Les Rohingya du Myanmar…

Les Rohingya du Myanmar…


… Des pions dans la guerre que les Anglais livrent aux Chinois par l’intermédiaire des djihadistes saoudiens


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 4 septembre 2017

L’attention des médias est dirigée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l’ancienne Birmanie. Selon la presse « occidentale », les Rohingya musulmans sont injustement vilipendés, chassés et tués par des foules bouddhistes et par l’armée dans l’État de Rakhine près de la frontière avec le Bangladesh. Les « organisations humanistes libérales » comme Human Rights Watch joignent leurs voix à celles d’islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour déplorer le sort des Rohingya.
Cette curieuse alliance s’est également nouée pendant les guerres en Libye et en Syrie. Cela doit nous alerter. Y aurait-il autre chose derrière ce conflit local au Myanmar ? Est-ce que quelqu’un jette de l’huile sur le feu ?
C’est bien le cas, en effet.
Alors que le conflit ethnique dans l’État de Rakhine est très ancien, il s’est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l’Arabie saoudite. La zone a un intérêt géostratégique :
L’État de Rakhine joue un rôle important dans OBOR [la nouvelle route de la soie chinoise], car il s’agit d’une sortie vers l’océan Indien où sont prévues des réalisations chinoises pour un montant d’un milliard de dollars : une zone économique sur l’île de Ramree, et le port en eau profonde de Kyaukphyu qui a des pipelines de pétrole et de gaz naturel reliés à Kunming dans la province du Yunnan.
Les pipelines qui vont de la côte ouest du Myanmar vers la Chine à l’est permettent l’importation d’hydrocarbures du golfe Persique vers la Chine tout en évitant le goulet d’étranglement du détroit de Malacca et les sites de la mer de Chine méridionale qui font l’objet d’une contestation.
C’est « l’intérêt de l’Occident » d’entraver les projets de la Chine au Myanmar. Encourager le djihadisme dans l’État de Rakhine pourrait y contribuer. Il existe un précédent historique d’une telle guerre par procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les musulmans Rohingya du Rakhine à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.
Les Rohingya immigrent dans les régions du nord d’Arakan, l’État actuel du Rakhine au Myanmar, depuis le XVIe siècle. Il y a eu une grande vague d’immigration sous l’occupation impériale britannique, il y a environ cent ans. L’immigration illégale en provenance du Bangladesh s’est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingya musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité du Rohingya est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux d’Arakanese. Ces derniers se sentent sous pression dans leur propre pays.
Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il y a de nombreux hameaux habités à 100% par les uns ou les autres. Les Rohingya sont généralement peu intégrés au Myanmar. La plupart ne sont pas reconnus officiellement comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit entre les musulmans et les bouddhistes a éclaté en 2012.
Depuis lors, une insurrection clairement islamique s’est développée dans la région. Elle a pris le nom d’Armée du Salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) et elle est dirigée par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste pakistanais. (ARSA s’appelait auparavant Harakah al-Yakin, ou Mouvement de la paix.) Ataullah est né dans la grande communauté Rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et c’était un Imam wahhabite en Arabie saoudite avant son arrivée au Myanmar. Depuis, en lavant les cerveaux, il a recruté et formé une armée locale de guérilla d’environ 1000 Takfiris.
Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500 000 Rohingya à Karachi. Ils sont arrivés du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à la demande du régime militaire du général Zia ul-Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l’Afghanistan :
La communauté Rohingya [à Karachi] est plus religieuse et elle envoie ses enfants dans les madrassas. C’est une des principales raisons pour lesquelles de nombreux partis religieux, en particulier l’Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, ont leur base organisationnelle dans les quartiers birmans.
(…)
 
« Un certain nombre de Rohingya vivant à Arakan Abad ont perdu des proches dans les attaques bouddhistes de juin 2012 au Myanmar », a déclaré Mohammad Fazil, un militant local de la JI.
 
Les Rohingya de Karachi recueillent régulièrement des dons, le Zakat 1 et des peaux d’animaux sacrifiés, et les envoient au Myanmar et au Bangladesh pour aider les familles déplacées.
Reuters a noté, à la fin de 2016, que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l’Arabie saoudite :
« Le groupe de musulmans Rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des gens qui ont des liens avec l’Arabie saoudite et le Pakistan », a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG), jeudi, en donnant quelques noms.
(…)
 
« Bien qu’on en n’ait pas de preuves, il semble que  [Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, pour s’entraîner à la guérilla moderne », a déclaré le groupe. Il a noté qu’Ata Ullah était l’un des 20 Rohingya d’Arabie saoudite qui dirigeaient les opérations du groupe dans l’État de Rakhine.
 
