La ‘victoire’ russe en Syrie décortiquée

La ‘victoire’ russe en Syrie décortiquée

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(B2) L’analyse faite par Michel Goya, sur son blog La voie de l’épée sur l’intervention russe en Syrie mérite le détour. Elle donne des éléments clés sur une intervention, mal perçue au départ et vient tordre le coup à certaines prédictions. A lire absolument.

Que n’a-t-on pas entendu dire, en effet, au début de cette intervention ? En vrac : les Russes ne pourraient pas tenir l’effort sur la longueur ; cela leur coûtait trop cher ; ils risquaient l’enlisement… Aujourd’hui, force est de reconnaître que cette intervention « est un succès » comme l’écrit M. Goya. Le régime d’Assad, très mal en point en 2015, apparait aujourd’hui sinon sauvé, du moins comme un acteur, à nouveau, incontournable.

Une réussite militaire

Le corps expéditionnaire russe a « largement contribué à l’endiguement des forces rebelles » de la prise d’Alep fin 2015, au dégagement récent de l’aéroport de Deir ez-Zor, dans l’est désertique assiégé par l’état islamique, en passant par « la conquête presque définitive du grand axe de l’autoroute M5, centre de gravité du conflit, pendant l’année 2016 ». « Avec des moyens limités, la Russie  a […] obtenu des résultats stratégiques importants, et en tous cas très supérieurs à ceux des puissances occidentales, États-Unis en premier lieu mais aussi la France dont on ne parvient même pas à mesurer les effets stratégiques qu’elle a bien pu obtenir en Syrie. »

Les quatre conditions de la « victoire » russe

Ce qui explique ce succès, pour Michel Goya, c’est que le dispositif russe a été : 1° engagé « massivement » ; 2° « par surprise », et a 3° d’emblée été « complet », « concentré » sur quelques objectifs. Il n’a pas été précédé « d’une phase déclaratoire, ni graduellement diversifié et renforcé comme celui de la coalition américaine. Enfin, 4°, il avait un « objectif clair ». La Russie avait une « vision politique certainement plus claire et une action plus cohérente avec des prises de risques opérationnelles et tactiques que les États-Unis ou la France n’ont pas osés ».

Une stratégie adaptée au terrain

Les Russes ont bien appréhendé la spécificité de la situation syrienne. Dans la région, les principaux soutiens internationaux (USA, Russie, Turquie…) n’avaient « aucune intention de s’affronter directement ». L’ « occupation éclair » du terrain par l’un empêche mécaniquement l’autre, placé devant le fait accompli, d’y pénétrer. « A partir du moment où les Russes ont ouvertement planté le drapeau en Syrie et occupé l’espace, notamment aérien, les choses devenaient d’un seul coup plus compliquées pour les autres. »

La brigade aérienne en fer de lance

L’élément clé de l’intervention était la brigade aérienne russe « combinant toujours avions et hélicoptères ». Ces moyens « ont varié au fil du temps » les forces au sol étant relativement limitées : le « volume d’un bataillon de la 810e brigade d’infanterie de marine renforcé d’une petite compagnie de neuf chars T-90, d’une batterie d’artillerie dotée d’une quinzaine d’obusiers et de lance-roquettes multiples, et équipé d’une quarantaine de véhicules de combat d’infanterie, des BRT-82A semble- t-il ».

L’occasion d’expérimenter de nouveaux matériels

L’intervention en Syrie a été l’occasion pour les forces armées russes « d’apprendre et d’expérimenter matériels et méthodes, et de tester des concepts originaux ». Trois sont détaillés par l’auteur : le SVP-24 (Special Computing Subsystem), un système utilisant le système de navigation satellitaire russe GLONASS pour les frappes aériennes ; l’emploi de l’« infanterie motorisée ultra légère et la mise au point du « véhicule d’escorte.

Le coût de l’opération : raisonnable

Enfin, ces résultats ont, en effet, été obtenus avec des ressources « assez limitées » note Michel Goya : 4 à 5000 hommes et 50 à 70 aéronefs (1). Et le coût était somme toute raisonnable : environ 3 millions d’euros par jour. C’est-à-dire le quart ou le cinquième de l’effort américain dans la région ou trois fois plus que l’engagement français au Levant mais pour un résultat bien supérieur (2)…

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire : Tempête rouge Enseignements opérationnels de deux ans d’engagement russe en Syrie

(1) NB : cela pourrait démontrer, à l’inverse de ceux qui plaident en faveur d’un engagement massif, qu’un petit nombre de troupes, bien déterminées, bien armées, peut faire la différence.

(2) L’opération française « Chammal » mobilise 1200 hommes et environ 15 aéronefs, un million d’euros/jour.

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Le Koweït donne un mois à l’ambassadeur nord-coréen pour quitter l’émirat (diplomate)

Le Koweït donne un mois à l’ambassadeur nord-coréen pour quitter l’émirat (diplomate)

Koweït – Le Koweït a donné un mois à l’ambassadeur de Corée du Nord pour quitter l’émirat qui, outre une réduction de la représentation diplomatique, a décidé d’arrêter de délivrer des visas aux Nord-Coréens, a annoncé dimanche un diplomate koweïtien de haut rang.

Cette annonce intervient dix jours après des entretiens de l’émir du Koweït avec le président américain Donald Trump, qui considère le régime de Pyongyang comme une de ses « bêtes noires ».

La mission diplomatique nord-coréenne à Koweït sera réduite à un chargé d’affaires et trois diplomates, a précisé à l’AFP un diplomate koweïtien de haut rang sous le couvert de l’anonymat.

Le Koweït a par ailleurs décidé de ne plus délivrer de visas à des travailleurs nord-coréens, a-t-il dit.

L’émirat compte à ce jour entre 2.000 et 2.500 travailleurs nord-coréens, a indiqué ce diplomate. Ils devront quitter le pays dès que les projets sur lesquels ils sont employés seront achevés, a-t-il relevé.

Selon des sources diplomatiques asiatiques dans le Golfe, la Corée du Sud et le Japon font pression depuis plusieurs semaines sur les monarchies de la région pour qu’elles arrêtent d’employer des travailleurs nord-coréens, arguant que l’argent que touche cette main d’oeuvre profite au régime de Pyongyang.

La Corée du Nord a effectué vendredi un nouveau tir de missile, suscitant de nouvelles condamnations internationales.

Le président américain Donald Trump et son homologue sud-coréen Moon Jae-In se sont engagés samedi, lors d’un entretien téléphonique, à exercer « une pression plus forte » sur Pyongyang, a rapporté Séoul.

(©AFP / 17 septembre 2017 13h12)

 

https://www.romandie.com/news/Le-Koweit-donne-un-mois-a-l-ambassadeur-nord-coreen-pour-quitter-l-emirat-diplomate_RP/833729.rom

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

USA: la Fed va annoncer qu’elle épongera lentement son océan de liquidités

La patronne de la Réserve fédérale américaine (FED), Janet Yellen, le 13 juillet 2017 à Whashington / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / CHIP SOMODEVILLA

La banque centrale américaine va annoncer mercredi qu’elle va commencer à doucement éponger l’océan de liquidités qui lui a permis de sauver l’économie américaine de l’effondrement en 2008.

Un exercice attendu pour la présidente, Janet Yellen, au cours de l’avant dernière conférence de presse de son mandat, qui a déjà préparé le terrain pour ne pas effrayer les marchés.

En revanche, la Fed devrait laisser les taux d’intérêt inchangés à l’issue de sa réunion monétaire de deux jours après les avoir relevés d’un quart de point en juin à entre 1% et 1,25%.

Raison de plus pour décortiquer les déclarations de Mme Yellen à la recherche d’un indice sur la date du prochain resserrement de la politique monétaire.

« Je crois que les membres du Comité monétaire penchent toujours pour une hausse des taux en décembre car ils sont suffisamment nombreux à penser que la faible inflation n’est que temporaire » a affirmé à l’AFP Tim Duy, un professeur d’économie à l’Université d’Oregon, spécialiste de la Fed.

Satyam Panday, économiste chevronné pour Standard and Poor’s Global, pense lui que la Fed va rester en mode « pause » jusqu’à la fin de l’année.

Le Comité monétaire (FOMC) publiera un communiqué mercredi à 18H00 GMT ainsi que de nouvelles prévisions économiques tandis que la présidente Janet Yellen, dont le mandat à la tête de la puissante banque centrale expire le 3 février, entamera une conférence de presse à 18H30.

– Détricotage en douceur –

L’événement pour les marchés sera surtout l’annonce attendue du lent détricotage de la politique d’assouplissement quantitatif (QE) que la Fed avait lancé après la crise financière de 2008 en injectant massivement des liquidités dans le système financier pour soutenir la reprise.

La Fed va lentement réduire ses actifs à son bilan: ceux-ci ont grimpé à la somme inouïe de 4.500 milliards de dollars par des achats de bons du Trésor et de titres appuyés sur des créances hypothécaires.

Le long processus qui consiste à cesser de réinvestir dans les titres qui arrivent à maturité devrait dans un premier temps se régler au rythme minime de 10 milliards de dollars par mois et commencer en octobre, estime Satyam Panday.

