break, rédigée par Richard Pearle pour Bibi Netanyahou plus tôt dans la même année). L’objectif ici pour ces deux documents déclencheurs était de contester directement la pensée « isolationniste » de Pat Buchanan (qui réapparait en partie dans les mouvements New Right et Alt-Right aux États-Unis).

L’écrivain libertaire Daniel Sanchez notait : « Wurmser a caractérisé les changements de régime en Irak et en Syrie (deux pays sous régimes baathistes) de moyen d’’accélérer l’effondrement dans le chaos’ du nationalisme laïque-arabe en général et du baathisme en particulier. Il a affirmé que ‘le phénomène du baathisme’ était, dès le début, ‘l’agent d’une politique étrangère, à savoir soviétique’ (…) et a donc conseillé à l’Occident d »achever’ cet adversaire anachronique – et d’amener la victoire américaine dans la Guerre froide à son point culminant. Le baathisme devrait être supplanté par ce qu’il appelait ‘l’option hachémite’. Après leur effondrement dans le chaos, l’Irak et la Syrie redeviendraient des possessions hachémites. Les deux seraient dominés par la maison royale de Jordanie qui, à son tour, serait dominée par les États-Unis et Israël. »

Influencer Washington

Ce mémo de Wurmser, Coping with Crumbling States, avec celui de Clean Break, auront un impact majeur sur la pensée washingtonienne au cours de l’administration George W. Bush (dans laquelle David Wurmser a également servi). Ce qui a suscité cette haine profonde des néoconservateurs envers les États nationalistes laïques-arabes n’était pas seulement qu’ils étaient, du point de vue néocon, des reliques en ruine de la « diabolique » URSS, mais, qu’à partir de 1953, la Russie s’est rangée du coté des États nationalistes laïques dans tous leurs conflits avec Israël. C’était quelque chose que les néocons ne pouvaient ni tolérer, ni pardonner.

Clean Break, comme le projet datant de 1997, Project for a New American Century, repose exclusivement sur l’objectif de politique américaine de sécuriser Israël. Wurmser insiste pour que la démolition du baathisme soit la priorité absolue dans la région. Il ajoute : « Pas de quartier contre le nationalisme séculier-arabe », ajoute-t-il, « même si cela doit lâcher la marée du fondamentalisme islamique ».

En fait, l’Amérique ne s’intéressait pas à contrer le fondamentalisme islamique. Les États-Unis l’utilisaient généreusement : ils avaient déjà envoyé des insurgés islamistes armés en Afghanistan en 1979, précisément pour « induire » une invasion soviétique (et qui eut effectivement lieu).

Beaucoup plus tard, lorsqu’on lui a demandé si, compte tenu du terrorisme qui s’est produit ultérieurement, il regrettait d’avoir lancé l’extrémisme islamique de cette façon, le conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, Zbig Brzezinski, a répondu :

« Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Cela a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au président Carter, en deux mots : ‘Nous avons maintenant l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam’ . »

Les radicaux sunnites bien entrainés ont alors été utilisés par les États occidentaux pour contrer le nassérisme, le baathisme, l’URSS, l’influence iranienne et, plus tard, tenter de renverser le président Bachar al-Assad en Syrie. Un ancien fonctionnaire de la CIA, en 1999, a décrit la pensée de l’époque ainsi  :

« En Occident, les mots fondamentalisme islamique évoquent des images d’hommes barbus portant turbans et de femmes couvertes de voiles noirs. Et certains mouvements islamistes contiennent effectivement des éléments réactionnaires et violents. Mais nous ne devons pas laisser les stéréotypes nous aveugler sur le fait qu’il existe également des forces de modernisation puissantes au sein de ces mouvements. L’Islam politique est pour le changement. En ce sens, les mouvements islamistes modernes peuvent être le principal vecteur pour provoquer ces changements dans le monde musulman et la dissolution des anciens régimes ‘dinosaures’ ».

Protéger les émirs

Précisément, c’était l’objectif du Printemps arabe. Le rôle attribué aux mouvements islamistes était de briser le monde arabe nationaliste-laïque (le « pas de quartier pour le nationalisme séculier arabe », selon Wurmser), mais aussi protéger les rois et les émirs du Golfe, auxquels l’Amérique s’était liée – comme le reconnaît Wurmser explicitement – en tant que contrepartie directe dans le projet de dissolution du monde arabe laïc nationaliste. Les rois et les émirats, bien sûr, craignaient le socialisme associé au nationalisme arabe (comme les néocons).

Dan Sanchez a bien perçu (bien avant l’intervention de la Russie dans le Moyen-Orient), que Robert Kagan et son collègue néocon, Bill Kristol, dans leur article du Foreign Affairs de 1996, Toward a Neo-Reaganite Foreign Policy, cherchaient à vacciner à la fois le mouvement conservateur et la politique étrangère américaine politique contre l’isolationnisme de Pat Buchanan :

« La menace soviétique a récemment disparu, et la guerre froide avec elle. Les néocons étaient terrifiés par le fait que le public américain sauterait alors sur l’occasion pour lâcher les obligations impériales du pays. Kristol et Kagan ont exhorté leurs lecteurs à résister à cette tentation, et à capitaliser sur la nouvelle prééminence sans précédent de l’Amérique … [qui] doit devenir le dominant partout et autant que possible. Donc, tous les futurs concurrents en développement devraient être tués dans l’œuf, et le nouveau ‘moment unipolaire’ pourrait durer éternellement … Ce qui faisait apparaitre ce rêve des néocons faisable était l’indifférence de la Russie post-soviétique. »

Et, dans l’année qui a suivit la chute du mur de Berlin, la guerre contre l’Irak a marqué le début du refaçonnement du Moyen-Orient : c’est-à-dire pour l’Amérique d’affirmer son pouvoir uni-polaire à l’échelle mondiale (grâce à ses bases militaires) ; de détruire l’Irak et l’Iran ; de « retourner la Syrie » (comme Clean Break le préconisait) – et de sécuriser Israël.

La Russie est de retour

Bon, la Russie est de retour au Moyen-Orient – et la Russie n’est plus « indifférente » aux actions de l’Amérique – et maintenant, une « guerre civile » a éclaté en Amérique entre ceux qui veulent punir Poutine pour avoir détruit le moment unipolaire de l’Amérique dans la région et l’autre orientation politique, dirigée par Steve Bannon, qui préconise précisément la politique étrangère américaine Buchanan-esque que les néocons avaient tellement espéré anéantir (… plus ça change, plus c’est la même chose. En français dans le texte).