Par ailleurs, un comité des 20 émigrés Rohingya influents supervise le groupe qui a son siège à La Mecque, a déclaré l’ICG.
Les djihadistes d’ARSA affirment qu’ils n’attaquent que les forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été pris dans des embuscades et massacrés. Des hameaux bouddhistes ont également été brûlés.
Le gouvernement du Myanmar prétend qu’Ataullah et son groupe veulent instituer un État islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d’autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et a tué environ 12 policiers. L’armée et la police ont répondu, comme toujours dans ce conflit, en brûlant des communes Rohingya soupçonnées de cacher des forces de la guérilla.
Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de bouddhistes locaux arakanais fuient leurs villes et se réfugient dans la capitale du Rankine. Des musulmans Rohingya locaux fuient vers le Bangladesh. Seuls les derniers réfugiés semblent retenir l’attention internationale.
L’armée du Myanmar gouverne le pays depuis des décennies. Sous la pression économique, elle s’est ouverte à l’Occident de manière formelle en instituant la « démocratie ». La chérie de l’Occident au Myanmar est Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle joue un rôle important dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste, et le pouvoir réel est encore détenu par les généraux.
Aung San Suu Kyi a été choisie pour servir d’icône démocratique, mais elle a peu de mérite personnel, à part celui d’être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l’Armée birmane pour l’indépendance (BIA) et le « père de la nation ». Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l’armée impériale japonaise pour mener une guérilla contre l’armée britannique coloniale et la ligne d’approvisionnement britannique vers les forces anti-japonaises en Chine :
Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue, et a même pris un nom japonais. Dans La rivière des traces perdues, l’historien Thant Myint-U dit qu’il a « apparemment été entraîné dans l’euphorie fasciste qui l’entourait », mais il note qu’il est resté fidèle à la lutte pour l’indépendance du Myanmar.
Les conflits ethniques dans l’État du Rakhine ont également joué un rôle dans le conflit britannico-japonais sur la Birmanie :
En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l’État du Rakhine et ont atteint la commune de Maungdaw, près de la frontière de ce qui était alors l’Inde britannique et qui est maintenant le Bangladesh. Lorsque les Britanniques ont fait retraite en Inde, l’État du Rakhine est devenu une ligne de front.
 
Les bouddhistes arakanais locaux ont collaboré avec la BIA (British Intelligence Agency) et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des musulmans de la région pour contrer les Japonais.
 
« Les deux armées, britanniques et japonaises, ont exploité les frictions et les animosités de la population locale pour faire avancer leurs propres objectifs militaires », a écrit Moshe Yegar 2.
Lorsque les Britanniques ont gagné la guerre contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camp et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l’aide d’officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, qui a été renommée Myanmar par la suite, est gouvernée par des factions de l’armée qui se disputent le pouvoir.
La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été élevée en vue de jouer un rôle au Myanmar. Dans les années 1980 et 1990, elle s’est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a reçu un prix Nobel de la paix et les intellectuels « occidentaux » la considèrent comme une progressiste qui défend les droits de l’homme. Ils sont maintenant déçus qu’elle ne se prononce pas en faveur des Rohingya. Mais en le faisant, elle se mettrait dans le camp opposé à celui pour lequel son père a glorieusement combattu. Elle s’opposerait également à la majorité de la population du Myanmar qui ne porte pas dans son cœur les Rohingya et leur combat djihadiste.
En outre, les projets autour de la nouvelle route de la soie chinoise (OBOR) sont un énorme bonus pour le Myanmar et aideront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l’argent pour pousser les Rohingya au djihad au Myanmar. Il s’agit d’une réédition historique de l’opération de la CIA contre l’influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l’Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans et, au lieu d’y participer, ils vont sûrement se battre contre un djihad dans leur pays. Les Rohingya ne sont plus que des pions dans le grand jeu et ils en feront les frais.