A l’inverse de ce qu’il s’était passé en 2013 lorsque l’ancien patron de la Fed Ben Bernanke avait fait vaciller les marchés en annonçant au débotté une réduction des achats d’actifs, les places financières « ont largement anticipé » la réduction du bilan de la banque centrale expliqué dans le détail par la Fed en juin, avance Tim Duy. Comme l’avait affirmé Mme Yellen, le processus se veut aussi inoffensif que « de regarder l’herbe pousser ».

– Ouragans: impact passager –

L’impact des ouragans qui ont frappé le Texas et la Floride ne devrait guère peser sur les prévisions économiques du FOMC, estiment les experts. « Ils attacheront peu d’importance à leur impact car ils savent que c’est passager », affirme Marc Zandi, économiste en chef pour Moody’s Analytics.

« Cela va probablement ôter quelques points de base au Produit intérieur brut dans un premier temps, mais l’ironie est que, bien que ce soient des catastrophes naturelles, les gens doivent reconstruire et… c’est bon pour la croissance », a noté Satyam Panday de SP.

Au cours de la conférence de presse, la patronne de la Fed, 71 ans, aura du mal à éviter les questions sur son avenir. « Je n’y ai pas encore réfléchi », a-t-elle répété jusqu’ici. Mais le président Trump, dont c’est la prérogative de désigner le chef de la banque centrale, examine de nombreux candidats pour une nouvelle prise de poste en février.

Certes, l’ex-magnat de l’immobilier, qui « apprécie les taux bas », ne cesse de dire qu’il « aime bien Yellen » mais laisse aussi flotter plusieurs noms d’économistes républicains. « Plein de gens très bien », dit son ministre des Finances, Steven Mnuchin.

Son économiste en chef Gary Cohn, un temps favori, semble hors piste après avoir critiqué l’attitude de la Maison blanche sur les violences racistes intervenues à Charlottesville (Virginie, sud) cet été.

(©AFP / 17 septembre 2017 14h36)

https://www.romandie.com/news/USA-la-Fed-va-annoncer-qu-elle-epongera-lentement-son-ocean-de-liquidites_RP/833746.rom

11/09/2001 : la version inédite du cheikh Abou Bassir Nasser Al-Wahishi

Traduction exclusive pour les lecteurs du blog de la vision du secrétaire de Ben Ladden

N.B. CECI N’EST PAS DE LA PROPAGANDE ISLAMISTE, le terrorisme c’est mal…

Nasser al-Wahishi, né au Yemen en 1976, rejoignit l’Afghanistan en 1998 et devint le secrétaire de Ben Laden. Il devint ensuite en 2002 le leader d’Al-Qaïda au Yémen, puis en 2009 celui d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA). En 2013, le chef d’Al-Qaïda Ayman al-Zaouahiri en fait son adjoint. En janvier 2015, al-Wahishi revendique l’attaque de Charlie Hebdo, puis est tué par un drone en juin 2015. En septembre 2011, il a rédigé son témoignage sur l’organisation des attentats du 11 Septembre, qui a été publié dans hebdomadaire “al-Masrâ” (publication périodique digitale liée à AQPA), en février 2016.

[Nasser al-Wahishi raconte.] [Bénédictions sur le Prophète Muhammad et ses Compagnons] Le mouvement djihadiste luttait contre l’ignorance et ses adeptes, ce qui était alors très difficile car le mouvement n’avait pas compris ou n’avait pas expliqué aux gens ses objectifs. Les gens étaient loin de tout cela, loin de saisir les desseins du mouvement et ce que voulaient les djihadistes. Il y avait alors beaucoup de groupes, dans chaque pays se trouvait un groupe qui luttait dans le sentier de Dieu, entretenant un jeu du chat et de la souris avec les fausses idoles, lesquelles avaient un jour le dessus et un jour échouaient. Toutefois, au vu du contexte difficile dans lequel évoluaient les djihadistes, la plupart du temps ce furent les fausses idoles qui parvenaient à contenir le mouvement par différents moyens, je ne mentionnerai pas comment tout cela est arrivé, comment ont-ils pris les armes, comment ont-ils pu ainsi dominer l’Oumma à ce point, comment se sont-ils emparés des esprits, comment ont-ils orienté les médias à l’encontre des pauvres gens ? En bref, le mouvement djihadiste s’est trouvé cerné de toute part dans chaque pays et a pu trouver un espace en Afghanistan avant d’être évincé dans de nombreuses régions…Les cheikhs se réunirent plusieurs fois à Kaboul et à Kandahar pour étudier les causes de cette situation et trouver un remède…

Le cheikh Oussama [Ben Laden] estimait que le mouvement devait combattre l’ennemi mécréant le plus visible et non pas le plus enraciné dans la mécréance : les apostats y étaient les plus enracinés mais le mouvement croisé et sioniste était le plus visible. Nul ne conteste le fait de combattre les Juifs et les chrétiens tandis que lorsqu’il s’agit de combattre les gouvernements apostats dans ton pays, tout le monde s’y oppose : les peuples, le mouvement islamiste et le mouvement djihadiste car ils ont des priorités. De même, le mouvement djihadiste est très divers et n’est pas unique, dans son acception large il a également ses priorités, certains te diront même que, pour l’heure, ils n’en ont pas la capacité…

Parmi les partisans de cette pensée, entre autres, le cheikh Abu Muhammad al-Maqdisi ; ils te diront que la vérité est désormais évidente mais la capacité pour combattre n’est pas encore au rendez-vous, par exemple si on affronte les Saoud, qui se mettra en travers de ta route ? Beaucoup de mouvements djihadistes. Pourquoi ? Ils vont te répondre qu’ils ne pourront pas, ils n’en ont pas la capacité, que tu vas les fourrer dans le pétrin, les conduire en prison, qu’il ne faut pas se précipiter et aller à l’affrontement avant son heure propice, que ce n’est pas le moment et ainsi de suite. Alors le cheikh [Ben Laden] a répliqué que nous nous orienterons vers l’ennemi américain, le plus évident, celui que tout le monde considère ainsi afin d’éviter aux gens toute discorde ou même confusion. Tout le monde partage ce ressentiment contre l’Amérique et a minima le mouvement islamique te soutiendra contre les mécréants.

Le mouvement djihadiste a beaucoup discuté là-dessus, la plupart des courants ont été d’accord pour fonder le front islamique mondial pour combattre les Juifs et les Croisés, il y a eu quelques opposants notamment le groupe libyen et les islamistes, après avoir donné leur accord ils se sont opposés ainsi que le groupe islamique égyptien et la majorité des groupes du Maghreb. L’essentiel étant que l’accord portait sur le fait d’affronter les Juifs et les Croisés.

L’accord a été conclu en 1998, le cheikh a tenu une conférence de presse à Khost et a annoncé la création du Front mondial pour la lutte contre les Juifs et les Croisés, cela se déroula à la toute fin des préparatifs en vue des attentats contre les Américains en Afrique du Sud et sur le continent en général.

Un mois plus tard, il y a eu les attentats au Kenya et en Tanzanie contre les ambassades américaines en Afrique, raison pour laquelle le cheikh tenait alors beaucoup aux réunions et aux discussions avant de passer à l’action et avant les renforcements des dispositifs de sécurité. Il cherchait à convaincre le plus grand nombre, il y avait beaucoup de débats et les divergences ne manquaient pas, de même qu’après les opérations réalisées… Certains lui reprochaient de les entraîner contre les Américains alors qu’ils n’avaient pas les moyens de les atteindre par la voie maritime ; quant à l’idée de les attaquer par la voie aérienne, personne n’y avait songé a fortiori d’utiliser des avions [comme projectiles].

Un homme égyptien du nom d’al-Batouti, pilote, Dieu seul sait qui il était, avait pris en otage des officiers égyptiens et israéliens dans les airs et s’écrasa avec eux dans les flots. En apprenant cela, le cheikh Oussama se demanda alors pourquoi diable il ne les avait pas précipités plutôt sur des bâtiments. C’est de là que vint l’idée des avions qui s’écrasent sur les bâtiments que l’on vise !

L’Histoire est une trame dont les fils se lient les uns aux autres. À l’origine quand la Russie combattait les Afghans, il s’agissait de la fin de l’encerclement russe et de leur défaite, c’est alors que les moudjahidines songèrent à frapper les Américains aussi. Le cheikh Abdallah Azzam cherchait à passer à une autre étape du mouvement, à la fin il disait que si Dieu lui prêtait vie, il ferait de ses adeptes des bombes humaines. Il tenait des propos très durs à l’encontre du camp occidental.

[…paragraphes faisant l’hagiographie de deux djihadistes…]Ramzi Youssef, le neveu de Khaled Cheikh, et Azmaray [figure du djihadisme] préparaient un attentat contre Bill Clinton en compagnie du Pape lors de leur visite aux Philippines. En préparant la bombe, Azmaray avait fait une erreur de manipulation et une fumée très épaisse commença à se dégager de l’appartement où ils logeaient. Ils tentèrent de maîtriser la situation mais prirent la fuite finalement. Les pompiers arrivèrent sur place pour éteindre le faux incendie et découvrirent de quoi il retournait.

