Les experts de l’ONU tués en RDC ont-ils été victimes d’un guet-apens ?

Les experts de l’ONU tués en RDC ont-ils été victimes d’un guet-apens ?

Par Jeune Afrique avec AFP

Selon un enregistrement obtenu par RFI, les deux experts de l’ONU assassinés il y a six mois en RDC auraient été induits en erreur la veille de leur mort par des agents des services de renseignement congolais. Le gouvernement estime que ces éléments auraient dû être mis à la disposition de la justice.

Assassinés le 12 mars à Bunkonde alors qu’ils enquêtaient sur des fosses communes dans le Kasaï, où des violences opposent depuis septembre 2016 des forces de sécurité aux milices Kamuina Nsapu, la Suédo-Chilienne Zaida Catalan et l’Américain Michael Sharp ont-ils été victimes d’un guet-apens ? C’est en tout cas ce qu’a suggéré RFI, mercredi 13 septembre, en publiant des extraits du script de l’enregistrement d’une conversation des deux experts mandatés par les Nations unies avec un adepte de la milice Kamuina Nsapu s’exprimant en tshiluba, et d’autres personnes faisant office de traducteurs

D’après l’analyse du script de cette conversation, explique la radio internationale, « au moins trois participants induisent volontairement en erreur les deux experts sur leur niveau de sécurité à Bunkonde ». À la 46e minute de cet entretien long de plus d’une heure, l’adepte, François Muamba, déconseille aux deux experts de se rendre dans cette localité. Il s’inquiète notamment d’une possible « embuscade » pouvant les viser. Mais ses propos « ne sont pas traduits », affirme RFI. Au contraire, on leur assure « qu’en ce qui concerne les garanties, à Bunkonde, vous pouvez arriver, il n’y a rien, il n’y a rien ».

Parmi les trois interprètes, on retrouve, toujours selon RFI, un membre de l’Agence nationale des services de renseignement (ANR), ainsi qu’un dénommé Thomas Nkashama. Ce dernier est « aujourd’hui agent de la DGM (Direction générale de migration) » et « proche du nouveau chef Kamuina Nsapu adoubé par les autorités ».

« Une violation très grave de la procédure pénale »

La journaliste Sonia Rolley, qui signe l’enquête, était la correspondante de la radio en RDC jusqu’à ce que Lambert Mende, le ministre congolais de la Communication et des Médias, décide en mai de ne pas donner suite à sa demande de renouvellement d’accréditation. « Si elle a des éléments, elle les met à la disposition de la justice, a-t-il réagi suite à ces révélations. C’est une violation très grave de la procédure pénale. »

Si l’intégration d’experts indépendants à l’intérieur du système congolais n’est pas possible, nous prendrons notre initiative, a déclaré le secrétaire général de l’ONU

« Il y a un procès qui est en cours. Nous nous abstenons de commenter le cours de la justice », a déclaré pour sa part la porte-parole de la Mission des Nations unies (Monusco) lors de son point-presse hebdomadaire. De son côté, le secrétaire général de l’Organisation, Antonio Guterres, a évoqué la possibilité d’une enquête indépendante de l’ONU, une hypothèse qui avait été précédemment écartée.

« Nous sommes en train de faire des consultations (…) pour mettre en place notre dispositif » d’enquête, a-t-il indiqué. « Il y avait différentes possibilités. La plus efficace serait à mon avis l’intégration d’experts indépendants à l’intérieur du système congolais. Je ne sais pas si ce sera possible ou non. (…) Sinon nous prendrons notre initiative », a ajouté Guterres, sans la détailler mais en précisant que des consultations étaient en cours à l’ONU « pour mettre en place le système qui puisse être le plus efficace possible pour que la vérité soit connue ».

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Un rapport confidentiel de l’ONU accuse la coalition saoudienne d’avoir tué des centaines d’enfants yéménites

Vous notez qu’on en a beaucoup moins parlé que du Venezuela…

Source : Foreign Policy, Colum Lynch, 16-08-2017

Le conseiller principal de l’ONU recommande que la coalition soit mise sur la liste noire des pays qui tuent et mutilent des enfants en période de guerre.

Une coalition militaire mené par l’Arabie saoudite conduisant des attaques aériennes sur le Yémen a commis de « graves violations » des Droits de l’Homme à l’encontre d’enfants l’année dernière, en tuant 502 et en blessant 838, d’après un rapport préliminaire du secrétaire général des Nations unies, António Guterres.

