Questions sans réponses

Questions sans réponses

12 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Nous n’évoquerons pas ici l’incompréhensible (doux euphémisme) accord entre Erdogan et Poutine pour l’achat de S400 par la Turquie, pour lesquels Ankara annonce avoir déjà réalisé un pré-paiement.

On sait qu’il y a deux ans, Israël s’était entraîné en Grèce à contourner le S300 dans l’optique d’une guerre contre l’Iran (on appréciera au passage la trahison grecque…) Désormais, et au vu des multiples retournements de veste du sultan, l’OTAN ou Tel Aviv seront susceptibles de piocher à loisir dans le nec plus ultra de la défense anti-aérienne russe tandis que les alliés historiques de Moscou (Iran, Syrie) se contenteront de poussiéreux systèmes moins avancés. Allez comprendre…

Mais c’est une nouvelle fois sur la Syrie que les interrogations les plus urgentes se  portent. Nous avons averti à plusieurs reprises que, malgré l’avancée gouvernementale, nous n’étions peut-être pas au bout de nos surprises. Nous sommes servis.

La dernière en date est la soudaine et rapide progression vers Deir ez-Zoor des SDF (qui rappelons-le sont des milices majoritairement kurdes mais comprenant aussi des bataillons arabes, le tout chapeauté par Washington). Aux dernières nouvelles, les SDF ne seraient qu’à 5 km de la ville.

Et là, c’est le brouillard, évidemment agrémenté de son lot d’intox comme le pseudo-bombardement d’un poste loyaliste par l’aviation US… Va-t-on vers une énième confrontation dans ce conflit qui n’en manque pas, cette fois entre Damas et les Kurdes, les deux grands vainqueurs de la guerre ? Ou au contraire assiste-t-on à un plan concocté en amont à Hambourg par Vlad et le Donald et mis en oeuvre par leur état-major respectif ? Dans le doute, présentons toutes les hypothèses :

  • L’empire contre-attaque : conflagration dans l’Est syrien

Nous avons expliqué à de très nombreuses reprises que le facteur premier de la guerre est la (re)constitution ou non de l’arc chiite, c’est-à-dire la mainmise sur la frontière syro-irakienne :

Dans notre grand jeu Qui mettra la main sur le territoire califal ? – question qui sous-tend à vrai dire tout le conflit syrien -, les loyalistes ont marqué plusieurs dizaines de points depuis un mois, pour le plus grand malheur de l’axe israélo-saoudien. Le blitz royal vers la frontière syro-irakienne a évidemment fait sonner toutes les alarmes à Riyad et Tel Aviv, permettant l’accès à la Méditerranée pour l’Iran (et même, dans le futur, pour les routes de la Soie chinoises).

Dans ce contexte, les SDF kurdisées du Rojava sont des proxies que l’empire utilise pour descendre vers le sud et tenter, non de couper car c’est trop tard, mais de réduire le corridor chiite :

Al Bukamal, bientôt le dernier bastion urbain de Daech et bataille ultime de la longue guerre syrakienne ? C’est bien possible… A moins que tout n’ait déjà été réglé par de discrets envoyés dans les couloirs du pouvoir à Moscou, Washington, Damas et Téhéran, l’on pourrait assister à une détonante convergence de l’armée syrienne, des YPG kurdo-américaines, des UMP iranisées et de l’armée irakienne. Deux contre un si l’on considère, dans le meilleur des cas pour les Américains, que l’armée irakienne restera neutre : le rapport de force n’est de toute façon pas en faveur de l’empire. Le tout face à une résistance désespérée de l’EI dont ce sera le chant du cygne. Chaud devant…

Et c’est la récente libération de Deir ez-Zoor par les loyalistes et le projet de ponter l’Euphrate (tous les ponts avaient été détruits par l’aviation américaine) pour passer de l’autre côté qui auraient fait sonner les alarmes, provoquant peut-être même la possible visite du prince héritier de Riyad à Tel Aviv.