Il est cependant évident qu’une chose a changé : la longue « survie » des djihadistes sunnites comme outil de choix pour remodeler le Moyen-Orient. Les signes le montrant sont partout.

Les dirigeants des cinq pays émergents des BRICS ont nommé pour la première fois des groupes militants basés au Pakistan comme étant préoccupants pour la sécurité régionale et ont demandé que leurs sponsors soient tenus pour responsables :

« Nous exprimons à cet égard notre inquiétude concernant la situation sécuritaire dans la région et la violence causée par les Talibans, État islamique …, Al-Qaïda et ses affiliés, dont le Mouvement islamique du Turkestan oriental, le Mouvement islamique d’Ouzbékistan, le réseau Haqqani, Lashkar-e-Taiba, Jaish-e-Mohammad, TTP et Hizb ut-Tahrir », ont déclaré les dirigeants. (Le Pakistan et l’Arabie saoudite devront en prendre note).

De même, un article publié dans un journal égyptien et rédigé par le ministre britannique sur le Moyen-Orient, Alistair Burt, suggère que Londres supporte totalement le régime de Sissi en Égypte dans sa guerre contre les Frères musulmans. Burt a attaqué les F.M. pour leurs liens vers l’extrémisme, tout en soulignant que la Grande-Bretagne a imposé une interdiction totale de tout contact avec l’organisation depuis 2013 − ajoutant qu‘ « il est maintenant temps pour tous ceux qui défendent la Fraternité à Londres ou au Caire de mettre un terme à cette confusion et ambiguïté ». Il n’est pas surprenant que les remarques de Burt aient été accueillies avec un grand plaisir au Caire.

Bien qu’il est vrai qu’il y avait des hommes et des femmes bien intentionnés et de principes parmi les islamistes sunnites qui, à l’origine, avaient voulu sauver l’islam du marasme dans lequel il se trouvait dans les années 1920 (après l’abolition du califat), le fait est (malheureusement ) que cette même période a coïncidé avec le premier roi saoudien, Abdul Azziz (soutenu avec enthousiasme par la Grande-Bretagne), et sa tentative d’utiliser le wahhabisme comme moyen pour dominer toute l’Arabie. Ce qui est arrivé plus tard (se terminant par les récentes attaques violentes dans les villes européennes) n’est pas si surprenant : la plupart de ces mouvements islamistes ont été financés par la manne pétrolière saoudienne et le violent sentiment d’exceptionnalisme wahhabite (le wahhabisme est le seul à prétendre être « l’unique véritable islam »).

Politiquement instrumental

Et comme l’islam devenait de plus en plus instrumentalisé politiquement, alors le courant le plus violent, inévitablement, devenait prédominant. Inévitablement, l’ensemble des mouvements islamistes sunnites − y compris ceux considérés comme « modérés » − devenait progressivement plus proche de l’intolérance, du dogmatisme, du littéralisme wahhabite et prêt à soutenir la violence extrémiste. Dans la pratique, même certains mouvements nominalement non violents – dont les Frères musulmans – se sont alliés et ont combattu avec les forces d’al-Qaïda en Syrie, au Yémen et ailleurs.

Alors, et maintenant ? L’échec des mouvements wahhabites à atteindre leurs objectifs politiques est total. Il n’a pas si longtemps les jeunes hommes musulmans – y compris ceux qui avaient vécu en Occident – étaient vraiment inspirés par le radicalisme et la promesse de l’apocalypse islamique. La prophétie Dabiq (de l’arrivée de la rédemption) semblait proche de l’accomplissement pour ces jeunes adhérents. Maintenant, il n’en reste que poussière. Le wahhabisme s’est complètement discrédité par sa brutalité gratuite. Et les prétentions de l’Arabie saoudite au savoir-faire politique et à l’autorité islamique ont subi un revers majeur.

Ce qui est moins évident pour le monde extérieur, c’est que ce coup a été livré en partie par l’Armée arabe syrienne, qui est en majorité sunnite. Au contraire de tous les stéréotypes de la propagande occidentale qui dépeignait le conflit syrien comme un combat entre chiites et sunnites, ce sont les sunnites syriens qui ont combattu – et sont morts – pour leur tradition musulmane levantine et contre cette intolérante branche islamique récemment apportée (après la Deuxième Guerre mondiale) dans le Levant depuis le désert du Nejd saoudien (le wahabbisme est apparu à l’origine dans le désert de Nejd en Arabie saoudite).

Après cette guerre syrienne témoin de la brutalité meurtrière d’État islamique à Mossoul, de nombreux sunnites ont eu plus qu’assez de cette secte wahhabite. Il est probable qu’en conséquence l’on assiste à un retour du nationalisme laïc et non-sectaire. Mais aussi, du modèle traditionnel d’un islam levantin, tolérant, plus orienté vers l’intérieur, quasi-laïc.

Même si le sunnisme utilisé comme outil politique peut être « terminé », l’islam sunnite réformiste radical, en tant que sous-culture, n’est certainement pas « hors jeu ». En effet, alors que le pendule balance maintenant contre les mouvements sunnites à l’échelle mondiale, l’hostilité déjà générée est très susceptible de nourrir l’idée d’un islam assiégé et attaqué ; de l’usurpation de ses terres et de son autorité ; et de la dépossession de l’État, (que les sunnites pensent traditionnellement comme « eux-mêmes »). Le courant puritain et intolérant de l’islam est présent depuis les premiers temps (Hanbali, Ibn Taymiyya et au dix-huitième siècle, Abd-el Wahhab), et cette orientation semble toujours ressurgir en période de crise dans le monde islamique. État islamique peut être vaincu, mais cette orientation ne sera jamais complètement vaincue, ni ne disparaîtra complètement.

Le « vainqueur » dans cette partie du monde est al-Qaïda. Ce dernier a prédit l’échec d’État islamique (un califat physiquement situé étant prématuré, soutient-il). Cette prédiction du leader d’al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, semble être correcte. En conséquence, al-Qaeda va récupérer les restes d’État islamique d’une part, et les membres désabusés et en colère des Frères musulmans d’autre part. Dans un sens, nous pourrions assister à une plus grande convergence entre les mouvements islamistes (surtout lorsque les financiers du Golfe vont reculer).