Peu de temps après, Azmaray était tombé dans les mains des autorités en sortant de l’aéroport. C’était un homme très courageux et très rusé avec plusieurs cordes à son arc. Avant de devenir moudjahidine, il lui arrivait d’affronter seul des animaux sauvages sur des lieux déserts, il aimait l’aventure et les défis. Il avait réussi par son expérience à s’enfuir de la prison et avait pris contact avec les frères à Peshawar au Pakistan en leur demandant de lui faire parvenir un passeport. C’est ainsi qu’il quitta les Philippines.

Ramzi Youssef avait été arrêté au Pakistan après l’échec d’un attentat dans un avion. La bombe avait explosé mais n’avait fait qu’endommager l’avion. Il avait alors posé une [autre] bombe artisanale à retardement sous un siège au-dessus de la soute. L’avion s’était arrêté dans une escale car la déflagration avait causé une brèche et Ramzi avait pu quitter l’aéroport. L’avion explosa plus tard en plein vol.

Quant à Khaled al-Cheikh [Mohammed], il avait débuté au Koweït. Il faisait partie des Frères musulmans et avait monté une pièce de théâtre où un personnage se demandait comment faire écraser des avions. Khaled était très jeune à l’époque. J’ai cherché cette pièce de théâtre sur Internet et ne l’ai pas trouvée, j’ai aussi demandé à un frère de chercher et n’a pas réussi non plus. C’est parce que nous ne connaissions pas son titre sinon nous l’aurions trouvée. L’essentiel c’est qu’il l’avait écrite et cela prouve qu’il pensait à cette éventualité très jeune déjà. Adulte, il planifiait et cherchait un moyen pour faire écraser douze avions américains simultanément. Ce furent les débuts du premier groupe à entreprendre des opérations contre l’Occident.

Puis vint le tour du cheikh Oussama qui avait fait venir Khaled al-Cheikh et lui avait soumis le projet. Ainsi, l’un proposait de prendre pour cibles des immeubles et l’autre d’utiliser des avions comme projectiles. L’idée commençait à prendre forme petit à petit. Il sollicita les frères qui étaient en possession de passeports et ceux qui pouvaient entrer aux États-Unis. Parmi eux se trouvait le cheikh Abou Abderrahman, Nawaf al-Hazemi et Khalid al-Mehdar qui faisaient partie des premiers désignés. Le cheikh Oussama les envoya aux Etats-Unis pour s’entraîner au pilotage d’avions. Ils ne savaient pas quelles serait leur mission à l’issue de leur formation. Ils revinrent les uns après les autres. Il y avait le pilote Marwan al-Chehi, originaire des Émirats Arabes Unis, il avait parlé de ses contacts en Allemagne et voulait les rejoindre mais le cheikh Oussama l’avait dissuadé. Entre-temps, d’autres nous avaient rejoints : Mohamed Atta, Ziad al-Jarrah, Ramzi Ben al-Chibah, quatre en tout et c’était à ce moment-là que le cheikh demanda à Marwan de partir en Allemagne pour coordonner les opérations avec ses amis.

Les acolytes de Marwan al-Chehi faisaient des études en Allemagne, et il s’était coordonné avec eux avant de partir aux États-Unis pour s’entraîner au pilotage d’avion.

Mohamed Atta, Ziyad al-Jarrah et Ramzi b. al-Chiba se trouvaient en Afghanistan avec le cheikh Oussama [Ben Laden] et y étaient restés un mois […passage hagiographique sur ce groupe de djihadistes…]. Il y avait avec eux d’autres acolytes, parmi eux le cheikh Khalid Rahbi, Mouʿtaz, Jalibib, Djihad, ʿIkrimah, Walid et Wael al-Chahri, Mohannad. Certains étaient des nouveaux venus, d’autres étaient plus anciens dans le groupe tel que le cheikh Khalid Rahbi. Le cheikh Oussama les réunit et leur expliqua une part de l’opération et ce qu’il attendait d’eux, en l’occurrence piloter des avions et les écraser contre des cibles précises. Mohamed Atta était surpris et demanda pourquoi confier une telle opération aussi facilement à des nouveaux venus. Oussama leur répondit qu’il avait l’intuition que c’était ce groupe qui allait démolir l’Occident, qu’il fallait qu’ils s’en remettent à Dieu.

Mohamed Atta était très attaché à l’Afghanistan, il en voulait beaucoup à l’Occident. Il y aimait la simplicité de la vie, les habitations en terre et il imaginait ainsi la vie menée par les compagnons du Prophète. Il imaginait qu’il vivait une vie similaire à la leur.

[Khalid Rahbi poursuit le récit à ce niveau :]En cette période en Afghanistan, nous cherchions avec le frère al-Faqʿassi à unir les groupes et harmoniser les points de vue. Tous savaient qu’une opération était en cours visant l’Amérique et je tenais à y participer. Je cherchais à rencontrer le cheikh Oussama et ce fut le cheikh al- Wahishi qui m’y aida. Ma présence en Afghanistan datait alors à peine de quelques mois, je rencontrai le cheikh Oussama qui me confirma que je faisais partie du groupe désigné pour l’opération. Je lui avais fait part de mon souhait de participer à toute action qu’il jugerait nécessaire.

Personne ne connaissait l’ampleur de cette opération ni ses modalités. Nous étions très enthousiastes d’y participer. Il nous disait que c’était une opération de grande envergure visant le cœur des États-Unis. Je m’étais imaginé un attentat à la voiture piégée dans un grand centre à l’instar de celui de Nairobi par exemple. C’était Khalid Cheikh qui coordonnait l’opération avec nous.

Quand j’ai été arrêté et que j’ai été remis aux autorités saoudiennes, je parlais toujours avec beaucoup d’enthousiasme de l’ennemi américain et de ce « groupe » [en arabe « constellation », kawkaba] qui redorait le blason de la Oumma et lui rendait sa fierté. Lors des interrogatoires, on s’étonnait du fait que je nommais ce groupe ainsi mais je le répétais au point qu’on m’avait surnommé Abou Kawkaba. Les hommes de ce groupe sortaient du lot et chacun d’eux avait une qualité qui le distinguait des autres.

J’emmenais parfois le cheikh al-Wahishi pour rendre visite à quelques groupes [… passage hagiographique sur un groupe de djihadistes…]. Notamment celui où se trouvaient Abou Hachem al-Naʿmi, les frères Walid et Wael al-Chahri, Miqdad et d’autres. Nous avons eu le sentiment en leur présence qu’ils étaient distraits, ils étaient en train d’étudier un livre intitulé « Pleurer par la crainte de Dieu ». En effet je me disais que notre voie nécessitait de nous orienter vers Dieu.

Je remarquais que ces frères prenaient soin les uns des autres. Je me souviens qu’on effectuait des rondes dans le camp en plein hiver dans les montagnes afghanes, alors qu’il faisait très froid et qu’il neigeait, Mouʿtaz al-Ghamidi par exemple se réveillait la nuit pour chauffer l’eau à ses compagnons. Les deux frères Walid et Wael descendaient de familles de notables très riches de la région du Sud. Wael et moi avions d’ailleurs été camarades de classe. Ils étaient invités en Afghanistan et je leur ai rendu visite, ils ne m’ont pas reconnu tout de suite mais après le leur avoir rappelé, nous sommes devenus très proches. Ils ont ensuite été intégrés à leur tour au groupe du 11 septembre. Le cheikh Oussama annonça l’opération et demanda des volontaires pour tomber en martyr. Certains hésitaient en pensant qu’il cherchait juste à rassembler des adeptes par ses propos. Il leur avait alors répondu : « Est-ce que le descendant de Mohamed mentirait ? ».

Certains frères faisaient preuve de beaucoup d’empressement et d’ignorance, ils lançaient des rumeurs, c’est alors que Walid al-Chahri est venu me voir à ce sujet et m’a demandé mon avis. Je lui ai dit que le cheikh ne mentait pas et il se porta volontaire lui et son frère.

Je tenais à ce que les personnes que j’estimais prêtent allégeance au cheikh Oussma car l’allégeance renforçait l’engagement des aspirants. Ce fut le cas de celui qu’on surnommait al-Ahnaf et d’un autre dit al-Saqqami. Le Cheikh s’enquit auprès de moi à leur sujet et je lui ai dit tout le bien que j’en savais.

Nous sommes partis après en pleine montagne dans un camp d’entraînement, une épreuve tactique dans des conditions très dures pour tester notre endurance, nos capacités et notre persévérance. Il y avait à mes côtés al-Haznaoui, Jalibib, Djihad al-Ghamidi et quelques autres. Malgré la dureté, on se sentait très proches et plein de foi. J’y croisais souvent Mohannad al-Chahri.

Après cela, nous avions commencé à coordonner et correspondre par messagerie électronique avec Khalid Cheikh pour les démarches de l’obtention des visas. J’étais interdit de voyager à l’époque et je suis entré en Afghanistan avec un faux passeport. Cheikh Oussama l’apprit plus tard et je lui ai dit que j’allais faire de mon mieux pour partir aussi. J’ai tant essayé mais sans succès.

Nous avions convenu de demander également d’autres visas d’autres pays pour ne pas attirer l’attention et d’autres précautions de ce type.

Certains sont rentrés en Arabie Saoudite pour faire les démarches administratives là-bas, d’autres sont rentrés y faire leurs adieux à leur famille, d’autres encore ont préféré rester pour ne pas être dissuadés de leur projet. D’autres enfin en ont profité pour accomplir leur pèlerinage avant de se rendre aux États-Unis.