« Le meurtre et les mutilations d’enfants restent les plus répandues des violations » du droit des enfants au Yémen, selon le projet de rapport de 41 pages obtenu par Foreign Policy (magazine américain, NdT). « Dans la période d’inspection, les attaques aériennes ont été la cause de plus de la moitié des enfants victimes, avec au moins 349 enfants tués et 333 enfants blessés. »

L’Arabie saoudite et ses alliés essaient depuis mars 2015, avec le soutien américain, de forcer les rebelles Houthis à quitter le pouvoir au Yémen. Mais les attaques aériennes de la coalition sont durement critiquées, pour la mort de civils, la dévastation d’infrastructures et la destruction du patrimoine architectural du pays.

D’après une source bien placée, Virginia Gamba, responsable en chef du rapport préliminaire confidentiel et représentante spéciale des enfants maltraités en temps de guerre de la direction de l’ONU, a informé lundi les hauts responsables de l’ONU, qu’elle envisage de recommander que la coalition conduite par les Saoudiens soit ajoutée à une liste de pays et d’organisations qui tuent et estropient des enfants. Cette décision devra être prise par Guterres, qui rendra le rapport définitif public dans le courant du mois.

La coalition aérienne, menée par les Saoudiens, a été responsable du plus grand nombre d’enfants victimes, 683, les rebelles Houthi en ayant tué ou blessé 414. En comparaison, on a dénombré six morts d’enfants causées par l’État Islamique et un mort d’enfant par al-Qaïda.

Les forces aériennes de la coalition ont également rasé 28 écoles.

La coalition menée par les Saoudiens est la seule force en présence au Yémen à être équipée d’avions et d’hélicoptères de combat, ce qui en fait la responsable probable de ces actions.

Les conclusions ont été intégrées à la version préliminaire du rapport annuel de l’ONU sur les Enfants et les Conflits armés, qui ont documenté les violations de droits de l’homme envers au moins 15 500 enfants l’an passé, que ce soit par des forces gouvernementales, des terroristes ou des groupes d’opposition armés, dans plus d’une douzaine de théâtres de conflits dans le monde. Quatre mille cas de maltraitance d’enfants ont été attribués à des gouvernements, la grande majorité des atrocités restantes, 11 500, ayant été commises par des organisations terroristes ou des insurgés.

D’après deux sources bien placées, les autorités saoudiennes ont insisté en privé auprès de l’ONU pour pouvoir engager des débats en haut lieu avant que le rapport ne soit publié. Et ils ont obtenu en cela le soutien des États-Unis, qui ont pressé l’ONU de ne pas faire figurer la coalition menée par les Saoudiens sur la liste, arguant qu’il serait injuste d’y faire figurer tous les membres de la coalition, y compris ceux qui n’ont pas commis d’atrocités. Outre l’Arabie saoudite, la coalition comprend le Bahreïn, l’Égypte, le Koweït, le Soudan et les Émirats Arabes Unis.

En lieu et place, Washington a fait pression pour que l’ONU ne liste que les États, pris individuellement, directement responsables d’atrocités, d’après les mêmes sources. Mais la tâche d’identifier quel État en particulier est responsable est compliquée par le fait que la coalition ne divulgue pas d’information sur l’engagement particulier de tel ou tel de ses membres dans les opérations, d’après les sources officielles.

Un responsable de la mission américaine à l’ONU a nié ces assertions, disant que « ils n’avaient pas présenté de tels arguments à qui que ce soit à l’ONU ».

La publication du rapport, prévue dans le courant du mois, met Guterres face à un dilemme compliqué : s’il met en cause la coalition saoudienne, il prend le risque d’une rupture avec les gouvernements arabes les plus influents à l’ONU. Mais s’il n’agit pas, il sera probablement accusé d’affaiblir l’engagement de l’ONU pour les droits de l’homme.

En février, Guterres a tenté de trouver une voie intermédiaire, en proposant à ses hauts conseillers d’attendre trois à six mois pour publier le rapport, afin d’inciter la coalition à améliorer sa conduite. Mais le bureau de l’avocat des enfants auprès de l’ONU a craint qu’un délai les expose à des critiques. Guterres, qui devrait recevoir le rapport final cette semaine, n’a pas indiqué ce qu’il allait faire.