Nous sommes susceptibles d’assister à un retour du djihad virtuel et mondial de Zawahiri, destiné à provoquer l’Occident plutôt qu’à le vaincre militairement – par opposition à toute nouvelle tentative de saisir et de contrôler un émirat territorial.

Attendez-vous à ce que les sanctuaires (chiites) de Kerbala et Najaf commencent à dépasser en aura ceux de la Mecque et de Médine (sunnites). En fait, c’est déjà le cas.

Alastair Crooke

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-survie-de-la-syrie-porte-un-coup-aux-djihadistes

 

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LES ROHINGYAS, AGENTS DE DAESH EN BIRMANIE

LES ROHINGYAS, AGENTS DE DAESH EN BIRMANIE
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UNE VERITE BIEN ELOIGNEE DE CE QU’EN DISENT LES MEDIAS

(…) En 2012, Daesh, qui venait de conquérir la moitié de l’Irak et de la Syrie en quelques semaines, était conscient qu’il ne tiendrait pas très longtemps contre la coalition : déstabiliser l’Occident et son ventre-mou déjà partiellement islamisé, l’Europe, par des attentats permanents, mais aussi l’Orient asiatique en s’appuyant sur les deux zones où existe une radicalisation déjà forte : une partie, encore mineure mais grandissante, de l’élite politique indonésienne et… les Rohingyas. Dabiq, la revue de propagande de Daesh écrivait « nous allons commencer à lancer des opérations en Birmanie dès que nous aurons atteint les capacités de le faire » (…)

Daesh comprenait qu’en perdant la guerre en Syrie-Irak, il perdrait aussi les ressources pétrolières qui le finançaient avec la complicité de la Turquie. Il a vu dans les champs pétroliers et gaziers récemment découverts en Birmanie (état de Raikaing, Rakine, ou Arakan où vivent les Rohingyas) le moyen de se refaire ultérieurement une santé financière. Comment se les approprier ? En poussant les chefs rohingyas à réclamer au gouvernement la création d’une province birmane islamique qui serait plus tard transformée en califat, et en faisant pression sur le gouvernement par des attentats contre les forces de l’ordre birmanes, organisés et menés par les jeunes rohingyas formés au Pakistan, et certains en Arabie Saoudite.

Comme il fallait vite créer un conflit entre les Rohingyas et les Birmans du Raikaing, les attaques des forces de police et l’assassinat de Birmans commencèrent (…)

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LES ROHINGYAS, VICTIMES OU TERRORISTES ? 


Nos journalistes nationaux, si bons quand il s’agit d’enquêter sur un sujet susceptible de nuire à une personnalité ou une entreprise de la droite, se révèlent curieusement complètement « nuls » quand cela concerne à gauche leurs amis et alliés idéologiques, la Grande Finance internationale, l’islam et son avatar l’islamisme radicalisé et terroriste.

Si ce n’est pas le cas, pourquoi ne se sont-ils pas interrogés sur les causes profondes de la subite fureur des Birmans envers un petit peuple de squatters immigrés du Bangladesh, qu’ils toléraient depuis deux cent ans environ dans les montagnes de l’ouest birman à la frontière indo-bangladeschi ? Ils y pratiquaient un islam plutôt nonchalant, comme les Indonésiens il y a encore trente ans et cohabitaient avec les bouddhistes.

La radicalisation subite des Rohingyas ne les interpelle pas non plus. Pourtant ils sont les mieux placés pour suivre et analyser l’actualité internationale !

Ils auraient dû s’interroger sur plusieurs faits troublants et récents.

M. Azhar est le chef de Jaish-e-Mohammed (JeM), une organisation terroriste djihadiste pakistanaise connue comme telle par l’ONU. Cela n’a pas empêché le Pakistan de proposer sa candidature pour le représenter au Conseil de Sécurité des Nations Unies où il devrait entrer en 2018. Seule la Chine s’est montrée lucide et a voté contre la candidature Azhar quand tous les pays occidentaux ont voté pour. Or, ce Azhar a écrit il y a trois ans dans le magazine hebdomadaire Al-Qalam de JeM, qu’il fallait « se servir des Rohingyas musulmans pour exciter la communauté internationale contre le gouvernement birman ». Dans le même article, il appelle le Front Pembela Islam (FPI) indonésien, autre organisation islamique terroriste, à envoyer des imams-prêcheurs radicalisés pour noyauter les Rohingyas. Peu de temps après, 150 jeunes Rohingyas partaient pour le Pakistan s’entrainer au djihad guerrier dans un camp de Jaish-e-Mohammed.

Mais « l’inventeur » des Rohingyas comme fer-de-lance de l’islam conquérant en Asie n’est pas Masood Azhar. Déjà en 2012, « le leader djihadiste pakistanais Lashkar-e-Taiba avait tenu une conférence sur la question des « rohingyas ». Sur ses consignes, des activistes avaient été envoyés au Bangladesh et en Thaïlande pour établir des contacts avec des Rohingyas vivant à la frontière birmane » (Breizh-info).

« En même temps », comme dirait Macron, Daesh qui venait de conquérir la moitié de l’Irak et de la Syrie en quelques semaines, était conscient qu’il ne tiendrait pas très longtemps contre la coalition : déstabiliser l’Occident et son ventre-mou déjà partiellement islamisé, l’Europe, par des attentats permanents, mais aussi l’Orient asiatique en s’appuyant sur les deux zones où existe une radicalisation déjà forte : une partie, encore mineure mais grandissante, de l’élite politique indonésienne et… les Rohingyas. Dabiq, la revue de propagande de Daesh écrivait « nous allons commencer à lancer des opérations en Birmanie dès que nous aurons atteint les capacités de le faire ».

C’est là, chers lecteurs, qu’une pensée encore plus complexe que celle du président (rassurez-vous, à mon avis ce n’est pas très difficile tant la sienne n’est que très médiocrement complexe) devient indispensable pour comprendre la suite.

Daesh comprenait qu’en perdant la guerre en Syrie-Irak, il perdrait aussi les ressources pétrolières qui le finançaient avec la complicité de la Turquie. Il a vu dans les champs pétroliers et gaziers récemment découverts en Birmanie (état de Raikaing, Rakine, ou Arakan où vivent les Rohingyas) le moyen de se refaire ultérieurement une santé financière. Comment se les approprier ? En poussant les chefs rohingyas à réclamer au gouvernement la création d’une province birmane islamique qui serait plus tard transformée en califat, et en faisant pression sur le gouvernement par des attentats contre les forces de l’ordre birmanes, organisés et menés par les jeunes rohingyas formés au Pakistan, et certains en Arabie Saoudite.