 

  1. La zakât ou zakat ou zakaat (زَكَاة zakāt), un mot arabe traduit par « aumône légale », est le troisième des piliers de l’islam. Le musulman est tenu de calculer chaque année lunaire (hégire) ce montant et de le donner aux plus pauvres dans son pays de résidence.
  2. Moshe Yegar était secrétaire adjoint à l’Ambassade d’Israël de Rangoon au début des années 1960. Pendant son séjour en Birmanie, il a soumis une thèse appelée « Les Musulmans de Birmanie » à l’Université hébraïque de Jérusalem
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… Des pions dans la guerre que les Anglais livrent aux Chinois par l’intermédiaire des djihadistes saoudiens


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Par Moon of Alabama – Le 4 septembre 2017

L’attention des médias est dirigée vers des violences ethniques mineures au Myanmar, l’ancienne Birmanie. Selon la presse « occidentale », les Rohingya musulmans sont injustement vilipendés, chassés et tués par des foules bouddhistes et par l’armée dans l’État de Rakhine près de la frontière avec le Bangladesh. Les « organisations humanistes libérales » comme Human Rights Watch joignent leurs voix à celles d’islamistes comme le président de la Turquie, Erdogan, pour déplorer le sort des Rohingya.
Cette curieuse alliance s’est également nouée pendant les guerres en Libye et en Syrie. Cela doit nous alerter. Y aurait-il autre chose derrière ce conflit local au Myanmar ? Est-ce que quelqu’un jette de l’huile sur le feu ?
C’est bien le cas, en effet.
Alors que le conflit ethnique dans l’État de Rakhine est très ancien, il s’est transformé au cours des dernières années en une guerre de guérilla djihadiste financée et dirigée par l’Arabie saoudite. La zone a un intérêt géostratégique :
L’État de Rakhine joue un rôle important dans OBOR [la nouvelle route de la soie chinoise], car il s’agit d’une sortie vers l’océan Indien où sont prévues des réalisations chinoises pour un montant d’un milliard de dollars : une zone économique sur l’île de Ramree, et le port en eau profonde de Kyaukphyu qui a des pipelines de pétrole et de gaz naturel reliés à Kunming dans la province du Yunnan.
Les pipelines qui vont de la côte ouest du Myanmar vers la Chine à l’est permettent l’importation d’hydrocarbures du golfe Persique vers la Chine tout en évitant le goulet d’étranglement du détroit de Malacca et les sites de la mer de Chine méridionale qui font l’objet d’une contestation.
C’est « l’intérêt de l’Occident » d’entraver les projets de la Chine au Myanmar. Encourager le djihadisme dans l’État de Rakhine pourrait y contribuer. Il existe un précédent historique d’une telle guerre par procuration en Birmanie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les forces impériales britanniques ont incité les musulmans Rohingya du Rakhine à se battre contre les bouddhistes nationalistes birmans alliés aux impérialistes japonais.
Les Rohingya immigrent dans les régions du nord d’Arakan, l’État actuel du Rakhine au Myanmar, depuis le XVIe siècle. Il y a eu une grande vague d’immigration sous l’occupation impériale britannique, il y a environ cent ans. L’immigration illégale en provenance du Bangladesh s’est poursuivie au cours des dernières décennies. Au total, environ 1,1 million de Rohingya musulmans vivent au Myanmar. Le taux de natalité du Rohingya est plus élevé que celui des Bouddhistes locaux d’Arakanese. Ces derniers se sentent sous pression dans leur propre pays.
Alors que ces populations sont mélangées dans certaines villes, il y a de nombreux hameaux habités à 100% par les uns ou les autres. Les Rohingya sont généralement peu intégrés au Myanmar. La plupart ne sont pas reconnus officiellement comme citoyens. Au cours des siècles et des dernières décennies, il y a eu plusieurs épisodes violents entre les immigrants et les populations locales. Le dernier conflit entre les musulmans et les bouddhistes a éclaté en 2012.
Depuis lors, une insurrection clairement islamique s’est développée dans la région. Elle a pris le nom d’Armée du Salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) et elle est dirigée par Ataullah abu Ammar Junjuni, un djihadiste pakistanais. (ARSA s’appelait auparavant Harakah al-Yakin, ou Mouvement de la paix.) Ataullah est né dans la grande communauté Rohingya de Karachi, au Pakistan. Il a grandi et a été éduqué en Arabie saoudite. Il a reçu une formation militaire au Pakistan et c’était un Imam wahhabite en Arabie saoudite avant son arrivée au Myanmar. Depuis, en lavant les cerveaux, il a recruté et formé une armée locale de guérilla d’environ 1000 Takfiris.
Selon un rapport de 2015 du journal pakistanais Dawn, il y a plus de 500 000 Rohingya à Karachi. Ils sont arrivés du Bangladesh au cours des années 1970 et 1980 à la demande du régime militaire du général Zia ul-Haq et de la CIA pour lutter contre les Soviétiques et le gouvernement de l’Afghanistan :
La communauté Rohingya [à Karachi] est plus religieuse et elle envoie ses enfants dans les madrassas. C’est une des principales raisons pour lesquelles de nombreux partis religieux, en particulier l’Ahle Sunnat Wal Jamaat, le JI et le Jamiat Ulema-i-Islam-Fazl, ont leur base organisationnelle dans les quartiers birmans.
(…)
 
