La Russie met en garde les US au sujet de l’Afghanistan

La Russie met en garde les US au sujet de l’Afghanistan


Moscou dit que sous la direction américaine, le commerce de la drogue et État islamique sont florissants, et maintenant la communauté chiite afghane est attaquée par des hélicoptères non identifiés.


Bhadrakumar

Par M.K. Bhadrakumar – Le 22 août 2017 – Source Russia Insider

La Russie a laissé entendre, par le passé, que les États-Unis parrainent secrètement État islamique en Afghanistan. Jeudi, un porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a monté la barre en alléguant que les « combattants étrangers » qui ont été transférés par des « hélicoptères inconnus » ont perpétré un massacre de chiites Hazara dans la province de Sar-e-Pol dans le nord de l’Afghanistan.

Le porte-parole a déclaré :

« On peut voir des tentatives pour provoquer des conflits ethniques dans le pays (…) Des cas de vols d’hélicoptères non identifiés sur des territoires contrôlés par des extrémistes dans d’autres provinces du nord de l’Afghanistan sont également enregistrés. »

Par exemple, il est prouvé que le 8 août, quatre hélicoptères ont effectué des vols depuis la base aérienne du 209e corps de l’Armée nationale afghane à Mazar-i-Sharif dans la région capturée par les militants dans le district d’Aqcha dans la province de Jowzjan.

Il est à noter que les témoins de ces vols ont échappé aux  radars des agences de sécurité. Il semble que le commandement des forces de l’OTAN qui contrôle le ciel afghan refuse obstinément de constater ces incidents.

À partir de ce qui précède, il apparaît que des sections des forces armées afghanes et le commandement de l’OTAN – qui contrôle l’espace aérien afghan – agissent main dans la main dans ces opérations secrètes. Sans aucun doute, c’est une allégation très sérieuse. L’attaque contre les chiites Hazara doit être considérée comme un message destiné à Téhéran.

Historiquement et culturellement, l’Iran a des affinités avec la communauté chiite Hazara en Afghanistan. Peut-être, l’administration Trump, qui a juré de renverser le régime iranien, ouvre-t-elle un « deuxième front » par État islamique contre l’Iran sur sa frontière de l’est.

Fait intéressant, le ministère russe des Affaires étrangères a également publié vendredi une déclaration sur la situation alarmante en matière de drogue en Afghanistan. Il a souligné que :

  • Une forte augmentation de la production de drogues est prévue en Afghanistan cette année et un tiers de la population du pays est actuellement impliqué dans la culture du pavot pour l’opium.
  • La géographie du trafic de drogue afghan s’est élargie et atteint maintenant le continent africain.
  • Des tonnes de produits chimiques pour le traitement des stupéfiants sont importées illégalement en Afghanistan – avec l’Italie, la France et les Pays-Bas « parmi les principaux fournisseurs ».
  • Les États-Unis et l’OTAN ne veulent pas ou sont incapables de freiner l’activité illégale.

La Russie et l’Iran ne peuvent pas fermer les yeux sur les activités hostiles des États-Unis (et de l’OTAN) dans leur arrière-cour, transformant la guerre anti-Taliban en une guerre par procuration. Ils ne peuvent que voir le conflit afghan à travers le prisme de leurs tensions approfondies avec les États-Unis.

Quelles sont les options de la Russie ? Le ministre russe de la Défense, Serguei Shoigu, a déclaré lors d’une réunion avec la crème des militaires à Moscou, le 18 août, que le conflit afghan constitue une menace pour la stabilité de l’Asie centrale. Il a déclaré que la Russie envisageait d’organiser des exercices militaires conjoints, en fin d’année, avec le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. La Russie a des bases militaires au Tadjikistan et au Kirghizistan.

Encore une fois, l’ambassadeur Zamir Kabulov, envoyé présidentiel russe en Afghanistan, a récemment déclaré que si le gouvernement afghan et les États-Unis ne pouvaient pas contrer la menace de État islamique, la Russie recourrait à la force militaire.