Comme il fallait vite créer un conflit entre les Rohingyas et les Birmans du Raikaing, les attaques des forces de police et l’assassinat de Birmans commencèrent. Les généraux birmans ayant une pensée plus complexe que celle des leaders politiques européens ont tout de suite compris qu’on ne se débarrasse pas du cancer islamiste avec des demi-mesures et des lois mal écrites votée à la va-vite. D’où la décision de contraindre les colons rohingyas à retourner dans leur pays d’origine, le Bangladesh, par une intervention énergique de l’armée.

L’armée repousse  sans douceur les Rohingyas vers la frontière après avoir vidé et brûlé leurs villages de montagne cernés de forêts tropicales où il est si facile de dissimuler les terroristes rohingyas mêlés anonymement à la population. La méthode est brutale, c’est incontestable. Mais les reportages qui en sont fait, notamment photographiques, sont notoirement exagérés, comme le montre l’enquête de DECODEX citée in fine.

Seulement, le pétrole birman du Raikaing n’intéresse pas que Daesh… Les rapaces de la Finance Internationale qui, eux, ont une pensée aussi complexe que celle du banquier Macron dès qu’il s’agit de pognon, se sont dit qu’il fallait laisser les Rohingyas faire le sale boulot. On récupèrerait ensuite le magot pétrolier, après avoir renversé le gouvernement birman pour installer à sa place un gouvernement qui sera naturellement « démocratique » et à la botte de l’oncle Sam qui s’imposera comme protecteur de la Birmanie.

Mais il fallait faire vite, parce que les Birmans se sont associé les Chinois pour exploiter le pétrole et le gaz, avec collaboration indienne. Dès 2012, les Chinois ont entrepris la construction d’un oléoduc doublé d’un gazoduc pour acheminer pétrole et gaz du Raikaing vers le Yunnan chinois. L’opérateur est une société de Hong-Kong détenue à 51% (donc contrôlée) par la Chinese National Petroleum Corporation et à 49% par la Oil and Gas Enterprise du Myanmar (Birmanie).

L’opposition (si on peut utiliser ce terme) au gouvernement birman, est la Burma Task (Force birmane), un groupe d’organisations constitué et financé par le multi-milliardaire George Soros (ci-contre) pour récupérer les Rohingyas à son profit. Avec une participation de l’Arabie Saoudite, il finance des achats d’armes pour les terroristes rohingyas. En effet, « l’Armée du Salut des Rohingyas en Arakan », appelée aussi localement Harakah al-Yaqin (« Mouvement de la foi en Arakan » en arabe) est dirigée par Ata Ullah abu-Ammar al-Junjuni, un Pakistanais qui officie en temps normal comme imam intégriste en Arabie Saoudite. C’est cette Armée du Salut que les Birmans appellent « les terroristes rohingyas ». Opérationnelle depuis octobre 2016, elle a attaqué l’armée birmane qui a riposté en envahissant les villages rohingyas pour y rechercher les terroristes. Les combats ont provoqué la fuite des Rohingyas.

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi désapprouvera peut-être la violence de l’armée birmane, mais elle connaît l’enjeu à long terme de ce combat : empêcher la finance internationale et ses compagnies pétrolières américano-internationales de faire main basse sur la richesse en gaz et pétrole de la Birmanie, empêcher les USA et l’OTAN de venir installer des bases à la frontière birmano-chinoise et Daesh de faire du Raikaing (Arakan) birman, voire de la Birmanie toute entière, un nouvel État Islamiste. Elle a été chercher l’appui de la Chine. Et elle l’a obtenu.

Soros a lancé en 2017 le thème du « génocide du peuple Rohingyas » et instrumentalisé la presse et les gouvernements occidentaux pour que ce thème soit discuté à l’ONU. Il espère une décision qui devait condamner le gouvernement birman, permettrait une intervention militaire d’une nouvelle coalition americano-arabo-franco-germano-etc. sur le modèle de ce qui a été fait en Libye et en Syrie, empêchant la Chine et l’Inde d’exploiter le pétrole et le gaz en partenariat avec la Birmanie, ce qui affaiblirait l’économie de ces deux pays concurrents  des États-Unis.

En France, Soros a trouvé un soutien solide avec Macron, ex-banquier de Rothschild, et Philippe, ex-avocat du cabinet international américain Debevoise et Plimpton LMP qui possède l’un des parcs immobiliers les plus vastes du monde, tous deux enfants des Bilderberg qui les ont poussés jusqu’au sommet de l’État. D’où la campagne pro-djihadiste de soutien aux Rohingyas djihadistes lancée dans les médias français, mais aussi en Suède et en Angleterre.

On retrouve la méthode déjà utilisée pour détruire les dirigeants de l’Irak, de la Syrie, de la Libye, etc. : les accuser de tous les crimes y compris les plus faux (détention d’armes de destruction massive : Irak – utilisation de gaz contre les civils : Syrie – génocide : Libye et Birmanie – etc.) pour obtenir une condamnation internationale de l’ONU autorisant ensuite une aide armée internationale à l’opposition au gouvernement en place permettant à terme de prendre le contrôle du pays pour en piller les richesses. Des  gauchistes idiots-utiles tombés dans le panneau ouvert par les grands capitalistes commencent à réclamer la destitution de Aung San Suu Kyi.

Manque de chance, l’Inde et la Chine, rivales par ailleurs, se sont accordées cet été sur le dossier birman en raison des intérêts que les deux puissances partagent dans la province de Raiking. Et elles se sont trouvé des alliés à la dernière des réunions des BRICS en expliquant la combine impérialiste de Soros et des États-Unis à la Russie, au Brésil et à l’Afrique du Sud. Ce qui retire beaucoup de poids à la soi-disant « condamnation unanime de la communauté internationale du génocide commis à l’encontre des Rohingyas » rapportée par les chaînes de la télévision française et les médias subventionnés aux ordres de l’Élysée.