[Al-Wahishi reprend la narration :]Le cheikh [Oussama] tenait à ses recrues, il s’en s’occupait personnellement, il avait pris beaucoup de soin à les choisir notamment le groupe sous la responsabilité de Khaled qui était constitué de Mouʿtaz, ʿIkrima, Mohannad al-Chahri, Jalibib ainsi que Walid, Wael, Abou Hachem et al-Ahnaf.

Quant à Mohamed Atta, Tarek et Ramzi, le cheikh leur avait ordonné de partir en Amérique.

Atta ne voulait pas, il lui était insupportable de retourner là-bas en Occident.

Ramzi et Tarek étaient partis bien avant lui et quand ce fut son tour, il était très ému de par son désir de rester en Afghanistan. En effet, il détestait l’Occident et son mode de vie et racontait souvent tout ce qui ne lui plaisait pas là-bas, manger du porc et ce genre de choses.

Il nous a quitté et rejoignit le Pakistan. Là-bas, il perdit son passeport dans le taxi. Khaled Cheikh s’en est rendu compte et fut surpris de constater la joie de Mohamed Atta qui voyait l’occasion de retourner en Afghanistan.

Khaled Cheikh mit une annonce dans les journaux et promit une prime. Le passeport a été retrouvé et finalement Atta partit à son tour.

Certains frères partaient pour l’Arabie Saoudite chercher leur visa et rentraient ensuite. À cette époque, on parlait beaucoup des Talibans et beaucoup de pression s’exerçait sur eux comme le fait que le cheikh Oussama était devenu un hors-la-loi sur le plan international alors qu’il continuait pourtant à communiquer avec les médias.

Turki al-Fayçal et Abdelmohsin al-Turki arrivèrent en Afghanistan à la tête d’une délégation pour rapatrier le cheikh Oussama en Arabie Saoudite. Ils tentèrent de convaincre les Talibans dans ce sens. Ils envoyèrent des messages à « Wakil Ahmed » en arguant du fait que le cheikh allait leur causer beaucoup d’ennuis et qu’il valait mieux le leur livrer. La pression était intenable et venait de toute part.

[… deux paragraphes hagiographiques sur le groupe de djihadistes…]Parmi les frères également se trouvait Hany Hanjour qui était un pilote militaire saoudien diplômé en 1996 du royaume.

Le premier groupe s’entraînait aux États-Unis alors que le second se trouvait en Afghanistan et s’apprêtait à rejoindre le premier. Cela se passait un an avant les événements [du 11 septembre]. L’Amérique, de son côté, planifiait quelque chose pour se venger des Talibans qui protégeaient le cheikh Oussama et ses compagnons.

Le premier groupe aux États-Unis était prêt et réclamait d’urgence les autres qui se trouvaient à l’étranger, car il craignait d’être découvert au moindre soupçon.

On envoya alors les groupes [aux États-Unis], il ne restait alors plus que le groupe avec Abou al-ʿAbbas, de son vrai nom Abdelaziz al-ʿOmari al-Zahrani, frère de Fadil, Abou Ahmed al-Imarati, Ziyad al-Jarrah, Salem al-Hazimi et Mohamed al-Qahtani qu’on surnommait Farouk. Ainsi tous furent envoyés, les dix-neuf parvinrent à entrer aux États-Unis excepté un seul qui ne put pénétrer les terres américaines.

La situation était tendue, les frères se trouvaient tous en Amérique, l’ennemi était là à chaque instant et les débats [dans les médias] tournaient autour de l’Afghanistan. Le cheikh Oussama intervenait en mentionnant que des groupes se préparaient pour une grande opération et qu’il fallait qu’on prie pour eux.

Les yeux du monde étaient focalisés sur les Talibans et particulièrement après leur décision de détruire les statues de Bouddha et vous connaissez la polémique mondiale autour de cette destruction. Quand les Talibans sont arrivés dans la région de Bamiyan, ils ont découvert les deux statues et commencèrent à les bombarder avec les tanks. Le monde s’est soulevé et il y eut des fatwas d’oulémas musulmans contre ces bombardements ainsi que des propositions pour racheter les deux statues. La polémique enfla quand Mollah Omar ne plia pas et dit sa phrase célèbre : « Au jugement dernier, je préfère être désigné parmi les destructeurs d’idoles que parmi les vendeurs d’idoles ».

La Chine, le Japon et les bouddhistes en général proposèrent des sommes inimaginables pour les démonter et les transporter ailleurs.

Mollah Omar refusa en déclarant que sa religion prévalait sur tout l’argent du monde et la démolition commença.

Le cheikh Oussama ordonna qu’on s’y rende, nous nous sommes alors équipés de jeeps, de bulldozers et nous nous sommes rendus à Bamiyan. Al-Qaïda à Bamiyan ! Nous avons terminé les préparatifs jusqu’à 11h du soir et j’ai demandé la permission auprès du cheikh de m’absenter car je m’étais fiancé et je devais y aller le jour d’après pour l’autorisation légale de voir la fiancée. Il me l’accorda. Ravi, j’ai passé la nuit chez des frères à Kandahar puis je suis allé voir ma fiancée en compagnie de Abdelmajid et de l’oncle ʿAsim.

Normalement le cheikh nous avait précédés pour se rendre à Bamiyan mais une fois à Ghazni, j’ai vu sa voiture ; je l’ai alors indiqué à mes compagnons, mais ils étaient sceptiques car il devait déjà s’y rendre au moment où nous étions occupés avec le sujet de mes fiançailles. Pourtant il s’agissait bien de sa voiture et il n’était pas seul : il était accompagné par les autres cheikhs : Dr. Ayman, cheikh Abou al-Walid al-Ansari et cheikh ʿIssa Marjane.

On leur avait demandé ce qu’il se passait. Cheikh Oussama déclara qu’al-Qaradhawi se trouvait à Kandahar ! Nous nous sommes dirigés vers Kandahar et en effet al-Qaradawi était là-bas en compagnie d’une délégation composée notamment de Mohamed ʿAmmara, Tantawi, Nasr Farid Wassel ainsi que d’autres cheikhs d’autres pays, du Bahreïn, du Qatar ainsi que le cheikh Ali Qara Daghi.

Khalid Cheikh se trouvait sur le seuil de la porte où se tenait la réunion, il ne me permit pas d’y entrer mais il me nomma tous ceux qui se trouvaient à l’intérieur.

J’ai demandé le fin mot de l’histoire au cheikh Oussama qui m’a révélé qu’il s’agissait de pourparlers avec les Talibans. Abou Hafs al-Masri et le cheikh Souleyman ont rejoint les négociations avec d’autres oulémas du côté des Talibans. Les frères voulaient filmer mais les Talibans ont refusé.

Abou Hafs al-Masri m’a alors confié que le cheikh Oussama n’était pas le bienvenu et que s’il participait à la réunion, les autres allaient s’enfuir.

Nous avons encore une fois proposé de filmer mais les Talibans refusèrent en estimant que l’enregistrement audio était très suffisant.

Les Talibans et les frères à leur suite ont estimé que détruire les statues était conforme aux préceptes de la religion et qu’il ne pouvait y avoir de divergence là-dessus.

La délégation des oulémas a estimé de son côté que le propos ne concernait pas la licéité de la destruction des idoles mais plutôt le moment opportun de les détruire. Le cheikh Abou Hafs al-Muritani déclara que si les Talibans, leurs oulémas et le peuple afghan étaient prêts à en subir les conséquences, c’était leur affaire, pourquoi donc vouloir stopper la destruction des idoles ?

Il y a eu un long débat puis tout le monde sortit de la pièce et chacun partit de son côté. Nous prîmes ensuite la route pour Bamiyan que nous avons appelé « le voyage de l’unicité divine » pour achever la destruction des statues. En même temps, le groupe du 11 Septembre se dirigeait de son côté pour détruire les « statues américaines ».

La statue de Bouddha était immense et nécessitait une grande quantité d’explosifs. Les Afghans affluaient de toutes parts pour participer à sa démolition. On pouvait voir les cheikhs aux barbes blanches exténués mais déterminés à porter les explosifs jusqu’au sommet qui s’élevait jusqu’à cinquante mètres. Nous avons dressé notre tente au sommet et le cheikh Oussama exprimait sa volonté de la raser complètement. La cellule médiatique travaillait sur la production du film « La réalité de l’Oumma » et le Cheikh veillait sur toutes les étapes.

On discutait beaucoup sur les capacités des Talibans à porter de telles opérations et s’ils étaient en mesure d’en supporter la réaction américaine. De mon côté, je cherchais à savoir auprès du cheikh la durée que prendrait la guerre, un an, deux ans ou plus ? Il répondit qu’il s’agirait d’une décennie voire deux car selon lui l’âge des empires et des nations se compte en décennies et non en années, a minima la guerre durerait 15 ans et ensuite les États-Unis cesseraient d’être un empire et une grande nation pour se replier sur elle-même.

Il s’attendait à la riposte américaine et à sa déclaration de guerre mais par elle commencerait l’usure économique et militaire du pays.

Il planifiait aussi d’autres frappes, certaines ont été accomplies, d’autres non.