Kabulov a révélé que la Russie a dévoilé au Conseil de sécurité de l’ONU le parachutage de fournitures pour les combattants d’État islamique dans au moins trois provinces du nord de l’Afghanistan par des aéronefs non identifiés.

Bien sûr, il est inconcevable que la Russie mette des « bottes sur le terrain » en Afghanistan. Mais si État islamique franchit les frontières des États d’Asie centrale, il s’agira d’une « ligne rouge », et la Russie répliquera.

La Russie renforce ses bases au Kirghizistan et au Tadjikistan. De manière significative, lors d’un exercice militaire conjoint avec le Tadjikistan en juillet, la Russie a testé ses missiles balistiques à courte portée Iskander-M, l’une des armes les plus avancées de l’arsenal russe, avec une portée de 500 kilomètres et une charge utile de 700 kg. Iskander est équipé de systèmes de guidage terminal ayant la capacité de surmonter les défenses antimissiles. La précision d’Iskander pourrait être inférieure à 10 mètres. (La Russie a déployé cette arme mortelle en Syrie).

Avec le licenciement/démission  du stratège de la Maison Blanche Steve Bannon − un idéologue anti-guerre invétéré dans l’administration Trump qui voulait que la guerre afghane soit arrêtée − les généraux ont désormais le dessus dans le contrôle de la politique américaine. Le secrétaire à la Défense, James Mattis, et le conseiller en sécurité nationale, HR McMaster, favorisent le déploiement de troupes supplémentaires en Afghanistan.

L’inconnue connue est John Kelly, que Trump a récemment nommé chef d’état-major. Mais il y a assez d’indications montrant que Kelly – un général à la retraite du Corps de marine et père d’un Marine décédé, le 1er lieutenant Robert Kelly, qui a été tué en Afghanistan en 2010 – partage presque certainement l’opinion de Mattis et McMaster.

Plus on regarde de prés, plus on voit que le véritable défi de Donald Trump ne consiste pas à gagner la guerre contre les talibans, mais le risque élevé qu’il assumera, en prenant les conseils de ses généraux, est de mettre son imprimatur sur une guerre par procuration à part entière en Afghanistan contre la Russie, l’Iran et Chine.

M.K. Bhadrakumar

 

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-met-en-garde-les-us-au-sujet-de-lafghanistan

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Le rêve de détruire l’accord nucléaire iranien, par Paul R. Pillar

Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 21-07-2017

En plus d’Israël et de l’Arabie saoudite, toujours assoiffés de guerre avec l’Iran, le Président Trump, avec son mépris pour la réalité au sujet de l’accord nucléaire iranien, est devenu lui-aussi un catalyseur-clé, comme l’explique l’ancien analyste de la CIA, Paul R. Pillar.

Le mépris de Donald Trump pour la vérité n’empêche pas la réalité de se heurter continuellement à sa politique, dont le thème le plus constant a été de tenter de détruire les réussites de son prédécesseur. Combien la réalité incommode Trump – et surtout, combien ses efforts pour mettre de côté la réalité nuisent aux intérêts des États-Unis – varie de question en question.

Ce qui a dominé récemment les gros titres, bien évidemment, c’est l’assurance-maladie , à propos de laquelle il nie deux vérités : les principes fondamentaux sur lesquels se fonde la mutualisation de l’assurance et le fait que l’Affordable Care Act (ACA, Loi des Soins Abordables) ait réussi à étendre la couverture de l”assurance-maladie à de nombreux Américains qui ne l’avaient pas auparavant. En matière de politique étrangère, l’une des négations les plus flagrantes de la vérité a trait au changement climatique et, en conséquence, au retrait de Trump de l’accord de Paris, ce qui revient à rejeter un consensus scientifique bien établi.

Trump semble peu se soucier des conséquences à brève échéance de l’isolement des États-Unis et de leur perte d’autorité. Mais les conséquences physiques et économiques les plus cataclysmiques sont celles à plus longue échéance qui arriveront pour la plupart une fois que Trump aura quitté son poste, et il n’y a aucune preuve qu’il s’en soucie le moins du monde.