« Un certain nombre de Rohingya vivant à Arakan Abad ont perdu des proches dans les attaques bouddhistes de juin 2012 au Myanmar », a déclaré Mohammad Fazil, un militant local de la JI.
 
Les Rohingya de Karachi recueillent régulièrement des dons, le Zakat 1 et des peaux d’animaux sacrifiés, et les envoient au Myanmar et au Bangladesh pour aider les familles déplacées.
Reuters a noté, à la fin de 2016, que le groupe djihadiste était formé, dirigé et financé par le Pakistan et l’Arabie saoudite :
« Le groupe de musulmans Rohingya qui a attaqué les gardes-frontières du Myanmar en octobre est dirigé par des gens qui ont des liens avec l’Arabie saoudite et le Pakistan », a déclaré le groupe International Crisis Group (ICG), jeudi, en donnant quelques noms.
(…)
 
« Bien qu’on en n’ait pas de preuves, il semble que  [Ataullah] soit allé au Pakistan et peut-être ailleurs, pour s’entraîner à la guérilla moderne », a déclaré le groupe. Il a noté qu’Ata Ullah était l’un des 20 Rohingya d’Arabie saoudite qui dirigeaient les opérations du groupe dans l’État de Rakhine.
 
Par ailleurs, un comité des 20 émigrés Rohingya influents supervise le groupe qui a son siège à La Mecque, a déclaré l’ICG.
Les djihadistes d’ARSA affirment qu’ils n’attaquent que les forces gouvernementales, mais des civils bouddhistes arakanais ont également été pris dans des embuscades et massacrés. Des hameaux bouddhistes ont également été brûlés.
Le gouvernement du Myanmar prétend qu’Ataullah et son groupe veulent instituer un État islamique indépendant. En octobre 2016, son groupe a commencé à attaquer la police et d’autres forces gouvernementales dans la région. Le 25 août de cette année, son groupe a attaqué 30 postes de police et des avant-postes militaires et a tué environ 12 policiers. L’armée et la police ont répondu, comme toujours dans ce conflit, en brûlant des communes Rohingya soupçonnées de cacher des forces de la guérilla.
Pour échapper à la violence croissante, beaucoup de bouddhistes locaux arakanais fuient leurs villes et se réfugient dans la capitale du Rankine. Des musulmans Rohingya locaux fuient vers le Bangladesh. Seuls les derniers réfugiés semblent retenir l’attention internationale.
L’armée du Myanmar gouverne le pays depuis des décennies. Sous la pression économique, elle s’est ouverte à l’Occident de manière formelle en instituant la « démocratie ». La chérie de l’Occident au Myanmar est Daw Aung San Suu Kyi. Son parti a remporté les élections et elle joue un rôle important dans le gouvernement. Mais Aung San Suu Kyi est avant tout une nationaliste, et le pouvoir réel est encore détenu par les généraux.
Aung San Suu Kyi a été choisie pour servir d’icône démocratique, mais elle a peu de mérite personnel, à part celui d’être la fille de Thakin Aung San, un chef célèbre de l’Armée birmane pour l’indépendance (BIA) et le « père de la nation ». Dans les années 1940, Thakin Aung San a été recruté par l’armée impériale japonaise pour mener une guérilla contre l’armée britannique coloniale et la ligne d’approvisionnement britannique vers les forces anti-japonaises en Chine :
Le jeune Aung San a appris à porter des vêtements traditionnels japonais, à parler la langue, et a même pris un nom japonais. Dans La rivière des traces perdues, l’historien Thant Myint-U dit qu’il a « apparemment été entraîné dans l’euphorie fasciste qui l’entourait », mais il note qu’il est resté fidèle à la lutte pour l’indépendance du Myanmar.
Les conflits ethniques dans l’État du Rakhine ont également joué un rôle dans le conflit britannico-japonais sur la Birmanie :
En avril 1942, les troupes japonaises se sont avancées dans l’État du Rakhine et ont atteint la commune de Maungdaw, près de la frontière de ce qui était alors l’Inde britannique et qui est maintenant le Bangladesh. Lorsque les Britanniques ont fait retraite en Inde, l’État du Rakhine est devenu une ligne de front.
 