« En même temps », comme dirait Macron, les Décodeurs du Monde ont publié le 13 septembre  : « Fausses images de massacres commis sur des Rohingya. Images fausses de massacres commis par des Rohingyas. En marge de la répression, en Birmanie, de la minorité musulmane par les forces militaires birmanes se joue une lutte de propagande sur Internet. Des images recensées et vérifiées par Les Décodeurs du Monde ».

« Cette photographie a été prise en 1994 au Rwanda par le photographe français Albert Facelly. Pourtant, elle a été partagée sur Twitter, le 31 août 2017 par le vice-premier ministre turc, Mehmet Simsek, comme preuve du “massacre à l’encontre des musulmans Rohingyas” avec trois autres clichés. En réaction à ce tweet, la dirigeante de facto du gouvernement birman, récipiendaire du Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi avait dénoncé “l’iceberg de désinformation” autour de la crise avec la communauté musulmane birmane, apatride ».

Pour une fois, merci à DECODEX !

L’Imprécateur

Sources :

 

 

http://mailchi.mp/ajm/les-roinghyas-agents-de-daesh-en-birmanie?e=5b51152dc5

La Russie et la Chine contre l’empire du dollar

« L’art de la guerre »

La Russie et la Chine contre l’empire du dollar

C’est à tort que nous considérons chaque conflit armé dans le monde comme distinct des autres. La presque totalité d’entre eux s’insère dans un rapport plus général entre d’un côté « l’empire américain d’Occident » et, de l’autre, les Brics qui tentent de lui opposer « un ordre international alternatif ». Ce rapport de force se joue aussi bien au plan militaire qu’au plan financier.

| Rome (Italie)

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Un vaste arc de tensions et de conflits s’étend de l’Asie orientale à l’Asie centrale, du Moyen-Orient à l’Europe, de l’Afrique à l’Amérique latine. Les « points chauds » le long de cet arc intercontinental —Péninsule coréenne, mer de Chine méridionale, Afghanistan, Syrie, Irak, Iran, Ukraine, Libye, Venezuela et autres— ont des histoires et des caractéristiques géopolitiques différentes, mais en même temps sont reliés à un unique facteur : la stratégie avec laquelle « l’empire américain d’Occident », en déclin, essaie d’empêcher l’émergence de nouveaux sujets étatiques et sociaux. Ce que redoute Washington se comprend par le Sommet des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui s’est tenu du 3 au 5 septembre à Xiamen en Chine.

Exprimant « les préoccupations des Brics sur l’injuste architecture économique et financière mondiale, qui ne prend pas en considération le poids croissant des économies émergentes », le président russe Poutine a souligné la nécessité de « dépasser la domination excessive du nombre limité de monnaies de réserve ». Référence claire au dollar US, qui constitue presque les deux tiers des réserves monétaires mondiales et la monnaie par laquelle se détermine le prix du pétrole, de l’or et d’autres matières premières stratégiques. Ce qui permet aux USA de conserver un rôle dominant, en imprimant des dollars dont la valeur se base non pas sur la réelle capacité économique états-unienne mais sur le fait qu’ils sont utilisés comme monnaie mondiale. Le yuan chinois est cependant entré il y a un an dans le panier des monnaies de réserve du Fonds monétaire international (avec le dollar, l’euro, le yen et la livre sterling) et Pékin est sur le point de lancer des contrats d’achat du pétrole en yuan, convertibles en or.

Les Brics demandent en outre la révision des quotas et donc des votes attribués à chaque pays à l’intérieur du Fonds monétaire : les USA, à eux seuls, détiennent plus du double du total des votes de 24 pays de l’Amérique latine (Mexique compris) et le G7 détient le triple des votes du groupe des Brics. Washington observe avec une préoccupation croissante le partenariat russo-chinois : les échanges entre les deux pays, qui en 2017 devraient atteindre les 80 milliards de dollars, sont en forte augmentation ; en même temps augmentent les accords de coopération russo-chinoise dans le domaine énergétique, agricole, aéronautique, spatial et dans celui des infrastructures. L’achat annoncé de 14 % de la compagnie pétrolifère russe Rosneft par une compagnie chinoise et la fourniture de gaz russe à la Chine pour 38 milliards de m3 annuels à travers le nouveau gazoduc Sila Sibiri qui entrera en fonction en 2019, ouvrent à l’export énergétique russe la voie à l’Est tandis que les USA essaient de lui bloquer la voie à l’Ouest vers l’Europe.

Perdant du terrain sur le plan économique, les USA jettent sur le plateau de la balance l’épée de leur force militaire et de leur influence politique. La pression militaire US en mer de Chine méridionale et dans la péninsule coréenne, les guerres des USA et de l’Otan en Afghanistan, les guerres au Moyen-Orient et en Afrique, le coup d’épaule des USA et de l’Otan en Ukraine et la confrontation consécutive avec la Russie, entrent dans la même stratégie de confrontation mondiale contre le partenariat russo-chinois, qui n’est pas seulement économique mais géopolitique. Y entre aussi le plan de miner les Brics de l’intérieur, en ramenant les droites au pouvoir au Brésil et dans toute l’Amérique latine. C’est ce que confirmait le commandant du U.S. Southern Command, Kurt Tidd, qui prépare contre le Venezuela l’« option militaire » brandie par Trump : dans une audition au Sénat, il accusait la Russie et la Chine d’exercer une « influence maligne » en Amérique latine, pour faire avancer là aussi « leur vision d’un ordre international alternatif ».

Manlio Dinucci

Traduction

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 

http://www.voltairenet.org/article197861.html

Birmanie : qui se souvient des Karens ?

Les Karens Chretiens

Birmanie : qui se souvient des Karens ?

Camille Galic, journaliste, essayiste…

♦ Comment, en une poignée de semaines, les Rohingyas – dont pas un Occidental sur cent millions n’est capable d’orthographier correctement le nom – sont-ils devenus par la grâce médiatique les héritiers des Bantous naguère victimes de l’abominable apartheid ou de la fantomatique « opposition syrienne » persécutée par le clan Assad ?

Dans Polémia, le 14 septembre, le chercheur en géopolitique Philippe Raggi a excellemment posé le problème sous le titre « Rohingyas : idéologies et approche victimaire » (*), celle-ci imposée à l’ensemble de la planète par le couple infernal islamisme-mondialisme.