Quant à ce qui fut probablement la réussite principale de Barack Obama en matière de politique étrangère – l’accord, connu comme le plan d’action globale conjoint (JCPOA), visant à restreindre le programme nucléaire de l’Iran – la vérité que Trump rejette est celle que l’accord fonctionne comme prévu pour empêcher une arme nucléaire iranienne et que l’Iran respecte ses obligations, comme l’ont vérifié des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Tous les trois mois, Trump fait face à l’obligation imposée au Président par le Congrès d’attester que l’Iran respecte l’accord. Cette attestation est supposée être un constat, pas l’expression d’une préférence. Pour un négateur de la vérité comme Trump, qui a dénoncé avec hargne l’accord, cette obligation pose un problème. Le compte-rendu dans le New York Times des discussions à la Maison-Blanche pour aboutir à l’attestation de conformité de l’Iran la plus récente (la seconde sous la présidence de Trump), indique que les conseillers de Trump ont dû le traîner à son corps défendant pour établir l’attestation.

Démolir Obama

Indépendamment, ou peut-être en raison, du succès du JCPOA, Trump est clairement toujours déterminé à essayer de détruire l’accord. Après son incapacité à défaire l’Obamacare côté intérieur, il est probablement plus que jamais déterminé à détruire cette réussite en matière de politique étrangère.

Le compte-rendu du Times laisse entendre qu’à l’échéance de la prochaine attestation, dans trois mois, il y a de fortes chances que Trump refuse d’accepter la vérité une troisième fois, peu importe la rigueur avec laquelle les Iraniens respectent l’accord. Un manquement à l’attestation ouvrirait la voie à de nouvelles sanctions qui représenteraient une violation en bloc du JCPOA par les États-Unis.

En attendant, la Maison-Blanche de Trump a déjà transgressé non seulement l’esprit mais la lettre du JCPOA, en décourageant ouvertement et de façon explicite les autres pays, comme elle l’a fait lors d’une réunion au sommet du G20, de poursuivre la marche normale des affaires avec l’Iran. Les Iraniens en réponse n’ont pas encore renoncé à l’accord, mais, comme l’a indiqué le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif, la patience de l’Iran, comme la patience de n’importe qui, a des limites.

Pour Trump et d’autres qui veulent affronter et isoler l’Iran et qui, tout le long, se sont opposés au JCPOA ou à n’importe quoi de similaire, le scénario privilégié est que les Iraniens se sentent tellement irrités par le non-respect des États-Unis que Téhéran finisse par renoncer et déclare l’accord comme nul.

Si cette tactique échoue, ne soyons donc pas surpris si, en octobre, Trump refuse l’attestation. Cette décision s’accompagnerait d’accusations fabriquées d’infractions iraniennes. Quiconque prêt à examiner avec soin la question saurait qu’elles sont fabriquées car, grâce au régime de surveillance hautement intrusif établi par le JCPOA, les inspecteurs internationaux ont une connaissance très détaillée et rapide de tout ce qui se passe dans le programme nucléaire iranien.

Bien entendu, le fait que des éléments rectificatifs soient immédiatement disponibles n’a pas empêché Trump de mentir au sujet de beaucoup d’autres choses. Mais si l’actuelle attitude iranienne concernant le JCPOA se maintient durant les trois prochains mois, le monde devrait alors réaliser qu’une accusation trumpienne de non-conformité iranienne aurait autant de validité que les déclarations de Trump au sujet de la taille de la foule lors de son intronisation, ou des millions d’électeurs frauduleux qui ont prétendument voté pour Hillary Clinton.

Si Trump réfute la vérité au sujet de la conformité iranienne, l’issue la plus favorable possible serait que l’Iran ainsi que les cinq autres puissances non états-uniennes qui ont négocié le JCPOA tentent de maintenir l’accord malgré le non-respect américain. Même cette issue aurait des conséquences négatives pour les États-Unis : manque à gagner en Iran, occasions ratées de s’appuyer sur le JCPOA pour aborder les problèmes régionaux, isolement renforcé des État-Unis et éloignement par rapport à leurs alliés.