Les bouddhistes arakanais locaux ont collaboré avec la BIA (British Intelligence Agency) et les forces japonaises, mais les Britanniques ont recruté des musulmans de la région pour contrer les Japonais.
 
« Les deux armées, britanniques et japonaises, ont exploité les frictions et les animosités de la population locale pour faire avancer leurs propres objectifs militaires », a écrit Moshe Yegar 2.
Lorsque les Britanniques ont gagné la guerre contre les Japonais, Thakin Aung San a changé de camp et a négocié la fin de la domination impériale britannique sur la Birmanie. Il a été assassiné en 1947 avec l’aide d’officiers britanniques. Depuis lors, la Birmanie, qui a été renommée Myanmar par la suite, est gouvernée par des factions de l’armée qui se disputent le pouvoir.
La fille de Thakin Aung San, Aung San Suu Kyi, a reçu une éducation britannique et a été élevée en vue de jouer un rôle au Myanmar. Dans les années 1980 et 1990, elle s’est querellée avec le gouvernement militaire. Elle a reçu un prix Nobel de la paix et les intellectuels « occidentaux » la considèrent comme une progressiste qui défend les droits de l’homme. Ils sont maintenant déçus qu’elle ne se prononce pas en faveur des Rohingya. Mais en le faisant, elle se mettrait dans le camp opposé à celui pour lequel son père a glorieusement combattu. Elle s’opposerait également à la majorité de la population du Myanmar qui ne porte pas dans son cœur les Rohingya et leur combat djihadiste.
En outre, les projets autour de la nouvelle route de la soie chinoise (OBOR) sont un énorme bonus pour le Myanmar et aideront à son développement économique. Les Saoudiens et les Pakistanais envoient des commandants de guérilla et de l’argent pour pousser les Rohingya au djihad au Myanmar. Il s’agit d’une réédition historique de l’opération de la CIA contre l’influence soviétique en Afghanistan. Mais contrairement à l’Afghanistan, les habitants du Myanmar ne sont pas musulmans et, au lieu d’y participer, ils vont sûrement se battre contre un djihad dans leur pays. Les Rohingya ne sont plus que des pions dans le grand jeu et ils en feront les frais.

 

  1. La zakât ou zakat ou zakaat (زَكَاة zakāt), un mot arabe traduit par « aumône légale », est le troisième des piliers de l’islam. Le musulman est tenu de calculer chaque année lunaire (hégire) ce montant et de le donner aux plus pauvres dans son pays de résidence.
  2. Moshe Yegar était secrétaire adjoint à l’Ambassade d’Israël de Rangoon au début des années 1960. Pendant son séjour en Birmanie, il a soumis une thèse appelée « Les Musulmans de Birmanie » à l’Université hébraïque de Jérusalem
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Trump ne va pas envahir le Venezuela…

Trump ne va pas envahir le Venezuela…


… mais ce qu’il planifie pourrait être tout aussi mauvais


Par Andrew Korybko – Le 12 août 2017 – Source The Duran


Trump était plus agressif que d’habitude hier quand il a déclaré qu’il n’excluait pas une « option militaire » au Venezuela, et les médias internationaux se sont mis à croire que le président envisageait une invasion. Rien ne justifie ce que Trump a dit mais, en écartant toutes les considérations morales, sa déclaration n’aurait pas dû surprendre et, d’une manière intéressante, elle pourrait même se retourner contre lui.

Tous les présidents des États-Unis réitèrent systématiquement la rhétorique selon laquelle « toutes les options sont sur la table » en cas de crise que leur pays a provoquée à l’étranger et dans ce cas c’est par une Guerre hybride imposée au Venezuela que les États-Unis cherchent à contrôler par procuration les plus grandes réserves de pétrole du monde dans la ceinture de la rivière Orénoque et briser le groupement ALBA socialiste-multipolaire.