Sous la houlette des ONG toutes dévouées au milliardaire apatride George Sörös et du Turc Erdogan, autoproclamé Commandeur et Défenseur des Croyants, la mobilisation en faveur des Rohingyas, dont la rébellion armée serait sauvagement réprimée par le gouvernement birman accusé, au surplus, de nettoyage ethnique – crime majeur qui légitima en 1999 l’agression de l’Otan contre la Serbie –, ne cesse donc de prendre de l’ampleur, à l’ONU comme dans les médias internationaux.

La campagne assourdissante à laquelle se livrent la plupart des médias est en total contraste avec le silence observé plus d’un demi-siècle durant, de 1948 à 2012, sur la persécution tout aussi musclée exercée par la junte birmane contre la minorité karen, victime de massacres et de déportations. Cela dans l’indifférence générale – sauf dans notre mouvance, alertée par le grand reporter de guerre Marc Charuel –, évidemment due au fait que le régime birman était communiste cependant qu’un bon tiers des Karens (aux côtés desquels certains nationalistes français partirent combattre) sont chrétiens, au contraire des Rohingyas qui sont musulmans.

Actuellement encore, 65% des Karens parqués dans des camps de réfugiés en Thaïlande sont chrétiens, descendants de leurs ancêtres évangélisés au début du XIXe par des missionnaires britanniques. Mais qui s’en soucie ?

Et pour rester en Asie, qui se souvient d’ailleurs du martyre (entre 100.000 et 200.000 morts pour une population de 800.000 habitants) subi par l’ancienne colonie portugaise et donc christianisée du Timor oriental, envahi puis unilatéralement annexé par l’Indonésie musulmane, dont l’armée le ravagea systématiquement jusqu’en 1999 ?

Comme on voit, toutes les victimes ne se valent pas aux yeux de la Morale unique.

Camille Galic
15/09/2017

(*) https://www.polemia.com/rohingyas-ideologies-et-approche-victimaire/

Correspondance Polémia – 16/09/2017

Image : En Thaïlande, chez les Karens, évangélisés il y a quarante ans à peine.

 

 

https://www.polemia.com/birmanie-qui-se-souvient-des-karens/

Education • Connaissez-vous Monsieur Blanquer ?

Jean Michel Blanquer Dr

Education • Connaissez-vous Monsieur Blanquer ?

Mathieu Bock-Côté, docteur en sociologie, chargé de cours aux HEC à Montréal et chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada.

♦ Une tribune – excellente – publiée mercredi dernier dans le Journal de Montréal [13.09]. Son sujet ? « Un nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, est en train de réformer l’école en profondeur » (…). LFAR.


Il se passe quelque chose de très intéressant en France depuis quelques mois. Un nouveau ministre de l’éducation, Jean-Michel­­­ Blanquer, est en train de réformer l’école en profondeur, pour la délivrer d’un certain carcan pédagogique et l’amener à renouer avec sa véritable mission.

Son objectif ? La recentrer sur les savoirs. Faire en sorte que les enfants qui sortent de l’école sachent lire, écrire et compter. Blanquer ajoute aussi : les jeunes doivent apprendre à respecter autrui.

Il veut que l’école leur transmette le goût de la lecture, de la culture et des arts.

Excellence

C’est dans cet esprit, d’ailleurs, qu’il a décidé, de remettre 150 000 exemplaires des Fables de La Fontaine aux élèves, à la manière d’un cadeau. II s’en est expliqué ainsi : « Elles nous disent quelque chose de la vie et sont éternelles ».

Autrement dit, les classiques ne sont pas un luxe. C’est en se tournant vers les grandes œuvres qu’on peut vraiment éduquer la jeunesse.

Blanquer croit aussi à l’amour de la beauté et veut pour cela redonner sa place à la musique à l’école.

Le maître mot de la philosophie scolaire de Jean-Michel Blanquer, c’est l’excellence. C’est en partie dans cet esprit qu’il a décidé de restaurer la place du grec et du latin à l’école. Le détour par les langues anciennes permettrait de mieux comprendre le français.

Mais Jean-Michel Blanquer va plus loin. S’il est ouvert à la technologie en classe, il l’est modérément.

Il croit aussi aux vertus de vieilles méthodes toujours valables, comme la mémorisation. Dans un entretien accordé à un hebdomadaire français, tout récemment, il expliquait qu’un élève tirera un avantage certain à apprendre un poème par cœur, car il cultivera ainsi sa mémoire.

Ce propos est quasiment trans­gressif dans une époque qui présente le par cœur comme une forme d’aliénation, et qui croit que Google peut se substituer à notre mémoire. Vive l’effort !

Par ailleurs, Jean-Michel Blanquer ne croit pas à ce qu’on pourrait appeler la réussite obligatoire et gratuite : il a décidé d’autoriser à nouveau le redoublement.

Mais le ministre ne s’arrête pas là : il entend aussi cultiver les vertus civiques. Et c’est ainsi qu’il a soutenu qu’il faut aimer son pays.

Vertus

C’est à la lumière de cette vertu qu’on doit enseigner l’histoire, a-t-il soutenu il y a quelques mois, et on doit l’enseigner avec un sens certain de la chronologie. Elle apparaîtra ainsi­­­ aux jeunes générations comme une aventure collective à laquelle elles sont invitées à se joindre.

Jean-Michel Blanquer n’est pas un nostalgique du monde d’hier, quoi qu’en disent ses adversaires.

Il croit plutôt à certaines permanences, à des idées qui traversent le temps, à des vertus indémodables.

Depuis quelques décennies, un peu partout Occident, l’école a été soumise à des idéologues qui ont traité les enfants comme des cobayes sur qui il fallait mener une expérimentation sociale à grande échelle. Ils ont fait des ravages.

Il est temps de redécouvrir ce qui n’aurait jamais dû être oublié.

À quand un Jean-Michel Blanquer québécois ?

Mathieu Bock-Côté
16/09/2017

Source : La Faute à Rousseau.hautefort.com

Correspondance Polémia – 17/09/2017

Image : « Un ministre de l’Education qui compte bousculer le mammouth. ».

 

https://www.polemia.com/education-%e2%80%a2-connaissez-vous-monsieur-blanquer/

Poutine veut-il vraiment déstabiliser l’Occident ?

Poutine veut-il vraiment déstabiliser l’Occident ?


Tout comme il n’existe aucune preuve avérée que le Kremlin ait lancé une « attaque contre la démocratie » américaine en 2016, il n’y a pas de logique politique expliquant les raisons qui auraient motivé Poutine à lancer cette attaque.