L’impasse actuelle découle de l’adoption, en 2001, de la résolution 1379 du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui mandate un haut responsable de l’ONU pour livrer un rapport annuel sur les attaques envers des enfants dans les conflits armés, comprenant en annexe une liste noire de gouvernements et de groupes terroristes ou groupes armés tuant ou estropiant des enfants. Mais cette résolution a soulevé d’importantes controverses parmi les États, qui n’apprécient pas d’être désignés publiquement et de figurer sur une liste incluant quelques-unes des organisations terroristes les plus connues du monde, comme al-Qaïda, Boko Haram ou l’État Islamique.

La dernière version du rapport préliminaire montre une baisse du nombre de pertes humaines documentées au Yémen. La version de Gamba explique cette baisse par une diminution provisoire des combats, suite à la signature de cessation des hostilités en avril 2016. Mais elle déclare également que le vrai décompte des victimes pourrait être plus élevé, prenant note que « la documentation des atteintes aux droits des enfants a été limitée par des restrictions d’accès et l’insécurité ».

Gamba déclare à FP [NdT: Foreign Policy] que le contenu du rapport final , qui est encore discuté au sein de plusieurs directions de l’ONU, n’est « pas encore finalisé » et que pour l’instant, aucune décision finale n’a été prise sur les pays à inclure dans la liste noire. Elle dit également ne pas être au courant des tentatives des États-Unis de s’opposer à l’ajout de la coalition saoudienne sur cette liste. « Rien de ce que vous décrivez ne m’est parvenu », a-t-elle déclaré. Et elle n’a ni confirmé ni infirmé avoir recommandé que la coalition menée par les Saoudiens figure sur cette liste.

Stephane Dujarric, porte-parole en chef de l’ONU, n’a pas souhaité commenter les conclusions de Gamba, mais il a indiqué que la version du rapport que FP s’est procuré « n’est pas la version finale ».

L’an dernier, l’Arabie saoudite avait été ajoutée sur la liste, sur la base de la responsabilité de la coalition saoudienne dans la mort de plus de la moitié des 1 953 enfants victimes dans le conflit du Yémen.

En réponse, l’Arabie saoudite avait menacé de faire sortir les pays arabes de l’ONU, et de mettre fin à des aides s’élevant à des centaines de millions [NdT: de dollars] en faveur des programmes de lutte contre la pauvreté des organisations internationales, à moins que la coalition ne soit retirée d’une liste d’États voyous de l’ONU. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait cédé à contrecœur et accepté de retirer temporairement la coalition de la liste, s’appuyant sur le fait que la perte des donations du golfe Persique mettrait en péril les vies de millions d’enfants du Sud-Soudan au Yémen.

Mais il avait prévenu que la coalition serait de nouveau placée sur la liste, à moins qu’un examen conjoint entre l’ONU et les Saoudiens de la conduite des opérations ne conclue au manque de justification des allégations, ou que les attaques envers les enfants cessent. Pour autant, les Saoudiens n’ont jamais été remis sur la liste et les attaques n’ont jamais cessé.

D’après l’UNICEF, environ 600 enfants ont été tués et 1150 blessés au Yémen entre mars 2016 et mars 2017.

La mission saoudienne auprès des Nations Unies n’a pas donné suite à notre demande de commentaires. Mais les officiels saoudiens ont soutenu en privé, lors de discussions avec l’ONU, avoir pris des mesures pour éviter les victimes parmi les enfants, et souligné que le nombre de morts et de blessés rapporté a baissé significativement depuis l’an dernier.

Des groupes extérieurs déclarent que la baisse n’est pas tant causée par les mesures de la coalition que par le fait que les observateurs extérieurs, parmi lesquels les enquêteurs de Human Right Watch et Amnesty International, se sont vu refuser l’accès au Yémen à bord des avions d’aide de l’ONU. En juillet, la coalition menée par les Saoudiens a bloqué un convoi d’aide de l’ONU pour Sanaa, la capitale du Yémen contrôlée par les Houthis, au motif que trois journalistes de la BBC faisaient partie du vol.

« En dépit de toutes les promesses des Saoudiens faites à l’ONU, aux États-Unis et au Royaume-Uni de limiter leurs actions, il n’y a pas vraiment eu d’amélioration dans la vie des enfants yéménites », déclare Akshaya Kumar, représentante adjointe de Human Rights Watch auprès de l’ONU. « Des écoles sont encore attaquées, des bombes sont encore larguées et des enfants sont encore tués. »

Crédit photo : FAYEZ NURELDINE/AFP/Getty Images

Source : Foreign Policy, Colum Lynch, 16-08-2017

 

http://www.les-crises.fr/un-rapport-confidentiel-de-lonu-accuse-la-coalition-saoudienne-davoir-tue-des-centaines-denfants-yemenites/