Les vulnérabilités socio-politiques et les faiblesses institutionnelles préexistantes du Venezuela ont permis les machinations économiques américaines contre le pays afin de déclencher une révolution de couleur contre le gouvernement. Lorsqu’elles ont  échouées, la tactique de changement de régime a été transformée en une insurrection urbaine et a récemment élargi ses opérations en organisant une attaque terroriste contre une base militaire dans la partie centrale du pays.

Il est fort probable que la situation se transforme en une « guerre civile » provoquée de l’extérieur avec l’intention éventuelle de déclencher une tentative de coup d’État militaire contre le président Maduro, mais les chances que les États-Unis interviennent directement dans ce scénario sont minces. L’option militaire brandie par Trump se rapporte plutôt probablement au rôle de « Lead From Behind » que les États-Unis devraient jouer en utilisant la Colombie comme partenaire régional pour faire passer des armes en douce et d’autres formes d’assistance aux « rebelles modérés » du Venezuela, tout comme la Turquie a été utilisée pour faire face à la Syrie depuis six ans.

En outre, on peut croire avec confiance que la CIA travaille dur pour essayer de faire avancer son coup militaire tant souhaité, même si ses chances de succès sont peu probables, à moins que la guerre hybride ne devienne une « guerre civile » déclenchée de l’extérieur comme en Syrie. Ces deux raisons interconnectées expliquent ce que Trump veut dire en refusant d’exclure une « option militaire », bien qu’il y ait certes le cas extrême qui ne peut pas être écarté dans lequel une « intervention humanitaire » à grande échelle se déchaînerait dans les derniers stades de la crise afin de renverser de façon décisive le gouvernement à son moment de plus grande faiblesse.

Peu importe ce que les États-Unis finiront par faire ou pas, la déclaration arrogante de Trump pourrait réellement se retourner contre lui en augmentant l’attrait du président Maduro parmi les membres de la soi-disant « opposition ». C’est une chose de détester un chef élu et d’espérer sa chute, mais c’en est une autre de soutenir activement une invasion étrangère de son pays par l’hégémon traditionnel américain, compte tenu notamment de l’histoire sanglante de l’activité militaire américaine dans les Amériques au cours du siècle dernier.

Les commentaires de Trump mettent donc les proxies de changement de régime des États-Unis en difficulté parce qu’ils sont maintenant pris dans un dilemme entre soutenir ce que le monde entier perçoit comme une menace pour envahir leur pays ou soutenir son leader légitime alors qu’ils ont organisé des émeutes contre lui depuis déjà des mois. On peut présumer que le partisan anti-est, à part égale, contre Maduro, contre une invasion américaine possible de son pays et contre les émeutes de l’opposition qui veut seulement voir se tenir des élections anticipées dans l’espoir de mener à bien un changement de régime.

Ils ont soutenu l’« opposition » jusqu’à maintenant parce qu’ils l’ont considérée comme l’option « la moins mauvaise » disponible, mais la menace militaire implicite de Trump risque d’être perçue comme le fer de lance d’une éventuelle invasion et les conditions chaotiques de la « guerre civile » dans lesquelles les États-Unis pourraient intervenir conventionnellement au Venezuela seraient alors dues à leurs actions intensives de guerre hybride.

Ce fait devrait justement arrêter momentanément les membres s’auto-identifiant comme l’« opposition patriotique » et les inciter à reconsidérer leur « mauvaise » évaluation sur « l’opposition ». S’ils s’engagent dans une réflexion sérieuse, ils verront que c’est effectivement le président Maduro qui est le « moins mauvais » des deux choix et que la meilleure façon de réaliser leur objectif de changement de régime consiste à attendre à contrecœur jusqu’au prochain vote démocratique prévu.

Continuer à jeter tout son poids derrière cette « opposition » à ce stade équivaut à soutenir ouvertement les étapes nécessaires pour créer les conditions pour la réalisation des « options militaires » de Trump contre leur pays, y compris une « intervention humanitaire ». On ne sait pas quelle proportion de l’« opposition » satisfait aux critères « patriotiques » auxquels ces points s’appliqueraient, mais si leur nombre est assez important leur « défection » passive des rangs du mouvement anti-gouvernemental en réponse à la menace de Trump pourrait influer sur l’effort de changement de régime.