Stephen F. Cohen

Par Stephen F. Cohen – Le 6 septembre 2017 – Source The Nation

Depuis plus d’une décennie, la politique des États-Unis conduit à une nouvelle Guerre froide avec la Russie. Si elle venait à être déclarée, cette guerre serait plus dangereuse que celle qui a opposé les USA et l’URSS pendant 40 ans. Quels que soient les critères qu’on lui applique, la nouvelle Guerre froide – ou le prolongement de l’ancienne – est maintenant au-dessus de nos têtes et les récents événements montrent bien quels en sont les dangers.


Dans le cadre des sanctions dont la phase actuelle a été initiée de façon peu judicieuse par le Président Obama en décembre 2016, l’administration Trump a séquestré plusieurs propriétés diplomatiques détenues par la Russie aux États-Unis. Ce qui s’est passé au consulat russe de San Francisco n’a pas de précédent. En violation des traités internationaux et bilatéraux ainsi que des normes générales de l’immunité diplomatique, les agents de sécurité étasuniens ont pénétré dans le bâtiment du consulat et l’ont perquisitionné. Le Président Poutine est mis sous pression chez lui pour réagir de « façon appropriée ». S’il ne le fait pas, l’inconcevable peut devenir possible : une totale rupture des relations diplomatiques entre les deux superpuissances du monde. (On se rappelle que Washington a refusé de reconnaître formellement la Russie soviétique pendant 15 ans, jusqu’à ce que le Président Franklin Roosevelt le fasse en 1933.)

À l’origine de cette quasi-suspension de la diplomatie étasunienne à l’égard de la Russie, il y a l’allégation – formulée par la réunion de plusieurs agences de renseignement dans une analyse publiée en janvier 2017 – selon laquelle Poutine aurait donné l’ordre de pirater le Comité du Parti démocrate (DNC) pour rendre publics les courriels susceptibles de saper la candidature d’Hillary Clinton et renforcer celle de Donald Trump. Bien qu’elle fasse toujours foi dans l’establishment politico-médiatique, cette analyse a été sérieusement remise en doute, en partie parce qu’elle ne contient aucune preuve vérifiable. En fait, certains experts estiment que le détournement des courriels du DNC n‘était pas dû à une opération de piratage à distance, mais à une fuite interne. (On peut se référer à l’intéressante confrontation des avis d’experts qui ont été mis en ligne le 1er septembre sur le site The Nation.com et que les médias grand public ont tout simplement ignorés).

Mais une deuxième allégation a été portée contre Poutine sur la base de l’analyse des agences de renseignement de janvier 2017, à savoir que cette « attaque portée contre la démocratie américaine » et qualifiée de « Pearl Harbor » politique, n’était qu’un élément de sa campagne internationale visant à « déstabiliser la démocratie » dans le monde, y compris dans les pays européens de l’OTAN. Malgré les rapports officiels de France et d’Allemagne selon lesquels le Kremlin n’a pas joué un rôle nuisible dans leurs élections, les journalistes et les politiciens américains, y compris de tendance libérale et progressiste, continuent d’insister sur le fait que Poutine est « en guerre » contre les démocraties européennes avec pour but de les « déstabiliser ». Ils le font soit pour renforcer « la résistance contre Trump », soit pour des motifs idéologiques qui relèvent de la russophobie, soit encore par besoin de diaboliser Poutine.

Aucune preuve historique ni aucune logique politique n’a été avancée pour justifier une mise en accusation aussi radicale de Poutine. Et pour cause :

  • Poutine a accédé au pouvoir en l’an 2000 avec pour mission de reconstruire, moderniser et stabiliser la Russie qui, dans la décennie qui a suivi la fin de l’Union soviétique, s’est trouvé réduite à un état de quasi-anarchie et de misère généralisée. Il y est parvenu, dans une large mesure, en développant de bonnes relations politiques et des relations économiques profitables avec l’Europe démocratique, notamment grâce au commerce fondé sur l’économie de marché.
  • La plus grande partie de son succès et de la popularité dont il jouit dans son pays, en tant que leader de la Russie pendant les 13 ans qui vont jusqu’à la crise ukrainienne de 2014, est basée sur l’expansion sans précédent des relations économiques de la Russie avec l’Europe et, dans une mesure moindre, avec les États-Unis. Pour prendre un exemple, la Russie a permis de couvrir un bon tiers des besoins en énergie de l’Union européenne, tandis que des milliers de producteurs européens, dans les domaines agricole et industriel, ont trouvé de vastes débouchés dans la Russie de Poutine, tout comme les Américains avec leur industrie automobile et leurs chaînes de fast food. Pas plus tard que 2013, le Kremlin employait une société américaine de relations publiques et recrutait Goldman Sachs pour aider la Russie à se faire une réputation de place sûre et profitable pour les investissements occidentaux.
  • De plus, une grande partie de la fortune des oligarques russes, qui est censée constituer la base de la puissance de Poutine, a été investie hors des limites du pays, y compris en Europe occidentale, au Royaume-Uni et même aux États-Unis. Pour donner un exemple, le club de baseball des Nets de New York et son stade de Brooklyn appartiennent à l’un des oligarques les plus riches de Russie, Mikhaïl Prokhorov.
  • Dans le même temps et jusqu’en 2014, Poutine s’est fait une place de partenaire à part entière parmi les leaders européens et même américains, en entretenant de bonnes relations de travail avec le Président Bill Clinton et (dans un premier temps) avec le Président George W. Bush.

Pourquoi donc Poutine voudrait-il déstabiliser les démocraties occidentales, qui ont financé de façon substantielle la renaissance de la Russie à la fois sur le plan interne et comme grande puissance à l’étranger, tout en l’acceptant comme leur partenaire légitime ? De toute évidence, ce n’est pas ce qui motive Poutine. En effet, dès l’origine, dans ses nombreux discours et écrits, que peu de journalistes américains se donnent la peine de consulter, il a constamment prêché la nécessité de la stabilité, aussi bien dans son pays qu’à l’étranger.