Les négociations avec les Talibans autour des frappes contre l’Amérique étaient menées par Mohammad Hassan, Muʿtasim Agha, Abdul Halim, Sayed Agha et d’autres. De notre côté, il y avait le cheikh Oussama, le cheikh Abou al-Khayr, le cheikh Abou Hafs, le Dr Ayman, le cheikh Mustafa Aboulyazid et le cheikh Abdul Rahman al-Mohaymin. Les Talibans nous ont rejoint à l’aéroport et le cheikh Oussama les a très bien reçus. Il leur disait que l’histoire retiendra des Afghans deux choses : vous avez protégé les Arabes des Américains et c’est un bon point pour vous et que vous avez protégé les Américains des Arabes, ce qui est un mauvais point.

Mohammad Hassan, qui était le chef du gouvernement à l’époque, lui répliqua avec déférence qu’il se trompait.

Ensuite, le cheikh prépara un dossier qu’il demanda à Mohammad Agha de transmettre au Mollah Omar dans lequel se trouvaient des photos de la Palestine où des Juifs profanaient la mosquée al-Aqsa et frappaient des femmes musulmanes. Il lui demanda de montrer ces photos à l’« Émir des croyants ». Il rétorqua que c’était impossible car le Mollah Omar ne regardait jamais des photos. Le cheikh Oussama répondit alors : « C’est indispensable, parfois il est impératif au médecin de voir ce qui lui est interdit de voir dans le but de soigner la personne. Mollah Omar est notre médecin, il est le médecin de l’Oumma ! ».

Mohammad Agha transmit le dossier au Mollah Omar de la part de ses frères arabes, à la vue des photos, le Mollah Omar fut très en colère et convoqua le cheikh Oussama.

Nous nous sommes rendus, en compagnie de Zoubair al-Haʾili, en deux ou trois voitures chez l’« Émir des croyants ». Une fois devant la maison du Mollah Omar, nous avons croisé le cheikh Mohammad Magid Mohammadi (cheikh des Talibans, et ancien combattant contre les Russes) qui en sortait. Le cheikh Oussama alla directement le saluer et questionna son état de santé. Le vieux cheikh reconnut Cheikh Oussama et fit part de sa grande faiblesse physique tout en se souvenant très bien de ce qu’ils avaient vécu ensemble [contre les Russes].

C’est alors que le Mollah Omar vint vers à nous à pied. Zoubayr, qui ne le connaissait pas, n’en revenait pas de tant de simplicité après que je lui aie présenté.

Le groupe s’est dirigé ensuite vers la mosquée pour discuter. Mollah Omar dit au cheikh Oussama : « Cheikh, je voudrais que tu frappes les Juifs partout où ils se trouvent ! ». Le cheikh Oussama répondit : « À vos ordres, d’ici le coucher de soleil nous aurons beaucoup avancé dans nos opérations à leur encontre par la volonté de Dieu ! ». Je voyais bien à son air tout souriant que tout s’était bien passé lors de la réunion car je n’y avais pas assisté. Je lui ai alors demandé et il m’a répondu que nous avions l’approbation de l’Émir.

Dès le lendemain, nous nous sommes activés pour mettre à exécution les opérations envisagées. Certaines ont abouti et d’autres non.

De toute évidence, les Américains allaient frapper l’Afghanistan. Il y eut des réunions à ce sujet à Douchanbé au Tadjikistan, il y avait les ministres des Finances, de la Justice et de la Défense. Les discussions se déroulaient avec les Russes. Il fut décidé que ces derniers se déploieraient sur le terrain et que les Américains s’occuperaient des frappes aériennes.

Abdul Hayy Motmaʾinn a bien reçu le message : « Soit vous nous livrez Oussama Ben Laden, soit on frappe l’Afghanistan ! »

Le cheikh Oussama espérait que les frappes prévues à Washington et à New York soient retardées de telle manière qu’elles deviennent une réponse à celles déjà préparées par les Américains. Elles auraient ainsi été grandement légitimées mais cela n’était plus possible. Les frères, déjà aux États-Unis, ne pouvaient plus faire marche arrière.

Il y eut encore des réunions à la mosquée de Kandahar. Le cheikh Oussama disait, sans entrer dans les détails, qu’on allait frapper fort et que les États-Unis auraient très mal. Quant au cheikh Moustapha Abou al-Yazid, il s’y opposait en arguant que c’était une question qui relevait d’e l’ijtihād incombant à l’Émir des croyants [le Mollah Omar] et que les conséquences en seraient très lourdes pour les Afghans, qu’il fallait donc réfléchir patiemment.

Le cheikh Oussama invoqua alors Abou Bakr, premier compagnon-successeur du Prophète, en faisant référence à un propos dans lequel il affirma que, lui vivant, personne ne nuirait à la religion. Tout le monde a été ému aux larmes dont le cheikh lui-même. Il ajouta qu’il fallait faire quelque chose pour cette Oumma qui n’en pouvait plus d’attendre et que l’Émir des croyants avait déjà donné son accord pour frapper les Juifs, les Américains n’étant que leurs auxiliaires. Il avança aussi que selon les oulémas, l’approbation de l’Émir ne serait plus de mise ou exigée si elle était source de retard et ferait manquer aux musulmans l’occasion de frapper leur ennemi.

Le cheikh Oussama cherchait à convaincre les Talibans mais il ne disposait plus beaucoup de temps et la situation était difficile.

[…Incise d’al-Wahishi à ses auditeurs s’excusant de l’aspect décousu de son récit de par le contexte spontané l’ayant conduit à le narrer…]Je me souviens que durant les discussions entre le cheikh Oussama et les Talibans, le cheikh avait adressé un courrier au Mollah Omar par l’intermédiaire d’Abou Hafs dans lequel il lui demandait ce qu’il voulait en ces termes : « Qu’attendez-vous de nous ? Nous sommes des soldats, quels sont vos ordres ? »

Le Mollah Omar demanda à Abou Hafs d’éliminer Ahmed Chah Massoud. Abou Hafs répondit de le considérer déjà comme tel. Il revenait aux Talibans de se préparer à attaquer le Nord dès la mort de leur chef et de les prendre par surprise avant qu’ils ne puissent se réorganiser.

Les Talibans se rendirent alors au Nord sous le commandement du Mollah Dadullah. En effet, Chah Massoud a été éliminé par le biais d’une caméra piégée, l’histoire est connue, les médias en ont abondamment parlé.

Un journaliste de la BBC est venu pour interviewer le cheikh Oussama qui l’a reçu au déjeuner durant lequel il menaçait de faire oublier au ministère de la Défense ses inspirations diaboliques en faisant en sorte que chaque Américain abandonne sa nationalité.

Retourné chez lui, le journaliste annonça qu’Oussama Ben Laden préparait une frappe d’envergure contre les États-Unis dans les semaines à venir tout au plus, il en était sûr.

Les frappes du 11 Septembre eurent lieu trois semaines après l’annonce du journaliste. Nous avons alors quitté Kandahar pour Kaboul. De là nous partîmes vers « Turgar » en pleine montagne entre Kaboul et Jalalabad et attendîmes là-bas deux semaines. Nous avons appris la nouvelle par la radio, gloire soit rendue à Dieu.

Notes :

1 : Version transcrite à partir d’un support audio dont la source n’est pas indiquée. La traduction a été réalisée pour le site http://www.les-crises.fr par ses lecteurs

2 : Référence à Djahiliyya ou la période anté-islamique, c’est-à-dire avant la prédication de l’islam, en 610 de l’ère chrétienne.

3 : Gameel al-Batouti est fortement suspecté d’avoir sciemment crashé le vol 990 Egypt Air qu’il co-pilotait, le 31 octobre 1999.

4 : Khaled al-Rahbi al-Omari décédé en juillet 2015.

5 : Respectivement le chef des renseignements et le secrétaire général de Ligue islamique mondiale.

6 : Youssou al-Oaradhawi, éminente référence doctrinale des Frères musulmans jusqu’à nos jours.

7 : Une sorte d’agence de communication interne au mouvement.

8 : Titre honorifique plaçant dans ce récit Oussama Ben Laden sous l’autorité du Mollah Omar.

9 : Il fait allusion aux parties intimes et/ou au corps de la femme considérés comme tabou.

10 : Haut responsable d’Al-Qaïda, chargé de la comptabilité des activités commerciales de Ben Laden, il aurait contribué au financement des attentats du 11 septembre.

11 : Interprétation juridico-théologique légale.

Capture d’écran 2016-09-09 à 23.09.06

P.S. comme on m’a sorti la chose, voici la revendication de Ben Laden :

 

Ici, Al-Qaïda publie une vidéo posthume de deux auteurs du 11-Septembre

N.B. : les séries sur le 11 Septembre sont évidemment lourdes à modérer. Comme vous le voyez dans le plan au début du billet, ce billet s’insère dans une longue série. Merci donc de ne pas commenter sur de sujets qui seront clairement traités par la suite, cela fait perdre du temps à tout le monde. Vous pouvez commenter la série dans ce billet dédié.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Syrie. Des combattants FDS affirment avoir été la cible de Moscou

Syrie. Des combattants FDS affirment avoir été la cible de Moscou

  • Selon un responsable des FDS, les frappes ont blessé six combattants de l'alliance.
    Selon un responsable des FDS, les frappes ont blessé six combattants de l’alliance. | Reuter

Des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS, soutenus par Washington) ont dit avoir été pris pour cibles samedi à l’aube par l’aviation russe et les forces armées syriennes dans la province de Daïr az Zour, sur la rive orientale de l’Euphrate.