D’autre part, et en abordant le sujet sous un angle cynique comme « avocat du diable », cela ne changera pas de façon tangible la situation si les États-Unis ont déjà pris leur décision de mettre en place une escalade de la guerre hybride au Venezuela au niveau de celle en Syrie, mais cela représenterait néanmoins une importante victoire morale pour le gouvernement légitime en exposant davantage la « trahison ou la connivence » de l’opposition avec les États-Unis. En tout cas, indépendamment de ce que Trump voulait signifier réellement par ses « options militaires » et malgré tout ce que les membres de l’opposition patriotique décident de faire, toutes les indications suggèrent que le Venezuela est à un tournant fatal et que les prochaines semaines décideront de son avenir.

Andrew Korybko

http://lesakerfrancophone.fr/trump-ne-va-pas-envahir-le-venezuela

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

L’ex-président géorgien Saakachvili empêché de rentrer en Ukraine

  • Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie
    Charismatique réformateur arrivé au pouvoir en Géorgie à la suite de la Révolution de la Rose en 2003, M. Saakachvili a dirigé ce pays pendant une décennie | EPA

Sébastien GOBERT.

L’Ukraine a bloqué dimanche à la frontière polonaise un train transportant l’ex-président géorgien Mikhaïl Saakachvili. Il tentait de rentrer dans le pays pour chercher à recouvrer la citoyenneté ukrainienne dont l’a privé le président Petro Porochenko

« Ils se comportent comme des sauvages, ils ne respectent rien ! Ils ont même le culot de bloquer un train en territoire polonais, qui n’est pas sous leur juridiction ! ». Mikhaïl Saakachvili (49 ans) parle d’une voix indignée, à la gare ferroviaire de Przemysl, près de la frontière ukrainienne. Indigné, enragé même, l’ancien président géorgien l’est depuis que Petro Porochenko l’a déchu de sa citoyenneté ukrainienne fin juillet. Une initiative qu’il dénonce comme une punition injustifiée, afin de l’écarter de la scène politique kiévienne.

Ce 10 septembre, Mikhaïl Saakachvili est aussi confus. Il avait prévu une longue marche, très médiatisée, pour rentrer de Pologne à l’Ukraine. Elle a tourné à la farce pendant la majeure partie de la journée. Son projet initial de passer la frontière en bus a été abandonné à cause de gros bras nationalistes déployés côté ukrainien. De nombreux ennemis de Mikhaïl Saakachvili ont promis des représailles physiques au cas où il rentrerait en Ukraine. Il s’est donc rabattu, avec plusieurs personnalités politiques et des dizaines de journalistes, sur un train à destination de Kiev. Un train, puis deux, qui n’ont jamais quitté la gare de Przemysl.

« Empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire »

« Ici, dans ce train à quai, c’est la lutte contre l’autoritarisme de Petro Porochenko. S’il peut se permettre de traiter Saakachvili comme cela, il peut s’en prendre à tout le monde », commentait, maquillage soigné et tailleur de luxe, Ioulia Timochenko. L’ancienne égérie de la Révolution Orange, venue en soutien de Mikhaïl Saakachvili, voit dans les mésaventures de Mikhaïl Saakachvili un parallèle avec les procès politisés et l’emprisonnement que lui avait imposé Viktor Ianoukovitch, en 2011. « Aujourd’hui, ce n’est pas à propos de Saakachvili », confirme Moustafa Nayyem, député, un des initiateurs de la Révolution. « Il s’agit de sauver l’héritage du Maïdan, et d’empêcher que l’exécutif ne vire dans l’arbitraire ».

Après trois heures d’attente, la tension est montée parmi les politiciens. Le non-départ du train semblait être une indication claire que les autorités ukrainiennes ne souhaitaient pas revoir Mikhaïl Saakachvili sur leur territoire. L’excitation est aussi montée parmi les passagers du train, retardés par la situation. Si « Misha » avait été accueilli par des applaudissements à son arrivée à la gare, c’est dans le brouhaha de fortes altercations qu’il a décidé de repartir en bus, vers un autre poste-frontière. À quelques kilomètres, à Medyka, c’est sans encombre que le bus a passé les contrôles côté polonais. En lui rendant son passeport, un garde-frontière prévient Mikhaïl Saakachvili : « Vous pouvez avoir des problèmes, votre passeport n’est plus valide ».

Quelques mètres plus loin, c’est en effet des problèmes qui se dressent devant le bus. La route, y compris le passage piéton, sont fermés, ceinturés par un cordon de militaires en uniforme. La longue marche de Mikhaïl Saakachvili pourrait s’arrêter ici.

 

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