Les critiques acharnés de Poutine avancent les éléments suivants pour justifier leur argumentation selon laquelle il aurait été depuis longtemps « anti-américain » et « anti-occidental » :

  • Il s’est opposé à l’invasion de l’Irak par les troupes américaines, mais on sait que l’Allemagne et la France ont fait de même.
  • Il a fait une guerre éclair en 2008 dans l’ancienne république soviétique de Géorgie, mais une enquête européenne a montré que cette guerre a été lancée par le président de la Géorgie d’alors.
  • Poutine a été accusé à plusieurs reprises d’avoir ordonné l’assassinat de journalistes et d’opposants politiques, mais aucune preuve (ni logique) n’a été produite à l’appui d’aucune de ces accusations, sauf le fait qu’elles émanaient de ses ennemis politiques.
  • Poutine est accusé de poursuivre en Russie un certain nombre de politiques qui ne sont pas d’inspiration occidentale et sont jugées par conséquent anti-occidentales. Si l’on partageait ce point de vue, tous les « amis » et alliés de l’Amérique devraient mettre leur horloge à l’heure de l’Amérique aussi bien du point de vue historique que politique et social et partager avec elle son appréciation de ce qui est « correct ». Poutine réplique par le principe de « souveraineté », applicable sur le plan de la nation et de la civilisation. Chaque nation doit trouver sa propre voie à l’intérieur de ses propres traditions historiques et selon le niveau de consensus social. De plus, son concept de « souveraineté » le prédispose négativement à l’égard d’une intrusion flagrante dans la politique d’autres pays, contrairement à l’idéologie communiste qui a influencé les leaders soviétiques jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev en 1985.

Pour résumer, si Poutine avait quitté ses fonctions avant 2014, il l’aurait fait avec la réputation d’avoir été, pour le moins en Russie, un leader « pro-occidental ». Et il n’a généralement pas trahi cette réputation, ceci malgré l’avancée de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie, malgré les politiques de « regime change » dans les pays limitrophes et malgré la critique permanente entretenue dans les hautes sphères du renseignement russe selon laquelle il se fait des « illusions au sujet de l’Occident » et est trop « mou » dans ses relations avec l’Ouest, notamment avec les États-Unis.

Tout a changé avec la crise ukrainienne de 2014, suite à laquelle Poutine a annexé la Crimée et soutenu les rebelles du Donbass dans la guerre civile ukrainienne qui s’est ensuivie. C’est à partir de ce moment qu’a été lancée l’allégation fracassante selon laquelle Poutine aurait cherché à mettre partout la démocratie en péril pour s’en prendre finalement à l’élection présidentielle de 2016. Il y a deux versions conflictuelles et par conséquent deux explications à ce qui s’est passé en Ukraine en 2014 :

  • Selon la première version, Poutine est intervenu sans se gêner dans le débat démocratique interne ukrainien sur la question de savoir si le président en place Viktor Ianoukovitch, devait signer un accord de partenariat économique avec l’Union européenne. Quand Ianoukovitch a demandé un délai pour prendre cette décision, Kiev a été le théâtre de manifestations de masse qui ont amené le président à fuir le pays en février 2014. Poutine s’est ensuite emparé de la Crimée et a poussé les rebelles de l’Est de l’Ukraine à empêcher le nouveau gouvernement de rejoindre l’Occident – l’Union européenne et si possible l’OTAN.
  • Selon la deuxième version, soutenue par les faits, Poutine a constaté que les manifestations – à l’origine pacifiques – dégénéraient en mouvements de rue violents et armés, qui avec l’appui de l’Occident ont chassé de son poste le président de l’Ukraine élu constitutionnellement. Le gouvernement ultra-nationaliste et anti-russe mis à sa place a lancé des menaces contre les Russes de souche dans l’Est de l’Ukraine ainsi que contre la base navale russe en Crimée et la population majoritairement russe de cette province. Dans ces circonstances, qui se sont imposées à lui, Poutine n’avait pas le choix et a agi comme l’aurait fait pratiquement tout leader du Kremlin.
  • Il faut rappeler un épisode vital mais oublié qui a pris place au milieu de la crise de février 2014 à Kiev. Les ministres des affaires étrangères de trois pays de l’UE (France, Allemagne, Pologne) ont permis la conclusion d’un compromis pacifique entre le Président ukrainien et les leaders des partis des insurgés. Ianoukovitch a admis la tenue d’une élection présidentielle anticipée et la formation d’un gouvernement de coalition avec les leaders d’opposition pendant l’intérim. En bref, une solution pacifique était trouvée à la crise. Dans une conversation téléphonique, le Président Obama a déclaré à Poutine qu’il soutiendrait cet accord, mais celui-ci est mort en l’espace de quelques heures quand il a été rejeté par les forces ultra-nationalistes descendues dans la rue et occupant les bâtiments. Ni Obama, ni les ministres européens n’ont fait une tentative pour sauver l’accord. Au contraire, ils se sont totalement rangés aux côtés du nouveau gouvernement qui est venu au pouvoir par une violente révolte de rue.
  • Qui donc, demande Cohen, a « déstabilisé » ce qui restait de la démocratie ukrainienne, si imparfaite et corrompue fût-elle, et pourtant légitime et constitutionnelle : Poutine ou les leaders occidentaux qui ont laissé tomber l’accord qu’ils avaient eux-mêmes négocié ?

La suite qui appartient maintenant à l’Histoire nous rapproche de plus en plus d’une nouvelle et dangereuse Guerre froide. Elle nous plonge aux États-Unis dans le « Russiagate », avec ses allégations dénuées de preuve et de logique et nous confronte à San Francisco à des violations sans précédent de l’ordre diplomatique, sans parler de ce qui peut arriver de pire. L’Amérique est plus proche de la guerre avec la Russie qu’elle ne l’a jamais été, certainement depuis la crise des missiles de Cuba en 1962. Et pourtant, les pourfendeurs de Poutine et autres russophobes, les forces puissantes qui dans les hautes sphères du pouvoir ont un intérêt géopolitique et financier à l’escalade de la Guerre froide, tous continuent de pousser à la roue, en compagnie des libéraux et des progressistes qui veulent « faire la peau de Trump à tout prix ». Ils pourront tourner en dérision mon analyse de la situation, alors que celle-ci est basée sur des faits historiques et politiques avérés, ce dont ils ne peuvent pas se prévaloir, et sur un souci plus profond qu’ils n’en éprouvent eux-mêmes de ce qu’est la véritable sécurité nationale américaine.

Stephen F. Cohen

 

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-veut-il-vraiment-destabiliser-loccident