Ainsi, l’actuelle avancée kurde serait l’ultime tentative d’un système impérial qui n’a pas lâché l’affaire et vise toujours, pour les beaux yeux des Israoudiens paniqués, à séparer l’Irak et l’Iran de la Syrie et du Hezbollah. Votre serviteur l’a expliqué tellement de fois, surtout du temps d’Obama, qu’il est inutile d’insister ; le fidèle lecteur en connaît par coeur les tenants et les aboutissants. Sauf que…

  • Entente américano-russe sur le dos de tout le monde

Quelque chose ne colle pas (plus ?) dans l’hypothèse ci-dessus et une simple carte le montre. Au printemps (avril-mai en l’occurrence), les Américains et leurs proxies avaient tout le temps du monde pour mettre la main sur la frontière syro-irakienne et couper définitivement l’arc chiite en deux alors que l’armée syrienne était encore à des années-lumière. Ils n’ont rien fait…

Pire, ils ont laissé sans bouger un orteil les loyalistes manger le territoire daéchique en Syrie centrale, couper l’herbe sous le pied des « modérés » d’Al Tanaf, progresser inexorablement le long de l’Euphrate au nord et libérer Deir ez-Zoor.

Et c’est seulement maintenant que l’empire, après des mois de sommeil, se réveillerait et déciderait que non finalement, il faut faire quelque chose ? Difficilement crédible.

D’autant plus que ce qui intéresse surtout les Israoudiens, c’est l’extrême-sud syrien (1) et la partie méridionale de la frontière syro-irakienne (2), moins sa partie septentrionale (3). Or l’on a vu que l’administration Trump avait laissé en plan Bibi la terreur et ses cris d’orfraie sur Deraa (1) et il est fortement question depuis quelques temps que la poche d’Al Tanaf (2) soit évacuée, y compris par les forces spéciales US. Dans ce contexte, on comprendrait mal que Washington ait soudain changé sa course et se mette en tête d’occuper le bout nord de l’interface chiite (3).

L’avancée kurde fait plus sûrement partie d’un plan concerté en haut lieu et il est d’ailleurs à noter que les médias de Damas ou de Moscou se gardent de la critiquer, ce qui pourrait être une indication. C’est plus ou moins confirmé par les dires des généraux de la coalition américaine qui affirment qu’un canal de communication existe entre l’armée syrienne et les SDF afin de ne pas se marcher dessus. Officiellement, l’opération kurde vise la vallée du Khabur, le principal affluent de l’Euphrate dans la région (les hachures de la carte représentent les opérations à venir) :

A noter également les déclarations du porte-parole des SDF, Talal Silo :

« Nous avons reçu des instructions claires selon lesquelles, après l’élimination de Daech, nous n’agirons pas contre le régime [Assad] ni contre les Russes, les forces iraniennes ou le Hezbollah. »

Pas de conflit donc, mais pas un mot non plus d’un éventuel retrait des Kurdes, après la disparition de l’EI, de cette région pourtant fort éloignée de la zone de peuplement kurde (l’habillage « SDF » qui permet hypocritement d’y faire participer les tribus arabes ne trompe personne). Tout cela nous laisse délicieusement dans l’expectative…

Car si notre deuxième hypothèse (plan américano-russe en amont) est la bonne, nous n’en connaissons toutefois pas les modalités ni les conséquences, et une collision est toujours possible. Partage de zones d’influence de part et d’autre de l’Euphrate ? Tentative kurde de préparer l’après-guerre et de faire monter les enchères (les principaux puits de pétrole du pays se trouvent à l’est de Deir ez-Zoor, notamment dans la vallée du Khabur) ? Retrait des SDF de la zone contre le retrait des troupes syriennes encore présentes à Hassaké et Qamishlo, en plein Rojava ?

Voire – et nous revenons ici partiellement à la première hypothèse – échange de bons procédés entre les Kurdes et les Israoudiens : amincissement du corridor chiite contre reconnaissance par Riyad et Tel Aviv du droit à l’indépendance du Kurdistan. On avait vu que la Saoudie n’y était pas défavorable (pour des raisons tout à fait cyniques d’ailleurs). Israël vient également de s’y mettre en soutenant la création d’un « grand Kurdistan ».

Tout est possible et l’avenir nous réserve encore certaines quelques surprises de derrière les fagots…

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/questions-sans-reponses.html

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