Selon Ahmed Abou Khaoula, un responsable de cette alliance arabo-kurde en lutte contre l’Etat islamique, les frappes ont blessé six combattants des FDS.

Dans un communiqué publié à Washington, le Pentagone a accusé la chasse russe d’avoir visé une cible dont elle savait qu’elle abritait des combattants des FDS et des « conseillers de la coalition ». Il a fait état de « plusieurs » blessés parmi les combattants des FDS, pas parmi leurs conseillers.

Les avions venaient des zones tenues par l’armée syrienne et ont pilonné des positions situées sur la rive orientale de l’Euphrate, a précisé Khaoula, qui dirige le Conseil militaire de Daïr az Zour.

Les FDS et l’armée syrienne, laquelle est soutenue par la Russie et des milices chiites, convergent vers les secteurs encore tenus par l’Etat islamique à Daïr az Zour et aux abords, dans le cadre d’offensives distinctes.

 

 

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Le Conseil militaire de Daïr az Zour, qui relève des FDS, a mis en garde vendredi les forces pro-gouvernementales syriennes qui opèrent également dans ce secteur de l’est de la Syrie de ne pas franchir l’Euphrate.

 

http://www.ouest-france.fr/monde/syrie/syrie-des-combattants-fds-affirment-avoir-ete-la-cible-de-moscou-5250990?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20170917&vid=1752223&mediego_euid=1752223

Les USA se retirent de l’accord de Paris, sauf si les termes changent

Les USA se retirent de l’accord de Paris, sauf si les termes changent

  • Le président des États-Unis tiendrait ainsi une de ses promesses de campagne au nom de la défense des emplois américains.
    Le président des États-Unis tiendrait ainsi une de ses promesses de campagne au nom de la défense des emplois américains. | AF

Les ministres de l’Environnement d’une trentaine de pays ont avancé résolument samedi à Montréal vers la mise en oeuvre de l’accord de Paris sur le climat quand les Américains ont soudainement fait volte-face après avoir semblé assouplir leur position.

« Nous sommes heureux du succès de notre réunion » et de la réaffirmation que « l’accord de Paris est irréversible et non négociable », a déclaré la ministre canadienne du Changement climatique Catherine McKenna lors de la conférence de presse finale.

Un rappel direct aux États-Unis de leur signature –certes par la précédente administration– d’un accord entériné fin 2015 à Paris par près de 200 pays dans le monde et dont le président Donald Trump avait en juin annoncé son retrait.

Volte-face

Afin de respecter un calendrier ébranlé par la décision de Donald Trump, l’Union européenne, la Chine et le Canada ont pris les rênes et affiché leur volonté d’aller de l’avant. Les Américains, qui avaient envoyé à Montréal un délégué, ont d’abord rassuré les négociateurs climat avant de faire volte-face quelques heures plus tard depuis Washington.

Miguel Arias Cañete, commissaire européen à l’Action pour le climat, a rapporté les propos du représentant américain, Everett Eissenstat, qui avait assuré que les Etats-Unis « ne renégocieraient pas l’accord de Paris mais qu’ils allaient passer en revue les termes sur lesquels ils sont engagés par cet accord ».

« Personne ne remet en cause l’accord de Paris et même les Etats-Unis ont réaffirmé que cet accord était irréversible et qu’en conséquence, ils ne vont pas le renégocier », a également confirmé Nicolas Hulot, le ministre français de la Transition écologique.

Mais depuis Washington samedi soir, la présidence américaine faisait volte-face: « Il n’y a eu aucun changement dans la position des Etats-Unis à l’égard de l’accord de Paris », a répliqué la porte-parole de la Maison Blanche, Sarah Huckabee Sanders.

« Compenser le frein »

« Comme le président (Trump) l’a clairement dit à plusieurs reprises, les Etats-Unis se retirent, à moins que nous puissions le réintégrer avec des termes plus favorables à notre pays », a-t-elle ajouté.

Un flou qui n’inquiète pas car, selon Nicolas Hulot, les États américains comme la Californie, les grandes villes mais aussi « les grands et petits acteurs économiques vont par leur dynamisme compenser le frein » qui peut être mis par « l’attitude de l’administration du président américain ».

Avec ou sans les Américains, le temps presse et la mise en place des dispositions de l’accord de Paris de réduction des émissions doit être amplifiée tout en gardant l’objectif de limiter, dans l’idéal, la hausse de la température moyenne de la planète à +1,5 degré Celsius en 2050 par rapport à son niveau de l’ère pré-industrielle.

« Nous pouvons faire plus pour augmenter nos ambitions », a assuré Catherine McKenna. « L’accord doit être dynamique et on ne doit pas s’en tenir là, les phénomènes (météorologiques) vont plus vite que nos propres engagements », a averti M. Hulot. « Quelle que soit la puissance des États, personne n’est à l’abri des changements climatiques », a-t-il ajouté en référence aux Etats-Unis touchés par les inondations à Houston ou les ravages de l’ouragan Irma en Floride.

Vision collective

L’objet de la conférence était aussi, selon M. Arias Cañete, de travailler à élaborer « un recueil de règles pour nous permettre de suivre, de vérifier et de comparer » le niveau des émissions par pays. Le calendrier, a souligné M. Arias Cañete, est d’avoir ce « recueil de règles (…) avant la COP24 de Katowice (Pologne) fin 2018 ».

D’ici là, les négociateurs vont se retrouver en novembre à Bonn (Allemagne), un rendez-vous qui va être « une bonne opportunité pour réaffirmer la vision collective affichée à Paris (en 2015) car il est important de raviver la vision et la passion que nous avions alors manifestées », a indiqué Nazhat Shameem Khan, négociatrice pour le climat pour Fidji et qui présidera cette COP23.

La conférence ministérielle s’est déroulée 30 ans jour pour jour après la signature du Protocole de Montréal pour la protection de la couche d’ozone. Ce premier accord significatif pour l’environnement a permis « d’éliminer plus de 99% des substances qui appauvrissent la couche d’ozone », a estimé Mme McKenna en rappelant que d’ici le milieu du siècle cette couche devrait être reconstituée.

 

http://www.ouest-france.fr/environnement/climat/les-usa-se-retirent-de-l-accord-de-paris-sauf-si-les-termes-changent-5251050?utm_source=neolane_of_newsletter-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_newsletter-generale&utm_content=20170917&vid=1752223&mediego_euid=1752223

La Chine est la mauvaise cible des sanctions contre la RPDC (ambassadeur de Chine à Washington)

La Chine est la mauvaise cible des sanctions contre la RPDC (ambassadeur de Chine à Washington)

© Chine Nouvelle (Xinhua)Shang Xu, le 16/09/2017 12:11

 

La Chine est la mauvaise cible des sanctions contre le programme nucléaire de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), a déclaré vendredi l’ambassadeur de Chine aux Etats-Unis, Cui Tiankai.

« La Chine et les Etats-Unis tirent des bénéfices du commerce bilatéral. Par conséquent, les tentatives de saborder le commerce sino-américain, ou même d’infliger des sanctions à la Chine, n’atteignent pas le but recherché », a déclaré M. Cui lors d’une réception organisée pour célébrer la Fête nationale chinoise.

« Si quelqu’un cherche à faire pression sur la Chine ou à imposer des sanctions à la Chine à cause de la situation en RPDC, peu d’Américains soutiendront cette initiative », a estimé M. Cui.

« Les travailleurs des usines américaines de construction d’avion, les cultivateurs de soja, les entreprises qui vendent des smartphones en Chine, les fabricants qui détiennent des parts de marché importantes en Chine, les entreprises du secteur des services qui ont un excédent commercial en Chine et les Etats américains qui font beaucoup de commerce avec la Chine s’y opposeront tous », a souligné M. Cui.

L’ambassadeur de Chine faisait référence à une remarque du président américain Donald Trump, qui avait écrit au début du mois sur son compte Twitter que les Etats-Unis pourraient « cesser toutes leurs activités commerciales avec les pays qui entretiennent des relations commerciales avec la RPDC« .

M. Cui s’est toutefois dit confiant en l’avenir des relations bilatérales, malgré les différends entre la Chine et les Etats-Unis.

Les deux pays collaborent étroitement pour préparer la visite d’Etat de M. Trump en Chine ainsi qu’une série de dialogues de haut niveau sur des questions telles que la cybersécurité et les échanges entre les peuples, qui ont été lancés au début de l’année.

« Les dialogues auront un effet positif sur les relations sino-américaines à long terme », a estimé M. Cui.

 

https://chine.in/actualite/cn/est-mauvaise-cible-des-sanctions-contre_102249.html

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Gattaz : « Il faut lutter contre le chômage partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon »

Par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille  |   |  3090  mots
(Crédits : REUTERS/Benoit Tessier)
Pierre Gattaz, le président du Medef, se réjouit de la réforme du droit du travail, notamment la possibilité dans les PME de conclure des accords directement avec les représentants des élus. En revanche, il est en désaccord sur la méthode employée par le gouvernement pour transformer le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en baisses de charges pérennes, qui va conduire, selon lui, à un renchérissement du coût du travail. Pierre Gattaz souhaite un plafonnement des cotisations sociales au-delà d’un certain niveau de salaire. Il propose aussi instituer une cinquantaine de zones franches fiscales pour inciter les investisseurs, notamment étrangers, à s’implanter dans les territoires français les plus en difficulté.