Autres issues moins favorables : la désintégration complète du JCPOA et l’accélération du programme nucléaire iranien, accompagnées de nouveaux soucis : raccourcissement du délai avant l’émergence d’une éventuelle arme nucléaire iranienne, incertitude accrue au sujet du programme iranien en l’absence des inspections internationales renforcées que le JCPOA avait mises en place, et risque aggravé de la participation des États-Unis à une nouvelle guerre moyen-orientale.

Les motivations de Trump

Jusqu’à quel point Donald Trump, quels que soient les facteurs psychologiques ou politiques qui le conduisent sur son chemin de destruction, se soucierait-il de telles conséquences ? L’expérience acquise avec l’assurance-maladie nous donne quelques indications. Afin de concrétiser son slogan de campagne d’abolir l’Obamacare, Trump est de toute évidence prêt à éliminer la couverture d’assurance-maladie de millions d’Américains, dont beaucoup ont voté pour lui.

Sa façon de traiter une vérité qu’il nie est de tenter de créer une nouvelle réalité, en disant « laissons » [sic] l’ACA échouer, tout en s’employant activement à saboter le programme : par exemple en refusant de faire appliquer le mandat individuel [au titre duquel la loi oblige chaque citoyen à souscrire une assurance-maladie] et en semant autant d’incertitudes que possible pour décourager la participation des compagnies d’assurance.

Il est peu probable qu’un pareil homme se soucie de nuire à la cause de la non-prolifération nucléaire ou d’attiser les risques et tensions accrus au Moyen-Orient, du moment que cela peut augmenter son tableau de chasse de destructeur de réussites.

Paul R. Pillar, durant ses 28 ans à l’Agence centrale du renseignement, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 21-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

3 réponses à Le rêve de détruire l’accord nucléaire iranien, par Paul R. Pillar

  1. atanguy Le 01 septembre 2017 à 06h38

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    On lit ici comment est jugé ce clown irresponsable meme par un analyste de la CIA. Ce n’est pas seulement l’accord avec l’Iran mais aussi sa politique de destruction de l’avancé obtenue dans la protection de la santé pour les Américains les plus pauvres. Il faut y ajouter la sortie de l’accord sur le réchauffement climatique et maintenant sa politique raciste et xenophobe,sa collusion avec l’extreme droite. Notons qu’Emmanuel Macron n’a pas peur d’être a ses cotés dans les calomnies lancées contre le Venezuela. Tout deux d’ailleurs ont la meme politique de régression sociale pour leur peuple: Cadeaux aux plus riches avec l’argent des plus pauvres. RESISTANCE!

  2. Max Le 01 septembre 2017 à 08h07

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    Que ce soit avec Obama ou avec Trump, j’ai le sentiment que cet accord était mort-né.
    Obama voulant la répétition de ce qui avait été fait en Irak/Libye et était prêt a attendre que le démantèlement du programme iranien soit effectif, Trump n’ayant simplement pas cette patience.
    Les iraniens eux poursuivant leur programme de seuil nucléaire.
    C’est un simple constat, les USA et leurs sbires ne font plus peur tout au moins pas autant qu’avant.
    Les iraniens doivent suivre avec intérêt la situation en Corée et son dernier avatar.
    Un missile le 29aout (date de l’annexion par la force de la Corée par le Japon le 29 aout 1910) a été tiré en direction du japon, l’a survolé à plus de 500km d’altitude, et n’a donc pas violé l’espace aérien japonais, ainsi que la base militaire des USA d’Hokkaido sans réaction apparente des USA et du Japon.

  3. keg Le 01 septembre 2017 à 08h09

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    L’Histoire génère toujours ses Néron.

    Avant c’est Rome que l’on embrasait, aujourd’hui c’est le monde depuis Nagasaki, jusqu’à Téhéran…
    Qui sera le Lot de l’Histoire pétrifié par une vision invisible en toute impunité.

    C’est quoi ces pays quins’autorisent à avoir le feu nucélaire et l’interdissent à d’autres.
    Le moyen de régler le problème, c’est de réapprendre à se faire la guerre au lance pierre (et non flamme). Einstein, c’est pour bientôt!

     

    http://www.les-crises.fr/le-reve-de-detruire-laccord-nucleaire-iranien-par-paul-r-pillar/