LA TRIBUNE – Droit du travail, fiscalité… Plusieurs vieilles revendications du Medef ont été prises en compte depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. Vous avez le sentiment d’avoir enfin affaire à un gouvernement pro-business ?

PIERRE GATTAZ – On s’en fiche du Medef ; on s’en fiche de Pierre Gattaz. Ce qui compte c’est le pays, ce sont les jeunes. La priorité des priorités c’est de combattre le chômage, véritable drame humain, social et économique. Le chômage est la cause de tous les maux. Il faut revenir à un taux d’environ 6 %. Et il faut absolument lutter contre le chômage de masse partout pour ne pas laisser des territoires à l’abandon.

Gauche et droite doivent définitivement comprendre que c’est l’entreprise qui crée l’emploi. Et je dois reconnaître qu’il y a eu des avancées sous les précédentes majorités. Les baisses de charges sous Nicolas Sarkozy, le Pacte de responsabilité sous François Hollande.

Alors, oui, depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, ça va dans le bon sens et ça me rend enthousiaste pour le pays. Les ordonnances sur la réforme du droit du travail, par exemple, vont enfin donner la possibilité aux entreprises de directement dialoguer avec leurs salariés. C’est une belle avancée qui va favoriser la confiance pour le redressement du pays.

Vous pensez que cette réforme va permettre de booster la croissance ?

Je vous le dis, cela va dans le bon sens même s’il faudra surveiller la rédaction des décrets d’application. Mais, comme je l’ai dit lors de notre dernière université d’été, je suis certain que l’on peut viser l’objectif de retrouver au moins 2 % de croissance annuelle en France. Néanmoins, pour cela, il faut rester cohérent et continuer de remettre à plat les règles sur le travail, la fiscalité, la formation professionnelle en remettant en selle l’apprentissage. Et surtout, il faut simplifier drastiquement l’administration. Je rêve d’une administration très facile à comprendre : complexe à l’intérieur mais facile pour l’utilisateur. Un peu comme nos téléphones portables qui sont d’une extrême complexité intérieure mais qu’un enfant de quatre ans sait utiliser.

Revenons sur les ordonnances : vous avez eu la simplification des règles du licenciement ; l’extension possible du contrat de projet, le plafonnement des indemnités prud’homales, davantage de négociations au niveau de l’entreprise… Vous devez être satisfait.

Je ne présenterais pas les choses comme ça, il y a un côté lutte des classes en disant « on a eu ». Ce n’est pas le Medef qui gagne mais le pays.

Soyons réaliste : 95 % des entreprises n’ont pas de syndicats, ce qui les empêche de nouer tout accord par le dialogue social. Pourquoi rester dans un tel statu quo ? C’est une différence que j’ai avec certains syndicats qui ne conçoivent le dialogue social qu’avec des délégués syndicaux alors que des représentants élus sont tout aussi légitimes et capables de mon point de vue dès lors qu’ils sont bien formés. Patronat et syndicats pourraient d’ailleurs bâtir une formation paritaire pour ces élus. Cela va responsabiliser à la fois les chefs d’entreprise et les salariés. Jusqu’à un effectif de 50, les entreprises vont enfin avoir la possibilité de conclure des accords avec eux. Une entreprise, c’est une communauté de travail, il me paraît tout à fait légitime que l’on puisse discuter directement avec les salariés, de l’organisation du travail par exemple. Les syndicats vont avoir avec ces réformes un espace de progression.

À l’inverse, quels sont à vos yeux les points faibles ou les manquements de ces ordonnances ?

D’abord, je regrette que cette faculté de passer des accords directement avec les élus ne concerne pas les entreprises jusqu’à 300 salariés. En limitant cette possibilité à 50 salariés, on renforce encore ce seuil qu’il faudrait à l’inverse lisser. Ensuite, je regrette l’augmentation de 25 % des indemnités légales de licenciement qui vont passer d’un cinquième à un quart de mois de salaire par année d’ancienneté. Enfin, je constate que l’on ne simplifie pas réellement le Code du travail car, si une entreprise ne parvient pas à conclure un accord, alors c’est le droit actuel qui continuera de s’appliquer. J’ajouterai que nous craignons les mauvaises surprises dans la rédaction des décrets d’application. En droit du travail, le diable se cache toujours dans les détails.

Estimez-vous qu’il y a une véritable inversion de la hiérarchie des normes ?

Les branches sont préservées, comme le souhaitait notamment Force ouvrière. Des dispositions décidées au niveau de la branche demeurent incontournables et les entreprises ne pourront pas y déroger. En revanche, il est exact qu’il y a davantage d’espace de libertés pour les entreprises : organisation, primes, salaires, etc.

Sur la fiscalité aussi vous devez être satisfait, avec le calendrier de baisse de l’impôt sur les sociétés, la transformation de l’ISF, l’instauration du prélèvement forfaitaire unique de 30 % environ sur les dividendes…

Il y a trois blocs de fiscalité qui nous préoccupent : le coût du travail, la fiscalité nationale et la fiscalité territoriale. Or, je vous rappelle que malgré le CICE [Crédit d’impôt compétitivité emploi, ndlr], le Pacte de compétitivité, etc. nous gardons encore un différentiel de prélèvements par rapport à l’Allemagne d’environ 80 milliards d’euros (au lieu de 120 milliards auparavant), à savoir 30 milliards d’euros pour le coût du travail et 50 milliards d’euros sur les impôts qui pèsent sur les facteurs de production. CVAE, C3S, taxes locales, etc. Toutes ces taxes n’ont pas cessé d’augmenter, entre 10 % et 20 % chacune entre 2012 et 2017, alors que le PIB n’a progressé que de 6 %. Reste donc la fiscalité nationale. Là, nous disons très bien, le gouvernement a maintenant « cranté » la baisse de l’IS [impôt sur les sociétés] déjà annoncée par François Hollande, ce qui est important pour l’attractivité de la France et pour faire cesser le french bashing encore en cours.

Quant à la flat tax, très importante, avec un taux de 30 %, c’est bien, c’est visible, et l’on se situe à peu près dans la moyenne européenne. Concernant l’ISF, cet impôt ne va être supprimé qu’en partie, sur la partie mobilière. Ce que nous regrettons car il va y avoir des problèmes de frontières entre mobilier et immobilier, ce qui va entraîner des complexités et des contrôles.

Mais, après n’avoir pas cessé de contester le mécanisme du CICE, vous semblez regretter maintenant qu’il soit transformé en baisse pérenne de cotisations sociales.

Ce n’est pas tout à fait cela. Nous avons un désaccord avec le gouvernement car la transformation du CICE telle qu’elle est prévue actuellement, en baisse de charges, risque d’induire une augmentation du coût du travail. Ce qui est absurde alors que la baisse des charges marche : le CICE et le Pacte ont provoqué la création de 300 000 emplois l’année dernière. Ne cassons pas cette dynamique. Donc on préférerait le statu quo. Ou alors, il faut davantage baisser les charges sociales pour compenser la hausse d’IS que va entraîner la transformation du CICE. D’autant plus que le gouvernement va retenir un taux de CICE à 6 % et non de 7 %.

En outre, il n’y a rien de prévu sur les charges sociales des salaires supérieurs à 2,5 Smic.

Résultat, pour les managers, les ingénieurs, les directeurs financiers, etc. les coûts s’envolent. C’est donc non seulement un regret mais c’est aussi une revendication que nous allons beaucoup porter dans les mois à venir. Nous souhaitons un plafonnement des cotisations sociales, salariales et patronales à compter d’un certain niveau de salaire. Nous avons lancé une expertise interne au Medef pour déterminer ce niveau. J’ajoute qu’un tel plafonnement existe chez nos voisins :

Royaume-Uni, Allemagne, Italie, Espagne. Or, quand vous êtes en pleine discussion sur les conséquences du Brexit et qu’il y a compétition entre Francfort et Paris, cela compte.

Si vous regrettez que l’État récupère 7 milliards d’euros à l’occasion de la transformation du CICE puisque cela va entraîner le versement de davantage d’IS, pourquoi continuer à verser autant de dividendes, en hausse de 6,1 % en un an ?

D’abord, l’explosion des dividendes, comme vous dites, ne concerne que les entreprises du CAC 40 qui ont des actionnaires dans le monde entier… dont l’État français qui est un très gros demandeur de dividendes. Dans les sociétés patrimoniales que je connais, nous sommes beaucoup plus mesurés, on ne redistribue en moyenne que 20 à 25 % des bénéfices. Je ne maîtrise pas l’actionnariat du CAC 40 et cela fait de toute façon partie du capitalisme mondial : des actionnaires investissent et en retour ils veulent des dividendes. J’insiste, il ne faut pas confondre les dividendes du CAC 40 avec les dividendes de milliers d’entreprises en France, PME et ETI [Entreprises de taille intermédiaire].

Autre nouveau combat du Medef, et de son président, la revitalisation des territoires. Comment agir pour que l’emploi se développe partout, y compris dans les bassins d’emploi qui ont le plus souffert de la désindustrialisation ?

Je vous l’ai dit, notre bataille, à nous chefs d’entreprise, c’est le chômage. On ne peut pas vivre dans un pays où, même si l’emploi va mieux dans les zones qui vont bien, les grandes métropoles notamment, on laisse des territoires en déshérence. Nous avons bien regardé cela avec les Medef territoriaux : il y a en France entre 50 et 100 bassins d’emploi en grande difficulté, avec parfois plus de 20 % de chômage. C’est inacceptable ! Dans ces territoires oubliés, les gens sont désespérés parce qu’il n’y a plus d’emplois, les commerces de centre-ville disparaissent, et s’installe un cercle vicieux dont on a le sentiment de ne plus pouvoir sortir, avec toutes les conséquences politiques que l’on voit.

Le Medef travaille donc depuis le mois de janvier sur ces questions. C’est du temps long. Je cite souvent l’exemple de la Bretagne qui, dans les années 1960, était un peu dans cette situation : peu d’emplois, peu de transports, peu de développement économique. De Gaulle puis Pompidou y ont répondu en relançant les infrastructures, des axes routiers, un projet industriel dans les télécoms et cela a permis de changer le cours des choses. Aujourd’hui, on a une France inversée, puisque l’Ouest va mieux alors que c’est l’Est des anciens bassins sidérurgiques qui va moins bien. C’est la preuve qu’il n’y a pas de fatalité : il est possible d’agir. Tout le monde doit s’y mettre : sans revenir aux grands plans pompidoliens, la priorité, c’est de répertorier tout ce qu’on peut faire. Chaque bassin d’emploi est spécifique : il faut donc une action sur-mesure, c’est très important de le comprendre. La Vendée est un exemple à regarder : c’est une région très entrepreneuriale, qui a un très bas taux de chômage. Mais il y a d’autres exemples : la vallée de l’Arve dans le décolletage, Oyonnax dans la plasturgie… la France fourmille d’exemple de succès locaux. Le tourisme aussi est un levier formidable, à l’exemple du Puy-du-Fou en Vendée. Il n’y a pas une recette unique mais il faut s’y mettre pour trouver un avenir à ces bassins d’emploi en grande difficulté.

Il faut les identifier, et répertorier une vingtaine ou une trentaine de solutions. Certaines sont génériques : doper les infrastructures télécom et numérique pour que la connectivité soit assurée, et soutenir l’entrepreneuriat local. Il faut que les jeunes entrepreneurs soient incités à rester, plutôt que de partir parce que la connexion Internet ne fonctionne pas. Il faut aussi mettre l’accent sur le maintien ou le retour des commerces de centre-ville. Il y a trop de villes moyennes qui sont devenues des déserts et où tout se passe à l’extérieur dans des grandes surfaces qui tuent l’activité locale. Enfin, je propose que l’on prenne une mesure fiscale très simple, de type franchise pour inciter à investir localement dans ces bassins d’emploi pour que les investisseurs, notamment étrangers, aillent à Charleville-Mézières ou à La Souterraine dans la Creuse.

Vous voulez créer des zones franches dans toute la France ?

Oui, une franchise sur les impôts locaux ou sur l’IS, très lisible pour les étrangers. Il faut que cela soit simple à comprendre, simple à traduire en anglais, afin que les élus puissent en faire la promotion. Dans tous les pays du monde, quand vous investissez, vous regardez le taux d’IS et les impôts locaux. J’en parle sans filet, sans que nous ayons encore étudié le sujet en détail avec les pouvoirs publics, parce que je crois à cette idée et que cela peut être rapidement efficace.

Oui mais tel que vous le présentez, cela va plutôt coûter de l’argent public au départ. N’est-ce pas contradictoire avec votre demande de diminuer la dépense publique ?

Notre position n’a pas varié : il y a encore 100 milliards d’euros d’économies à faire sur les dépenses publiques, soit 20 milliards par an, pour rétablir notre situation par rapport à la moyenne européenne. Mais cela ne doit pas nous empêcher d’investir dans l’avenir. Ce que nous observons, c’est qu’en réalité, il y a beaucoup d’aides ou de subventions qui se sont accumulées avec le temps au niveau national ou local, mais dans une logique de saupoudrage, illisible pour un investisseur qui regarde de nombreux dossiers dans différents pays. Plus personne n’y comprend rien, dans le millefeuille territorial : ce n’est pas transparent, et même pas « marketé », car rares sont les personnes qui ont accès à l’information. Regroupons toutes ces aides en un dispositif unique et fort, et communiquons dessus puissamment.

C’est un investissement public, je le conçois, mais il faut parfois sortir de la logique budgétaire comptable statique pour adopter une vision économique dynamique. Nous, entreprises, nous sommes dans une dynamique de croissance. Ce qu’il faut faire, c’est allumer tous les moteurs de la création d’emplois sur tout le territoire. Cela va de pair avec une vision à long terme : que faire pour relancer ces territoires à dix ou quinze ans ? C’est pour cela que je parle d’un investissement, comme Pompidou et de Gaulle ont eu une vision à trente ans du pays. C’est cela qui nous fait défaut aujourd’hui. Avec les mutations rapides que nous connaissons, technologiques notamment, il faut avoir une vision de la France en 2030, en regardant en particulier les territoires qui se sentent les plus abandonnés. Car sans vision, toutes ces mutations deviennent des menaces : l’Afrique, le numérique, les robots, ce ne sont pas des risques dont il faut se protéger en se barricadant, mais de formidables opportunités pour créer de l’activité et de l’emploi en France. C’est cela la bonne politique. Arrêtons d’être défensifs. La période que nous vivons est une formidable occasion de rebondir.

Ces mutations sont une bonne chose pour la France, mais aussi à l’échelon local parce qu’avec le numérique, tout le monde peut avoir accès au monde entier, où que l’on soit. Prenez Charleville-Mézières : juste à côté, vous avez la Flandre ou le Luxembourg qui ont à peine 3 % de chômage. Est-ce donc impossible ? Non. Ce qu’il faut, c’est définir une stratégie à quinze ou vingt ans, afin de redonner de l’espoir dans ces territoires et prendre cela en main bassin d’emploi par bassin d’emploi, avec les élus. Quand j’ai lancé cette réflexion en janvier avec les Medef territoriaux, j’ai reçu un accueil enthousiaste. Ils sont très motivés.

Bruno Le Maire a annoncé un plan pour doper les ETI en France, sujet cher au Medef et à Yvon Gattaz [père de Pierre et ancien président du CNPF, l’ancêtre du Medef, Ndlr]. Que lui recommandez-vous de faire pour réussir à faire grandir nos entreprises ?

Les entreprises de taille intermédiaire, c’est notre faiblesse, on le sait. Il n’y en a que 4 500 en France contre 9 000 à 10 000 en Grande-Bretagne ou en Italie et 12500 en Allemagne dont cela fait la force. C’est complètement lié au sujet précédent : ce sont des entreprises stables, qui innovent, qui font attention à leurs salariés et sont ancrées dans le bassin d’emploi. Il faut multiplier par deux le nombre des ETI en France d’ici dix ans. Cela veut dire que toutes les PME en dessous de 250 salariés doivent passer au-dessus. Il suffit de faire grandir nos PME en boostant la chaîne qui va de la startup à la grande entreprise. Et c’est possible. À ce propos, je regrette que l’on n’ait pas remis en cause les seuils sociaux de 9 et surtout celui de 49 salariés car cela bride la croissance des entreprises.

Pour grossir, il faut aussi un mouvement de concentration et que les grands groupes aient une attitude plus constructive avec leurs fournisseurs et sous-traitants. La France n’est pas toujours exemplaire sur ce point ?

Je suis d’accord. Au Medef, nous encourageons autant que possible la chasse en meute, sur le plan géographique, mais aussi sur le plan technologique, afin que des grands groupes accompagnent des PME sur les marchés étrangers et dans leurs projets innovants. Cela passe aussi par une amélioration de nos filières industrielles en suivant le bon exemple de l’industrie aéronautique et le GIFAS. Il y a un travail à faire pour remobiliser nos fédérations. C’est le bon moment.

Propos recueillis par Jean-Christophe Chanut et Philippe Mabille

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Sa succession : « Restons concentrés »

En juillet 2018, vous passez la main à la tête du Medef. Comment va s’organiser votre succession ? Nous tiendrons un Conseil exécutif en décembre pour préciser les modalités de l’élection. La campagne commencera le 1er janvier 2018. Six mois ça va être déjà long. Aussi je ne voudrais pas que l’on s’éparpille d’ici là. Restons concentrés sur les dossiers de fond, il faut bosser jusqu’au bout. J’ai instauré le mandat unique à la présidence du Medef et je ne le regrette pas. D’ailleurs, cela devrait être la règle partout. Un mandat unique n’a que des avantages : vous ne pensez pas à vous faire réélire, vous ne faites pas de petits calculs et de clientélisme. Ainsi, vous restez libre et concentré jusqu’au bout sur la mission pour laquelle vous avez été élu.

 

http://www.latribune.fr/economie/france/gattaz-depuis-l-arrivee-de-macron-ca-va-dans-le-bon-sens-750152.html#xtor=EPR-2-%5Bl-actu-du-jour%5D-20170915

 

Revue de presse nationale et internationale.

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